The Evillious Chronicles

Origins Sin Series Part II, Okizari Tsukiyoshou (Abandoned on a Moonlit Night)


014 – Elphegort, Forêt d'Eldoh.

« Allons retrouver nos vrais père et mère. »


"Dis, Hansel… Est-ce que ça ne t'ai jamais venu à l'esprit qu'on était des enfants adoptés?"

Les mains du jeune garçon laissèrent échapper la brosse en bois jaune qui rebondit par terre, interrompant le brossage de cheveux quotidien de Gretel. Cette-dernière se retourna, agacée par la maladresse de son jumeau. Elle lui lança un regard inquisiteur alors qu'il se baissait afin de récupérer l'objet.

- Ne fait pas genre que t'y as jamais pensé ! Je suis sûre que ça t'as déjà traversé l'esprit au moins une fois.

Hansel se releva et reprit sa tâche, la brosse lissant les cheveux dorés dans un geste mécanique. Il contempla quelques instants leurs reflets dans le miroir, elle et lui, avant de répondre d'une voix douce.

- Si, tu as raison. Mais nous, les enfants, ça nous arrive toujours de nous poser ce genre de question tu sais. On espère tous que nos parents ne sont pas nos vrais parents et que d'autres, des parents plus gentils, nous attendent quelque part.

Gretel s'agita sur sa chaise, mécontente du fait que son frère la contredise.

- Maiis ! C'est pas ce que j'veux dire… Tu comprends rien du tout Hansel !

Elle se leva sans prévenir et se retourna. Deux yeux azurins fusillèrent le pauvre garçon qui avait de nouveau fait tomber la brosse à cheveux.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que tu veux que je dise enfin ?

-… En fait, moi ce que je veux dire c'est que… en fait, tu vois…si je me dis des trucs comme « on est adopté », « ce ne sont pas nos vrais parents »… c'est parce que… parce que je déteste maman. Elle me fait peur.

Elle avait chuchoté. Les parents étaient encore dans le salon et ils pouvaient tout entendre s'ils ne se montraient pas discrets. Hansel écarquilla les yeux de surprise face à cette déclaration.

- Comment ? Mais… pourquoi ? Elle est notre maman, on doit l'aimer, non ? Et elle n'est pas méchante. C'est pas vraiment l'horrible belle-mère des contes de fée…

- Oui mais à certains moments… J'ai l'impression qu'elle est pas notre mère. Je sais qu'elle nous aime énormément mais des fois, c'est plus fort que moi, je me rends compte qu'elle me terrifie… qu'elle me dégoûte même. Cette façon qu'elle a de me regarder… comme si on était… comme si c'était une ogresse et qu'on était des enfants bien grassouillets à manger. Cette lueur dans ces yeux… Et puis… moi je te dis qu'elle est folle. Elle va pas bien dans sa tête. Et j'en peux plus !

La brosse à cheveux fut oubliée par terre.

Hansel avait enlacé sa sœur sans hésiter, les larmes roulant sur les joues claires avaient été comme un appel de phare. Gretel souffrait et lui, en tant que jumeau bien-aimé se devait de la rassurer immédiatement afin que sa douleur s'apaise et que les pleurs cessent. La petite se recroquevilla dans les bras du garçon tandis les sanglots étouffés faisaient trembler son corps.

-Schh…Tout ira bien.

Il ne dit pas qu'elle se faisait des idées. Il n'essaya pas de la contredire une nouvelle fois. Parce qu'il savait que cela ne servirait à rien et qu'en plus, elle avait raison.

Eve Moonlit était une personne étrange, au caractère capricieux et à la mentalité instable. Son cœur débordait d'amour pour ses enfants mais il était incomplet. Un événement qui s'était passé il y a longtemps avait ruiné sa santé mentale et elle gardait au fond d'elle une folie rancunière. Son mari n'était pas mieux. Malgré les actions troublantes de sa femme, il avait fermé les yeux et s'était laissé faire.

Hansel ferma les yeux à son tour, se remémorant l'étendue de sa courte vie, et toutes les choses étranges qu'il avait remarqué.

Les pleurs de sa mère, tous les soirs. Le fait que leur père traitait sa femme comme une enfant, et non pas comme une adulte. Le fait qu'ils ne se touchaient presque jamais, pas d'étreintes, pas de marques d'affection évidentes. Le fait qu'Eve regardait ses enfants avec des yeux avides. Le fait que ceux d'Adam étaient plutôt emplis de pitié. Le fait que les pommes étaient interdites, et que les deux jumeaux devaient se cacher lorsqu'ils en mangeaient une, leur mère faisant une crise de nerf à chaque fois qu'elle voyait un de ces fruits. Le fait que toute la famille ne sortait presque jamais de la maison.

Le fait qu'une petite bouteille de lait était exposée dans la vitrine qui décorait l'un des murs du salon, et le fait qu'elle avait toujours été là depuis qu'Hansel se souvenait, et que jamais personne n'y avait touché.

Toutes ces petites choses bizarres, pas si anodines, auxquelles il avait vaguement prêté attention, se rejoignaient et lui faisaient penser que oui, sa sœur avait raison.

Leurs parents leurs cachaient quelque chose.

-Dis Hansel…

Les sanglots s'étaient estompés.

-Si jamais… j'étais en danger, s'il y avait des méchants… Est-ce que tu me protègerais ?

-Evidemment idiote, répondit-il en souriant devant la bêtise de sa sœur. Tu sais bien que je mourrais pour toi s'il le fallait. Je suis super-frérot après tout !

Un sourire traversa le visage de Gretel, illuminant ses yeux azurins pendant une fraction de seconde. La main se resserra autour du poignet du garçon. Malgré tout, l'angoisse n'avait pas disparu.

- Tu ferais… n'importe quoi ?

Elle avait eu du mal à formuler sa question. Hansel ne comprenait pas la raison qui se cachait derrière cette crainte soudaine mais il ne le montra pas.

-N'importe quoi. Et on sera toujours ensemble. Je te le promets.

« Maman… Il fait nuit… On peut retourner à la maison maintenaant ? Qu'est-ce qu'on fait là ?

- Oh non Gretel ! Une petite balade digestive après un bon repas, il n'y a rien de mieux ! Et tu verras…

Evidemment, ça avait été l'idée d'Eve. Une sortie au clair de lune. Pour s'aérer.

Hansel ne pouvait pas ne pas s'inquiéter. C'était beaucoup trop impromptu et suspicieux pour ne pas être étrange.

Et il savait que Gretel pensait de la même manière. D'ailleurs, c'était pour cela que leurs deux mains étaient soudées ensembles depuis qu'ils avaient quitté la maison, il y avait maintenant un bon quart d'heure.

Il faisait noir, malgré la lune pleine qui emplissait le ciel. Les arbres se succédaient au rythme des pas effrénés des deux adultes que les petits ne pouvaient que suivre.

Celle aux cheveux dorés avait les paumes moites et essayait de comprendre le pourquoi du comment en prenant sa voix de gamine adorable et un peu naïve. Ça marchait toujours lorsqu'il s'agissait de berner leur mère.

-Mais pourquoi ? Ah, je sais ! Tu nous emmènes dans un endroit où il y aura des trucs qui nous plaisent ? Comme ces bonbons qu'on adore ! Oui, dis-oui…

Eve se retourna et sourit, de ce sourire que les enfants avaient appris à détester ces deux dernières semaines, après cette nuit où ils avaient scellé leur promesse.

-Tu verras, mon adorable et curieuse petite fille !

Deux paires d'yeux azurins se rencontrèrent et les regards inquiets se confondirent.

Adam marchait devant. Il n'avait rien dit en entendant la proposition de sa femme, alors que normalement, on ne pouvait pas parler du « dehors » avec lui sans que ses yeux ne prennent un éclat menaçant. Ça ne plaisait pas du tout au jeune blond. Il sentait le froid de l'angoisse ramper sournoisement le long de son dos.

Il devait faire quelque chose. Parler.

-Hey, Papa ! Tu crois qu'on va voir Dieu ? Après tout ce que tu nous as dit sur lui, j'ai hâte de le rencontrer !

Dieu. Hansel n'avait pas réfléchi, il avait mentionné cet être dont l'appellation sortait régulièrement de la bouche d'Adam Moonlit que ce fut sur un ton adorateur, inquiet, colérique, peureux, ou suppliant. Il avait été sûr que ce nom aurait attiré l'attention de ce père si croyant.

Effectivement, il réagit. Il s'arrêta une demi-seconde et se retourna à son tour, avant de repartir de plus belle, laissant sa femme qui tenta d'augmenter son allure et deux enfants étonnés derrière lui.

Hansel, passé la surprise face à l'attitude bizarre de son père, réalisa qu'il n'avait aucune, mais aucune envie d'être laissé derrière. Il se mit à courir sans prévenir, entraînant sa sœur avec lui, leurs mains toujours liées.

- Papa ! Pourquoi as-tu l'air si triste ? Hey, Papa ! PAPA !

Adam courait, loin, très loin devant Eve, elle, n'avait pas pu tenir la cadence et était restée derrière tandis que les jumeaux étaient entre les deux, seuls, essayant de rattraper celui qui fuyait.

-PAPA ! Attends-nous ! Papa ! PAPA !

Gretel regardait en arrière, essayant d'apercevoir sa mère.

La seule chose qu'elle vit fut une femme aux cheveux turquoise, immobile au milieu de tout ce chaos, qui les regardait de toute l'immensité de ses yeux fous, ses yeux malades qui ne faisaient que refléter la profondeur de la faille qui fendait son esprit autrefois sain. Cette vision d'horreur ne fit que renforcer les craintes de l'enfant et fut très rapidement remplacée par un enchevêtrement de branches sombres qui se rabattaient derrière eux, les emprisonnant et coupant toute tentative de retour. Voyant ceci, la jeune fille commença à paniquer sérieusement et tenta d'arrêter la course de son frère.

-Hansel ! Stop ! Hansel ! HANSEL ! ARRETE-TOI!

Terrifié par la perspective d'être laissé derrière, le garçon n'écoutait pas et continuait de courir, courir et courir, même si la chevelure marine et la carrure imposante n'étaient plus en vue depuis longtemps. Des larmes de douleurs commencèrent à couler. Gretel n'arrivait plus à respirer et ses jambes la tiraillaient méchamment. Elle n'avait plus d'autre solution.

Elle tira sa main, violemment, et le lien se brisa. Hansel, emporté par son élan, continua et trébucha, se rattrapant in extremis à un tronc d'arbre proche qui lui évita une rencontre brutale avec le sol. Gretel, debout, le souffle court et les yeux brillants, massant sa main, rouge, tellement son frère l'avait serrée en l'entraînant inévitablement dans sa course.

Comme un fou, il bondit sur elle et la secoua violemment par les épaules tout en criant, les yeux exorbités et les mèches blondes volants devant son visage :

-Pourquoi ? Pourquoi ? J'allais le rattraper ! Tu voulais m'abandonner toi aussi, hein ! Pourquoi ? Pourquoi tu m'as lâché ? T'es comme cette sorcière et ce traître? POURQUOI, MERDE ?

« SBAF ! »

Seul une claque avait réussi à sortir Hansel de sa folie passagère. Il s'était arrêté totalement, regardant sa sœur avec des yeux vides de toute terreur. La poigne de fer se desserra et les doigts aux jointures blanches d'avoir trop forcé vinrent essuyer doucement les larmes sur les joues luisantes.

-Je suis désolé.

Il ne pouvait rien dire d'autre.

Gretel s'affala par terre, ses genoux heurtant la terre dure, ses forces la quittant d'un coup, le contre-coût de cette course affolante. Elle ne pleurait plus, elle contemplait juste le sol, ne pouvant rien faire d'autre.

Hansel s'accroupit à son tour, rejoignant sa jumelle adorée dans sa tristesse.

Après quelques minutes où ils restèrent tous les deux silencieux, ne sachant pas quoi dire face à la situation inimaginable dans laquelle ils s'étaient retrouvés, Gretel pris la parole .

- On est perdus. Ils nous ont abandonnés. On est tous seuls…

La voix douce, basse, n'était qu'une façade pour cacher l'immensité de sa terreur. Si Gretel haussait le ton, elle allait de nouveau éclater en sanglot et ils allaient être perdus pour de bon.

Hansel se retenait lui aussi. Il était l'aîné, le grand frère, le garçon, celui qui devait assurer. Il l'avait promis, et il se devait de remplir son rôle avec brio. Ce fut pour cela qu'il ne dit rien, attendant que l'adrénaline s'estompe afin de pouvoir commencer à réfléchir sérieusement.

- Si on avance encore, continua la petite fille, on ne pourra plus jamais rentrer… plus jamais.

Les tremblements diminuaient.

- Il fait si sombre… On ne pourra jamais retrouver le chemin de la maison… Oh, Hansel… Hansel !

Malgré l'effort, les larmes réapparurent, et les yeux brillants d'Hansel firent échos à ceux de sa petite sœur. Il ne savait toujours pas quoi dire, il ne pouvait que la rejoindre et la serrer dans ses bras, fort, pour ne pas la perdre, lui montrer qu'il était là, avec elle. En étant deux, ils se réconfortaient mutuellement, les gémissements de l'un couvrant celui de l'autre, se communiquant leur chaleur corporelle à travers leurs membres transis de fatigue.

Ils restèrent ainsi quelques minutes, le temps que leurs pleurs cessent et que la fatigue les submergent. Réalisant que rester à ne rien faire et à se morfondre par terre n'arrangerait rien, Hansel se leva et força sa sœur à se remettre sur pieds brusquement.

-Il ne faut pas qu'on perde espoir, la voix du garçon se voulait rassurante et énergique. On va pas se laisser faire par eux ! On rentrera à la maison, je te l'ai promis.

Elle acquiesça en reniflant une dernière fois puis essuya rapidement ses larmes, voulant montrer à son frère qu'elle tiendrait le coup.

-Bon. Qu'est-ce qu'on fait alors ? On retourne en arrière ?

Gretel acquiesça une nouvelle fois, resserrant sa prise sur la main de son frère.

-Non, je ne te lâcherais pas. Promis. Aoh, c'est dommage, on voit que dalle… Enfin encore heureux que ce soit la pleine lune ce soir… Si elle n'était pas là, on serrait vraiment dans la merde ! Même si on voit à peine les arbres aux alentours…

- J'ai… j'ai peut-être une solution…

-Ah oui ?

Hansel sentit son cœur bondir dans sa poitrine, rassuré de voir que Gretel n'était plus sur le point d'éclater en sanglot, mais surtout joyeux de savoir qu'elle pouvait peut-être les sauver.

La petite aux cheveux dorés sortit de sa poche un objet qu'Hansel avait toujours regardé avec des yeux avides et que jamais il n'aurait imaginé retrouver dans les mains de sa sœur. La petite bouteille de lait blanc qui le fascinait depuis toujours.

-Regarde.

Elle leva le flacon au-dessus de sa tête, de façon à ce qu'il soit exposé aux rayons de la lune. Le liquide laiteux, qui était dans son conteneur depuis quatorze ans, se mit à briller faiblement au début, puis de plus en plus intensément. Hansel écarquilla ses yeux fatigués devant la petite lanterne qui diffusait une intense lumière blanche autour d'eux, les illuminant, les deux jumeaux perdus et le chemin alentour, qui perdait alors en obscurité et devenait tout de suite moins effrayant. Il resta quelque seconde dans sa contemplation avant de réaliser qu'ils avaient vraiment une chance de s'en sortir. Gretel confirma ce que son frère pensait, parlant doucement, évitant de troubler l'aura chaleureuse et salvatrice que la lumière magique donnait à l'endroit.

-Avec ça, on va pouvoir marcher. Grâce à cette…lanterne, on va pouvoir trouver un chemin, un sentier qui nous ramènera à la maison. Et à ce moment-là je…

Hansel ne dit rien. Il serra juste plus fort la petite main qu'il avait juré de ne jamais lâcher avant de se mettre en marche, suivant sa sœur qui les guidait, tenant en l'air la petite bouteille de lait magique.

Obnubilé par l'idée de rentrer sain et sauf, il ne se demanda pas une seule fois comment Gretel s'était retrouvé avec cet objet mystérieux ni comment elle savait qu'il pouvait faire office de guide, il marchait juste, lentement, calquant ses pas sur ceux de sa jumelle en la tenant fermement par la main.

Cela faisait plusieurs heures qu'ils marchaient. Plusieurs heures que le silence avait pris ses droits entre eux deux et plusieurs heures qu'ils n'espéraient plus rien.
Hansel avait compris depuis longtemps que Gretel n'essayait pas de retrouver le chemin qu'ils avaient empruntés en courant non, de toute façon cela aurait été peine perdu, les sentiers se croisaient et se décroisaient tandis que les arbres trompeurs se ressemblaient tous et formaient toujours la même frise. Elle suivait juste son instinct, laissant la lumière émanant de liquide blanchâtre mener ses pas.

Ils ne s'étaient pas arrêtés une seule fois depuis qu'ils avaient commencé leur marche silencieuse.

Gretel ne faisait aucun bruit quand elle se mouvait et seule sa silhouette illuminée à contre-jour et sa main chaude rappelait à Hansel qu'il n'était pas tout seul dans cette forêt sombre et déprimante.

Un pas. Deux pas. Trois pas. Un saut pour éviter une grosse racine. Un autre pas. Et encore un autre. Puis un autre. Et un autre, et un autre…

Le garçon se demandait si l'aube allait se lever avant qu'ils n'arrivent à la maison. Mais non, la lune donnait l'impression de ne pas vouloir laisser sa place au soleil et restait toujours dans le ciel, imposante et majestueuse.

Un autre pas.

C'était étrange, mais Hansel ne se sentait plus si désespéré. Il savait que la crise de nerf était loin, très loin les larmes étaient essuyées et les sanglots oubliés. La seule chose qu'il était sûr de ressentir était de la haine, une haine sourde et sinueuse, qui se diffusait doucement dans sa cage thoracique et lui procurait une sensation de chaleur réconfortante, car cette colère lui donnait un but à lequel se raccrocher.

Le sentier avait abouti à sa fin. Les arbres s'étaient écartés pour laisser place à une allée recouverte d'herbe et de mousse. Des petites fleurs, blanches sous la lumière maintenant crue de la lune, bordaient le large chemin, embaumant l'air.

Hansel reconnaissait cette odeur qui l'avait intriqué quelque heure plus tôt, alors qu'il savourait ses premiers pas hors de cette maison étouffante.

Il reconnaissait ce chemin.

Ils connaissaient ce chemin.

Ce chemin, c'était celui qui menait à cet endroit.

Gretel rangea précautionneusement la petite bouteille en verre qui les avait si bien aidés dans sa poche. Son regard azurin croisa celui de son jumeau. Un seul hochement de tête suffit pour qu'ils se comprennent tous les deux. Ils avancèrent, toujours les mains liées, leur esprit en parfaite synchronisation.

- Je m'occupe de la sorcière et je te laisse le traître.

Hansel acquiesça sans rien dire. Ses yeux avaient pris un éclat vif et déterminé. Il ferait ce qu'il avait à faire il avait promis à Gretel et il ne faillirait pas.

Un pas, deux pas.

De l'extérieur, la maison pouvait paraître des plus normales. Une petite chaumière aux murs beiges et au toit de paille, mignonne et étrange, toute seule au milieu de cette grande forêt. De la fumée sortait de derrière et de la lumière rouge illuminait l'herbe aux alentours le couple avait dû allumer le four extérieur afin de cuire quelque chose.

-Est-ce que tu crois qu'ils pensent à nous ?

La question de Gretel avait été posé plus pour combler le vide qu'elle ressentait dans son cœur à l'évocation de ces deux personnes qu'elle avait eu l'idiotie de prendre pour ses géniteurs pendant quatorze ans que pour autre chose.

Hansel regardait droit devant lui et ne prit même pas la peine de répondre, totalement concentré sur ce qu'il allait faire, ses yeux bleus maintenant vides de toute émotion qui aurait pu trahir ses intentions.

Un autre pas.

La maison n'était plus qu'à trois mètres et les deux enfants pouvaient entendre sa voix,

cette voix cristalline et atrocement aigue de la sorcière maléfique qui déblatérait sur des choses inutiles, comme d'habitude. L'autre ne disait rien, il ne savait faire que ça, lui obéir en silence. Rien que de penser à cette servilité et cette soumission pitoyable, Hansel sentit la rage brûler dans ses veines et ses ongles transpercèrent la fine peau qui recouvrait ses paumes alors qu'il serrait les poings.

« Alors comme ça, tu nous as abandonné ? Tu nous as laissés seuls sans même avoir eu le courage de te retourner en arrière comme un homme ! »

Un dernier pas.

Ils contournèrent la maison par la droite, toujours liés l'un à l'autre, près à affronter ces êtres ignobles qui les avaient trompés pendant si longtemps.

Adam était en train de couper en petites bûchettes du bois qu'il avait du sortir de la réserve avec une hache qu'Hansel n'avait jamais vu de toute sa vie Eve, elle, ne faisait rien de particulier. Elle chantonnait, ramassait le combustible et le jetait dans l'antre brûlante, dansait, regardait son mari travailler, bougeait sans cesse. De temps en temps, elle parlait à Adam qui lui répondait évasivement, concentré sur ce qu'il faisait.

Les deux jumeaux restaient silencieux, cachés dans l'ombre noir de la petite maison, attendant le bon moment, contenant leurs envies meurtrières au fond d'eux-mêmes, sachant pertinemment qu'ils n'avaient qu'une seule chance.

Eve était en train de regarder les flammes lumineuses s'élever et s'éteindre dans un ballet infini lorsqu'elle prit la parole, de sa voix enfantine et si innocente.

- Dis, Adam… Et si jamais on devenait parents?

Gretel retint sa respiration et essaya de retenir les larmes qui lui brûlaient les yeux. Cette femme, elle ne savait vraiment pas ce qu'elle faisait !

Hansel, voyant sa petite sœur perdre le contrôle, s'empressa de prévenir toute action fortuite mais quand il entendit la réponse d'Adam, il ne put rien faire d'autre que céder à ses instincts primaires.

- Ce serait une bonne idée. J'espère que je pourrais être un bon père, rajouta t'il, le sourire aux lèvres.

Gretel se précipita sur sa « mère » en hurlant sa haine et son désespoir, et avec toute la force qu'elle put. Cette-dernière réussit à contenir et à renvoyer au sol le boulet de furie que sa fille était devenue. Gretel roula par terre sur quelques mètres puis se releva, ne perdant aucun temps. Adam avait laissé tomber sa hache et s'apprêtait à maîtriser la jeune fille qui s'attaquait à sa femme avec la fureur d'un chat enragé, mais un garçon aux cheveux blonds et au regard clair qu'il ne connaissait que trop bien lui fit un croche-patte et son visage rencontra l'herbe trop brutalement à son goût.

- Alors, le traître, quel effet ça fait de nous revoir ?

-Hansel, sale petit….

Il tenta de se relever mais l'autre lui enfonça plusieurs coups de pieds rendus puissants par la colère dans les côtes, tout en hurlant des insultes plus horribles les unes que les autres. L'homme aux cheveux bleus retint ses cris de douleur mais un gémissement s'échappa de ses lèvres alors qu'il aperçut sa femme en mauvaise posture, hurlant comme une forcenée, pleurant comme une démente.

- Laisse-moi ! Vas t'en, vas t'en tu n'es pas ma fille ! HYAAA !

La petite s'était remise sur pied et elle amenait lentement mais sûrement sa mère près de la gueule qui crachait des flammes mortelles Adam pouvait voir ses intentions sur les traits de son visage tordu par le dégoût et la colère. Gretel allait jeter Eve dans le feu !

Il devait se relever, protéger celle qu'il aimait, essayer de la sauver, pour de bon cette fois-ci, il n'allait pas la blesser encore une fois… mais les coups féroces d'Hansel l'empêchait de se mouvoir efficacement et sa vision commençait à se brouiller. Comment ce garçon pouvait lui infliger tant de dommages alors qu'il l'avait élevé pendant quatorze ans ?

Adam se revoyait, avec lui, lui apprenant à lire dans la salle à manger, lui inculquant ses valeurs, lui transmettant son héritage, lui parlant de choses d'homme, lui racontant des histoires de magiciens et de chevaliers, lui contant le rôle de Dieu et la Bible, lui montrant comment allumer un feu… le feu ! Il devait se lever…Il ne pouvait pas la laisser mourir… Le feu était si malfaisant, il allait l'envelopper de sa chaleur mortelle et la consumer plus rapidement qu'un fétu de paille… Elle était si fragile et elle l'avait tant aimée…

- Gretel, s'il te plaît… Lâche-moi, huuu, tu me fais mal !

Un coup dans l'abdomen, lui griffer le visage, la frapper, pour toutes ses actions mauvaises, pour sa folie et sa rancune impure. Ne pas écouter ses cris et ses gémissements, n'avoir aucune pitié. Ne pas remarquer qu'elle ne se défendait pas, qu'elle n'essayait même pas de repousser ses coups, non, frapper inlassablement pour enfin la tuer.

- Greteel… Je n'aurais pas du, je sais… Uwaah, j'ai fait quelque chose de mal mais pardonne-moi ! Pardonne-moi ! Yaargh ! Il fait beaucoup trop chaud ! HACK !

Elle avait trouvé une solution toute simple, qui lui évitait même de se salir les mains. Parfait. Dans les yeux si bleus de Gretel se reflétaient les flammes sinueuses et sournoises que le four laissait échapper. Il ne lui manquait que quelques pas et elle allait pouvoir la jeter dans cet enfer brûlant et en être débarrassée à jamais.

-Gretel! GRETEL! Hiiiie ! Gretel! Gretel!

Les cheveux, ça avait toujours été son poing faible. Encore un autre coup dans l'abdomen, c'était là que ça faisait le plus mal.

Un pas, encore un autre, et juste une petite poussée.

Les cris d'agonies et de souffrances de la sorcière mêlés au crépitement du bois sec lui parurent comme la plus douce mélodie qu'il puisse exister au monde. Ce fut avec des yeux vides de toute émotion et un sourire satisfait que la matricide contempla le corps se tordre sous la caresse salvatrice du feu purificateur.

- Hey, maman, tu peux me féliciter, j'ai vaincu la sorcière démoniaque.

Adam Moonlit était terrassé. Sa femme était morte, et d'une atroce façon, jetée dans le feu par la main de sa fille.

Les coups d'Hansel lui semblaient maintenant insignifiants, par rapport à l'intense souffrance qui envahissait son cœur.

- Eve… Je suis désolé…

Les coups avaient cessés.

- Oh, mais tu n'auras plus à être si triste dans quelque instants, mon cher père !

Il tourna la tête, lentement le fait de bouger le moindre muscle lui envoyait des ondes de douleurs partout dans le corps. Il regarda d'un air triste et empli de pitié ce diable dans un corps d'enfant. Hansel, une lueur folle dans ses grands yeux et les coins de sa bouche relevés en un rictus de dégoût, tenait la hache à bois bien en l'air dans ses mains, ne laissant aucun doute sur ses intentions.

Adam ne tenta rien, il ferma juste les yeux. Il n'y avait plus rien à faire, il n'avait pas maintenu son rôle et ne pouvait que se laisser mourir, afin de la rejoindre et de ne plus souffrir.

-J'espère que tu vivras heureux à partir de maintenant…

-La ferme ! Espèce de sale…

Se laisser dormir. Oublier les sentiments, oublier la souffrance, oublier la rancune. Ne plus penser à rien. Il allait bientôt revoir le visage fin et les cheveux sarcelles de cette femme si naïve…

Le métal acéré fendit l'air.

- Hey, papa, tu peux me féliciter, j'ai vaincu l'homme de main.


« On fait quoi maintenant ?

-On nettoie et on reste. Cet endroit est à nous maintenant, non ? Et puis il me rappelle des souvenirs ! T'as pas l'impression d'avoir déjà vécu ici, il y a très longtemps… ?

-Mouais. Mais tu sais que t'es quand même sacrément malade ?

-Qu'avec toi, mon cher…

La lune brillait toujours dans le ciel étoilé. Les deux jumeaux, éreintés, étaient tous les deux adossés l'un contre l'autre, se reposant et se réconfortant mutuellement, leurs mains liées ensemble.

- Dis, Gretel…

-Oui ?

- Maintenant, on devrait aller voir nos vrais parents, non ?

-Oui, c'est une bonne idée Hansel. Et on sera toujours ensemble, hein ?

-Evidemment. »


...Et le voilà enfin, ce deuxième chapitre.

Vraiment désolée du retard, mais vous savez... la Seconde, les profs tarés, les DMs interminables...

D'accord, j'avoue, j'ai passé mon temps à dessiner.

Mais DeviantArt, c'est magnifique (et ça peut occuper des journées entières ~).

Et pis Paint Tool SAI c'est cool aussi (ceux qui dessinent, je vous conseille ce logiciel pire-cool hyper-léger et pas cher, et ceux qui dessinent pas, vous ne devez rien comprendre à ce que je raconte).

Et pis j'avais plus d'inspi' à un moment. Et c'est ma première fic, alors je sais pas trop comment m'organiser. Na.

Cast:

- Gretel Moonlit: Rin Kagamine

- Hansel Moonlit: Len Kagamine

- Eve Moonlit: Hatsune Miku

- Adam Moonlit: KAITO

Toujours en espérant que cela vous a plu, et merci beaucoup pour les reviews!


Ah! Et DoubleMagnet et moi on est allé voir le Live Viewing du 39's Giving Day Concert (je ne me rappelle plus du nom exact...) au Shanghai Grand Gymnasium et c'était... HYPER-GIGA-TOP! Même si c'était pas le vrai Live, on s'est bien éclatées, les Chinois mettaient de l'ambiance et quand y a eu Len et 'Ai Kotoba', on a gueulé comme des malades (enfin moi j'ai gueulé tout du long). On s'est juste fait couillonner parce qu'on avait pas acheté de sticks à l'extérieur du bâtiment, parce que ça valait cher pour ce que ça était (c'était des trucs laids hyper-louches fait par des chinois) et qu'on était sûres qu'y avait des goodies officiels à l'intérieur alors qu'en fait, non. Résultat, on a agité nos mains en l'air comme des andouilles pendant deux heures. Mais c'était trop bien quand même. Aaah ~