Olivia est rentrée chez elle comme un automate. On sonne. Elle ne bouge pas, elle est prostrée depuis deux heures. On résonne, puis frappe.
Réveillée de sa torpeur, elle se lève. Persuadée que cela ne peut être qu'Eliott, elle ouvre mais garde les yeux par terre, pour ne pas montrer son visage ravagé :
- Je t'avais dit vouloir être tranquille !
Mais les pieds qu'elle voit l'interpellent. Elle lève les yeux.
- Oh !
- Excuse-moi de débarquer sans prévenir. J'ai eu peur que tu refuse de décrocher. Je venais pour… Olivia, qu'y a-t-il ?
- Je suis crevée Dean. Franchement c'est pas le jour
- Je te trouve plutôt bouleversée ! Tu as besoin d'aide ? Qu'est-il arrivé pour que tu sois dans cet état ?
La force de résister lui fait défaut, elle sait qu'elle n'aura pas la maîtrise nécessaire pour le foutre dehors, alors elle s'éloigne de la porte et le laisse entrer. Il referme derrière lui.
- Ça dû être une journée plus qu'éprouvante pour que tu sois si abattue
- Je tiens pas à raconter, ok. Ce serait pire à supporter.
- Alors tu veux crier ? Pleurer ? Tiens, tu peux même me gifler si ça peut te détendre
- Humm, me tente pas !
- Hey, j'ai vu l'esquisse d'un sourire ! Ma nouvelle mission sera donc de te changer les idées. Je peux chanter une chanson, tu veux ?
Elle le regarde du coin de l'œil.
- Très bon choix ! Tu le regretteras pas. Par contre, faut que tu me donne ton flingue
- Quoi ?
- Si on veut revoir le lever du soleil, faut que j'enlève les balles. Mes chansons ont déjà provoqué des morts.
- Dean c'est gentil, mais y a rien qui puisse me sortir de là
Il la regarde dans les yeux, s'approche et la prend dans ses bras gentiment :
- Tu as besoin de soutien. Laisse-moi essayer de t'aider
Par-dessus son épaule, il voit le dessin accroché au mur. Intrigué, il l'examine et remarque la signature. Il allait poser une question quand elle se mit à fondre en larmes. Alors il la serra plus fortement, et lui caressa doucement les cheveux.
Après s'être calmé, elle a raconté les grandes lignes de sa rencontre avec Calvin et de leur séparation ce jour même. Il n'a pas interrompu une seule fois. Ils étaient restés debout pendant qu'elle expliquait et se déversait, tout près l'un de l'autre mais plus enlacés. Parfois il lui touchait l'épaule ou le bras, selon la tristesse qu'elle exprimait.
- Je comprends ce que tu ressens Olivia
Son soupir agacé lui fit corriger :
- J'ai vécu une situation ressemblante
Il s'éloigna et s'appuya contre le bar ouvert.
- J'avais huit ans. Mon oncle et sa femme ont eu un accident de voiture, si grave qu'ils ont passé deux ans d'hôpitaux en hôpitaux. Ils avaient une fille de six mois, que mes parents ont recueillis. Elle a vécu presque deux ans avec nous. Pour moi elle était devenue ma sœur. Quand ses parents sont venus la reprendre, j'ai perdu pied. Je me suis enfui avec elle sous le bras. On nous a vite retrouvés bien sûr, mais j'ai gardé une rancune tenace envers mon oncle et ma tante. J'ai refusé de les voir pendant des années. Résultât, elle m'a oublié : je ne suis qu'un cousin comme un autre ! Alors que moi je la voyais comme ma sœur qu'on m'avait volée. Je sais bien que perdre « une sœur », ce n'est pas comme perdre « un fils » mais lui il a douze ans, il ne va pas t'oublier. Il y aura toujours ce lien spécial entre vous. Olivia, ne renonce jamais aux êtres que tu aimes.
- Tu es le seul à me dire ça ! Tout le monde me supplie d'oublier, de…
- Non, ce serait renier cet amour que tu lui porte. Il faut continuer à aimer, toujours, mais apprendre à le faire dans l'absence
Il s'éloigna pour ouvrir un tiroir, et regarda dedans sans fouiller.- Qu'est ce que tu fais ?
- Je cherche du papier. Tu va écrire une lettre.
Un stade où se déroule un match de sport entre deux équipes de jeunes. L'estrade est remplie par les familles.
- Vous êtes là à tous les matchs ? - demanda une maman à son voisin, caché derrière un caméscope.
- Non, j'ai rarement cette occasion. Alors je veux immortaliser la journée - répond Dean.
- Vous avez raison. Oh ! Regardez moi ce lancer !
La partie de baseball terminée, Dean aborde un des jeunes joueurs.
- Salut. Tu es Calvin, n'est ce pas ?
- Hein ? Vous êtes qui ? Vous me voulez quoi ?
- T'affole pas, j'ai juste une lettre pour toi.
- Quoi ?
- Elle ne t'oublie pas. Ne lui en veux pas, ni à ta mère, ni aux autres. Grandis, profite de ta vie en toute insouciance.
- Mais ?
- Tiens, ça aussi c'est pour toi
Dean lui tend un sac.
- Dans quelques années, tu pourras faire tes propres choix. Si tu le souhaites, tu pourras te déplacer pour la revoir, elle sera toujours là pour t'accueillir. Jamais elle ne t'oubliera.
Calvin commence à avoir des larmes dans les yeux.
- A une prochaine fois bonhomme.
Dean s'en va. Calvin sort le paquet contenu dans le sac : un cadeau d'anniversaire.
Olivia ouvre sa porte. Dean est derrière. Sans un mot, il lui tend un caméscope. Elle est surprise :
- Mais ?
Il ne répond rien, juste un signe de tête sur l'appareil. Elle entre dans l'appartement. Il hésite mais finit par l'y suivre et fermer la porte.
Olivia ne le remarque pas, elle regarde la vidéo et pleure silencieusement.
Puis elle se tourne vers lui : - Merci - tout bas.
Il la serre gentiment dans ses bras.
Dean sonne à une maison. Une femme ouvre.
- Oui ?
- Megan. Je suis Dean Porter, ton cousin.
La femme reste interdite un instant, puis se rappelle :
- Ah oui ! Bonjour. Quelle surprise ! Il se passe quelque chose ? Pourquoi ne pas avoir averti de votre visite?
- Je veux te montrer quelque chose
- Quoi ?
- Des photos. De nous.
Quelques minutes plus tard, assis tous les deux sur le sofa, il lui montre des vieilles photos d'enfants :
- Ici c'est toi, avec moi. Là tes premiers pas, et celle-ci, c'est ma préférée!
La femme le trouve un peu bizarre.
- Je n'avais jamais vu ces photos. Mes parents n'en n'ont pas beaucoup de moi à cet âge.
- Parce que tu ne vivais pas avec eux à cette époque.
- Qu'est ce que tu racontes ?
- Ils ne t'ont jamais dit pour leur accident de voiture ?
- Si, Papa en boite encore
- Sais-tu combien de temps ils sont restés à l'hôpital ?
- Ben, quelques semaines je pense
- Non, deux ans ! Pendant lesquels tu as vécu avec nous, pendant lesquels tu es devenue ma petite sœur. Tu ne te rappelle pas bien sûr. Mais je suis désolé
- De quoi ?
- De n'avoir pas gardé le contact avec toi. Je t'aimais énormément, mais j'étais jeune et j'ai mal réagi
- Dean, c'est du passé
- Pas pour moi
- Je vois.. Il n'est jamais trop tard pour se connaître, tu sais !
Ils se sourient tous les deux.
Dean décroche son téléphone.
- Salut. C'est Olivia
- J'ai reconnu ta voix. Comment vas-tu ?
- Ca va merci. Je voulais te parler, tu pourrais passer me voir ?
- Bien sûr, sans problème. Demain soir c'est possible ?
- C'est parfait. A demain. Bye
- Bye
Il sourit.
Je reconnais en relisant que le style d'écriture est un peu plus "télégraphe" que dans mes autres fictions, mais c'était mon 1er essai ! Alors toutes mes excuses si cela est moins agréable à lire.
