Bitter / Sweet
Par : Provocative Envy
Traductrice : Bleak Dawn
Beta : shadowquill17
N/T: Deuxième partie du three-shot. C'est aussi la plus longue et on rentre vraiment dans l'histoire.
Amer.
Septembre 1998 – Janvier 1999
Il n'avait pas été surpris de découvrir que j'étais la personne qu'on avait décidé d'envoyer chez lui—le premier étage tout entier d'une maison moldue de style géorgien. Il avait même eu un petit rire moqueur à la vue de ma valise. Sa chambre d'ami était grande, richement meublée et presque sinistrement impersonnelle. Une recherche rapide du reste de l'appartement n'avait révélé rien de magique, rien qui ne puisse lier le beau jeune homme affable en jeans griffés au criminel de guerre si célèbre dans le monde qu'il avait laissé derrière lui.
– Comment t'appelle-t-on ici ? lui demandai-je. J'imagine que tu n'utilises pas ton vrai nom.
Il hésita.
– Lucius, répondit-il finalement. Lucius Black.
Je tentai de ne pas grimacer, mais sa mâchoire se contracta et ses épaules se raidirent et je fus péniblement certaine que j'avais échoué.)
Cela avait été tendu au début. Je m'étais attendue à ce qu'il soit plus sur la défensive à propos de son exil forcé, plus ouvertement hostile, à l'instar de la personne qu'il avait été à Poudlard, mais les notes que j'avais soigneusement préparées, pleines de potentiels sujets de conversation neutre, s'étaient avérées inutiles. Nous parlâmes du temps—pluvieux, gris et ennuyeux—et du dernier film qu'il avait vu au cinéma (Halloween H20) ; il m'informa que sa femme de ménage venait chaque lundi, mercredi et vendredi, et qu'il passait habituellement ses samedis à Camden. Je lui demandai où il rangeait ses serviettes propres. Il me montra comment utiliser la douche. Nous étions tous les deux polis, et aucun de nous ne fit de commentaire sur la boîte de préservatifs encore fermée qui était tombée sur le meuble de la salle de bain lorsque j'avais maladroitement ouvert le miroir au-dessus de l'évier. Il avait rougi d'embarras, et j'avais été fascinée.
(Nous jouâmes aux échecs le lendemain matin.
Il gagna, deux fois, et je ne pensai pas une seule seconde à Ron Weasley.)
Cela lui prit un mois avant de rassembler assez de courage pour me poser des questions au sujet de mes amis, de ma famille, de la raison pour laquelle j'étais là, avec lui, alors qu'il y avait tellement tant d'autres endroits où j'aurais pu aller—des endroits où j'aurais pu être moi-même, où j'aurais pu avoir ma baguette magique et où je n'aurais pas eu à attendre dix minutes que la bouilloire siffle.
– Mes parents sont en sécurité, rétorquai-je sèchement. Et je ne voulais pas—je voulais juste faire un break, Malefoy, un break qui me permettrait de ne pas user de la magie. Je suis si incroyablement fatiguée de dépendre de la magie.
Il attendit quelques secondes avant de me répondre.
– Weasley et Potter ? Insista-t-il.
– Je suis sûre qu'ils vont bien, répliquai-je.
Il émit un petit reniflement moqueur.
– Je t'en prie, appelle-moi Drago, fut tout ce qu'il répondit.
(Harry et Ron allaient bien.
Ils allaient bien, et moi non, et cela avait été une raison suffisante pour les quitter tous les deux.)
Un jour d'octobre, je découvris qu'il avait une voiture ; une Mercedes dernier cri, dont le moteur se mit à ronronner faiblement lorsqu'il mit le contact. Les essuie-glaces balayaient élégamment le pare-brise alors que nous étions sur la route en direction de Cambridge, lorsqu'il m'expliqua que son père lui avait appris à conduire l'une des Range Rover de la famille lorsqu'il avait quinze ans. Entre la pluie battante et le faible grésillement statique de la radio, je remarquai qu'il avait l'air mélancolique, presque nostalgique en me racontant comment il avait écrasé l'embrayage en essayant d'apprendre à changer les vitesses, et comment son père avait simplement ri avant de suggérer l'achat d'une automatique.
(Nous allâmes dîner ce soir-là dans un paisible restaurant italien, aux nappes amidonnées et aux serveurs à l'accent prononcé.
Il commanda une bouteille de vin rouge.
Nos regards se croisèrent lorsqu'il me versa mon second verre.
– Mes parents vivent désormais en Australie, dis-je doucement. Ils ne se souviennent plus de qui je suis.)
Halloween tomba un samedi. Nous passâmes la première moitié de la soirée assis par terre dans le salon, en tailleur et des tasses de cidre entre les genoux, à regarder The Shining sur VHS, ignorant le bruit persistant de la sonnette de l'entrée. Lorsque l'horloge indiqua 22h, il suggéra, après hésitation, que ce serait sympa de se rendre au bar du coin. J'acceptai. J'allai enfiler une robe. Il jeta un bref coup d'œil à mes jambes dénudées avant notre départ.
(Sa main était ferme, chaude contre le bas de mon dos lorsque que nous pénétrâmes dans le pub.
Nous passâmes notre temps à boire du whiskey, perchés sur des tabourets en bois trop grands.
– Est-ce que je peux voir ton bras ? demanda-t-il autour de minuit, le visage empourpré. Là où elle—tu sais.
Je tressaillis, fus prise de vertige, me demandant quand est-ce que le sol était devenu inégal, rendant ainsi la table bancale.
– Est-ce que je peux voir le tien ? rétorquai-je.)
Harry débarqua à la mi-novembre.
– Nous sommes tous inquiets pour toi, dit-il sombrement, l'air mal à l'aise et nullement à sa place assis à la table de la salle à manger. Je sais que ce qui s'est passé avec Ron—
– Ça—mon choix de faire tout ça—cela n'a absolument rien à voir avec Ronald, le coupai-je.
Il reposa doucement sa tasse de thé.
– Hermione, tu es partie pour l'Australie et—tu ne nous as même pas prévenus de ton retour ! J'ai dû apprendre où tu étais et ce que tu faisais par Remus. Et tu es en train de… réhabiliter Malefoy ? Vraiment ? Comment peux-tu supporter d'être dans la même pièce que lui ? Surtout après—, il s'interrompit.
Je jouai avec le pendentif à mon cou.
– Il n'est pas entièrement mauvais, Harry, dis-je, d'un ton neutre.
Ses yeux s'agrandirent derrière ses lunettes.
– Pas entièrement mauvais ? dit-il. Hermione, tu n'as pas besoin d'être ici. De faire ceci, je veux dire. Tu nous manques. Tu manques à nous tous. Reviens à la maison, s'il te plaît."
(Je ne lui dis pas que je me sentais déjà comme à la maison.
Ce n'était pas la première fois que je m'étais surprise à considérer l'appartement de Malefoy comme étant chez moi.)
Il neigea au douzième jour de décembre. Je pris un bain paisible dans l'antique baignoire à pieds, les cheveux ramassés au-dessus de ma tête, les yeux rivés sur la fenêtre de la salle de bain derrière laquelle tombaient les flocons de neige blanche. J'avais toutefois oublié de fermer la porte et en me levant, de l'eau tiède ruisselant le long de ma poitrine, un bras tendu vers ma serviette—la poignée de la porte se tourna et le loquet cliqua et Drago fit son entrée, sifflotant, son pull de cashmere bleu relevé à mi-chemin à travers son torse.
Il se figea.
Ma bouche s'ouvrit, un cri coincé au fond de ma gorge.
– Merde, jura-t-il, passant une main dans ses cheveux avant de tourner les talons et de quitter la salle de bain.
(Il n'avait pas—
Il n'avait pas regardé—
Il n'avait pas détourné les yeux.)
Trois jours plus tard – un samedi – il revint de sa maison de Camden avec trois bouteilles de champagne et un arbre de Noël qu'il installa dans un coin du salon, laissant une traînée d'aiguilles de pin sur le tapis couleur ivoire, avant de sortir trois larges boîtes remplies de délicates décorations en porcelaine.
– On devrait décorer, insista-t-il, plantant un chapeau de père Noël rouge sur ma tête. Allez Granger, soit festive !
Je levai les yeux au ciel.
– Tu ne vas te mettre à chanter, j'espère ?
Il esquissa un rictus.
– Contente-toi de verser le champagne, dit-il, jouant avec l'emballage d'une boîte de lumières colorées. J'ai même acheté celui que tu aimes, avec l'étiquette orange.
(Allumer la cheminée avait été son idée.
Le feu craquelait en face de moi, baignant mon visage de doux ombres couleur bronze.
Deux bouteilles de champagne vides, étiquettes déchirées, trônaient sur la table basse en acajou.)
– Je te garantis que je suis le seul homme Malefoy à être encore vierge à 19 ans depuis au moins trois siècles, se plaignit-t-il.
Je basculai ma tête en arrière, un œil fermé et l'autre rivé vers le plafond.
– Vraiment ? Demandai-je. J'étais sûre que Pansy et toi—
Il fit semblant de vomir.
– Non, insista-t-il. Elle— si je lui en avais donné la chance, elle aurait fait en sorte de tomber enceinte avant même que j'aie fini de défaire mon pantalon. Et je n'avais pas la—la moindre intention de me retrouver obligé de l'épouser, hors de question. Peux-tu seulement l'imaginer ? Devenir le père de la progéniture de Parkinson ?
Je gloussai.
– Elle a toujours été si exécrable à mon égard, me rappelai-je d'une voix légèrement pâteuse. Et elle n'était pas la seule, si je me souviens bien, finis-je en lui décochant un regard significatif.
Il émit un rire moqueur.
– J'avais été victime d'un lavage de cerveau, répliqua-t-il amèrement. Et tu as bien vu où ça m'a mené.
(Il souffrait de cauchemars récurrents.
Je pouvais l'entendre crier dans son sommeil à travers le mur qui séparait nos deux chambres.
– Non. Non. Arrête, laisse-la, s'il te plaît tante Bella, stop, lâche-la—»
C'était toujours la même chose.)
Le lundi suivant Ginny Weasley vint me voir avec une invitation de la famille à me rendre au Terrier pour Noël. Ses cheveux rouge vif tombaient sur ses épaules, et une écharpe couleur émeraude était enroulée autour de son cou). Elle avait regardé Drago avec curiosité lorsqu'il avait passé la tête dans la cuisine et déclaré qu'il serait de retour dans l'heure avec le petit déjeuner – des scones au romarin de ma boulangerie préférée à Notting Hill.
– Voilà qui fait très… couple, dit-elle prudemment.
J'arquai un sourcil.
– Qu'est-ce que tu entends par là, Ginny ?
Elle se redressa sur sa chaise.
– Eh bien, premièrement je voudrais te dire qu'on pense tous que Ronald est un parfait salopard—
Je l'interrompis.
– Ginny.
Elle s'éclaircit la gorge.
– Enfin bref, ma mère adorerait, commença-t-elle avant de s'arrêter. Non, pas que ma mère– nous tous, même Fleur– serions très heureux de t'avoir à la maison à Noël. S'il te plaît Hermione, dis-moi que tu viendras.
Je posai mes mains autour de mon mug de chocolat chaud.
– J'ai déjà des plans, malheureusement, répliquai-je avec raideur. Drago a loué un cottage à Ramsgate pour les vacances. On y trouve d'excellentes huîtres, apparemment.
Elle cilla.
– Tu comptes aller manger des huîtres avec Drago Malefoy, répéta-t-elle. A Noël. Seule. Dans un cottage. Avec Drago Malefoy.
Mes paupières se firent lourdes alors que je fixai le plan de travail en marbre vert.
– Apparemment, lâchai-je. Ecoute Ginny, ce n'est pas le bon moment pour—
– On t'a bien dit que tu n'avais aucunement l'obligation de, enfin, devenir son amie, n'est-ce pas ? me coupa-t-elle. Tu es simplement censée t'assurer qu'il ne cache pas une seconde baguette de Sureau au fond de son placard – ou bien, j'en sais rien, qu'il ne prépare pas encore un coup d'Etat afin de renverser le Ministère. Tu es censée l'emmener dans des endroits moldus pour qu'il apprenne à compter en livres sterling plutôt qu'en Gallions. Lui enseigner comment utiliser l'aspirateur, ce genre de choses. Tu n'es pas obligée de—de partir en escapade avec lui à Ramsgate.
– Je sais que rien ne m'y oblige, tranchai-je. Mais j'en ai envie. Pourquoi est-il si difficile de croire que je préfère passer du temps avec lui plutôt qu'avec ta famille ?
L'expression de son visage se fit triste.
– Oh, Hermione, murmura-t-elle. Ne me dis pas que tu as oublié que c'est ta famille également, si ?
(Elle farfouillait dans les poches de son manteau à la recherche de ses gants, la porte de l'entrée grande ouverte derrière elle.
– Quel était le but de tout ça alors ? L'année dernière ? Ce que tu as traversé ? Ce qu'il t'a vue traverser ?
Je ne répondis pas.
Elle partit.)
Ramsgate était un véritable paysage de carte postale, même en plein cœur de l'hiver. L'eau grise du port venait se déverser contre les bateaux du quai au moindre souffle de vent. Situé en haut d'une colline surplombant le village, le cottage était uniquement accessible à travers un ancien chemin de pierre qui me rappela avec émotion la cour de Poudlard.
– Pittoresque, n'est-ce pas ? s'enquit-il, déposant nos valises avant de s'affaler dans le large sofa en cuir marron qui trônait au milieu du salon.
J'acquiesçai en regardant tout autour.
– Très, approuvai-je avant de me diriger le long du petit corridor qui connectait la pièce de vie au reste de la maison.
Il y avait deux portes de part et d'autre du couloir, avec au fond une haute fenêtre treillissée encarée de rideaux couleur bordeaux. La porte de gauche ouvrait sur la salle de bain.
– Granger ! appela-t-il. Qu'est-ce que tu veux pour le dîner? L'auberge qu'on a dépassée en route possède une bonne carte des vins, mais on dirait que l'agent immobilier a rempli le garde-manger avec—
– Drago, l'interrompis-je lentement. Où sont les autres chambres ?
Il y eut une longue pause.
– Quoi ?
Je me tenais à l'entrée de l'unique chambre à coucher, les yeux braqués sur le duvet bleu ciel du lit double.
– Il n'y a qu'une chambre, répondis-je incrédule. Une seule chambre, Malefoy, et un seul foutu lit.
Un bruit retentissant résonna depuis la cuisine.
(Plus tard, il m'admit que l'agent immobilier m'avait désignée comme étant sa petite amie plus d'une fois.
C'était donc avec cette supposition en tête qu'elle avait décidé des accommodations.
Il ne l'avait pas détrompée. )
Le jour de Noël se leva sur une matinée d'une beauté éclatante, ou aurait pu le faire en tout cas si je ne m'étais pas réveillée avec un coude en plein abdomen.
– Malefoy ! hurlai-je, me retournant dans le lit. Ça fait mal. Pourquoi est-ce que tu ne peux pas rester de ton côté du lit, purée ?
Il baragouina quelque chose dans son oreiller.
– Tu as raison, Hermione, fis-je sarcastiquement, prenant un ton grave. Je me comporte en mauvais colocataire et ami et je devrais quitter le périmètre extra-large de ce lit double dès que possible. C'est-à-dire maintenant.
Il grogna.
– La ferme, Granger. Il ne fait même pas encore complètement jour.
Je lui administrai une tape derrière la tête.
– Tu m'as foutu ton coude dans la rate.
– Et alors ? bâilla-t-il
Je plissai les yeux.
– Très bien, maugréai-je en m'asseyant dans le lit. Je vais aller sur le canapé, comme aurait dû le faire l'un de nous hier soir, et ainsi tu pourras prendre tes aises et—
Il passa un bras aux muscles définis autour de ma taille et me tira vers lui, épousant mon corps du sien.
– Est-ce que tu souffres d'une hémorragie interne, Granger ? chuchota-t-il dans mon cou, le souffle chaud. As-tu besoin de soins immédiats ?
Je tentai de me dégager. Il ne fit que resserrer son étreinte.
– B-bien… bien sûr que non, balbutiai-je
Je le sentis sourire, ses lèvres s'étirant contre ma peau.
– Dans ce cas tais-toi, arrête de faire ta rabat-joie et rendors-toi, demanda-t-il, fourrant son nez dans mes cheveux avant d'inspirer profondément.
(Posée sur mon ventre, sa main était large, imposante, aux longs doigts. Langoureusement, son pouce traçait des cercles réconfortants au creux de ma hanche.
Nous nous réveillâmes deux heures plus tard, dans la même position.
Lorsque je jetai un regard au-dessus de mon épaule, ses yeux étaient sombres, ses pupilles dilatées.
– Ne le fais pas, dit-il d'une voix rauque.
J'oubliai de respirer—
Et mes poumons hurlèrent et hurlèrent et hurlèrent.)
Nous passâmes Noël devant l'énorme cheminée, emmitouflés dans d'épais pulls en laine et d'une couverture que nous avions subtilisée de la chambre à coucher. Je préparai du lait de poule sur le chauffe-plat, versant dedans la moitié d'une bouteille de brandy à la fin—c'était une recette de ma mère, et je ne m'arrêtai pas sur la pointe de nostalgie qui résonna dans ma poitrine à l'odeur de cannelle, de noix de muscade et de vanille qui embauma la petite cuisine.
– C'est délicieux, Granger, mais je ne suis pas sûr que ça suffise à m'enivrer, dit-il d'une voix traînante avant de s'emparer de la télécommande afin de couper le son du film que nous regardions—Le Miracle de la 34e rue.
– Tu bois comme un trou, répondis-je. Il te faut au moins un tonneau de whiskey pour te soûler.
Il esquissa une moue indignée.
– Eh ! objecta-t-il. Je ne te permets pas d'insinuer que mon comportement est ne serait-ce qu'un tantinet rustre. Je te ferai dire que Zabini aurait pu à lui tout seul mettre la Tête de Sanglier sur la paille, sans même dégobiller. Et on n'était que des quatrièmes années.
Je m'étouffai avec une gorgée de lait de poule.
– Non mais vous ne faisiez que ça à Serpentard ?
Il me lança un sourire espiègle.
– Eh bien, nous jouions à des jeux, aussi, répliqua-t-il, tapotant ma cheville de ses doigts. Après tout, l'alcool est l'un des meilleurs lubrifiants sociaux. Comme tu as sans doute dû t'en rendre compte.
Je retins un sourire.
– Nous avons bu pas mal de Bièraubeurre chez les Gryffondors, l'informai-je avec hauteur. Et le seul jeu auquel j'aie jamais joué, c'est les échecs.
Il ricana.
– Quoi, ne me dis pas que vous étiez tellement ennuyeux que vous n'avez jamais joué à un seul—j'en sais rien—action ou vérité ? Ou un « je n'ai jamais » ?
– Ah, dis-je en feignant la déception. Donc les Serpentards s'organisaient en fait des soirées pyjama dignes d'adolescentes pré-pubères ? Pourquoi ne pas me l'avoir dit plus tôt ? J'ai déjà assisté à ce genre de truc.
Il explosa de rire.
– Ouais, confirma-t-il, le regard lubrique. Moi aussi.
(Nous étions allongés sur le lit côte à côte plus tard cette nuit. A peine quelques centimètres séparaient nos bouches lorsqu'il se pencha en avant, glissa ses doigts le long de ma joue, saisit ma mâchoire, et me demanda—
– Tu leur as jeté un Oubliettes, n'est-ce pas ? A tes parents ?
J'acquiesçai, lui prit le poignet.
– Je n'ai pas pu défaire le sort, lui avouai-je. Je n'ai pas pu les ramener.)
Nous étions de retour à Londres pour la veille du Nouvel An. Il avait réservé une table pour dîner dans un restaurant français étoilé de Mayfair, soulignant que ce serait un véritable sacrilège que de finir l'année sans un de leurs soufflés au gruyère—je n'étais pas particulièrement d'accord mais enfilai néanmoins la minuscule robe noire à manches longues qu'il m'avait achetée, renonçant à enfiler des bas avant de glisser mes pieds dans une luxueuse paire de talons outrageusement hauts.
(– Est-ce tu as mis—je rêve ou est-ce que c'est du rouge à lèvres, Granger ?
Je rougis.
– Ça m'a paru adéquat, vu l'occasion, dis-je, anxieusement.
Son expression vacilla.
– Tu as l'air—commença-t-il à dire.
– Ça ne va pas ? m'enquis-je. Je devrais l'enlever ?
Il cligna des yeux.
– Non, dit-il d'un ton bourru. Non, tu as l'air—parfaite. Tu es parfaite. On y va ?)
Le restaurant était en plein coup de feu lorsque nous arrivâmes. L'hôtesse nous conduisit au bar en s'excusant profusément et Drago nous commanda de quoi boire en attendant que notre table se libère.
(– Le barman te reluque, remarqua-t-il en avalant son second shot de vodka.
Confuse, je fronçai les sourcils.
– Quoi ? Qui ?
Il mâchonna un morceau de glaçon en m'indiquant d'un mouvement de tête :
– Derrière toi, fit-il. Le barman. Le type qui s'occupe du bar.
Je jetai un furtif regard par-dessus mon épaule.
Il était jeune, beau—il avait des cheveux bruns en bataille et une sorte de sourire abruti, une mâchoire carrée et un torse large qui s'effilait en d'étroites hanches.
Je n'étais pas intéressée.
– Commande-moi un autre verre, veux-tu ? demandai-je, doucereuse. J'ai fini le mien.
Il se détendit.)
Le chef avait préparé un repas composé de neuf plats. Nous commençâmes par des canapés de fromage de chèvre au four, acidulés et crémeux, et le bruit que j'émis en prenant ma première bouchée aurait dû m'embarrasser—m'aurait embarrassé si lui ne s'était pas étouffé, faisant passer sa toux avec une gorgée de vin blanc, son cou recouvert d'une légère rougeur.
– Il me semble qu'il y a du faisan après, réussit-il à articuler.
(J'étais déjà ivre lorsque le poisson fut débarrassé.
– Je me demande un truc—presque depuis le jour où tu as emménagé chez moi—qu'est ce qui s'est passé entre Weasley et toi ? N'étiez-vous pas prêts à…
Il se tut, faisant des gestes obscènes de ses mains.
– Oh, nous n'en sommes jamais arrivés là, répondis-je vaguement. Il était bien trop occupé à butiner d'autres… fleurs.
Il se pencha en avant.
– Tu sais ce qu'il faut dire à ce genre de connerie, Granger ? demanda-t-il sur un ton conspirateur.
– Non, quoi ? bafouillai-je.
– Tu réponds que c'est dommage dans ce cas parce que tu n'as pas le QI d'une plante.
Je fis tomber ma flûte de champagne dans le sorbet à la menthe.)
Le canard confit fondit dans ma bouche, riche et tendre—je mâchai délicatement, savourant le goût, et fermai les yeux lorsque je remarquai la façon dont il me regardait.
Comme s'il était un prédateur.
Comme si j'étais sa proie.
Comme s'il avait envie.
(Il fit traîner les pointes de sa fourchette à travers la petite flaque de vinaigrette à l'abricot, au fond de son bol de salade.
– Le loup-garou m'avait prévenu de ton arrivée, admit-il. Chez moi, je veux dire. Il croyait—il s'arrêta, riant sans humour avant de poursuivre. Il croyait qu'après tout ce que j'avais enduré, j'avais le droit de savoir qui s'était porté volontaire pour devenir ma foutue baby-sitter pendant cinq mois.
Je pris une fade bouchée de roquette.
– Il t'a dit que je me suis portée volontaire ?
Il fit tournoyer sa vodka tonic dans son verre, observant le morceau de citron vert précautionneusement perché sur le rebord.
– Ouais, dit-il. Il me l'a dit.)
Notre second plat était un cassoulet de caille—copieux, au savoureux goût de gibier—servit avec un vin rosé qui laissa une pellicule sucrée le long de mes dents.
– Je n'aurais jamais pensé que tu serais aussi divertissante, tu sais, commenta-t-il, étirant ses jambes sous la table. Quand on était à Poudlard, j'entends.
– Je n'étais probablement pas aussi divertissante lorsqu'on était à Poudlard, lui dis-je, sursautant légèrement lorsque je sentis son pied heurter ma cheville.
Son regard était intense, brûlant alors qu'il me contemplait.
– Ouais, dit-il d'un air pince-sans-rire. Moi non plus. Puceau de dix-neuf ans, je te rappelle.
Mes lèvres s'entrouvrirent—
(Il était vingt-trois heures trente lorsqu'il repoussa le plat de fromage sur la table et remonta la manche gauche de sa chemise.
– Ça a pris six heures pour qu'elle tienne, expliqua-t-il, ses yeux brillaient dans la lumière tamisée des bougies. Ils m'ont dit—mon père m'a dit—que c'était parce que je ne la voulais pas assez désespérément.)
Il prit ma main, entrelaçant nos doigts quand le serveur vint débarrasser pêches, pistaches et fraises.
Mon cœur chancela.
Je me dis qu'il pouvait sentir la poussée de sang et de peur et de luxure et d'oxygène à travers la toile de capillaires qui s'enchevêtraient sous la fine peau de ma paume.
(– Je ne veux pas partir, dis-je doucement. Je ne veux pas repartir.
Il m'écouta, impassible, alors que le reste du restaurant débutait le compte à rebours de minuit.)
La banquette arrière du taxi était crasseuse, le faux-cuir poisseux, l'air saturé d'une odeur d'eau de Cologne bon marché.
– Vingt balles en plus si vous ne regardez pas dans le rétroviseur, dit-il au chauffeur, fourrant une poignée de billets à travers la vitre de séparation.
Il m'embrassa.
Il avait un goût de café.
Un goût de café et de repentir et de quelque chose d'autre, quelque chose de meilleur, mais mon cerveau avait lâché prise, s'était déconnecté, et je n'enregistrai plus rien après cela, rien d'autre que sa langue autour de la mienne—brutale, humide, étonnamment vigoureuse—et ses doigts contre la dentelle de ma culotte—une caresse aérienne qui semblait beaucoup trop intime, trop tôt, trop.
– S'il te plaît, Granger, dis-moi d'arrêter, dis-moi d'arrêter et je le ferai, juste—
(Je ne lui dis pas d'arrêter.
Pas même lorsque la porte d'entrée claqua derrière nous.
Pas même lorsqu'il me plaqua contre le mur de sa chambre.
Pas même lorsqu'il me retira ma robe, me laissant nue ou presque dans la lueur opaline du clair de lune qui filtrait à travers la fenêtre.
– Garde tes talons, dit-il. S'il te plaît.
Sa voix se cassa.)
Lorsqu'il me pénétra, je ressentis un mélange inattendu de plaisir et de douleur.
– Oh, putain, haleta-t-il. Tu es tellement—
Je plantai mes dents dans son épaule.
– Oui, approuvai-je fiévreusement. Je sais.
(Quand l'orgasme me frappa, j'eus la sensation qu'on venait de m'ouvrir en deux, exposant ma colonne vertébrale—comme si une traînée de poudre de feu d'artifice explosait crescendo le long de mes vertèbres, alors qu'il murmurait mon prénom avec une telle révérence que je ne pus m'empêcher de penser qu'il y avait de la magie en cela, en moi, en lui.)
Le premier janvier, il m'annonça qu'il partait pour Paris l'après-midi suivante.
– J'ai promis à ma mère, dit-il.
Je me sentis mal tout à coup.
(– Pourquoi est-ce que t'aimes autant Noël ? lui demandai-je une fois, exaspérée.
Il fronça les sourcils tout en contemplant le brin de gui qu'il tenait dans sa main.
– Ma mère adore Noël, répondit-il, distrait. Elle décore toujours le Manoir pour l'occasion.
– Sans vouloir me monter terriblement indélicate Malefoy, mais ta mère n'est pas ici.
Sa mâchoire se raidit.
– Non, en effet.
Le silence régna plusieurs minutes avant qu'il ne le brise.
– Elle a menti au Seigneur des Ténèbres pour moi, Granger.)
– Est-ce que tu comptes revenir ? demandai-je stupidement.
Son visage était impassible.
– Probablement pas, non.
(Il avait menti.
Bien sûr qu'il avait menti.)
