Disclaimer : La famille Malfoy est à JK Rowling, les autres et l'histoire sont à moi.

Béta : BettyMars

Bon mercredi à tous.

Je suis soulagée de voir que mon histoire, même en l'absence de magie a su vous intriguer suffisamment pour vous donner envie de lire la suite. Alexe22, effectivement, cette histoire ne va pas être tendre émotionnellement. Et j'espère réussir à vous faire ressentir toutes les émotions que je vais décrire au fil des chapitres.

Mais je ne vais pas blablater plus et je vais vous laisser faire connaissance avec Lysandre et bien d'autres personnages qui vont vous accompagner un certain temps.

Bonne journée, bonne lecture et à mercredi prochain pour la suite.


Chapitre 2

Novembre 1916.

Le soleil illuminait la façade en pierres du manoir. Derrière, la cime des montagnes était déjà couverte d'une petite couche de neige. Le contraste avec le sol rocailleux et tout juste recouvert d'herbes rases aurait inspiré bien des peintres. Novembre allait bientôt finir et le froid s'était déjà bien installé. Mais Lysandre n'avait pas le cœur à s'extasier. Il remonta la lanière de son sac de voyage sur son épaule et reprit sa marche. C'était une bonne chose que le temps ne soit pas à la pluie car entre bateau et autocar, son périple avait été un peu long et sa marche depuis l'arrêt de bus au bord du loch n'avait rien arrangé de sa fatigue.

Il avait abandonné le chemin depuis un moment pour préférer la ligne droite au travers de la bruyère. Il connaissait la vallée comme sa poche et malgré les années passées, rien n'avait changé. Combien de fois sa mère avait-elle attrapé des sueurs froides quand il partait à l'aventure dans les montagnes ou vers le loch ? Il n'était alors qu'un petit garçon. Arrivé à la limite du domaine, il jeta un regard à la grille en fer forgé avant d'enjamber vivement le muret de pierres comme il l'avait souvent fait quand il était gamin. Sauf qu'il était bien plus grand maintenant et qu'il n'eut aucune difficulté à le faire.

Noël approchait à grands pas, pourtant Lysandre n'était pas joyeux. Il avait quitté le manoir quelques années auparavant, un peu plus de cinq ans. Sa mère avait été triste quand il lui avait annoncé et avait bien tenté de le retenir en vain. Son père l'avait un peu plus mal pris. Il aurait dû suivre ses traces pour apprendre à gérer la fortune familiale et à agir en homme de son rang. Mais il avait préféré suivre ses propres traces. Il avait envie d'aventures et avait fini par le convaincre de le laisser vivre ses rêves. Il lui avait promis de prendre ses entières responsabilités dès son retour et son père avait cédé. Et il était parti avec son baluchon à la découverte de l'Europe.

Pourtant il était de retour bien plus tôt que ce qu'il avait prévu. Et maintenant, alors qu'il arrivait sur la terrasse principale, il regrettait presque d'être parti. Il avait égoïstement pensé à lui et ses envies d'évasion et il avait perdu bien du temps. La grande porte s'ouvrit sur le majordome au visage plus lugubre que dans son souvenir. Mais il pouvait comprendre pourquoi.

- Monsieur Lysandre ! Vous auriez dû prévenir de votre retour, je vous aurais envoyé Ioseph.

- Ce n'est pas grave Greagoir, et puis je ne marche que depuis le loch, ce n'est rien. Après avoir été balloté dans différents véhicules, j'avais besoin de me ressourcer dans notre belle vallée. De plus, je n'avais aucune idée du temps qu'il me faudrait pour voyager, donc je n'ai pas pu vous télégraphier mon arrivée. Comment cela se passe-t-il ici ?

- C'est une période un peu délicate, Monsieur. Mais donnez votre bagage et venez prendre une collation au petit salon. Vous semblez transi.

- Il y a peu j'étais encore sous le soleil chaud du nord de l'Afrique. Mon corps ne supporte que difficilement le retour au pays. Mais il s'y fera. Je vais monter me rafraichir avant de prendre ma collation. Ensuite vous me tiendrez au courant des dernières nouvelles.

- Monsieur Oscar Callaghan doit venir demain matin, mais je peux le faire prévenir de votre retour. Il sera plus à même à vous renseigner sur tous vos questionnements.

- Non, je verrais demain avec lui pour le détail. Mais j'aimerais tout de même que vous m'en touchiez deux mots pendant que je prendrais mon thé.

- Comme il vous conviendra Monsieur.

Greagoir s'inclina respectueusement devant lui avant de remettre le balluchon à un jeune garçon qui ne devait pas avoir plus de dix huit ou dix neuf ans. Celui-ci attrapa maladroitement ce qu'on lui tendait avant de s'incliner et de se précipiter dans les étages. Le majordome excusa son comportement auprès de Lysandre et lui indiqua que sa chambre avait été préparée avant de se diriger vers les cuisines. Le jeune homme le regarda partir avant de laisser son regard se perdre dans la contemplation du hall. Il était de retour chez lui.

Se secouant, il prit la direction des escaliers de droite. Il aurait bien le temps plus tard de refaire le tour du propriétaire. Pour l'instant, il devait bien avouer qu'il était frigorifié. Il monta jusqu'au premier étage avant de se diriger vers l'aile sud sans un regard vers les quartiers de ses parents. Chaque génération de Malfoy avait une aile attitrée. Ses parents avaient celle du nord, lui du sud et ses enfants occuperaient par la suite l'aile nord de nouveau. Chaque aile contenait une grande suite qui servait soit aux parents, soit à l'ainé des enfants, une salle de bain, un grand dressing, un boudoir, un salon privé et une buanderie. Il y avait également une nurserie de chaque côté mais qui était transformée en salle à jouer dans l'aile des enfants. Si jamais il y avait plusieurs enfants, alors il y avait deux autres pièces au tout début du couloir, qui pouvaient être aménagées en chambre.

Mais alors qu'il passait devant, Lysandre se dit que cela faisait déjà deux générations que les Malfoy naissaient enfants uniques. Il fallait remonter à son grand père pour trouver un deuxième enfant. Il arriva rapidement dans sa chambre et savoura la chaleur que dégageait la cheminée. Le feu ronflait vivement créant un jeu d'ombres et de lumière dans toute la pièce. Le jeune homme ferma un instant les yeux avant de se diriger vers la fenêtre. Le soleil déclinant n'allait pas tarder à disparaître derrière les montagnes. Pourtant il ne put s'empêcher de regarder à travers les vitres. Combien de fois avait-il vu ce paysage depuis qu'il était gamin, et combien de fois avait-il rêvé de partir voir, au-delà du loch puis de la mer, combien la vie y était différente ? Un nombre incalculable certainement. Jusqu'à ce qu'il ait réalisé ce rêve.

Avec un soupir, il se détourna et fit le tour de la pièce. Il retrouva bien des affaires qu'il avait oubliées, des photos qu'il aurait préférées ne pas voir. Il plissa les yeux en voyant qu'il y avait tout de même quelque chose de nouveau dans la pièce. Il s'approcha de la porte et avisa l'interrupteur. En relevant un sourcil il l'actionna avant de se retourner pour voir le plafonnier s'allumer.

- Ainsi donc, père, vous êtes passé à l'électricité. Etonnant vu la vivacité avec laquelle vous refusiez d'en entendre parler il y a six ans. Peut-être que l'évolution de ce progrès ou l'adoption de ce procédé par vos amis vous aura décidé.

Avec un pincement de cœur, Lysandre activa de nouveau l'interrupteur pour éteindre avant de se diriger vers la salle de bain pour se rafraichir. Celle-ci avait un accès direct sur la chambre mais une toute petite porte donnant sur le couloir permettait aux domestiques de venir y travailler sans déranger leur maître en traversant la chambre. Il croyait avoir eu le temps d'y penser tout le long de son voyage de retour, mais maintenant qu'il était dans les murs de son enfance, il se rendait compte qu'il n'était pas prêt à affronter le chagrin qui venait de s'emparer de lui. Le manoir était grand. Et il était animé par les actions des domestiques pour l'entretenir. Pourtant il s'y sentait cruellement seul. Il avait voulu profiter de son jeune âge pour voyager, avant de revenir apprendre avec son père.

Sauf que le destin lui avait joué un bien mauvais tour. S'il était revenu au pays c'était suite à une annonce dans le Times qui lui demandait de revenir rapidement. Ce même article lui apprenait la mort brutale de ses parents. Décès survenu six mois plus tôt maintenant. Lysandre avisa la baignoire remplie et décida que c'était une bonne idée. Et puis il n'était pas du genre à gâcher le travail d'un autre, même si c'était celui d'une femme de chambre. Il se déshabilla prestement et abandonna ses vêtements crasseux dans la panière à linge avant de se glisser dans l'eau à température idéale.

Combien de fois avait-il désespéré son père dans ses manières qui ne convenaient pas à une personne de son rang ? Pourtant, dès son plus jeune âge, Lysandre passait du temps fourré en cuisine pour lécher les plats, faisait le mur jusqu'à ramper dans la boue pour partir à l'aventure dans les montagnes et passait beaucoup plus de temps avec les domestiques que ce qu'il n'aurait fallu. Ou encore il allait chercher du fumier à l'étable pour faire des farces à son oncle Pádraig, enfin l'oncle de son père pour être exact mais qui avait toujours refusé de passer pour un grand père et qui avait gardé une âme d'enfant. Celui-ci, malgré son grand âge, appréciait de jouer avec un gamin qui n'avait pas peur d'un peu de saletés ou de quelques égratignures.

Pádraig était le plus jeune des deux fils. Il n'était pas l'héritier de la famille et même s'il avait un protocole à suivre, il était beaucoup moins strict que celui de son frère ainé. « Tu es comme moi, Lysandre, tu es fait pour la liberté ». Oui, et il en avait profité jusqu'à présent. Mais dorénavant, il allait devoir devenir l'héritier Malfoy. Il allait devoir apprendre énormément de choses pour pouvoir prendre réellement la place de son père. Il savait qu'il pouvait compter sur l'aide de Greagoir. Il était le majordome de son père depuis si longtemps qu'il était devenu très proche de lui. Et puis il n'avait de toute façon pas d'autre choix que d'être efficace rapidement. Il ne pouvait pas se le permettre.

Sur cette réflexion, il finit de se rincer vivement avant de sortir de la baignoire et de s'essuyer longuement dans une serviette moelleuse. Cela faisait longtemps qu'il n'avait eu de tissus si doux pour finir ses ablutions. Il se tourna pour attraper le peignoir, pendu au mur, et observa un instant son reflet dans le miroir alors qu'il en refermer le cordon. Il avait un teint légèrement halé pour la saison. Il revenait de quelques années en Afrique du nord et le soleil avait coloré sa peau. Mais il savait que d'ici quelques mois, sous le climat irlandais, il retrouverait sa peau un peu pâle. Pourtant, il ne put s'empêcher de remarquer combien ses yeux d'un beau vert intense ressortaient mieux sur son visage bronzé.

Il avait d'ailleurs charmé plus d'une femme rien que d'un regard. Il n'avait jamais eu l'occasion de se sentir seul pendant son périple car il avait toujours su séduire une charmante compagnie lorsque le mal du pays commençait à s'insinuer en lui. Et puis il avait juste vingt trois ans, il aurait été malheureux de ne pas profiter de ses charmes. Avec une ébauche de sourire, il attrapa une nouvelle serviette pour sécher ses cheveux. Ils étaient châtain clair à l'origine mais le soleil africain les avait considérablement éclaircis. Il en était presque blond maintenant. Mais avec une grimace, il se dit qu'il faudrait qu'il fasse rafraichir sa coupe car il ne ressemblait plus à rien. Si l'aspect débraillé ne dérangeait pas sur un voyageur, sur un héritier c'était une autre histoire.

Finalement Lysandre ressortit de la salle de bain, s'arrêta dans le dressing pour voir s'il trouverait quelques vêtements propres encore à sa taille. Il avait bien quelques affaires dans son baluchon mais maintenant qu'il était de retour au manoir, il faudrait qu'il s'habille un peu mieux. Il trouva une tenue qui lui avait toujours était trop grande et qui lui allait maintenant parfaitement. Il avait pris en muscles car il n'avait pas emporté beaucoup d'argent à son départ et qu'il avait dû gagner sa pitance. Mais il remarqua également qu'il avait pris quelques centimètres car le pantalon était un peu plus court qu'il ne l'aurait dû. Il faudrait qu'il se refasse une garde-robe.

Correctement apprêté, Lysandre reprit la direction de l'escalier pour rejoindre le petit salon mais il ne put empêcher ses pieds de continuer un peu plus loin. Il passa devant la tour sans la prendre et traversa le salon de détente en longeant la bibliothèque. Le premier se trouvait juste au dessus du hall et était composé de banquettes, de tables basses, de plantes, de tapis moelleux, et la baie vitrée était pourvue d'épais rideaux en velours. C'était un endroit où il appréciait passer un peu de temps en sortant de la salle d'études. Celle-ci se situait dans la grande bibliothèque qui faisait également le lien entre les deux ailes et qui se positionnait juste au dessus de la salle à manger. Salle à manger qui servait également de salle de bal quand c'était la période dansante.

Quand il arriva dans le couloir de l'aile de ses parents, le chagrin de Lysandre revint avec force. Il ne savait pas ce qu'il s'était passé quelques mois plus tôt car l'article n'était pas détaillé. Mais il savait ils étaient morts accidentellement de façon relativement violente. Il était maintenant un orphelin qui allait devoir apprendre seul ce que son père avait tant voulu lui enseigner. Il se rappela du regard indulgent de sa mère quand il écorchait ses pantalons en grimpant aux arbres ou quand il affirmait ne pas avoir goûté alors qu'il avait encore de la confiture sur le nez. Il ne la verrait plus le regarder sévèrement alors qu'il sortait d'une des buanderies en charmante compagnie, décoiffé et la braguette encore ouverte.

Il avait réellement été un enfant et un adolescent turbulent alors que son rang nécessitait certains critères immuables. Ses parents avaient été indulgents et il les remerciait vivement. Pourtant, maintenant qu'il était seul et qu'il ne savait pas comment gérer sa vie, il leur en voulait un peu de ne pas l'avoir suffisamment tenu pour lui apprendre ce que signifiait sa place. Il ignorait comment tournerait sa vie, mais il se promit de faire plus attention avec ses enfants, lorsqu'il en aurait.

Décidant qu'il était trop tôt pour visiter cette aile là alors qu'il n'avait pas encore pu se recueillir sur leurs tombes, Lysandre se précipita dans l'escalier de la tour gauche et dévala les marches. Il manqua de faire tomber une jeune servante qui revenait dans la partie des domestiques avec un seau de charbon presque vide. Elle venait très certainement d'allumer une cheminée quelque part. Il s'excusa avant de poursuivre sa route vers le petit salon.

Greagoir était déjà là et l'invita à prendre place dans un fauteuil qu'il n'avait encore jamais vu. Il remarqua d'ailleurs que ce n'était pas le seul qu'il ne reconnaissait pas. Son père avait dû refaire la décoration de la pièce durant son absence. Mais l'odeur du thé et des petits gâteaux détourna son attention. Le jeune homme qui s'était occupé de son bagage s'avança précipitamment et attrapa la théière pour le servir. Puis il lui tendit la tasse en s'inclinant de respect devant lui.

- Merci, salua poliment Lysandre avant de boire une gorgée. Comment vous appelez-vous ?

- Lucas, Monsieur.

- Lucas est le valet de pied que Monsieur votre père avait engagé pour vous servir, Monsieur Lysandre. Cela ne fait qu'un an qu'il est au manoir et il a encore beaucoup à apprendre. J'espère que vous excuserez ses maladresses, il a de grandes dispositions.

- Allons Greagoir, vous me connaissez suffisamment pour savoir que je ne lui jetterais en aucune façon la pierre. Faites vos preuves, Lucas et mon toit restera le votre. Vous pouvez vous retirer.

- Bien Monsieur. Merci Monsieur.

Le jeune Lucas s'inclina une nouvelle fois avant de sortir précipitamment du petit salon.

- Greagoir, asseyez-vous donc. Il est temps que vous me disiez ce qui est arrivé à mes parents.

- Il serait désobligeant que je prenne place à vos côtés.

- Vous m'avez vu grandir et je suis presque certain que vous avez changé mes langes à un certain moment. Je ne pensais pas être irrespectueux dans ma demande.

- Vous ne l'étiez pas, mais après six mois sans maitre de maison, je me dois de montrer l'exemple au reste de vos serviteurs en restant à la place qui est la mienne, Monsieur Lysandre.

- Très bien, soupira le jeune homme avant de lui lancer un regard plus appuyé. Et pour ce qui est de ma seconde requête ?

- Vos parents étaient invités chez les Mac Dónnell pour fêter la naissance de leur premier petit fils. Le jeune Allistair était né la veille. L'accouchement s'était remarquablement bien passé. La jeune mère et l'enfant devaient faire une apparition rapide avant de repartir se reposer. Personne ne sait ce qu'il s'est passé exactement lors de cette soirée, mais le manoir a pris feu. L'incendie a été rapide et violent.

- Dieu du ciel ! S'étrangla Lysandre en écarquillant les yeux.

- La jeune mère a réussi à se sauver en sautant par la fenêtre du premier étage où était sa chambre. Elle n'a été que faiblement blessée mais elle a été enfermée dans un asile pour démence il y a plus peu plus de trois mois. L'enfant a beaucoup souffert des fumées et de l'étroite étreinte de sa mère lorsqu'elle s'est sauvée. Il n'a malheureusement pas survécu. Il était mort avant que les premiers secours n'arrivent, alertés par les flammes hautes et la fumée. La jeune madame Mac Dónnell ne l'a pas supporté et son esprit s'est détraqué.

- Et les autres ? Qui d'autres s'en est sorti ?

- Personne monsieur. Que ce soit la famille, les invités ou les domestiques, tous étaient au rez-de-chaussée. Ils ont tous péris prisonniers des flammes.

Lysandre ferma violemment les yeux. Sa tasse était abandonnée sur la petite table et les biscuits l'écœuraient plus qu'ils ne l'attiraient désormais. Il repensait à ses parents mais aussi à tous ces gens, morts atrocement, léchés et dévorés par un terrible incendie. De nombreuses larmes glissèrent sur ses joues sans qu'il ne fasse rien pour les retenir. C'était bien trop douloureux pour qu'il puisse garder ceci en lui. Il sentit à peine la poigne compatissante de Greagoir qui enserrait son épaule. Son chagrin était bien trop puissant pour cela. Son thé était complètement froid lorsqu'il se racla la gorge pour reprendre ses esprits.

- Avez-vous su ce qu'il s'était passé ? Demanda-t-il, la voix rauque.

- Aucune certitude n'a été apportée. L'électricité avait été installée peu de temps avant et une des théories parle d'une défaillance de fonctionnement. Mais l'acte criminel n'est pas exclu. Trois jours plus tôt, monsieur Mac Dónnell avait eu une violente altercation avec un de ses cousins concernant l'héritage, il pourrait y être pour quelque chose. La rumeur comme quoi il aurait aussi reçu des menaces anonymes depuis quelques semaines circulait également. Le feu a pris très rapidement, faisant prisonnier tous ceux qui se trouvaient dans la bâtisse. Mais comme la seule survivante est démente, personne n'a pu apporter de vraie réponse à cette tragédie.

- Voilà une mort bien horrible que celle d'être brûlé vivant. Où … où mes parents sont-il enterrés ?

- Une messe commune a été donnée à la ville avant que les corps ne soient rapatriés dans le cimetière familial, derrière la petite chapelle. Je pense que ni monsieur ni madame n'aurait voulu reposer ailleurs. J'ai insisté pour qu'il en soit ainsi.

- Et je vous en remercie grandement Greagoir.

- Monsieur votre père était un homme généreux et j'avais énormément de respect pour lui.

- Il en avait pour vous également, n'en doutez pas. Demain j'irais leur faire mes adieux.

- Monsieur Callaghan a pour habitude de venir de bonne heure pour s'occuper des affaires du manoir.

- Alors je me lèverais plus tôt. Je suppose que ce qu'il aura à me transmettre durera de longues heures et je ne suis pas certain d'avoir le courage de monter à la chapelle après cela.

- Voulez-vous que je demande à Lucas de vous réveiller ?

- Cela pourrait être nécessaire, effectivement, Greagoir. Merci de votre attention et de votre soutien.

- Comme vous l'avez dit plus tôt, je vous ai connu tout jeune enfant, je déshonorerais mon rang, mon attachement envers vous et la mémoire de vos parents si je ne m'occupais pas correctement de vous.

- Ayez ma totale reconnaissance. Maintenant je vais me retirer dans mes quartiers. Ces quelques dernières journées ont été longues et fatigantes et celle-ci se termine de façon relativement éprouvante. J'ai besoin de faire le point et de me reposer.

- Je vous ferai monter un plateau repas, monsieur Lysandre.

- Merci. Mais juste un bouillon. Mon estomac est trop révulsé de ce que je viens d'apprendre pour accepter de garder quoi que ce soit d'autre.

Greagoir s'inclina respectueusement avant de le regarder s'éloigner. Il n'avait que vingt trois ans, et pourtant le jeune Lysandre semblait avoir vieilli de quelques années en l'espace d'un thé inachevé. Le majordome était au service de la famille depuis plusieurs décennies maintenant. Il avait appris à en apprécier tous ses membres et il ne faudrait pas le torturer de trop pour qu'il avoue qu'il avait un faible particulier pour ce garçon là. Les jours à venir n'allaient pas être simples pour lui. Il allait devoir apprendre son rôle et sa place tout en faisant son deuil. Mais il ne serait pas seul. Greagoir n'était pas l'unique membre des domestiques à avoir le cœur qui balançait pour Lysandre. Il y aurait au moins une autre personne qui saurait l'aider à avancer. Dans un soupir, le majordome ramassa la tasse et l'assiette de biscuits sur un plateau avant de partir vers les cuisines. Il avait des ordres à donner pour le repas et pour le lendemain matin.

o0o

Même si le ciel s'éclaircissait, le soleil n'était pas encore levé. Pourtant cela n'avait pas empêché Lysandre d'aller se recueillir sur les tombes fraiches de ses parents. Il était chaudement emmitouflé dans un manteau et une écharpe alors que ses mains gantées étaient négligemment glissées dans ses poches. Il ne pouvait retirer son regard des deux croix neuves en pierres. Il n'arrivait pas à passer outre sa culpabilité. S'il n'était pas parti pendant cinq ans, alors il aurait pu profiter d'eux plus longtemps. Il n'aurait pu empêcher leur mort et il aurait peut-être même péri en même temps qu'eux car il aurait probablement fait partie de la célébration de la naissance du jeune Allistair Mac Dónnell. Mais il aurait été là, avec eux.

Il ne savait pas s'il arriverait un jour à passer au dessus de cette culpabilité, mais pour l'instant, elle courait dans ses veines aussi sûrement que du poison. Il avança d'un pas et s'accroupit. Il enleva son gant pour pouvoir porter ses doigts à sa bouche afin de les baiser avant de caresser la première croix. Celle de sa mère. Il réitéra son geste sur celle de son père avant de baisser la tête, les yeux fermés, dans un silence de communion. Il n'avait pas apporté de fleurs. Cela ne servirait à rien car elles seraient gelées et mortes en une seule nuit. Il se promit de revenir correctement fleurir la dernière demeure de ses parents au printemps, lorsque les jours et les nuits seraient meilleures.

Après une dernière prière, Lysandre se releva et regarda les autres tombes. Les ancêtres de sa famille sur quelques générations se trouvaient là. Ses parents ne seraient pas seuls. Pas comme moi, pensa-t-il amèrement. Il fit ensuite quelques pas pour entrer dans la petite chapelle. Elle n'était pas très grande mais elle avait vu passer quelques mariages ou enterrements. Malgré son rang, sa famille avait toujours préféré l'intimité au faste lors des célébrations importantes. Il y avait toujours un grand repas suivi d'un bal pour ponctuer l'évènement dans le beau monde mais l'acte principal restait en petit comité.

Ses pas résonnèrent contre les dalles alors qu'il avançait vers la nef. Il se recueillit un instant avant de faire demi tour et de ressortir. Le soleil s'était levé même si ses rayons ne tombaient pas encore sur le manoir. Lysandre resta un instant sur le pas de la porte et respira profondément. Puis il s'approcha du cheval qu'il avait accroché à l'anneau rouillé fixé à la chapelle. Il le libéra avant de monter dessus. Puis sans un regard en arrière, il le fit redescendre sur le chemin escarpé et un peu enneigé. C'était un lieu isolé dans la montagne qui était dissimulé aux regards de tous ceux qui n'étaient pas à proximité direct. Il fallait environ une trentaine de minutes pour y accéder car le chemin était très accidenté. Faire le chemin à cheval n'était pas plus rapide mais bien moins fatiguant.

Lysandre laissa le cheval redescendre à son bon vouloir. Après tout, vu le terrain, il n'y avait aucun doute qu'il regagne directement l'écurie ou sa proximité. Plus ils descendaient, et moins il y avait de neige. Le jeune homme se souvint de toutes les fois où, à dos de sa jument ou à pieds, il avait parcouru ces lieux sauvages. Une fois, il avait poussé tellement loin qu'il était arrivé sur les bords d'un autre loch, de l'autre côté de la montagne. Il avait eu de la chance de tomber sur une ferme dont les habitants étaient amicaux. Ils lui avaient servi un bon repas et lui avait permis de rester dormir pour la nuit. Mais il savait que ses parents s'inquiétaient déjà certainement trop alors il avait décliné l'invitation et était reparti. Il avait tout de même accepté le cheval qu'on lui avait prêté et il avait pu rentrer plus rapidement.

Il avait pris la raclée de sa vie ce jour là. Ou plutôt cette nuit là car même si cela s'était passé en été, le soleil était déjà couché quand il était revenu au domaine. Ce fut la seule fois où son père avait utilisé les méthodes anciennes de ses aïeuls sur lui. Lysandre se souvenait qu'il avait dû dormir sur le ventre cette nuit là et que le lendemain, quand il avait rapporté le cheval à ses propriétaires, devoir rester assis sur la selle avait été un vrai supplice. Et pourtant, cela ne l'avait pas empêché de recommencer quelques années plus tard. Sauf que là, il était déjà un jeune homme presque adulte et que son père avait fièrement pensé, à bon escient, qu'il avait été courtiser une demoiselle. Il l'avait emmenée en balade comme souvent et avait profité du cadre grandiose pour assouvir ses envies.

Aujourd'hui, cette balade n'avait pas le même goût. Le plaisir n'était pas au rendez-vous et il n'avait pas l'esprit à de telles frivolités. Il arriva en vue de l'écurie et reprit les rennes pour guider sa monture jusqu'à son box. Là il le laissa aux bons soins du palefrenier et se dirigea vers le manoir. Trouvant que l'air était bien trop piquant pour lui, il préféra entrer par la porte de service, dans la tour au bout du couloir des domestiques, qui était plus près. Il referma vivement la porte sur lui et souffla dans ses mains. Il n'était vraiment plus habitué à une telle température.

Il jeta un regard à l'escalier qui montait dans les quartiers de ses parents avant de se détourner. Il irait, oui, mais plus tard, quand il se sentirait prêt. Du coup il s'avança dans le couloir avec dans l'idée de gagner sa chambre le plus rapidement possible quand une voix forte le fit sursauter et se retourner.

- Monsieur Lysandre ! Je suis bien contente que vous soyez passé par là ! Vous allez me faire le plaisir de venir jusqu'à ma cuisine pour avaler votre petit déjeuner ! Non mais qu'est-ce que c'est ces manières de passer devant moi sans rien me dire !

- Aveleen ! Dieu que je suis content de vous revoir ! S'écria-t-il, tendrement ému.

- Venez donc par là. Vous n'êtes pas encore assez grand pour que je ne vous serre plus contre mon cœur.

Avec un sourire sincère sur les lèvres, Lysandre ne se fit pas prier. Il s'avança vers la vieille cuisinière et la serra vivement dans ses bras. Elle était un peu ronde et plus petite d'une bonne tête mais il se sentait toujours comme un petit garçon devant elle. Combien de temps avait-il passé à récurer ses récipients directement avec sa langue ? Combien de biscuits avait-il été lui réclamer ou lui dérober ? Elle aurait été sa propre grand-mère qu'il ne l'aurait pas aimée plus.

- Vous êtes devenu un bien beau jeune homme mon garçon.

- Et vous êtes toujours aussi appétissante.

- Espèce de vilain galopin ! Ne vous êtes-vous donc pas trouvé une jolie femme à aimer durant votre périple ?

- J'ai trouvé bien des femmes sur mon chemin, mais je ne les ai jamais aimées plus d'une nuit.

- Votre père n'était pas un tel coureur à votre âge, soupira Aveleen avec un soupir. Vous tenez ça du frère de votre grand père. Ce cher Pádraig aimait courir le jupon. Heureusement qu'il a fini par trouver la personne qui a fait de lui un homme honnête ! J'espère bien que vous la trouverez bien avant l'âge qu'il avait lui à ce moment là !

- Mais je l'ai déjà trouvée, s'écria Lysandre, sauf que vous ne voulez jamais accepter mes avances !

- Petit inconscient ! Gronda-t-elle vivement. Me faire ça à mon âge ! J'aurais bien tout vu. En attendant, Lysandre, vous allez vous asseoir sur cette chaise et avaler un bon repas. Vous n'avez presque rien avalé hier soir et ce matin vous n'avez bu qu'un thé. Il n'est pas question que je vous laisse dépérir maintenant que vous êtes revenu !

- Je n'ai guère faim vous savez, répondit-il sombrement.

- Je sais, mon garçon, mais il vous faut manger pour avoir la force d'affronter tout ça. Monsieur Callaghan ne devrait plus tarder à arriver. Votre journée va être longue, vous avez besoin de prendre des forces. Et puis vous aurez surement la visite de Miss Katherine avant la fin de la semaine. Dès qu'elle apprendra votre retour, elle sera là au galop.

- J'espère avoir encore un peu de temps devant moi avant l'arrivée du cyclone.

- Au moins j'ai dans l'espoir que maintenant que vous êtes adultes tous les deux, vous serez moins turbulents. C'est que vous nous en avez fait un bien grand nombre de bêtises !

- J'ai passé l'âge d'être aussi insouciant, soupira Lysandre. Et Katy aussi.

- Avalez donc cette assiette avant que je ne vous prenne sur mes genoux pour vous donner la béquée ! Le reste arrivera en son temps et vous l'appréhenderez mieux le ventre plein.

Lysandre lui rendit son sourire avant d'attaquer son petit déjeuner. Il s'était levé l'estomac toujours noué de ce qu'il avait appris la veille mais il avouait maintenant volontiers que d'avoir retrouver la vieille cuisinière et son attention, lui avait ouvert l'appétit. Il avait eu l'impression d'être revenu quelques années plus tôt et ses soucis s'étaient un instant évaporés. Pas longtemps, mais juste assez pour donner à son corps l'envie de goûter de nouveau à ses bons petits plats.

Alors qu'il avalait doucement ce qu'elle lui avait préparé, il la regarda s'affairer autour des fourneaux. Il était encore tôt mais le plat qu'elle avait décidé de préparer allait lui prendre du temps. Un peu plus tard, il regarda une servante entrer dans la cuisine et mit quelques instants avant de se souvenir d'elle. C'était la jeune femme de chambre qu'il avait bousculée la veille. Elle semblait plus jeune que lui mais il avait appris à se méfier de l'apparence d'une femme. Elle ne l'avait pas encore remarqué et il l'observa agir sans pudeur. Elle n'était pas particulièrement jolie mais elle avait quelque chose d'attirant.

Elle semblait vive et énergique. Ce qui était de bonnes qualités quand on travaillait pour une riche famille. Il savait que maintenant il devrait s'occuper du recrutement lorsqu'il y aurait un manque à combler et il n'était pas certain d'être assez efficace pour cela. Il espérait que cela arriverait le plus tard possible et que Greagoir l'aiderait dans son choix. Pour l'instant, il y avait certainement assez de monde comme ça. Après tout, il n'y avait moins de monde à s'occuper et il ne comptait pas faire de soirées mondaines dans l'immédiat. Il lui faudrait certainement quelques années avant de réellement faire ses premiers pas en tant qu'hôte de prestige.

La femme de chambre se retourna après avoir attrapé tout ce dont elle avait besoin pour faire son nettoyage. Elle sursauta en le voyant. Elle ne s'était visiblement pas attendue à voir le maitre de maison assis dans la cuisine, à manger comme n'importe quel suivant. Elle s'inclina en balbutiant quelques salutations avant de s'enfuir de la cuisine. Pourtant elle s'arrêta sur le pas de la porte avant de se retourner pour le regarder. Leurs yeux se rencontrèrent. Les iris si verts la firent rougir et disparaître complètement dans le couloir.

Aveleen soupira en lui disant qu'il était pénible à mettre ses aides en émois et lui conseilla de ne pas s'accoquiner d'elle. Après tout, les deux avec lesquelles il avait eu une aventure étaient parties car elles étaient tombées amoureuses de lui. Lysandre s'en amusa. Qu'y pouvait-il si ses yeux avaient un effet envoutant sur la gente féminine ? Il finit d'avaler son thé avant de se lever. Il s'approcha de la cuisinière et lui embrassa la joue avant de lui dire qu'elle n'avait pas à être jalouse car elle serait toujours unique dans son cœur. Il se prit un coup de torchon sur la tête avant de partir à ses obligations.

Il venait de finir de se changer quand il entendit un moteur résonner. Ce devait être Oscar Callaghan qui arrivait. Il jeta un œil à la pendule pour voir qu'il était à peine neuf heures. Effectivement, la journée promettait d'être bien chargée. Il se pressa de redescendre afin d'accueillir l'homme comme il se devait. Il était l'héritier des Malfoy et il avait un rôle à tenir, alors autant s'y plier le plus rapidement possible afin de mieux s'y adapter. Arrivé dans le hall, il remarqua que Greagoir était lui aussi présent. Il le salua avant de sortir sur la terrasse.

La voiture s'arrêta dans la cour dans un crissement de gravillons. Puis le chauffeur coupa le moteur et descendit du véhicule. Il ouvrit ensuite la portière arrière et s'inclina lorsqu'un homme élégant sortit. Celui-ci lissa son manteau d'un mouvement leste avant de remettre correctement son chapeau. Puis il se dirigea vers la porte d'entrée où il retrouva Lysandre.

- Lysandre, quel plaisir de vous revoir. Je vous offre mes plus sincères condoléances pour la perte de vos parents. Sachez que je regrette abondamment leur disparition.

- Bonjour, monsieur Callaghan. Je vous remercie de votre sollicitude. Je sais que vous étiez proche de mon père.

- C'était un excellent ami. Je me doute que vous êtes encore en plein deuil.

- Je n'ai su leur décès qu'il y a quatre jours et Greagoir m'a appris les détails hier soir. Je suis dévasté de ne pas avoir été là plus tôt.

- Vous auriez été là que cela n'aurait rien changé. Les évènements tragiques n'auraient pu être modifiés même avec votre présence. Pleurez-les, mais ne vous culpabilisez pas. Le passé est immuable, le futur est à créer. Or nous n'avançons que si nous sommes en paix avec nous-mêmes.

- J'essaierais de m'en souvenir. Merci de vos conseils.

- La perte de ma femme m'a été terriblement douloureuse et je m'en suis voulu. Après tout, si je n'avais pas voulu un fils, jamais elle ne serait morte en couche. Nous savions sa santé fragile mais elle voulait faire cela pour moi. Et au final j'ai eu une nouvelle fille et j'ai perdu ma femme. Mais ma culpabilité ne m'a pas absout ni ne m'a rendu celle que j'aimais. Avancez, Lysandre, vous n'êtes en rien coupable.

- J'ai compris ce que vous vouliez me dire et j'en suis touché. Je vais faire ce qu'il faut.

- Bien, voilà une bonne chose.

- Je tenais également à vous remercier pour ce que vous avez fait en mon absence pour ma famille et le manoir.

- Votre père était comme un frère pour moi. Il aurait fait la même chose, voire plus, pour mes filles. Si je n'avais rien fait, je l'aurais trahi. Et maintenant que vous êtes de retour, il est temps de parfaire votre formation à la gestion de l'entreprise familiale.

- Je saurai me montrer à la hauteur de vos attentes. Mais avant toute chose, permettez-moi de réparer une bévue de ma part en vous invitant à entrer.

- Avec plaisir. Oh, un instant.

Oscar Callaghan se retourna vers la voiture et jeta un regard agacé au chauffeur. Celui-ci se redressa un peu avant de dire quelques mots à une personne qui devait toujours être dans le véhicule. Un instant plus tard, une jeune fille, un livre à la main, descendait en acceptant l'appui de son bras. Puis elle lissa ses vêtements et s'avança vers l'entrée du manoir. Lysandre la regarda arriver en haussant un sourcil étonné.

- Allons ma chérie, ne fais pas attendre notre hôte !

- Désolée père, mais j'en étais venue à un passage relativement passionnant et je n'ai pu détacher mes yeux jusqu'à ce que j'en arrive au bout.

- Lysandre, veuillez excuser ma fille pour son comportement. Je ne savais pas que vous seriez de retour aussi je lui avais promis de l'emmener à la ville après mon passage ici. Je la ferai ramener un peu plus tard.

- Ne vous inquiétez pas, monsieur Callaghan, je n'en ai pas pris offense. Et si elle n'est pas dérangée à l'idée de rester ici, la bibliothèque ou le salon d'hiver pourrait lui permettre d'avancer sa lecture.

- Vous êtes un gentleman, sourit le père. Etant donné que nous allons nous côtoyer très souvent, appelez-moi Oscar. En attendant vous vous souvenez peut-être de ma fille Elizabeth ?

- La petite Lizbeth ? S'étonna Lysandre, venant de poser un nom sur ce visage qui ne lui était pas inconnu.

- Oh, elle a bien grandi en cinq ans, elle a déjà quatorze ans maintenant. Une jeune fille en devenir. Comme si je n'avais pas assez à faire avec les frasques de sa sœur ainée.

- Allons Oscar, vous savez bien que Katy n'a jamais réellement été une petite fille.

- Vous avez raison, s'amusa Callaghan, et j'avais tort. Jusqu'à il y a quelques années, j'avais bien un fils à la maison.

Les deux hommes sourirent à cet état de fait avant de pénétrer dans le hall. Elizabeth entra à leur suite sans rien dire. Elle était souvent venue au manoir Malfoy en même temps que ses parents lors de soirées, ou simplement de goûters amicaux. Mais depuis le drame, les occasions s'étaient limitées à deux fois et elle s'était contentée de profiter du soleil d'été sur la terrasse. Pourtant, lorsqu'elle entra, elle ne put s'empêcher d'admirer la décoration du hall comme à chaque fois. Il lui faisait toujours un grand effet.

Elle se rappelait bien un peu de Lysandre, mais elle n'avait jamais été proche de lui. C'était Katherine sa meilleure amie. Après tout, elle n'avait qu'un an de moins que lui et ils avaient beaucoup de choses en commun. Elle serait d'ailleurs ravie d'apprendre son retour. Elizabeth était bien plus jeune, elle avait huit ans de moins que son ainée et cela faisait une très grande différence. Déjà quand on était enfant, une seule année pouvait en paraître plusieurs, alors autant d'un coup, était une vraie barrière.

Tous les trois s'installèrent dans le petit salon pour prendre une boisson chaude afin de se réchauffer du vent piquant qui courait dans la vallée. Ils étaient de plus restés un certain temps à parler sur la terrasse et cela avait suffi à bien les refroidir. Puis le temps des choses sérieuses commença. Lysandre et Oscar s'éloignèrent vers le bureau, alors que Greagoir guidait la jeune fille dans le salon d'hiver.


Voilà, comme vous pouvez vous en douter, cette fiction va décrire la vie de cette famille depuis ce moment là. Mais je n'oublie pas Draco et Scorpius que vous retrouverez en parallèle, au gré de certains chapitres ; ). Alors à dans une semaine pour la suite !