« PUTAIN ! MERDE À LA FIN ! J'EN AI MARRE DE TOUJOURS RANGER TES AFFAIRES USURATONKACHI ! »

« MAIS RIEN T'OBLIGE À LES RANGER UCHIHA ! »

À l'intérieur du grand manoir Uchiha, les cris régnaient et les objets volaient en tout sens. Ricochant sur les murs, se brisants et explosant dans divers coins du salon de la demeure. Rebondissant pour ceux qui avaient de la chance. Mais n'en sortant généralement pas indemnes.

Une énième crise de colère entre les deux amants faisait rage.

Sasuke, debout en plein milieux du salon, en face d'un canapé éventré et au milieu de divers débris de métal, verre, plastique et autres restes d'objets, serraient ses poings à s'en faire blanchir les phalanges, les bras serrés étroitement contre son corps, rouge de colère, tout en essayant d'inculquer encore une fois à son petit ami les bienfaits du rangement dans la vie. Là ou il avait toujours échoué. En face de lui, une magnifique lampe de chevet finement ouvragé et à l'espérance de vie pour le moins très courte à la main, Naruto, cheveux plus en bataille qu'à l'ordinaire et également rouge de colère, gigotait dans tous les sens tout en essayant de faire comprendre à son amant que le rangement n'était pas la seule chose qui importait dans la vie. Il y avait un tas de choses plus intéressantes à faire. Comme le sexe par exemple. Mais ça, il valait mieux ne pas trop compter dessus pour l'instant, se disait-il. Car même si un Sasuke rouge de colère paraissait terriblement excitant aux yeux du jinchuuriki (seul lui savait pourquoi), il n'en restait pas moins un ninja en colère. Et donc, potentiellement dangereux.

Et puis, aujourd'hui, il faisait vraiment chier, selon l'Uzumaki.

Merde, quoi ! Il avait juste fallu qu'il laisse traîner ses habits d'anbu en pleins milieux du salon, et ça avait suffi à déclencher une crise de nerf chez un Sasuke qui jurait qu'ils allaient tous finir par tomber malade avec toutes les saloperies qu'il laissait traîner un peu partout dans la maison. Ce à quoi Naruto avait rétorqué qu'entre sa cuisine à lui et son manque de rangement, il aimerait bien savoir lequel était le plus toxique. Il le savait pourtant, les piètres talents de cuisinier de Sasuke, ou plutôt ses talents inexistants pour la cuisine, étaient tabous. Rien que de savoir qu'il dépendait de son petit ami blond pour manger était une honte terrible pour lui. Pire que s'il avait dut lui céder sa place de mâle dominant lors de leurs ébats. Ce n'était pas peu dire !

« ET SI JE LES RANGE PAS QUI LE FERA ? CERTAINEMENT PAS UN IDIOT BLOND INCAPABLE DE TROUVER UNE CHAUSETTE DANS UNE PILE DE LINGE SALE ! »

La lampe fît un dernier signe de croix et fusa à travers la pièce, frôla une mèche de cheveux noir avant de s'écraser dans un sinistre bruit de verre brisé sur le mur d'en face.

« MAIS IL T'EMMERDE L'IDIOT BLOND ! ET PROFOND EN PLUS ! JE VOIS VRAIMENT PAS EN QUOI CINQ TEE-SHIRT ET TROIS PANTALONS PEUVENT TE FAIRE CHIER ! PUTAIN MAIS T'ES AUSSI EMMERDANT QU'UNE FEMME, CONNARD ! »

Sasuke ouvrit les yeux en grands sous la surprise et la colère. Qu'on insulte sa cuisine encore, ça passait. Il l'avait vraiment mauvaise, mais ça pouvait éventuellement passer. Mais qu'on insulte sa virilité, sa condition première de mâle Uchiha, ça, ça se payait. Et assez cher en plus.

Naruto lui, étonnamment, à la vue du visage crispé de colère de son petit-ami, décida de garder pour lui la prochaine bonne réplique qu'il avait concocté et mordilla dans un pur reflexe de nervosité son piercing lingual. Peut-être qu'il était allé un peu trop loin là, déjà que c'était rare de le voir tourner au rouge durant une de leur dispute. L'Uchiha se contentant généralement d'hausser un peu le ton et de regarder son amant un air froid sur le visage et les bras croisés sur son torse.

Mais malheureusement pour lui, quand il commençait à se fâcher avec son brun, s'arrêter devenait bien difficile. Il était si tentant de répondre à ses piques et de voir lequel tiendrait le plus longtemps des deux ! Même si le plus souvent, leur dispute se terminait sois par une étreinte sauvage dans divers coins de la demeure (et qui était presque aussi bruyante que leur cris de colère), sois par le départ de l'Uchiha qui préférait dans ces cas là abandonner à son affligeante stupidité son petit-ami.

Mais alors que leur dispute avait commencé comme bien d'autre, pourquoi Naruto avait-il l'impression d'avoir commis un impair ?

« Et t'appelle ça "un peu" de vêtement sans doute ? »

Le changement de ton de Sasuke, plus léger, presque calme et maîtrisé et l'étrange ricanement qui sortit de sa gorge à la fin de sa phrase firent frissonner d'effrois le jeune homme blond. Là c'était sûr, il avait commis une faute. Et grave qui plus est. Naruto n'esquissa pas l'ombre d'une réplique, ne bougea pas le moindre petit doigt.

« MAIS J'AI ENVIE DE TE DIRE QUE SI T'ES PAS CONTENT DE MON SENS DU RANGEMENT, T'AS QU'AS TE BARRER D'ICI ! »

Après sa brusque explosion de voix, l'Uchiha reprit son souffle, ayant crié encore plus fort que les fois précédentes pour faire sortir toute la rage qui s'accumulait en lui. Le silence, assourdissant, pesant, s'installa dans la pièce.

Naruto retenait son souffle.

Jamais, au grand jamais, Sasuke n'avait émis l'hypothèse de le virer de ce qu'ils avaient pris pour habitude d'appeler "leur" maison. Même si leurs disputes avaient parfois été des plus violentes, son amant n'était jamais allé aussi loin. Et Naruto était persuadé, avant aujourd'hui, qu'il ne le ferait jamais, il était persuadé qu'il tenait trop à lui pour oser, ne serait qu'envisager qu'il prenne toutes ses affaires et retourne vivre chez lui.

Il avait dût faire une erreur quelque part, et une grosse. Mais il ne voyait vraiment pas ce qu'il avait put dire de pire que les fois précédentes.

Pendant qu'il réfléchissait à l'issue du problème, Sasuke le fixa un long moment de ses deux orbes charbons, semblant vouloir le brûler sur place, avant de baisser le regard soudainement au sol.

Naruto ne respirait presque plus, la tension était si palpable dans la pièce qu'on aurait pu la découper au couteau.

Alors, esquissant un premier geste, Sasuke se dirigea à pas lents vers un petit siège noir posé non loin de là et y attrapa sa veste. Il passa en coup de vent devant le regard vide de Naruto, qui contemplait un point au loin, semblant ne pas le voir, encore sous le choc et murmura un faible "Oh et puis merde, c'est moi qui me casse" avant de franchir la porte.

Elle se referma dans un claquement sonore avec toute la fureur de l'Uchiha et Naruto entendit, crié à travers la porte : "Je ne sais même plus ce que je fous avec toi ! ".

Puis le silence reprit sa place. Pesant, étouffant.

Sasuke était partit. Comme tant d'autres fois. Et pourtant, ce n'était pas pareil, songea dans un demi éveil Naruto, par ce qu'il avait dit … Il avait dit …

Enfin, son cœur se manifesta dans sa cage thoracique.

Un coup, un seul, brutal, et l'impression qu'on venait de lui déchirer les entrailles. Puis la sensation qu'on lui compressait l'estomac. Plus que tout, plus que cette stupide dispute, pourtant si courante entre eux, c'était les derniers mots de son amants qui lui firent le plus mal. Il n'y croyait pas. Ça avait été si vite qu'il n'y croyait pas encore. Mais à chaque fois qu'ils tournaient en boucle dans sa tête, les mots prenaient de la solidité, s'encastraient dans son cerveau et gagnaient un peu plus d'ampleur. Un peu plus de réel. Un peu plus de consistance. Pensait-il vraiment ce qu'il lui avait dit ? Oui, sans aucun doute. Sasuke disait toujours ce qu'il avait sur le cœur. Il devait le gêner tous les jours, à habiter avec lui et a n'en faire qu'à sa tête. Il devait rêver, sans doute, qu'il parte. Quelques larmes coulèrent de ses yeux et, dans des mouvements d'automate, Naruto se décida alors à quitter leur champs de bataille et à se diriger jusqu'à "leur" chambre.

Il s'écroula sur son lit, le sentit à peine grincer et se roula encore tout habillé dans sa couverture. Adoptant la position du fœtus, il entoura ses jambes de ses deux bras et ferma les yeux. Et ce ne fût pas vraiment les larmes qui coulaient maintenant librement sur son visage qui le génèrent, mais plutôt les mots de la personne qu'il aimait le plus au monde et qui tournaient sans fin dans son cerveau.

Comme une litanie cauchemardesque.


Sakura avait toujours été une personne ponctuelle. Depuis sa plus tendre enfance, elle avait toujours eu a cœur de ne jamais arriver en retard à aucun de ses rendez-vous. Si elle disait être présente pour dix-sept heures trente-sept au lieu de rencontre où vous aviez convenu qu'elle devait vous retrouver et bien elle y serait à coup sûr. C'était une des nombreuses qualités qui la rendait tout de suite sympathique à n'importe quel inconnu. Et c'était également la raison de sa venue au domicile Uchiha cet après-midi là. Profitants aujourd'hui d'une journée de repos, l'équipe sept reformée depuis le retour de Sasuke et comptant dans ses rangs un membre de plus en la personne de Sai, avait décidée d'organiser une petite sortie au village tous ensemble. Histoire de passer quelques bons moments ensemble, hors, bien sûr, d'une habituelle mission sanglante. Et Sai l'accompagnant, il ne manquait donc plus que Naruto et Sasuke.

La jeune kunoichi leva la main et toqua quelques petits coups secs à la porte, pensant qu'étant attendus, Naruto excité comme une puce ne tarderait pas à ouvrir la porte en grand, un sourire immense peint sur le visage. Mais personne ne vint. Peut-être étaient-ils occupés (Sakura grimaça à cette pensée et ne préféra pas penser à quoi) et n'avaient-ils alors rien entendus ? Elle frappa à nouveau, plus fort et plus longtemps cette fois-ci. Toujours rien. Jugeant alors que dans un cas comme celui-ci l'usage de sa force colossale était obligatoire, elle abattit son poing sur la pauvre porte qui, jusque à dernière nouvelle n'avait rien demandée, et celle-ci, dans un sinistre craquement, rendit l'âme. La jeune femme enjamba les restes de ce qui avait été une magnifique porte ancienne nippone, Sai sur les talons, avant de remarquer que celle-ci était ouverte.

Pourquoi personne n'était-il venu alors lui ouvrir puisqu'ils semblaient être là ? Sakura connaissait la manie obsessionnelle de Sasuke qui consistait à toujours vérifier quatre ou cinq fois qu'il avait bien fermé la porte de sa demeure à clé avant de s'en aller, ne serais-ce qu'à l'échoppe du coin. Ils ne pouvaient donc pas être partis puisque celle-ci, paix à son âme, était visiblement ouverte.

Elle avança un peu plus dans l'entrée, aussi méfiante que ses sens aiguisés de ninja le lui conseillait, un Sai décidément bien muet aujourd'hui toujours sur les talons. Le jeune homme lui aussi était inquiet, mais juste un peu. Pour lui, il semblait tout à fait normal que Sasuke et Naruto aient une vie privée et aient besoin de faire ce que bon leurs semblaient sans avoir besoin d'en informer toujours leurs compagnons. Ainsi, suivant sa logique, ils étaient peut-être allés faire un tour histoire d'acheter de la nourriture et n'étaient toujours pas revenus. Dans ce cas là, il leurs suffiraient d'attendre sagement leur retours, assis sur leur canapé de préférence et mangeant ce qu'il restait dans leur frigo. Non ! Le dernier livre qu'il avait lu et qui reposait maintenant précieusement sur sa table de chevet interdisait ce genre de pratique Sai se reprit bien vite. Ils resteraient debout dans l'entrée en les attendant. Oui, c'était ça … Perdu dans ses pensées, il suivit machinalement la kunoichi dans l'entrée, puis dans le salon.

« Naru ? Sasuke ? Youhou ! Y'a quelqu'un ? »

Seul le silence lui répondit et Sakura commençait vraiment à croire qu'ils étaient partis. Mais quelque chose la poussa, avant de s'en aller les chercher dans le village, à explorer d'abords toutes les pièces de la maison afin de s'assurer que ces deux baka de coéquipiers ne s'étaient pas fourrés tout seuls dans les ennuis ou n'avaient pas fait les idiots. Par exemple, pensait le cerveau de la jeune femme, peut-être avaient-ils décidés brusquement de faire l'amour et, de fil en aiguille, s'étaient endormis dans les bras l'un de l'autre après l'acte. Ou peut-être encore s'étaient-ils battus, après tout c'était courant entre eux, et avaient finis presque morts dans une pièce de la demeure. Sincèrement, la jeune femme espérait la première option, elle était beaucoup plus kawai et beaucoup plus inoffensive.

Ils arrivèrent devant la chambre des deux amants et Sakura poussa le battant qui coulissa dans un bruit léger, à peine perceptible. Et dès qu'elle le vit, la jeune femme sut que Naruto n'allait pas bien.

Le jeune homme se trouvait étendu tout entier sur son lit, les bras le long du corps tout en fixant le plafond blanc de la chambre. Il n'avait pas daigné tourner son regard vers elle lorsqu'elle était entrée. Il n'avait même pas bougé un cil.

Une dispute ? Sûrement, pensa t-elle aussitôt. Les disputes entres les deux amants étaient réputées violentes dans le village et quelques fois, il se pouvait que ça se termine en pleurs. Pleurs versés seulement par le blond, c'était sa manière de tout expulser, pensait-elle. Mais même si Sasuke semblait n'être aucunement affecté par ces querelles, la jeune femme savait pertinemment que ce n'était pas le cas. Souvent, après être sortit en fureur du manoir, elle savait que le jeune Uchiha partait se balader dans le quartier de son enfance pour faire passer ses nerfs et, elle le soupçonnait fortement, sa tristesse dans ses souvenirs nostalgiques. Seulement, c'était bien la première fois qu'elle voyait Naruto dans cet état. D'habitude, après avoir pleuré un peu, il grognait un moment puis faisait semblant que tout allait bien en continuant ses pitreries habituelles.

Ce fût la seul chose qui l'empêcha d'aller chercher le manteau de son coéquipier, de le lui jeter dessus en lui criant d'un ton énergique et joyeux de se lever et qu'ils allaient tous aller manger chez Ichiraku.

Elle s'assit sur le rebord du lit et entraperçut du coin de l'œil Sai partir en direction du salon. Sûrement qu'il allait les attendre là. Sai, malgré ses efforts, n'était toujours pas très à l'aise avec les sentiments tels que la tristesse et la souffrance. Il risquait de faire plus de mal que de bien en essayant d'aider son ami.

Elle avança la main et la passa dans les cheveux dorés et désordonné de celui qu'elle avait moqué et haït dans son enfance et qu'elle admirait maintenant tout en le considérant comme le frère qu'elle n'avait jamais eut. Parfois plus grand qu'elle, parfois plus petit. Aujourd'hui faisait parti de ces jours où il ressemblait au deuxième.

Elle dégagea les quelques mèches qui voilaient ses yeux et le regard fatigué qu'il lui montra alors l'attrista un peu plus. Le jeune homme semblait ailleurs, perdu dans les sombres pensées qu'il voyait sûrement défiler dans le blanc uniforme du plafond. Elle remarqua que ses yeux étaient également rouges et gonflés. Il avait pleuré et beaucoup plus que d'ordinaire. C'est que c'était plus grave qu'il n'y paraissait. La jeune femme se décida à briser le silence.

« Naruto, explique-moi. »

La voix lui parvint de très loin, un peu éraillée par les larmes et le silence.

« Il n'y a rien à expliquer. Il est encore parti, il préfère fuir les problèmes. Tu le sais très bien. »

Sakura soupira. S'il n'y avait eu que ça, le jeune homme ne serait sûrement pas dans cet état. Mais comme toujours, comme depuis trop de temps maintenant, il gardait tout au fond de lui et n'exposait au regard du monde que ce qu'il voulait bien montrer. Ce comportement l'exaspérait au plus haut point. Elle avait vraiment envie de le frapper jusqu'à ce qu'il crache le morceau mais décida de faire preuve de patience et de diplomatie.

« Et donc tu te morfonds sur ce pauvre plafond. Logique de la part d'Uzumaki Naruto. Je ne connais personne de plus dépressif que lui. »

Le silence encore une fois. Sakura continua.

« Qu'est ce qui s'est passé cette fois ? Il avait encore passé trop de temps dans la douche ? Tu avais encore laissé une pile de vêtements sales s'amonceler quelque part ? »

Le silence une fois de plus. Peut-être une fois de trop.

« NARUTO BON SANG ! REGARDE-TOI ! ON DIRAIT UNE LARVE ! BOUGES-TOI UN PEU ET EXPLIQUE-MOI ! »

La brusque montée de sa voix en un cri avait eu l'effet escompté et le jeune homme sursauta violemment. Par contre, ce que Sakura n'avait pas prévu dans sa tentative de faire réagir son coéquipier, ce fût sa main qui se plaqua brusquement sur sa bouche et les larmes qui recommencèrent à couler de ses yeux grands ouverts. Comme indépendantes de sa volonté. Effarée, la jeune femme resta quelques instants plantée là, à regarder bêtement son meilleur ami pleurer tout en essayant d'arrêter ses larmes avec ses mains, chassant des gouttes qui revenaient sans cesse.

Sortie de sa mauvaise surprise, elle monta à genoux sur le lit et entreprit de relever Naruto. Une fois assit, elle le prit dans ses bras, serrant fort sa prise à la taille et lui murmura des "chut, tout va bien. Tu va me raconter et tout ira mieux après. Tu verras. Chut, calme-toi Naru" à l'oreille. Naruto lui, entoura également de ses bras la jeune femme à la taille et serra compulsivement sa prise, au rythme de ses larmes. Une dizaine de minute s'écoula avant que le jeune homme, vidé de ses larmes, ne se détache de sa meilleure amie et ne prenne la décision de s'assoir avec elle sur son lit. De toute façon, elle ne s'en irait pas avant de connaître la vérité. Alors autant lui dire, au point où il en était. Il commença alors d'une petite voix qui ne lui était pas habituelle, sous l'oreille attentive de Sakura.

« Je … Sasuke et moi … Ben … On s'est encore battus. »

La jeune femme s'autorisa un mini sourire. Ça, elle s'en était doutée toute seule.

« C'était un truc tout con tu sais … Comme d'habitude, j'avais pas mis au sale mes habits et Sasuke il s'est énervé. Je l'avais pas fait exprès, j'te jure. C'est juste que j'avais pas pensé que ça irait si loin. »

Il s'arrêta un moment pour faire une pause et Sakura l'enjoignit à continuer.

« On a commencés à s'envoyer des piques et puis les objets aussi. Je savais bien, vers la fin, qu'il était plus énervé que d'habitude mais tu sais, quand on se bat tout les deux, ça devient vite difficile de s'arrêter. »

La jeune femme opina du chef. Elle comprenait très bien.

« Alors il s'est mis à hurler que si je n'étais pas content de son sens du rangement, je n'avais qu'à dégager de la maison. De notre maison. Puis il est partit, avant de … »

Sa voix mourut dans sa gorge.

« Avant de quoi Naruto ? Insista doucement la jeune femme. »

« Avant … Avant de crier qu'il se demandait ce qu'il foutait encore avec moi. »

À nouveau, les larmes menacèrent de déborder de ses yeux et Sakura anticipa. Elle le prit encore une fois dans ses bras et tapota son dos en lui murmurant qu'ils allaient bien trouver une solution et que de toute façon ce genre de chose entre eux était courant. Ça s'arrangerait sûrement, comme toujours.

Naruto sembla alors retrouver un peu de contenance et la jeune femme médita un peu sur les paroles du blond. Sasuke aimait Naruto, à en crever, ça elle en était sûre. Et c'était réciproque. Mais ses dernières paroles étaient quand même inquiétantes. Pensait-il vraiment ce qu'il disait ? Mais ça, elle en doutait fortement. Ou bien n'étais-ce que des paroles jetées en l'air, irréfléchies, sur un moment de colère ? Oui, Sakura penchait plus de ce côté-là.

Pfiouu, ces deux là lui causait décidément bien des soucis. Combien de fois avait-elle cru mourir d'inquiétude devant leurs violentes querelles ? Combien de fois avait-elle crut qu'elle allait les réduire à l'était de charpies sanguinolentes pour se faire autant de mal alors qu'ils s'aimaient ? Combien de crises cardiaques avait-elle frôlée en apprenant que l'un ou l'autre se trouvait à l'hôpital du village suite à une dispute ? Mais ce n'était pas vraiment les blessures physiques qu'elle craignait mais les blessures morales. Celles-là étaient les plus dangereuses, c'était celles qui faisaient le plus mal et qu'ils s'infligeaient le plus souvent sans même en avoir conscience. Celles-là encore qui pouvaient parfois rester des années cachées dans les tréfonds du cœur et que Naruto enfouissait au plus profond de lui. Que ferait-elle alors lorsque que tout ça ressurgirait et leur exploserait à la figure tous les deux ? Y résisteraient-ils ?

Elle fut coupée un instant dans ses réflexions par Naruto qui essayait visiblement de lui poser une question, tout en triturant ses doigts, comme gêné. Vraiment, pensa t-elle, quand il se fâchait avec son amant et révélait ses sentiments, il ressemblait vraiment plus au gamin qu'il était autrefois qu'au ninja au comportement animal et dangereux qu'il était devenu. Et en ce moment même, elle avait plus l'impression d'avoir en face d'elle un gamin pris en faute plutôt qu'un jeune homme de presque vingt ans.

« Vas-y. Poses-la ta question, Naru, lui souffla t-elle. »

« Je … Enfin, comment ça se fait que Sasuke et moi on se dispute tout le temps ? »

Sakura resta bouche-bée l'espace d'un instant. Comment poser une colle pas croyable à ses meilleurs amis en une leçon, made in Uzumaki Naruto. Comment lui expliquer que Sasuke avait un caractère de merdre et ne s'entendait de toute façon avec personne à part sa majestueuse personne et que c'était déjà un miracle social pour lui de vivre dans la même maison que le jeune homme blond énergique ? Comment lui expliquer que c'était un peu logique que le brun s'énerve à la vue de la pile de vêtements sales qui occupait presque tout un coin de leur chambre en ce moment même ? Comment lui expliquer que quand ils se mettaient tous les deux en colère, ils avaient souvent tendance à en faire un peu (beaucoup) trop ?

Sakura se creusait maintenant la cervelle afin de trouver quelque chose de pertinent à répondre à ça, sans vexer son meilleur ami. Mais ça ne venait pas. Et puis, elle-même, à vrai dire, ne possédait pas vraiment la réponse du problème. Bien qu'ayant quelques idées, elles lui semblaient, après mûre réflexion, ne pas suffire à répondre entièrement. Naruto ne se contenterait certainement pas de peu.

Ces deux là, songea t-elle, avait toujours eu un lien spécial qui les réunissaient. Sasuke avait toujours considéré Naruto comme un rival à sa juste mesure, tout comme ce dernier d'ailleurs. Et essayant en premier de se persuader qu'il n'y avait rien de plus profond entre eux à l'arrivée des premiers symptômes, dès qu'il en avait eu plus conscience, il avait autoproclamé Naruto sa "possession privée". Naruto, lui, avait toujours eu énormément de respect pour son meilleur ami, et ce, même après sa chute de plus en plus profonde dans les abîmes de la haine. Malgré cela, il lui avait fallu beaucoup plus de temps qu'à Sasuke pour accepter qu'il puisse il y avoir un "nous" entre eux. Mais surmontant des épreuves qu'ils s'étaient dressés parfois eux-mêmes, tout seuls (il fallait bien l'avouer) ils en étaient venu finalement à s'aimer à vivre ensemble.

Hélas, comme les deux n'avaient pas un caractère bien facile, il avait fallu s'attendre à une relation plus que mouvementée. Et même si Sasuke continuait de jeter un regard noir à quiconque regarderait d'une manière un peu trop insistante à son goût son blondinet, et même si Naruto continuait de proclamer haut et fort qu'il aimait son "enfoiré" sous les "ta gueule connard" de celui-ci, il arrivait que tout dérape. Puis ils se réconciliaient. D'une manière, parfois, à peu près tout autant extrême que leurs disputes. En faisaient l'amour. Ou plutôt en baisant, rectifiant Sakura, au vu de la violence avec laquelle ils le faisaient.

Ils ne pouvaient pas s'empêcher de se détruire mutuellement tout en se désirant avec une passion peu commune. Et leur vie était bien difficile à suivre pour quiconque ne connaîtrais pas assez leur passé et leurs habitudes.

Et même pour les "intimes" du couple, c'était parfois bien compliqué, songea Sakura.

Mais alors qu'elle se creusait les méninges afin de trouver une réponse plausible à fournir à son meilleur ami qui attendait toujours sa "solution miracle", ses grands azurs levés vers elle, le miracle en question s'imposa à son esprit.

Elle savait où la piocher cette réponse ! Mais oui ! Et avec un peu de chance, ça éclairerait tout ! Leurs disputes perpétuelles jusqu'à leur désir sans fin ! Mais oui ! Pourquoi n'y avait-elle tout simplement pas pensé plus tôt ?

Décidément, en plus d'être une kunoichi talentueuse, porteuse du savoir de Tsunade, elle était géniale !

Brusquement, elle se leva et, avec un grand sourire, annonça fièrement à Naruto qu'elle pouvait tout lui expliquer mais que pour cela, il lui manquait un élément indispensable. Et que celui-ci se trouvait chez elle. Elle allait donc retourner à son appartement et se dépêcher de le ramener. Elle ne serait pas longue. Promis !

En refaisait le chemin inverse à son arrivée dans la grande demeure, elle croisa Sai, affalé nonchalamment dans le canapé du salon, une bière à la main, inspectant des yeux la pièce, comme s'il était chez lui. Elle soupira. Il avait finalement finis par trouver la cuisine. Et le frigo semblait-il. Il ne se faisait vraiment pas chier.

Se plantant devant lui afin de monopoliser son attention, et lui indiqua d'un ton sec qu'elle retournait chez elle pour chercher quelque chose dont elle avait besoin et qu'il n'avait pas intérêt à bouger d'ici son retour. Et interdiction de vider un peu plus le frigo de Sasuke et Naruto. Sai lui répondit avec un grand sourire hypocrite que, de toute façon, il ni avait rien de bon dans ce frigo à part la bière qu'il avait dégotée et presque finie d'ailleurs et que vu qu'il se faisait atrocement chier, il allait sûrement piquer une sieste dans le canapé. Elle pouvait donc prendre tout son temps.

Sakura soupira puis sortit.


Si on devait trouver un seul adjectif afin de définir à lui tout seul l'appartement d'Haruno Sakura, ce serait sûrement "rose". Et le salon devait sûrement à lui tout seul concentrer le plus de cette couleur en ce lieu.

Celui-ci possédait un superbe papier peint entièrement rose clair avec, en motif, des fleurs de cerisier d'un rose foncé. Le sol était recouvert d'une moquette incroyablement soyeuse aux fins poils roses et les trois fauteuils de la pièce, doux et confortables étaient, voyons … Roses eux aussi. À cela s'ajoutaient des cadres photos aux bordures roses représentant tous Sakura et ses amis à différents moments de leur vie, accrochés par un clou aux murs et des vases également roses contenant des roses d'une belle couleur rose disposés sur les meubles. Telle était à peu près la dominante principale du salon d'Haruno Sakura. Bizarrement, seuls quelques rares objets par-ci par-là ainsi que les meubles en bois avaient rescapés à "l'invasion rose". Surnom qu'avait donné Naruto à son appartement la première fois qu'elle lui avait fait visiter, à peine une semaine après son achat et qui avait valu au jeune homme un coup de poing bien sentit dans l'estomac. Sasuke lui, s'était juste contenté d'un "tch" méprisant et d'un regard ennuyé qui en disait beaucoup. Typiquement Uchiha tout ça.

Une fois la porte refermée derrière elle, Sakura s'avança en de grande enjambée jusqu'à la bibliothèque massive qui trônait fièrement contre un mur, juste derrière son canapé. À l'intérieur, d'immenses volumes reposaient. Certains à la couverture imposante et richement décorée, d'une valeur inestimable et dont le prix coutait "plus cher que ton éducation Naruto" avait répondu à celui-ci alors qu'il avait bien faillit en détruire un à le manier trop brutalement malgré son grand âge. Elle avait failli en faire une crise cardiaque quand elle l'avait vu secouer l'Ancestral Manuel d'Armes Ninjas et l'ouvrir d'un geste sec. Car oui, Sakura aimait profondément les livres.

Elle ouvrit la vitrine en verre du grand meuble et parcourra du doigt tous les volumes reliés qui lui faisaient face. La jeune femme en possédait de multiples. Certains plus vieux que d'autres, certains plus gros que d'autres, certains plus précieux que d'autres, et certains plus intéressants que d'autres. Mais tous, elle les chérissait, et quelques uns encore plus par ce qu'ils lui avaient été donné par l'Hokage en personne. Tous les livres de médecine qu'elle possédait et qui remplissait toute une étagère lui venait directement de Tsunade qui avait jugé qu'elle devait en posséder au moins un pour sa connaissance personnelle et pour s'améliorer tout en lisant intelligemment. Du coup, elle lui en avait passé une vingtaine, et pas que des petits !

Mais ce n'était pas vraiment ceux là qu'elle recherchait.

Enfin, elle tomba sur le livre désiré et, avec précaution, sortit le gros volume de son étagère en le faisant coulisser lentement entre deux autres livres imposants : La magie dans l'Art Ninja et Les étoiles et la destinée : carte du futur. Elle referma doucement la vitre et serra dans ses mains son trésor. En pressant le pas -elle ne voulait vraiment pas que son ami puisse l'accuser d'avoir paressé en chemin et de ne pas s'être assez dépêché- elle rouvrit la porte de son appartement et après l'avoir refermé à clé, se jeta dans les rues de Konoha.