Sherlock s'était rendu à la morgue pour le récupérer. Ils tentèrent tous de l'en dissuader, Molly et ses yeux rougies le supplia presque, expliquant que c'était une horrible idée. Mais personne n'avait le courage nécessaire pour s'opposer à ses réponses sarcastiques et brutales.
Lorsqu'il sortit en tenant le sac beige, prudemment comme s'il s'agissait du plus fragile des secrets, même Lestrade comprit à quel point le masque dont il s'était paré en même temps que son long manteau noir était craquelé. Cela dura juste un instant, s'effaçant aussitôt qu'il traversa la porte, chacun reprenant le cours de leur vie, alourdie par la douleur.
Mais la sienne le clouait au sol. Il était seul au monde.
Lorsqu'il entra dans l'appartement vide, il se dirigea directement vers la cheminée, lieu qui dominait tout le salon. Où qu'il soit, quoi qu'il fasse, il pourrait le voir.
Il le sortit délicatement du sac, ses longs doigts fins enroulés, accordé enfin à sa couleur, désormais ivoire. Il le déposa sur l'étagère, et l'observa en silence.
Le silence, ce fut ce qui accompagna la suite de sa vie. Les enquêtes se succédèrent, nombreuses, effarées. Il comblait sa vie, mais savait qu'à chaque instant, son regard creux l'observait. C'est pour cela qu'il s'enfermait dans sa chambre pour pleurer. Pour qu'il ne puisse pas voir à quel point il était détruit, derrière sa stature droite. Mais dans ses iris même, la vie avait fuit, et son manteau noir était depuis longtemps trop grand par dessus sa constitution amaigrie.
Pendant des semaines, il ne lui parla pas, le regarda à peine. Les mots étaient enfermés dans sa gorge, collés au paroi de sa trachée, bloqués par un poids invisible qui ne le quitterais jamais. Le silence était tellement plus facile. Il l'avait toujours été, et c'est cette simplicité qui formait les regrets qui l'immobilisait aujourd'hui.
Sa logeuses essayait de le sortir de son isolement, mais personne n'aurait pût. Mycroft tenta de le contacter, et tout ses appels restaient vains.
Sherlock abandonna les enquêtes. La frénésies des premières semaines laissait place à une léthargie qui le paralysait totalement.
Un soir, il rentra dans l'appartement à pas mal-assurés, les boucles sombres de ses cheveux ébouriffés, malgré qu'il avait essayé de se recoiffer de ses mains tremblantes. écoutait derrière sa porte, les pas désormais lourds du détective dans les escaliers. Lourds comme il portait en lui toute la douleur d'une irréparable perte, d'une solitude qui le dévorait et le tuait.
Il entra dans le salon, et instinctivement, il fit un signe de la main en se dirigeant vers sa chambre.
"...'soir."
Comme avant. Dans la brume des drogues, il eut l'impression que le crâne lui sourit chaleureusement.
Comme avant.
Sherlock commença progressivement à lui parler. Tout d'abord quelques mots à peine, les salutations habituelles. Il finit par lui raconter ses journées, vides de sens, et vides sans lui.
cessa de l'espionner, incapable de supporter d'entendre la voix grave et brisée du détective prononcer le nom déchirant, encore et encore.
Lorsqu'il dormait, autant qu'il le pouvait pour échapper à la réalité, il le prenait avec lui et le posait sur sa table de chevet. Lorsqu'il mangeait, rarement, il le mettait sur une pile de livre, sur la chaise en face de la sienne.
Plus il discutait avec lui, plus il s'enfermait en lui-même. Ses volets étaient verrouillés durant toute la journée, et ses bras étaient tachetés des marques violettes de ses injections. Le crâne lui répondait avec un silence plein de reproches.
Sa mémoire lui échappait, s'évanouissant avec le génie de ses capacités mentales, mais il n'en ressentait aucune perte. Tant qu'il pourrait voir l'image de son visage, les différentes expressions et toutes les nuances de couleur de ses yeux, alors il vivrait.
Le jour où ce souvenir aussi disparaîtrait, avec le reste de sa raison, Sherlock se tuerait.
"Tu sais... Je..."
Il ne se cachait plus pour pleurer. Le crâne était posé sur le fauteuil en face du sien. Le détective ramena ses genoux contre sa poitrine.
"Il y a quelque chose que je dois t'avouer... Je ne te l'ai jamais dit avant, et j'en suis... désolé."
Il murmura, effrayé de briser cet instant. L'obscurité de la pièce les accablants tout les deux d'intimité. Puis les mots s'échappèrent enfin des lèvres de Sherlock, peut-être un peu trop tard.
"Je t'aime, John."
Les orbites vides du crâne, de son meilleur ami, le fixèrent.
