Ce n'était pas inhabituel que Genos se fasse aborder par des filles. Même avant de devenir célèbre, il faisait déjà de l'effet à la gente féminine – et peut-être masculine, mais c'était plus discret sans doute, car Saitama n'avait pas remarqué.
Pourtant Genos ne semblait pas s'en préoccuper plus que ça. Saitama comprenait que Genos ne recherchait pas de relation il comprenait ça à un niveau très intime, lui-même n'ayant que peu d'attrait pour ce genre de chose. Mais même dans ces conditions, la façon qu'avait Genos de rester stoïque devant ses fans était à la fois impressionnante et surtout désarmante.
Saitama ne pouvait s'empêcher de l'envier. Il n'éprouvait rien de négatif envers Genos – il avait des fans, il les méritait – mais un sentiment doux-amer envers lui-même. Il s'était inscrit au registre national des héros en se formant quelque fantasmes dans la tête, et ceux-ci ne s'étaient pas réalisés – pas pour lui en tout cas. Il y avait de quoi être déçu.
Il n'avait pas commencé sa carrière de héros pour la reconnaissance du public. Toutefois, l'idée d'être acclamé par une horde de filles délicates lui plaisait. C'était une forme de victoire qu'il n'avait jamais expérimenté, et même s'il avait conscience du degrés de futilité de ce désir, ça ne l'empêchait nullement de l'alimenter.
« J'aimerais bien en avoir aussi... », déclara-t-il en regardant les jeunes filles s'en aller en gloussant après que Genos leur ai signé un autographe.
Ce dernier se tourna vers lui pour le l'observer avec cette intensité toute particulière qu'il n'avait que pour lui.
- Qu'est-ce que vous aimeriez avoir, Maître ?
Saitama haussa les épaules avec nonchalance.
- Des fans. Elles sont mignonnes, et quand elles t'ont vu, elles sont devenues toutes rouges, c'était...ah...
Ses yeux se perdirent dans le lointain. Il pouvait rêver de ça. Ce n'était pas inaccessible, et pourtant malgré ses efforts, il n'y arrivait pas. Il y avait quelque chose qui lui manquait.
- Tu as vu, ajouta-t-il avec un demi-sourire. Elles n'arrivaient presque pas à parler et n'osaient carrément pas te regarder dans les yeux...
Son attention revînt sur Genos il remarqua enfin que ce dernier avait l'air contrarié. Il s'en étonna :
- Je ne dis pas ça parce que je veux te voler tes fans, tu sais ?, marmonna-t-il.
- Je sais Maître. Vous n'être pas aussi mesquin, répondit l'adolescent d'une voix étonnement douce.
- Alors pourquoi cet air soucieux ?, demanda Saitama en lui posant une main sur l'épaule – depuis le temps, il n'était plus du tout surpris par la froideur du métal, il s'y était habitué.
Le jeune homme détourna les yeux en fronçant davantage les sourcils. Saitama le connaissait bien : il devinait que Genos essayait d'analyser ce qu'il ressentait avant de parler, et aussi de se recomposer une façade neutre.
- Ça va Genos, tu n'as pas besoin de...
- Vous mériteriez d'en avoir, Maître, mais vous savez...elles ne sont intéressées que par mon physique et je...je pense que vous méritez mieux. Vous méritez quelqu'un qui vous admire pour ce que vous faites...pour qui vous êtes.
Les yeux de Genos étaient aussi cybernétiques que le reste de son corps, ce qui rendait son regard difficilement expressif. Cependant, en l'observant plus attentivement, Saitama pouvait deviner combien le sujet l'enflammait. Ses pupilles se transformaient, signe que son processeur essayait d'analyser des critères qu'il était seul à voir, peut-être en faisant des recoupement avec des données sauvegardées – Saitama n'avait jamais cherché à savoir comment Genos appréhendait le monde, mais ça devait clairement être différent d'un être humain. Et pourtant, il avait des réactions vraiment typiques et faciles à déchiffrer pour qui le connaissait bien. Ce qui était son cas.
Néanmoins, Saitama préféra faire comme s'il n'avait pas remarqué. C'était plus facile que de s'interroger sur les raisons qui poussaient Genos à être aussi gentil seulement avec lui.
- Ouais, grogna-t-il en passant son bras autour des épaules larges de l'adolescent. Bah, ça viendra quand ça viendra.
Il n'y croyait pas lui-même, mais il voulait faire un effort pour son disciple. C'était plus important que n'importe quelle fan.
