Il est tard. Les couloirs de l'hôpital sont presque déserts. Jack somnole sur une chaise de la salle d'attente. Gwen s'approche, lui touche le bras. Il sursaute.

– Il s'est réveillé?

Gwen s'assoit près de lui.

– Il n'est pas encore sorti de la salle de réanimation. On vient de me dire que son état est stable. Il a passé un premier seuil critique... Il faut attendre maintenant.

Jack soupire. Gwen paraît ennuyée.

– Jack?

– Hmmm?

– Rhys est venu dès qu'il a su...

– Rhys?

– Oui... Il est parti nous chercher des beignets et du café digne de ce nom...

Jack secoue la tête:

– Je n'ai pas faim, Gwen...

Elle esquisse un sourire.

– Ce n'était pas vraiment pour manger, tu sais... Plutôt pour s'occuper l'esprit...

– Ah oui? Avec de la matière grasse saturée et du sucre?

Gwen ne réagit pas à l'agressivité de Jack.

Après un court silence, Gwen demande à mi-voix:

– Tu l'aimes, n'est-ce pas?

Jack n'en revient pas.

– Quoi?

Très sérieuse, Gwen rejoint les mains devant elle sans le regarder.

– Tu aimes Ianto, c'est ça?

Jack cache son embarras derrière un air choqué.

– Aimer? Qu'est-ce que ça veut dire, hein? Toi aussi je t'aime! Tout comme j'ai aimé Owen ou Tosh.

– Mais Ianto, c'est différent.

Jack choisit de ne pas répondre.

– Tu sais, je n'arrête pas de penser à vous deux, quand je... Enfin, tu sais...

– Gwen, s'il te plaît...

– Oh! J'ai eu un peu de mal au début, c'est vrai. Mais au fond, je suis contente pour vous deux... Non, s'il te plaît, ne dit rien. Laisse-moi finir... Je veux juste être sûre que tu ne joues pas avec lui. Il ne se remettrait pas d'une nouvelle déception...

– Écoute, Gwen, je suis désolé, mais Ianto sait très bien ce qu'il fait. Et je n'ai pas l'intention de le faire souffrir, si c'est ce qui te tracasse. Loin de là...

Gwen pose une main apaisante sur l'épaule de Jack, fébrile.

– Peu importe que tu me le dises ou non... Le plus important, Jack, c'est que tu le lui aies dit. Tout le monde a besoin de se l'entendre dire. Ianto est fragile. Ne gâche pas ce qu'il pourrait t'offrir à cause de trois petits mots gardés sous silence.

Jack pousse un grand soupir.

– Dis-moi, Gwen... Cela changerait quoi si les sentiments que tu me prêtes étaient réels?

Surprise, Gwen retire sa main.

– Ben, rien... pourquoi?

– Tu veux dire... Rien entre nous, c'est ça?

− Jack, où veux-tu en venir, là? Pourquoi détournes-tu la conversation? Je suis sérieuse.

− Moi aussi. J'estime que je n'ai pas à justifier mes sentiments, réels ou non. Devant personne. D'accord?

Un peu déstabilisée, Gwen hoche la tête.

− Comme tu veux... Je disais ça pour vous deux...

− Gwen... On vient de passer une sacrée mauvaise période. On y a laissé deux amis. Et Ianto est entre la vie et la mort. Laisse-nous un peu de temps pour aborder de pareils problèmes... Ok?

Rhys arrive sur ces entre-faits, deux sacs en papier dans les bras. Gwen vient à sa rencontre et le débarrasse d'un.

Il lui demande:

− Alors?

− État stable... On attend...

− Le pauvre...

Un temps puis il désigne Jack du menton.

− Et lui?

Gwen se tourne vers Jack qui a enfoui son visage fatigué entre les mains. Elle baisse la voix.

− Vaudrait mieux que tu le laisses un peu tranquille... Toutes ces histoires, ça remue tu sais...

− Tiens, je t'ai apporté tes beignets préférés, ça va te remonter le moral.

Gwen l'embrasse avant de se servir.

− T'es un amour, Rhys.

Rhys prend alors un café et un beignet et les tend à Jack.

− Capitaine, un beignet?

Jack se contente de secouer la tête. Mais Gwen intervient:

− Voyons, Jack!

Avec un soupir, Jack accepte le gobelet et le beignet.

− Merci, Rhys.

− De rien, Capitaine... Heu... Vous verrez... Il va s'en sortir.

Gwen lui fait les gros yeux et lui fait signe de s'asseoir. Rhys met un peu de temps à comprendre puis obéit. Jack se lève soudain pour arpenter le couloir d'un pas rapide. Il s'arrête puis revient.

− Jack... Ne commence pas, fait Gwen doucement.

Jack dépose son café et son beignet sur une table puis s'assoit à nouveau.

Il pose les coudes sur les genoux et baisse la tête. Il va lui falloir de la patience pour attendre... Et ce n'est hélas pas son point fort...