Chapitre 2 : Une petite victoire pour une grande tristesse
Severus souffrait. Une douleur inexprimable lui vrillait les tempes et engourdissait son corps ; à moins que ce ne soit le venin du serpent. Il ne pouvait parler, ne pouvait même ouvrir les yeux, et respirer lui semblait une torture. Malgré tout, son esprit tentait vainement de reconstituer les dernières minutes avant le noir, le froid et la fin. Il se souvenait vaguement de Nagini qui l'avait attaqué sur les ordres du Seigneur des Ténèbres. Et Potter… Il avait donné ses souvenirs à Potter avant de mourir. Oui, il en était quasiment certain, il avait trépassé peu après que Potter l'ait laissé.
Ensuite tout lui paraissait flou, comme irréel. Mais pourquoi, s'il était bien mort, souffrait-il autant ? L'enfer existait-il vraiment pour que son corps brûle ainsi de l'intérieur ? Tous ses sacrifices n'avaient donc pas suffi à expier ses fautes passées… Jamais il ne reverrait Lily. Jamais… Puis, tout ne fut que souffrance et il retomba dans un sommeil qui ne le soulageait qu'en partie.
Pendant ce temps, Aurora qui s'était endormie en veillant sur Severus se réveilla en sursaut. Désorientée, dans la pénombre quasi-totale qui l'entourait, elle mit du temps à se rappeler où elle se trouvait et ce qu'elle y faisait. Des flashes de la nuit passée la frappèrent durement quand elle vit le corps de Severus à ses côtés.
« -Lumos ! »
Le visage de l'homme étendu était d'une pâleur mortelle, pourtant la transpiration avait collé ses mèches d'un noir d'ébène sur son front. Un rictus de douleur durcissait ses traits et le simple fait de respirer semblait lui coûter énormément. Seul le son du souffle haletant et laborieux de Severus tranchait dans le silence de mort de la pièce.
Aurora dirigea sa baguette vers sa montre sorcière. Les planètes incrustées lui indiquèrent que le soleil était levé depuis longtemps déjà, et que la bataille finale devait être terminée. La sorcière n'avait pas prévu de nombreuses choses lorsqu'elle était descendue dans le souterrain terreux qui l'avait amenée près de Severus, mais une l'inquiétait plus que d'autres : que ferait-elle si le Seigneur des Ténèbres avait triomphé ? Elle resterait coincée ici en compagnie de Severus, blessé et dans l'incapacité d'être soigné dans la cabane hurlante.
Puis une idée la frappa soudain : et si ce n'était pas le mage noir qui avait attaqué Severus mais Potter ? La situation semblait impossible à démêler. Il était nécessaire de sortir de la cabane, quoiqu'il lui en coûte, d'autant plus que Severus semblait souffrir le martyr et qu'elle ne pouvait pas plus pour lui avec si peu de moyens.
Aurora prit donc la décision de sortir. Elle fut saisie d'un pincement au cœur, étant obligée de laisser Severus seul, mais se dirigea vers la porte d'un pas pressé avant de s'engager dans le souterrain. Une odeur de brûlé se fit sentir, s'intensifiant à mesure qu'elle avançait. Un nœud se formait peu à peu dans sa gorge et les larmes brouillèrent ses yeux à chaque seconde qui la rapprochait du parc. Elle commençait à redouter ce qu'elle allait découvrir.
Arrivée près du saule cogneur, elle ensorcela le bâton qui l'avait aidé à entrer pour appuyer sur le nœud de l'arbre qui stoppait ses mouvements violents. Aurora leva timidement la tête pour jeter un coup d'œil au parc. Le silence pesant l'oppressait et l'odeur de brûlé rendait l'air âpre et difficile à respirer. Elle ne put retenir une quinte de toux et une peur panique s'empara d'elle à la pensée qu'un mangemort puisse l'entendre. Pourtant, il fallait bien qu'elle sache. Elle refoula l'envie de retourner auprès de Severus et sortit enfin du souterrain avec lenteur.
La main fermement serrée autour de sa baguette magique, la sorcière balaya rapidement le parc des yeux. Son regard fut attiré par de la fumée émanant de la cabane de ce pauvre Hagrid. Elle espérait de tout cœur qu'il ne soit rien arrivé de grave au demi-géant. Il ne restait plus de son foyer que des ruines fumantes. Les dernières braises étaient soufflées par le vent tiède qui s'abattait sur le parc. Rien d'autre ne semblait bouger hormis les feuilles du saule cogneur, ce dernier toujours immobile grâce au bout de bois.
Aurora, aussi tremblante que les feuilles, inspira une grande goulée d'air qu'elle expira lentement pour se redonner courage et contenance. Il n'avait pas le temps d'avoir peur, elle devait savoir comment la bataille s'était terminée. La sorcière s'éloigna de l'arbre doucement, tous les sens aux aguets.
Elle parvint enfin à la porte défoncée du château et retint un sanglot en voyant toutes les merveilles de Poudlard brisées, démolies et saccagées. Les sabliers détruits déversaient leurs pierres précieuses sur le sol jonchés de débris. Les armures hier encore si fières et parfaitement alignées contre les murs ne formaient plus qu'un amas de métal à peine reconnaissable. Elle se sentait si honteuse de n'avoir pas pris part à cette bataille… Si honteuse et si heureuse d'avoir pu sauver Severus.
- On ne bouge plus ! s'écria une voix sur la gauche de la sorcière. Tournez-vous et posez doucement votre baguette sur le sol.
Aurora ne se le fit pas dire deux fois. Elle se tourna vivement pour découvrir un auror derrière elle, la baguette prête à l'emploi au cas où elle tenterait de l'attaquer. Un soulagement extraordinaire l'envahit. Si c'était un auror qui se tenait là devant elle, ce devait être pour la simple et bonne raison que la bataille avait été gagnée par l'Ordre du Phénix. Elle déposa sa baguette doucement sur sol, comme le lui avait ordonné l'auror.
- Votre nom ? demanda-t-il d'un air soupçonneux.
- Aurora Sinistra, je suis professeur d'Astronomie ici à Poudlard.
- Et où étiez-vous cette nuit, professeur ?
- Dans la cabane hurlante. Je…commença-t-elle, hésitante.
- Vous vous cachiez ?
- Non, je…
Et si Severus était recherché… L'avoir sauvé pour rien… Elle ne pouvait pas le dire. Mais il le fallait. Elle reprit :
- Je soignais le professeur Rogue, qui a été blessé gravement. Il faut absolument que…
- Il est en vie ? la coupa l'auror.
L'étonnement dans sa voix ne semblait pas être accompagné de haine, au grand soulagement d'Aurora.
- Oui, mais je pense qu'il n'en a plus pour très longtemps si on ne fait rien, répondit-elle d'une voix blanche.
L'auror sembla soudain se reprendre. La prise sur sa baguette se raffermit et, d'un ton plus professionnel, il enchaîna :
- Je dois vérifier que vous n'êtes pas un mangemort, professeur. Veuillez relever la manche gauche de votre robe.
La sorcière s'exécuta rapidement. Elle comprenait que l'homme prenne des précautions, mais pendant ce temps, Severus se mourait seul dans la cabane.
- Amenez-moi là-bas, s'il vous plait, demanda-t-il.
- Vous ne prévenez pas l'infirmière pour que nous puissions…
- Non, nous aviserons de ce que nous ferons quand nous y seront, la coupa-t-il une fois de plus.
-Mais, j'ai peur qu'il…
- Je vous suis, professeur. N'oubliez pas votre baguette, ajouta-t-il en désignant le fin morceau de bois sur le sol.
Aurora se pencha lentement et attrapa sa baguette, qu'elle rangea dans sa robe de sorcier. Elle ne souhaitait aucunement que l'auror se méprenne sur ses intentions ; il semblait assez nerveux comme ça. Elle n'appréciait pas particulièrement que l'homme la suive avec la baguette pointée entre ses omoplates. Elle avait l'impression d'être une criminelle. Le monde à l'envers puisque la seule chose qu'elle avait faite, c'était de sauver Severus. Sauver la vie de la personne qu'on aimait était-il considéré comme un crime, même si cette personne est recherchée par les aurors ?
Ils firent donc le chemin inverse dans un silence absolu, et arrivés devant le saule, Aurora appuya de nouveau sur le nœud de l'arbre à l'aide du bâton. Elle mena l'auror jusqu'à Severus, le cœur au bord des lèvres. Une peur insidieuse s'était emparée d'elle. Pas celle de retrouver Severus déjà mort, mais celle d'emmener une personne qui voulait du mal à Severus, d'être responsable de sa mort alors qu'elle avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour le ramener à la vie.
Arrivés près du corps tremblant de l'ex-directeur, il s'arrêtèrent. L'auror avait allumé sa baguette plus tôt dans le tunnel et éclairait maintenant le visage pâle de Severus. Le cœur d'Aurora se serra d'autant plus à cette vue. Il fallait absolument le sortir d'ici et le soigner le plus vite possible. Ce dont elle fit part à l'auror qui restait immobile à regarder la quasi-dépouille de Severus.
- Je ne pense pas, répondit-il, un sourire dans la voix.
Aurora ne pouvait voir son visage, mais son intonation suffit à glacer son sang.
- Alors, qu'allons nous faire ? demanda-t-elle d'une voix blanche.
- Nous allons le regarder mourir.
Il ne parvenait pas à cacher son excitation. Aurora ne savait pas quoi faire. Il fallait qu'elle maîtrise un auror qui semblait avoir quelques années d'expérience derrière lui, alors que sa baguette se trouvait dans sa robe de sorcier, qu'elle n'avait jamais été très douée en duel, et que Severus pourrait très vite faire les frais de cette situation. Elle inspira et expira lentement avant de déglutir avec difficulté.
Elle laissa sa main glisser le long de son corps lentement, sans faire le moindre bruit et, à quelques millimètres de la poche qui renfermait sa baguette, s'arrêta. L'auror qui semblait expérimenté avait tout de même commis une grosse erreur en la lui laissant. Mais il allait falloir être très rapide à partir de maintenant. Elle n'aurait pas de deuxième chance.
Aurora plongea la main dans sa poche aussi vite qu'elle le put. L'auror se tourna alors brusquement vers elle en pointant sa baguette devant lui. Mais à ce moment-là, la porte de la cabane s'ouvrit avec fracas pour laisser entrer Potter qui stupéfixia l'auror au moment où le sort de ce dernier s'écrasait dans le mur derrière Aurora. Il s'en était fallu d'un cheveux…
Pendant une dizaine de secondes, le silence et l'immobilité furent absolu. Potter regardait Severus, étendu à quelques pas de lui. Il leva ensuite les yeux vers Aurora, restée pétrifiée près du mur. Soudain, le professeur McGonagall, Weasley et Granger apparurent derrière Potter.
- Il n'est pas mort ? s'étonna Potter, l'étonnement se mêlant au soulagement dans sa voix.
- Non, j'ai essayé de le soigner toute la nuit. Je suis revenue au château pour chercher de l'aide et…
Elle désigna l'auror effondré à côté de Severus. Les autres hochèrent la tête en signe de compréhension et McGonagall se pencha près de Severus.
- Il ne faut pas tarder. Il a l'air en très mauvais état.
Elle fit apparaître un brancard et, d'un mouvement fluide et lent de sa baguette, souleva le corps de Severus pour le déposer avec toute la douceur possible dessus. Aurora s'assura qu'il ne perde pas trop de sang durant le trajet, mais c'était peine perdue. L'hémorragie semblait intarissable. Pendant ce temps, Potter et ses amis s'occupaient de l'auror sans ménagement.
Arrivés hors du souterrain, Aurora osa enfin poser la question qui torturait son esprit et son cœur depuis plusieurs minutes.
- Vous…Il… Enfin… Que lui arrivera-t-il lorsqu'il sera hors de danger ?
- Comment ça ? demanda Potter.
- Les aurors vont l'emmener à Azkaban ?
- Pourquoi Azkaban ? C'est un héros.
Aurora ne comprenait absolument rien à ce qu'il se passait.
- Je suis très heureuse que vous soyez toujours en vie et que vous ayez vaincu Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, Potter, mais… Que s'est-il passé cette nuit ? Y a-t-il eu beaucoup de perte ?
La nuit semblait avoir été longue pour tout le monde. Une lassitude, une fatigue et une tristesse immenses se lisaient sur leurs visages. Après un silence de plusieurs minutes, Granger parvint enfin à raconter les grandes lignes de la bataille. En effet, Severus était un héros, et elle était d'autant plus fière de l'avoir sauvé. Mais tous ces morts… Elle ne put retenir les pleurs qui coulèrent à flot sur ses joues. Quant à ses compagnons, ils semblaient avoir trop pleuré pour pouvoir encore verser une larme.
Ils parvinrent enfin au château et Aurora pu découvrir toute l'étendue des dégâts. L'infirmerie était plus que bondée. Des médicomages venus de Sainte-Mangouste étaient arrivés tôt ce matin en renfort pour s'occuper des blessés. Ils avaient emmené les personnes transportables à l'hôpital, et il ne restait donc à Poudlard que les sorciers dans un état grave.
Le changement d'atmosphère était brutal. On passait d'un calme morbide à une effervescence soutenue dans le but de sauver ceux qui restaient à sauver. Severus fut vite pris en charge par un médicomage. Aurora lui montra la blessure de Severus et lui dressa la liste de tous les soins qu'elle lui avait apporté.
- Et bien on peut dire qu'il a eu de la chance, commença l'homme. Il a été mordu par un serpent, comme nous l'a dit monsieur Potter. Il aurait dû mourir à cause du venin il y a longtemps déjà. Mais grâce au surdosage de potion de régénération sanguine, il a pu l'évacuer cette nuit sans perdre de sang. Il s'en sortira vite, grâce à vous, ajouta-t-il en souriant.
Puis il emmena Severus qui reposait maintenant sur un lit blanc. Merveilleusement soulagée de la déclaration du médicomage, Aurora le regarda s'en aller le cœur plus léger. Elle observa ensuite la tristesse des sorciers et des sorcières autour d'elle, et se laissa submerger à nouveau par une foule de sentiments contradictoires.
Le professeur McGonagall s'approcha d'elle. Elle semblait avoir pris une grande part de la situation en main.
- Comment allez-vous, Aurora ? demanda la directrice.
- Je vais bien, merci. Comment avez-vous su que nous étions là-bas ? demanda-t-elle après un temps.
- Monsieur Potter vous a vu partir en compagnie de Finley. Il a dit que Severus se trouvait dans la cabane hurlante et trouvait l'attitude de Finley étrange. Et vous savez comment il est… Il est parti en courant à votre suite, répondit Minerva, un sourire triste aux lèvres.
- Il est arrivé juste à temps… Où est-il ? Je ne l'ai même pas remercié pour tout à l'heure.
- Weasley m'a dit que Potter souhaitait être seul un moment. La nuit a été difficile.
Le silence s'installa. Minerva s'apprêtait à partir lorsqu'Aurora lui dit :
- Si vous avez besoin de moi pour quoi que ce soit, dîtes-le moi, professeur.
- Merci Aurora, votre aide sera la bienvenue pour la reconstruction, répondit-elle en désignant les ruines du château.
Aurora hocha la tête, et la directrice partit où l'on avait besoin d'elle.
