Pour mon amour :

Levy sourit en sirotant son thé. La nuit avait été courte mais agréable. Très agréable. Le seul bémol fut le réveil : il n'y avait rien pour son petit déjeuner. Voilà qui l'avait mise de mauvaise humeur. La future maman avait alors prise une discrète toilette – Gajeel détestait être réveillé de bon matin – puis avait pris la direction de la guilde.

Elle se souvenait des yeux rieurs de Mirajane lorsqu'elle avait débarqué en la suppliant de lui servir n'importe quoi de consistant. La mage Take-Over s'était esclaffée en lui demandant s'il s'agissait d'une lubie de femme enceinte. Levy espérait fortement que non, surtout que Gajeel n'appréciait pas beaucoup l'odeur des pains à l'huile d'olive. Levy se contentait de savourer son en-cas avec son thé.

Une fois son petit déjeuner pris, Levy se posa sur un des canapés près du « Mur de la Honte ». C'était une grande appellation pour peu de choses. Cette histoire avait commencé il y a de ça vingt-cinq mois, Gildarts était présent et de bonne humeur. Le père de Kanna devait avoir bu pour avoir fait une telle chose. La preuve était toujours accrochée sur le mur en pierre : la photo de Gajeel Redfox sur les genoux de Gildarts Clive. Toute la guilde sous le choc.

Encore aujourd'hui, Levy regrettait de ne pas avoir été présente afin d'assister à cet événement. Bien évidemment, Gajeel avait fui le grand mage mais trop tard : Juvia avait eu le temps de les prendre en photo. Gildarts avait justifié son action en expliquant que tous les mages de son âge avait été sur ses genoux un jour ou l'autre. Les quatre dragons slayer n'avaient bien sûr pas loupé cette occasion de se moquer de lui. Tout comme le reste de la guilde. La jeune Aska s'était autoproclamée protectrice en chef du mur sur lequel de nombreuses photos compromettantes avaient rejoint la photo déclencheuse. Mais au fil des mois, des photos synonymes de joie avaient été placées sur ce mur. Et l'esprit de Levy était happé par l'une d'elles. La photo de son mariage.

Rien de traditionnel là-dedans. Levy n'était même pas maquillée ! Mais pour sa défense, Mme Redfox n'avait qu'une chose à dire : « C'est la faute de Gajeel. » Remontons aux événements de la veille. Levy et Gajeel avaient débarqué à la guilde, prêts à annoncer la grande nouvelle. Évidemment, la guilde avait sauté de joie et avait fêté en conséquence. Ce que Levy n'avait pas prévu, c'était que Gajeel lui passe, en plein milieu de soirée, une alliance au doigt.

Elle qui avait imaginé petite, sa soirée de fiançailles (avec Laxus bien sûr) n'avait même pas pu profiter du titre de fiancée. Ah ce Gajeel ! Il ne faisait jamais rien comme les autres. À ce moment, Levy avait gravé le visage de son petit ami dans sa mémoire. Ses yeux rouges brillaient comme deux soleils. Ses traits étaient très légèrement tendus. Mais ce qui a le plus attendri la mage des mots, ce fut le sourire timide de Gajeel. Ce fut lui qui a écrit leur destin. Savoir qu'il n'était pas confiant, l'avait rassurée. Levy avait su dès lors que c'était ce qu'elle souhaitait. Elle se sentait prête à garder son alliance pour toujours.

L'anneau n'était pas en métal – de peur que Gajeel n'en fasse qu'une bouchée. L'anneau était en marbre. Levy avait été très surprise de son choix. Et bien sûr, elle a tenté d'imaginer le prix. Un prix mirobolant sans aucun doute. Complètement subjuguée, Levy passa un doigt fin sur la pierre polie les yeux brillants.

— Bonjour Mme Redfox ! s'exclama Biska avec humeur.

Levy se redressa vivement et salua la famille. Elle se demanda si, une fois l'accouchement passé, Gajeel, leur bébé et elle se ressembleraient. Elle l'espérait. Aska sautillait, impatiente, et dès que l'occasion se présenta, la petite fille entraîna son père à l'autre bout du mur.

— Qu'est-ce qui fait courir ta fille comme ça ?

— Ça, soupira la belle Biska, c'est mon malheur. Ma petite Aska s'est trouvée un amoureux : Sting Youclif !

Levy éclata de rire sans aucune compassion. Et à peine elle se calmait, que la vue de la petite fille aux joues rouges devant le chasseur de dragon la fit s'esclaffer de nouveau.

— Dis donc, il me semble que tu ressemblais beaucoup à cette petite amoureuse avec un certain Laxus Dreyar, rappela perfidement la tireuse d'élite.

— Qu'est-ce que vous avez tous avec cette histoire ? se plaignit la mage des mots. C'est du passé !

— D'ailleurs, Gajeel est-il au courant ?

— Oui, et il est jaloux de ma peluche, se moqua-t-elle en faisant référence à un ours taille réelle (offert par Laxus) dont le futur père avait redécouvert l'histoire.

Les deux femmes furent interrompues dans leur propos par la venue de Roméo. Roméo Combolto, seize ans, mage très prometteur et dragueur inavoué. Ses habits avaient peu changé hormis son pantacourt qui était maintenant, un pantalon noir. La plupart du temps, le jeune mage passait son temps avec des gens de son âge comme Wendy ou Suzu ou plus rarement Nastu ou Max. Voilà pourquoi sa venue les intrigua fortement.

Il était tout à fait vrai que Roméo aurait préféré partir en mission avec ses deux meilleures amies (plus Mère Raison à savoir Carla). Seulement le maître l'avait embauché pour une mission de la plus haute importance à 2 500 jewels. En tant qu'adolescent qui se respecte, il avait souvent besoin d'argent et son père se montrait peu motivé pour lui en prêter. Il avait accepté sans chercher plus loin. Grosse erreur. Roméo se voyait transformer en Cupidon.

Tout avait commencé hier soir, comme beaucoup de choses à ses yeux. Alors que tous félicitaient l'heureux couple, Makarof s'était inquiété pour les relations de son petit fils. Il lui avait d'ailleurs dit que ce serait bien de reprendre son histoire avec Mirajane – impossible avaient affirmé les deux concernés, trop explosif – le maître avait alors proposé Erza en « dernier recours ». Ce que la jeune femme n'avait pas du tout apprécié. Quoi qu'il en soit, le maître était sûr que Laxus avait besoin d'un coup de main. Voilà le rôle de Roméo, trouver Mademoiselle J'ai-Attrapé-Laxus et rendre officielle cette relation clandestine.

Quand le jeune homme avait vu les deux femmes discuter, le déclic s'était fait dans son esprit. Elles étaient son seul espoir, l'Unité Raijin ne lui aurait jamais rien dit même si elle avait été au courant de quoique ce soit et Laxus n'avait pas d'autre ami proche. Mise à part Levy en quelque sorte.

Motivé, Roméo leur fit un grand sourire avant de s'installer sur la dernière place, sur le canapé à côté de Biska. Ils échangèrent quelques banalités mais les yeux brillants de curiosité de ces dames incitèrent l'adolescent à entrer dans le vif du sujet.

— Les amours de Laxus, rit la tireuse, il y a cette histoire avec Lisanna il me semble... À moins que ce ne soit qu'une rumeur.

— Non, c'est vrai, affirma la mage enceinte. J'étais avec Lucy et Erza quand celle-ci les a trouvés.

— Laxus et Lisanna ? questionna avidement Roméo.

— Oui, mais Mirajane et Elfman ne doivent pas être au courant, Laxus a promis de se venger si quelqu'un vendait la mèche.

— J'arrive pas à digérer d'avoir loupé ça... Pourquoi ils n'assument pas leur relation ?

— Je crois que c'est surtout par rapport à Mira, après tout Laxus et elle sont sortis ensemble pendant un moment alors Lisanna n'est pas très à l'aise. Ça se comprend.

Roméo hocha la tête, songeur.

— Laxus n'est pas trop partant non plus à mon avis, ajouta Biska en enroulant passivement une mèche autour de son doigt. Tant que leur relation est officieuse, il n'a aucune responsabilité.

Levy acquiesça tandis que Roméo fixait pensivement le plafond de la guilde. Il comprenait parfaitement les problèmes de ce couple mais il n'y pouvait rien. L'adolescent n'avait définitivement aucune idée pour les aider sans mettre leur histoire en danger. Et il doutait de la réaction du Maître s'il faisait de son petit-fils un célibataire aigri.

Au bar, Mirajane essuyait pensivement les verres de la veille. Son corps était présent mais son esprit était à mille lieux d'ici. Ce matin n'étant pas coutume, Lisanna était partie avant elle pour une petite mission dans le voisinage. Elle devrait rentrer à midi. Mirajane n'avait jamais été suspicieuse ou méfiante mais la découverte du casque de Laxus dans la chambre de sa petite sœur avait réveillé ses mauvais instincts.

Elle connaît Laxus elle le connaît. Ils ont passé une période de leur adolescence mouvementée ensemble. Mira savait par exemple qu'il enlevait son casque en de très rares occasions, pour coucher notamment. Voilà qui mettait la douce Mira très en colère. En touchant à sa petite sœur, Laxus a réveillé la démone. Incapable de cesser d'y penser, Mirajane Strauss ressassait de sombres songes qui n'auguraient rien de bon.

De son côté, Levy grignotait avec excès. Depuis dix bonnes minutes, elle était prise d'une énorme fringale qui lui faisait oublier tout le reste. Roméo s'était évaporé dans la nature. Biska la regardait manger en riant : ce genre d'appétit lui rappelait des souvenirs. Mais l'appétit de Levy sombra au point mort lorsqu'elle sentit une présence noire, menaçante et en colère au dessus d'elle. Son mari aux yeux rouges furieux, la dominait les bras croisés.

— J'adore me réveiller seul, grogna-t-il avec ironie.

La jeune mariée rougit de gêne face à son comportement de ce matin. Tout ce qui avait compté à ses yeux, c'était son estomac. Elle s'en voulait et était bien décidée à se racheter. Elle se levait vivement pour le forcer à prendre sa place sur le fauteuil. La voir autant aux petits soins, attendri Biska ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu un vrai moment intime avec Arzak.

Levy posa une énorme assiette devant son homme avant de se lover contre lui. Elle lui caressa passivement l'avant-bras tandis qu'il commença à manger. Les yeux de la mage des mots ne cessaient de dériver sur l'assiette pleine de bonnes choses. Cette assiette n'arrêtait pas de la narguer. Une vraie tentatrice. Levy finit par fermer les yeux mais l'odeur devînt entêtante. Elle se devait d'arrêter d'y penser. Gajeel ne plaisantait pas avec la nourriture. Elle était censée se faire pardonner pas le mettre encore plus en colère. Et puis elle avait bien mangé ce matin, ce n'était qu'une question de mental. Levy était donc en train de se répéter son nouveau credo à savoir « Je n'ai pas faim. » quand Gajeel la secoua gentiment.

— Tu peux piocher dans mon assiette, je vois que t'en meurs d'envie, ria-t-il.

Levy s'esclaffa, bien qu'elle soit à moitié furieuse d'être aussi transparente.

— Alors tu ne me demandes pas ce que j'ai fait de ma matinée ?

La jeune femme fit un vague signe de tête en guise de réponse vu qu'elle avait la bouche pleine.

— J'ai cherché un gynéco et j'ai trouvé. Rendez-vous dans deux semaines avec le docteur Mele.

La future maman écarquilla les yeux. Elle n'y avait même pas pensé ! Elle rosit de gêne : ses premiers jours parentaux commençaient bien. Levy avait bien envie de se gifler pour avoir oublier quelque chose d'aussi essentiel.

— Je la connais : c'est elle qui m'a suivie, intervint Biska qui comprenait parfaitement les tourments de son amie pour être passée par là. Vous allez voir, elle est extraordinaire. Ses conseils sont excellents. En plus, elle arrive plutôt bien à cerner la personnalité de ses patients. Elle devrait bien vous plaire !

— Merci Biska, sourit la mage des mots, tu...

Levy aurait aimé continuer mais son attention fut entièrement happée par une magie surpuissante diffusée. Deux magies surpuissantes. Au bar, Mirajane et Laxus s'affrontaient du regard, entourés de leur aura de magie. Le spectacle était aussi époustouflant qu'effrayant. Toute la guilde était en train de retenir son souffle. Du coin de l'œil, Levy vit même Erza se préparait à intervenir au moindre dérapage. Laxus, à l'étonnement général, fut le premier à se calmer. Il ne dit qu'une seule phrase. D'une voix neutre comme si toute la guilde n'était pas pendue à ses lèvres. Néanmoins, il fit attention à ce que seule Mira comprenne ses paroles.

— Règle ça avec elle.

Le dragon foudroyant lâcha quelques pièces Jewels pour payer sa note, prit sa boisson puis sortit. De son côté, la mage Take-Over reprit ses activités initiales à savoir ranger le comptoir. Une fois sûrs qu'ils ne risquaient pas de provoquer la colère de mademoiselle Strauss ou la foudre de monsieur Dreyar, les divers membres de Fairy Tail se mirent à débattre avec acharnement. Étant toutes deux à la guilde depuis leur enfance, elles se demandaient si la saga « Je t'aime/Moi non plus » de Laxus et Mira allait reprendre ou s'il y avait une vraie raison à ce coup de tonnerre.

— C'est pas un de tes grands amis ? demanda brusquement Gajeel, la voix un peu plus rauque que d'habitude.

Levy se retourna vers lui avec surprise. Mais à l'instant où elle vit son air bourru, toute surprise avait disparu. Elle l'embrassa tendrement avant d'aller voir Laxus. La jeune femme mit plusieurs minutes à trouver le dragon foudroyant. Levy s'assit à côté de lui, dans un coin reculé de la cour. Elle devint brusquement timide : elle n'était pas sûre que Laxus accepterait l'aide de sa petite amoureuse d'autrefois.

— Alors, entama-t-il, bientôt mère ?

— Pas bientôt, sourit-elle, j'ai encore neuf mois pour que ce petit bout grandisse.

— Ça fait bizarre de te voir grande, dit-il après un instant. Enfin, au sens figuré bien sûr !

Le dragon foudroyant reçut une tape sur le bras qui lui fit l'effet d'une brise.

— Bon, tu veux quoi ?

Levy fit une moue, peu heureuse de cette entrée en matière et puis ça prouvait que Laxus ne souhaitait pas parler. La jeune adulte essuya ses mains moites sur sa robe. Elle se passionna pour le profil de Laxus. Il était toujours aussi imposant, immense même, et ça peu importe l'âge qu'elle avait. Laxus semblait surtout ne jamais avoir besoin d'aide. En ça, Levy trouvait leur relation complètement déséquilibrée. Elle n'arrivait jamais à l'aider. Et encore maintenant, elle ne savait comment faire. Levy détestait ce sentiment d'impuissance. Elle était son amie, elle devait trouver comment l'aider.

— Te conseiller, enfin je vais essayer rien n'est garanti. (Il lui sourit gentiment et même s'il se forçait, ça encouragea Levy.) Qu'est-ce qui pose problème ?

— Mon passif avec Mirajane apparemment.

— En même temps, passer d'une sœur à l'autre... OK j'ai rien dit, s'arrêta-t-elle en croisant son regard. Vous en avez parlé avec Lisanna ?

— Rapidement mais rien de concluant.

— Vous devriez en reparler jusqu'à ce que vous ayez pris une décision. La clandestinité et le secret, c'est bien au début mais on s'en lasse vite.

— Sting ? Je peux te parler ?

Le chasseur de dragon se retourna, surpris que Biska lui adresse la parole. Pas que l'un ou l'autre soit asocial. Parfois, ils se croisaient et se saluaient. Mais ils n'étaient pas proches, loin de là. Néanmoins le mage s'assit, curieux.

— Je suppose qu'Aska t'a parlé de son envie de faire une mission avec toi. (Il hocha la tête.) Et je sais que tu préfères les missions dangereuses ce que tu ne pourras pas faire avec elle donc j'ai voulu en parler avec toi.

— Franchement je veux bien. Votre fille est adorable et une mission simple me détendrait. Je vous laisse choisir la mission ?

Biska acquiesça surprise que ça a été aussi simple. Elle s'attendait à plus de discussion. Mais en fait, Sting était heureux. Tellement heureux qu'il dût s'empêcher de rejoindre sa table en dansant. Jamais on ne lui avait confié autant de responsabilité. D'habitude, même si personne ne le mettait à l'écart, c'est pas sur lui qu'on comptait pour les choses importantes. C'était la chance de sa vie, hors de question de la laisser filer. En premier, il fallait être sûr qu'ils ne manqueront de rien : traduction, c'était l'heure d'aller faire les courses.

Lisanna ne venait pas de finir sa mission. Une fois celle-ci effectuée, le fermier (qui était son client) avait insisté pour lui offrir un succulent repas. Le ventre plein et l'humeur joyeuse, la jeune Strauss traversait Magnolia gaiement. Jusqu'à ce que Max la croise et lui souhaite « Bon courage ».

Immédiatement, elle se mit sur ses gardes. Pourquoi aurait-elle besoin de courage ? C'était très, très mauvais signe. Surtout venant de Max, son air ne lui disait rien qui vaille. Un peu un mélange entre l'expression des condoléances et le sourire de quelqu'un qui sait qu'une bonne rigolade aura bientôt lieu sous ses yeux. Très mauvais signe.

Remettons les choses en ordre. Sa vie n'était pas des plus palpitantes, quelques missions à l'intérêt plus que moyen, pas d'ex désaxés, pas d'anges vengeurs à sa poursuite. Non vraiment, elle ne faisait rien pour s'attirer des ennuis. Elle n'avait pas trahi le secret d'une amie ni trompé son propre petit ami. Son petit ami qui était aussi l'ex de sa grande sœur.

C'était très mauvais signe, ça aussi. Ils s'étaient faits surprendre dans un placard – il jurait que c'était sa faute à elle alors que pas du tout, juste un peu. Peut-être que ça avait fini par arriver aux oreilles de Mirajane. Par Mavis, elle n'avait aucune idée de comment elle allait réagir.

Elle devait rentrer et vérifier, et le plus vite serait le mieux. La jolie mage se mit en route, elle avait changé d'avis. Elle préférait la fuite.

— Salut ! dit Roméo tentant d'être le plus enjoué possible.

Laxus le regarda par-dessus sa bière, sa part de tarte entamée et quelques ordres de mission. Il plissait les yeux et sa mâchoire était contractée. Approcher le petit-fils du maître était encore plus effrayant que ce à quoi il s'attendait. Prenant son courage à deux mains, l'adolescent s'assit.

— Alors, que fais-tu ?

— Je choisis une mission, répondit-il sobrement.

Depuis qu'il s'était annoncé, Laxus ne l'avait pas lâché des yeux. Au point qu'il avait peur de finir grillé sous peu. Il n'avait quand même pas assez peur au point de ne pas pouvoir réfléchir.

Tous ceux au courant de l'affaire du placard murmurait que l'altercation entre Mirajane et le petit-fils du maître avait un rapport avec le couple illégal. Et ils étaient autant à formuler des hypothèses sur ce qu'untel ou untel devrait faire pour débloquer la situation. Roméo n'avait pas d'hypothèse prédéfinie, mais il était pratiquement sûr qu'un départ ne serait pas conseillé.

— Tu as décidé ?

— Je pense prendre les deux.

Roméo ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux. Décidément, il ne comprenait rien au chasseur de dragon. Ne tenait-il pas à arranger la situation ?

— Tu veux quoi gamin ?

— Je suis pas un gamin, fut la première réplique qui lui vint immédiatement à la bouche.

Aussitôt, il regretta amèrement. Il n'aurait pas dépassé les dix printemps qu'il aurait répondu pareil et cela n'avait pas échappé au mage de rang S.

— Sinon tu es en forme ?

— Tu m'emmerdes gamin, retourne sous les jupes de Wendy.

Roméo dut lutter pour ne pas rougir enfin pas trop. Mais très vite, il choisit d'exploiter la brèche :

— T'as pas des conseils pour moi ?

Laxus plissa les yeux, venant de lui c'était plutôt encourageant.

— Je... Elle comprend pas ce que je ressens, confia-t-il ce qui n'était pas loin de la vérité.

— Mon pauvre chou, fais honneur à ton nom, écris-lui une lettre dégoulinante ou compose-lui une chanson.

— Tu... Tu te fiches de moi ?

— Évidemment.

— Tu ferais quoi toi ? demanda le jeune mage en tentant de ne pas prendre la mouche.

— Moi, sourit le dernier Dreyar, je la prendrai dans mes bras et je l'embrasserai (il se pencha vers le jeune homme en devenir et poursuivit) mais c'est clair que tu n'es pas moi.

Le blond le laissa sur ces mots, sans prendre la peine de faire signer les quelques documents pour les missions. Roméo resta seul à table avec l'envie de se frapper la tête contre le bois. Le maître sera sûrement déçu mais l'adolescent n'était pas prêt à sacrifier le peu de fierté qui lui restait pour le bonheur ménagé du chasseur de dragon. Il n'était pas fou, il savait qu'il n'était pas de taille à faire face à Laxus Dreyar. Autant sortir du ring avant qu'il n'ait envie de s'emmurer vivant.

Laxus était sorti de la guilde. Il tenait à avertir sa petite amie avant que tout ne lui explose à la figure. Il attendit patiemment de sentir l'odeur de la jeune Strauss à travers la folle. Celle-ci ne ressemblait pas à celle de son aînée, elle était plus discrète, plus simple. Il mettait toujours un peu de temps avant de la repérer parmi la variété d'effluves. Il arrivait même qu'elle disparaisse, pendant un court laps de temps.

Laxus attrapa le bras de la jeune magicienne quand elle passa. Et heureusement, il n'avait pas les mains dans les poches sinon il n'aurait pas pu arrêter son coup de poing.

— J'avais oublié comme t'étais sympathique.

— Désolée, rougit-elle, je ne t'avais pas reconnu. Que se passe-t-il ?

— Ta sœur, je me suis embrouillé avec.

Elle ne sembla pas aussi surprise que ce à quoi il s'attendait. Elle pinçait les lèvres, le regard dans le vague.

— Je suppose que tu ne veux pas y être mêlé, n'est-ce pas ?

— Fais pas cette tête (il passa ses bras autour des hanches de la jeune femme) ta sœur est complètement folle, elle ne voudra pas me parler.

— Elle t'apprécie beaucoup, je suis sûre que tu le sais.

— Sûrement, concéda le chasseur de dragon, ça ne change rien au fait qu'elle ne m'écoutera pas. Elle m'apprécie de loin et je te parie qu'elle pense que je suis pas assez bien pour toi. Elle a sans doute raison sur ce point.

Lisanna se mit sur la pointe des pieds et embrassa doucement ses lèvres.

— Tu es parfait pour moi, assura-t-elle sans ciller.

Laxus détourna le regard, incertain.

— Qu'est-ce que tu es chou quand tu fais ton timide, assura sa petite amie avec le sourire.

— Toi tu devrais faire attention aux mots que tu emploies pour me décrire...

La jeune magicienne garda les yeux fixés sur les lèvres de son partenaire.

— Je vais régler le problème avec Mirajane. T'as prévu quoi ce soir ?

— Voyage de nuit, je pars en mission.

— À quelle heure ?

— Vingt heures.

— Génial, je serai chez toi à dix-neuf heures. Fais-toi tout beau, ajouta-t-elle en partant.

Lisanna avait conscience qu'elle était un peu trop sûre d'elle. Sa sœur n'était pas un mince problème. Elle aurait préféré présenter elle-même son couple à son aînée d'autant plus vu leur passif. Si l'histoire entre sa sœur et Laxus n'avait pas été aussi passionnée, la jeune femme n'aurait pas tant tergiversé.

Peut-être que leur histoire était trop bizarre. L'ex de sa sœur qu'elle avait toujours trouvé attirant se rapproche d'elle. Elle se rapproche de lui. Ils s'amusent, ils profitent. Ils s'embrassent. Ils profitent. Lisanna n'était pas femme à se compliquer la vie, sauf contre-indication, elle suivait ses sentiments. Elle ne culpabilisait pas de prendre du bon temps.

Sauf si cela blessait quelqu'un à qui elle tenait. Et elle devait vérifier au plus vite comment allait Mira face à cette nouvelle.

La jeune mage Take Over se rendit à Fairy Tail et descendit à la réserve puisque Mira n'était pas en salle. Effectivement, la représentante de la guilde rangeait les casses qui ont été livrées, organisée comme elle était, Mira faisait attention aux dates de péremption. Sans dire un mot, Lisanna l'aida au rangement. Cela lui donna le temps de se préparer et de se motiver pour la future discussion. Alors que la mage de rang S allait partir sa jeune sœur la retint.

— Il faudrait qu'on se parle toutes les deux.

— Je t'écoute, dit simplement Mirajane en lui faisant face.

La plus jeune ne savait plus quoi dire que dire maintenant qu'elle avait son attention ? Elle voulait savoir. Elle voulait la comprendre.

— Je sais que tu as appris pour Laxus et moi. Alors je me demandais comment tu te sentais par rapport à cela ?

— Ce que je ressens a peu d'importance tant que tu es heureuse.

Mirajane s'était radoucie. Elle n'était jamais en colère contre ses frères et sœurs.

— Mira je n'veux pas te blesser d'une façon ou d'une autre. Parle-moi, ajouta-t-elle devant son silence, je n'ai plus dix ans je veux pas de ta protection, j'aimerais qu'on parle d'égale à égale.

Mirajane garda le silence, émue et doutant. Elle se rendit compte qu'elle était certainement trop protectrice voire trop envahissante.

— Tu... Je... Laxus n'est pas le bon pour toi. Il va te blesser, il ne peut pas s'en empêcher.

Sa sœur se trouvait incroyablement blessée par ces paroles prophétiques. Elle n'imaginait pas l'éternité idyllique avec le blond mais l'idée qu'il soit incapable d'être avec quelqu'un sans lui faire du mal avait quelque chose de révoltant pour elle. Elle voyait toujours le meilleur chez tout le monde, parce que chacun est capable de merveilles. Quant au mauvais, et bien il attire le mauvais donc rien ne servait d'y penser.

— Mira tu es trop intransigeante si tu veux mon avis. Et qu'il me blesse ou non, c'est mon choix, c'est mon petit copain. Cet engagement, c'est aussi une prise de risques mais j'en ai conscience.

— Alors quoi ? Je n'ai plus aucun moyen de te protéger ?

— Je n'ai pas besoin de protection, j'ai besoin de ton soutien. Juste ton soutien nee-chan.

— Alors je te soutiens, sourit la mannequin avant de la serrer dans ses bras.

Lisanna était un peu perdue, elle était soulagée de la réaction de sa grande sœur, sauf qu'il y avait quand même quelque chose qui n'allait pas, et ce quelque chose enraillait leurs rapports. Il aurait fallu qu'elles soient d'égale à égale, sauf que la jeune femme ne serait jamais à l'égale avec celle qui l'a quasiment élevée.

Mirajane ne serait jamais sincère avec elle. Elle se l'interdirait parce que ce n'était pas son rôle selon elle. Mirajane était trop droite, trop rigide quand il s'agissait de sa famille pour se laisser aller à un comportement non pédagogique. C'était sa petite sœur et elle passait avant elle-même. Cela ne se discutait pas.

De toute façon, on ne pouvait pas tout avoir. Et la jeune Strauss, malgré ses plaisirs de la chair et la complicité, prenait conscience que la famille était trop spéciale, compliquée, tordue pour pouvoir en prévoir ses réactions. Et qu'elle allait devoir travailler sur elle-même pour pouvoir influer sur ces êtres dont elle ne pouvait se passer.

Sa famille était ainsi. Et si elle était autrement, sa famille changerait, évoluerait puisqu'elle ne pouvait pas se séparer d'elle. C'était pour cela qu'elle n'était pas triste du départ de Laxus. Il partait en mission, mais elle aussi avait une mission interne à effectuer, elle devait rétablir un équilibre fraternel et familial. Parce qu'ils ont beau dire « une amie c'est comme une sœur », sa sœur ne serait jamais son amie.

Biska était un petit peu pompette. Sa fille n'était pas sous sa surveillance il fallait qu'elle profite de ce moment alors elle avait bu, un petit peu trop, avait fumé, un petit peu trop, avait pour la première fois depuis longtemps pas eu besoin de manger de légumes pour donner l'exemple à une petite chipie. Si c'était pas cela la liberté, celle-ci n'existait pas.

La fraîcheur du vent était agréable et ses cheveux flottaient suivant sa démarche. Elle gambada jusqu'à chez elle. Quelqu'un aurait pu se dire qu'elle était un peu trop contente d'être débarrassée de son enfant et que cela paraissait suspect. Ce genre de personne ne se rendait pas compte qu'il n'y avait aucune pause, aucune parenthèse, aucune RTT au métier de parent, même la retraite, ils n'y avaient pas le droit.

Alors quand vous pouviez vous débarrasser de cette seconde peau, c'était le bonheur. Aska avait déjà été gardée par d'autres mages, notamment quand ses parents partaient en mission. Sauf que cette fois c'était l'inverse. Les parents restaient au foyer et elle partait à l'aventure. Biska n'était pas inquiète, de un sa fille était intelligente, de deux elle savait sur qui déverser sa rage en cas d'incident et de trois elle avait confiance en cette grosse tête blonde. Elle comptait sur son instinct pour l'alerter en cas de besoin.

Le but ce soir, était de profiter de son mari. Celui-ci s'était couché tôt, il avait dit qu'il était fatigué et qu'il voulait se reposer. Cela faisait plusieurs heures maintenant il devait être en forme. Elle enleva ses bottes et sentit une drôle d'odeur. Une odeur relevée et épicée qu'elle adorait.

— Arzack ?

Personne ne lui répondit. Elle regarda attentivement autour d'elle. Un gâteau sec était posé sur une petite serviette à même le parquet. Elle croqua un bout. Un feu se développa contre son palais puis le long de sa gorge. Elle adorait cette sensation qui incendiait son ventre.

Elle suivit le chemin que les petits gâteaux secs lui indiquaient. Elle traversa la cuisine. Elle trouva une assiette pleine de chili con carne assez épicé pour la faire pleurer, elle ne savait pas si c'était le plaisir ou l'impatience qui provoquait ses larmes.

Il la regardait, elle s'était assise pour mieux savourer. Quand il avait appris qu'elle était si sensible à la nourriture, il avait halluciné. Il ne pensait pas que c'était possible de friser l'orgasme juste avec de la nourriture. Et puis, ça remettait en question ses performances sexuelles... Mais c'était aujourd'hui sa femme, la mère de sa fille et il l'aimait comme un dingue.

— Tu veux peut-être que je te laisse seule ?

Biska rougit et leva les yeux vers lui. Sa langue glissa le long de ses lèvres.

— Tu es belle, murmura Arzack.

En peu de temps, sa femme franchit la distance qui les séparait et l'embrassa longuement. Ses lèvres le piquaient doucement comme à chaque baiser pimenté de la belle mage.

— Est-ce que tu te souviens qu'un jour, on a dit qu'on ferait l'amour dans toutes les pièces de notre maison ?

— Oui, c'est même très important pour que la maison soit vraiment à nous, acquiesça le brun avec un sérieux feint.

L'amour des amoureux était étrange. Ça pouvait aussi horrible que génial, ça créait des miracles et des naufrages. L'amour des amoureux, c'était ce qui faisait battre son cœur. C'était quelque chose d'incontrôlé. Cette passion, il fallait l'accepter pour la domestiquer. Et encore, cela ne fonctionnait pas toujours.

Alors on se jetait dedans les yeux fermés et l'esprit plein d'espoir. On priait pour que quelqu'un nous prenne la main et nous fasse chavirer. Et lui, chanceux qu'il était, avait trouvé avec qui chavirer. Biska Moulin, celle qui avait accepté de prendre son nom, celle qui avait porté son enfant, celle qui lui souriait chaque matin et le motivait dans ses instants de doute, sa compagne, sa partenaire... Sa femme, celle dont il ne se lasserait jamais.