We ain't got nothin' if there ain't no trust
I'm not sure, but I got a hunch
And now you've got me thinkin' way too much

Thinkin'

Marlène essaye de faire le moins de bruit possible en tournant la clé dans la serrure. Il est 11h, Sirius doit sûrement encore dormir. Elle aurait bien voulu rester encore quelques heures chez Lily mais James est arrivé de bon matin et elle a commencé à se sentir de trop aux premiers baisers dans le cou. Et pour une fois qu'elle a un jour de repos elle compte bien convaincre Sirius de l'accompagner au Magasin d'accessoires de Quidditch. Quand elle ne fait pas des petits gâteaux pour son vieux patron tyrannique, elle passe le plus clair de son temps où elle n'est pas en mission sur son balai et elle a besoin depuis plusieurs semaines de racheter des ciseaux spéciaux pour le tailler car il commence à être sérieusement difficile à manier.
Pas qu'elle aurait eu besoin de quelqu'un pour l'accompagner en général, mais ces derniers temps plus personne ne s'aventure sur le Chemin de Traverse tout seul, de peur de disparaitre sans laisser de trace. Et ce genre de précautions s'applique d'autant plus aux membres de l'Ordre du Phoenix. Normalement, à part pour les membres les plus importants comme Dumbledore, les Mangemorts ne savent pas qui ils sont, mais on n'est jamais trop prudent. Depuis la disparition de Mary MacDonald il y a quelques mois, tout le monde a encore plus peur qu'avant, même si personne ne l'avoue.

Machinalement, elle enlève son manteau et pose ses clés sur le guéridon de l'entrée. Elle parcourt le petit salon du regard. La pièce est vide. La fenêtre est ouverte et quelques rayons de soleil timides viennent caresser le canapé. Elle doit être ouverte depuis longtemps, il fait un froid de canard.

À vrai dire, Marlène vit pratiquement ici depuis quelques semaines, Sirius lui a même donné un jeu de clefs. Elle tient beaucoup à son indépendance et lui aussi, ils ne sont pas du genre à devenir un couple fusionnel où l'un n'existe plus l'un sans l'autre. Mais elle doit bien avouer que récemment, dans les bras de Sirius est le seul endroit où elle se soit sentie vraiment en sécurité. Il a une de ces présences rassurantes qui vous font l'effet de vous envelopper dans un cocon à l'épreuve du monde extérieur. Depuis qu'ils sont ensemble, elle le connait beaucoup mieux que quand ils étaient à Poudlard, où même s'ils gravitaient autour des mêmes cercles, ils n'avaient jamais été vraiment proches. Maintenant, elle sait que sa gaieté et son exubérance viennent également avec leur part de démons qui semblent constamment guetter sous la surface le moment de revenir le torturer. Elle les comprend mieux maintenant, tout comme il comprend mieux les siens, après les nuits passées à faire l'amour, à parler et à pleurer en se serrant l'un contre l'autre.

Marlène fronce les sourcils. Elle se dirige vers la chambre d'amis, la première à gauche dans le couloir. Elle va pour fermer la fenêtre au passage, mais une petite voix lui murmure qu'il s'est passé quelque chose ici. Il ne faut rien toucher. Elle réprimande la voix d'être si paranoïaque, ils sont sûrement dans les chambres. Mais elle laisse la fenêtre ouverte.

La chambre d'amis est vide. Le lit est fait. Ici aussi, la fenêtre est ouverte.
C'est à ce moment que l'odeur submerge Marlène. Elle est âcre et lui agresse les narines, s'insinuant jusque dans sa gorge. Elle tousse et se recule. Quelque chose a brûlé dans cette pièce. Elle sort sa baguette. Elle s'empêche de se précipiter vers la chambre de Sirius. Elle essaye de se rappeler les consignes. Ne pas faire de bruit. Marcher posément. Contrôler sa respiration, ne pas laisser son cœur s'emballer. Avoir toutes les issues en tête, procéder avec précaution.

Elle voudrait lancer un Hominum Revelio, mais elle a peur d'être entendue. Elle a l'impression d'entendre la voix de Dumbledore qui lui rabâche qu'elle doit travailler sur ses sortilèges informulés.
Putain elle déteste quand il a raison. Et si au moins ce n'était pas si souvent.

Elle avance jusqu'au fond du couloir. Elle essaye de ne pas laisser le bruit du sang qui bat dans ses tempes la distraire. Elle se plaque contre le mur, la baguette levée. Elle ferme les yeux. Une vague de terreur est en train de menacer de la submerger mais elle lui interdit. Elle revoit furtivement le visage d'un Sirius amusé qui lui dit qu'elle serait capable de faire trembler la terre à la seule force de sa volonté. Elle s'autorise une dernière inspiration profonde et elle ouvre la porte d'un coup, bondissant dans la pièce.

Immédiatement, elle sait qu'elle n'a pas besoin de sonder les recoins de la pièce. Elle est vide.
La fenêtre est ouverte ici aussi. La petite voix panique, tout hurle à Marlène que quelque chose de terrible est arrivé. Marlène la repousse encore. Prévenir quelqu'un, chercher de l'aide.

Elle pointe sa baguette et dit : « Spero Patronum ». Des volutes argentées en sortent et en émerge un bélier, qui sort par la fenêtre toujours ouverte.

La voix est toujours là et rugit, impérieuse, exigeant de se faire entendre. Marlène ne fait plus rien pour la faire taire. Elle tombe sur les genoux, les mains crispées sur sa baguette. Lily va arriver, ils vont les chercher. En attendant, Marlène ne se retient plus de pleurer.


Si on lui avait demandé il y a quelques mois, Marlène n'aurait sûrement pas pensé à répondre que la pire chose dans le fait d'être un agent d'une résistance clandestine était l'attente. Mais depuis, elle s'est retrouvée de nombreuses fois assise autour d'une table avec d'autres membres de l'Ordre à siroter une bièraubeurre distraitement sans parler, attendant le retour de l'un des leurs, ignorant où il était et quand il rentrerait, ou même s'il rentrerait.
La première fois, c'était en septembre 1979, ils avaient cru que Lily ne rentrerait pas. Elle était arrivée au milieu de la nuit, échevelée et l'air hagard et était allée s'enfermer dans sa chambre avec James pendant deux heures.
En octobre, Sirius était revenu à l'aube, soutenant Remus qui avait une jambe en sang. Il s'était contenté de dire : « désartibulé ». Marlène avait déjà sorti l'Essence de Dictame. Les désartibulations étaient devenues monnaie courante avec la nécessité fréquente de transplaner en urgence.
Enfin, ils avaient passé la nuit du Nouvel An à attendre Mary. Elle n'était jamais revenue et plus de trois mois plus tard, ils ne savaient toujours pas où elle était.

Mais depuis qu'ils sont ensemble, Sirius et elle ont un moyen secret de communication. Depuis quelques années les gens en mettent en place avec de rares proches. Il s'agit en général d'un objet à l'apparence inoffensive et qu'il parait normal de porter sur soi. Avec le bon sort, il devient possible de relier deux objets similaires et de les rendre capables de transmettre un message rudimentaire. Tout leur intérêt se trouve dans le fait qu'ils ne sont connus que des personnes qui les portent, rendant le message impossible à comprendre pour qui que ce soit d'autre. Ils varient grandement, allant d'une pièce qui chauffe pour signaler un danger à une bague qui change de couleur pour appeler à l'aide. Marlène avait eu l'idée lors d'une nuit passée avec Sirius de leur créer des tatouages ensorcelés, qui changeraient légèrement de forme s'il fallait appeler au secours ou au contraire signaler que tout allait bien. C'était Sirius qui les avait tatoués, affirmant que ça ne pouvait pas être « si compliqué que ça ». De fait, le myosotis qu'il avait sur le poignet ressemblait à l'origine plutôt à une tâche de léopard étrange et ce qui était censé être un perce-neige sur celui de Marlène avait plutôt l'air d'un bâton avec une cloche au bout. Après avoir légèrement paniqué, il avait fini par réussir à trouver un sort qui permettait de modifier des dessins, bien qu'il ait fallu un peu l'adapter au fait que ces dessins étaient implantés dans leur épiderme.
Quand Sirius veut lui signifier qu'il a besoin d'aide, les pétales du perce-neige tombent de la tige, et sur le lit qu'ils forment à son pied, Sirius peut lui transmettre quelques mots pour lui indiquer où il est.
Marlène passe le doigt sur son poignet par réflexe, mais elle sait pour l'avoir vérifié dix fois dans la dernière minute que les pétales sont toujours fermement accrochés à leur tige. Elle lui a envoyé un message elle-même, lui disant de rentrer, à tout hasard.
Elle essaye de s'empêcher d'y penser, mais la petite voix est toujours là qui lui murmure que si Sirius ne l'a toujours pas contactée, c'est qu'il est dans un état qui l'en empêche. Elle ne sait pas ce qu'elle fera s'il ne revient pas. Depuis des mois que tout le monde s'interdit ce genre de pensées, mais soudainement elles virevoltent toutes en elle, heurtent les parois, lui griffent le cœur, menacent de déborder. Cette fois elle n'arrive plus à les contrôler. Ses entrailles sont tellement nouées qu'elle a l'impression qu'elle va vomir. Son crâne la lance d'une douleur aigüe. Et toujours ce sang qui bat dans ses oreilles et lui rappelle que son cœur ne s'est pas calmé.

Lily est assise à côté de Marlène, le regard perdu dans le vague. James est en train de remplir la bouilloire pour faire du thé.

Marlène ne comprend pas comment tout peut être si calme dans la cuisine alors que dans son corps la tempête se déchaine. Au moins Peter a l'air aussi agité qu'elle. Il fait les cent pas dans le couloir, recherchant encore des empreintes de magie dans la chambre d'amis.
Marlène sait qu'il ne trouvera rien. En attendant Lily et James, elle a fait des premiers relevés. Ils ont refait les mêmes en arrivant. Ils n'ont rien trouvé. Quoi qu'il se soit passé, aucun sort suffisamment puissant pour laisser une trace n'a été jeté. Ils n'ont aucun élément pour les orienter dans leur recherche. Pas le moindre début d'indice pour les lancer sur une piste.

Dumbledore a envoyé un hibou, leur disant qu'il ne peut pas les rejoindre pour l'instant mais qu'il essaye de se renseigner. De ne pas bouger et d'attendre. Marlène a froissé le morceau de parchemin et l'a jeté dans un coin de la pièce. Ne pas bouger et attendre, merci du conseil précieux le vieux. Elle supporte de moins en moins ses méthodes autocratiques et sa façon de toujours tout savoir sans jamais rien dire. Parmi les idées qui flottent dans sa tête, l'une de celles qu'elle essaye d'étouffer le plus lui répète qu'il sait quelque chose, que c'est lui qui les a envoyés Merlin sait où et qu'il ne leur dit rien pour encore une de ses raisons mystiques qui commencent à franchement lui casser les couilles.

Au moins, l'inquiétude de Peter la réconforte un peu. Il a un pli soucieux entre les sourcils et il ne cesse de murmurer des formules qui font jaillir diverses lumières de sa baguette, toujours sans résultat.

Lily et James sont d'un calme olympien comme d'habitude. Parfois, elle ne peut s'empêcher de ressentir un pincement de jalousie en regardant Lily. Elle a trouvé son autre moitié. Entre James et elle, tout est si parfait que ça crève les yeux. Même quand ils se disputent, ils parlent d'une voix calme, ils cherchent des compromis, des terrains d'entente. La première fois qu'elle a vu ça, Marlène s'est demandé si Lily n'avait pas été soumise à l'Imperium ou à un sortilège de Confusion. Pour la connaitre comme sa poche depuis une dizaine d'années, elle savait que Lily n'avait pas pour habitude mâcher ses mots, particulièrement avec ses copains ou ses amis (Severus en tête de file). Mais avec James, tout semblait plus simple.

Après avoir servi sa tasse à Lily, James lui dépose un baiser sur le front. Elle lui lance un petit sourire triste.

L'affection entre eux est celle tranquille et certaine de ceux qui se sont sondés pendant des années, qui ont exploré le monde pour être sûr d'être bien à la maison. Elle blesse Marlène en plein cœur. Marlène et Sirius ne sont pas comme ça et c'est un euphémisme. Elle ne s'est jamais engueulée comme ça avec personne d'autre avant. Avant lui, elle avait l'habitude de sortir avec des gens qui l'adoraient et pliaient devant elle. Sirius ne plie jamais. Elle non plus. Ils entrent en collision et à chaque fois c'est une explosion éblouissante, un brasier qui ne s'apaise que quand ils se sont réconciliés, généralement sur l'oreiller dans des baisers effrénés.

Lily pose sa main sur celle de Marlène, qui sursaute. Elle ne dit rien, mais Marlène ressent toute sa tendresse dans ce geste. Les pensées devenues cacophoniques retombent. Marlène entend le silence. L'horloge sur le mur égrène les secondes, la vague rumeur de la ville monte de la rue par la fenêtre toujours ouverte.

Ça ne sert plus à rien de ne plus la toucher maintenant. Marlène la ferme d'un coup de baguette.

James s'est installé en face de Lily. Il boit son thé à petites gorgées. Quand les sorts n'ont rien donné, Marlène s'est mise en colère contre lui. Comment a-t-il pu partir, comment a-t-il pu les laisser seuls ? Elle a hurlé. Il a eu l'air peiné, mais il n'a rien dit. Comme un adulte qui refuse de répondre aux provocations d'un enfant particulièrement difficile.
Maintenant qu'ils boivent en silence, elle remarque qu'il a les traits tendus et la mâchoire serrée. Elle se sent stupide d'avoir crié. Sirius et lui sont frères, bien plus que Regulus et Sirius d'ailleurs. Comment est-ce qu'elle a pu croire un seul instant qu'elle pouvait être plus inquiète que lui.

Dans ce salon rempli des personnes qui aiment Sirius et Remus le plus au monde, elle se sent soudain comme une étrangère. Elle a cru qu'elle pourrait aimer Sirius suffisamment pour gagner sa place dans ce cercle, mais elle ne sait plus vraiment si c'est possible. Lily, James, Peter, elle sait qu'ils donneraient leur vie pour Remus ou Sirius. Sans hésiter une seconde. Elle doute qu'ils feraient de même pour elle. Elle n'est même pas sûre qu'elle le ferait pour eux. À part Lily, c'est la seule chose dont elle est sûre. Et pour Sirius ?

Elle sent sa respiration accélérer, encore, et elle n'arrive pas à l'en empêcher. Elle a envie de sortir, elle a besoin de respirer l'air extérieur, cet appartement l'étouffe. Mais elle ne peut pas bouger, elle ne peut pas partir. Il faudrait dire où elle va, il faudrait que l'un d'entre eux vienne avec elle. Il faudrait expliquer qu'elle a l'impression d'être un imposteur et qu'elle est en train de faire une crise de panique et qu'elle est presque certaine que l'air de l'appartement est en train de se changer en plomb liquide dans ses poumons.
Alors qu'elle n'arrive pas à dire un seul mot. Elle a l'impression que sa mâchoire est clouée, comme celles des cadavres dont on veut éviter qu'elles pendent.
Tout ce qu'elle peut faire, c'est enfoncer ses ongles encore plus profondément dans ses paumes et laisser couler les larmes qui se bousculent dans ses yeux.
Elle sent Lily qui passe ses bras autour d'elle et enfouit sa tête dans son cou. Quand elle entend sa respiration saccadée, elle comprend qu'elle pleure aussi. Elle la prend dans ses bras à son tour.
Sa peau est douce et chaude et son odeur est familière et lui rappelle toutes les fois où elles se sont serrées l'une contre l'autre pour se consoler, à Poudlard et après. Lily l'a toujours apaisée. Elle sent l'air recommencer à circuler dans ses poumons.


Elle ne sait pas vraiment combien de temps elles restent comme ça, mais soudainement un Crac sonore retentit derrière la porte et Peter pousse un petit cri aigu. Tous les quatre sont sur leurs pieds en une fraction de seconde. Ils sortent leurs baguettes et les pointent sur la porte.

Des clés remuent dans la serrure et la porte s'ouvre sur Sirius qui, la tête tournée derrière lui, est en train de rire. Remus le suit, il rit aussi.

Tous deux se figent à la vue de leurs amis qui les tiennent en joue de leurs baguettes.

Pendant un instant, tout le monde semble trop interloqué pour réagir. Sirius finit par rompre le silence qui commence à se faire assourdissant. Il esquisse un demi-sourire et dit : « Quoi que ce soit, c'est pas moi. »

Lily baisse sa baguette. Les autres l'imitent.
Elle s'exclame :

« Vous étiez où ?
- Au cinéma ! Ça faisait des mois que je harcelais Remus pour aller voir à quoi ça ressemblait et il a finalement accepté d'y aller avec moi et…
- AU CINÉMA ? »

Lily a hurlé. Sirius a l'air perdu. Il se tourne vers Marlène pour chercher une réponse. Elle n'arrive pas à parler. Elle n'en revient pas. Elle recule de quelques pas jusqu'à ce que son dos heurte le mur, et elle se laisse glisser contre lui jusqu'au sol.
Pour l'instant, elle n'arrive même pas à être en colère tellement elle est soulagée. Les larmes recommencent à couler et elle s'entend rire, d'un rire nerveux qui sonne faux et inquiétant.

Lily est furieuse, le bout de ses cheveux semble presque crépiter avec le bouillonnement qu'elle dégage. James est toujours debout derrière sa chaise. Il ne dit rien et se contente de fixer Remus et Sirius. Sirius n'arrive pas à déchiffrer son expression. Peter est assis dans un coin de la pièce, il est en train de rédiger un message sur un morceau de parchemin. Marlène s'est effondrée contre un mur et elle pleure de manière presque convulsive.

Sirius n'ose pas se retourner vers Remus, mais il le devine figé sur place. Il peut presque voir son visage horrifié à la réalisation de ce qu'ils ont fait.

Il faut qu'il arrête Lily, sinon elle va crier pendant des heures. Pas qu'elle n'aurait pas de bonne raison d'ailleurs, mais Sirius doute que ce serait très productif.

Il fait un pas vers elle en tendant la main.
« Lils, je suis désolé… dit-il doucement. »

Elle arrête de crier mais elle se recule vivement hors de portée. Le cœur de Sirius se serre. Ils ont vraiment merdé sur ce coup-là.

Sirius ferme les yeux un bref instant. C'est lui qui a insisté pour que Remus ne rentre pas chez lui ce matin, c'est lui qui a proposé le cinéma. C'est lui qui lui a payé un chocolat chaud ensuite. C'est lui qui n'a pas su accepter que la soirée et l'insouciance qu'ils s'étaient accordée avec étaient finies. Il a essayé de la faire durer un peu plus qu'il n'aurait dû et il a foiré. Remus n'y est pour rien. Il faut qu'il règle ça.

Il se retourne. Remus a les mains devant la bouche et les yeux écarquillés, le visage tordu dans un effort pour s'empêcher de pleurer. Sirius prend la parole.

« Remus, rentre, il faut qu'on ferme la porte pour que les Charmes de protection se réenclenchent. »

Mais Remus ne bouge pas, il a d'ailleurs l'air d'en être incapable. Sirius lui prend la main et doucement l'attire vers lui à l'intérieur de l'appartement. Il referme la porte d'un coup de baguette et guide Remus vers l'une des chaises. Il se tourne vers James, qui soutient son regard.

« C'est de ma faute. Quand je me suis réveillé ce matin vous étiez déjà partis sauf Remus et la pensée que la soirée était finie, qu'il allait falloir retourner aux planques, aux missions, aux mesures de sécurité et tout ça m'a frappé en pleine gueule. Ça m'a complètement submergé, je me suis retrouvé comme un con à suffoquer comme si j'étais sous l'eau. J'ai secoué Remus et je lui ai proposé la première idée qui m'est passée par la tête. Tout mais pas retourner tout de suite aux missions. J'y serais allé tout seul s'il m'avait pas accompagné et je crois qu'il s'en est rendu compte parce qu'il m'a suivi sans rien dire. Je suis désolé. Je réagis pas très bien au fait de pas être libre de mes mouvements je crois. J'ai été complètement con je…
- Je t'ai envoyé un message. »

C'est Marlène qui l'a interrompu. Elle se relève et le regarde enfin.

« Je t'ai envoyé un message. Tu sais comment. Je t'ai dit de revenir. »

Sirius regarde d'un œil son poignet. De fait, parmi les fleurs qui l'ornent, l'une affiche six pétales, portant chacun une lettre. R. E. N. T. R. E.
Sirius n'arrive pas à croire qu'il ait merdé à ce point.

« Oh non, Marlène, je l'ai pas vu je… »
Il gémit plus qu'il ne parle. La douleur qu'il voit dans ses yeux lui est insupportable.

« Si tu l'as pas vu, comment tu l'as pas au moins senti. »

Sirius rougit en pensant qu'il a gardé son avant-bras posé sur le repose-mains entre Remus et lui pendant le film et que l'idée que Remus lui prendrait peut-être la main l'a effleuré. Le contact du tissu rembourré sur sa peau a étouffé le léger picotement que l'apparition d'un message provoque normalement. L'obscurité lui a caché le mouvement du dessin.

James prend la parole avant qu'il ait le temps de répondre.
« Ne parlez pas de votre objet devant nous, vous règlerez ça plus tard. J'aimerais bien que tu m'expliques cette odeur de brûlé. On a cru que c'était une trace de maléfice. »

Sirius a l'impression qu'il va mourir d'embarras. Si la Terre se scindait soudainement en deux pour l'avaler et l'entrainer vers son centre, il ne serait pas forcément contre.

« C'est le radiateur électrique qui était dans la chambre d'amis… Celui que tu m'as dit de changer mille fois parce qu'il était trop vieux… J'ai oublié de l'éteindre quand t'es parti et il a pas trop supporté de fonctionner plusieurs heures d'affilée et hum… Il a un peu pris feu… Et même après l'avoir jeté l'odeur restait donc on a décidé d'ouvrir les fenêtres et de partir pour le cinéma en attendant qu'elle se dissipe… »

Sirius espère presque que James va se moquer de lui. Mais il ne réagit pas. Il se contente de se tourner vers Remus.
« Je suis content de voir que vous allez bien, dit-il. En ce qui me concerne, l'incident s'arrête là. Vu vos têtes, je crois qu'on peut compter sur le fait que ça ne recommencera pas. »

Il n'a pas l'air en colère, son visage ne trahit rien. Sirius le connait depuis suffisamment longtemps pour savoir que c'est sa tête des grosses déceptions. Il n'y a eu droit que deux fois auparavant. Après « l'Accident » et après qu'il lui ait avoué que c'était lui qui avait fait croire à Lily qu'il faisait encore pipi au lit à 13 ans.

James se tourne vers Lily et lui tend la main. Celle-ci hésite. Elle fixe toujours Sirius de ses grand yeux verts et il a l'impression de sentir physiquement les éclairs qu'ils lui lancent. Elle a l'air d'avoir encore beaucoup à dire. Mais après quelques secondes, elle se contente de secouer la tête en soupirant et elle prend la main de James. Ils sortent et une seconde après, Sirius entend le Crac qui annonce qu'ils ont transplané.
Peter se lève en faisant un petit rouleau du parchemin qu'il a écrit.

« Je vais envoyer un hibou à Dumbledore avant de rentrer pour lui dire que vous allez bien, dit-il. »

Il s'apprête à sortir mais se ravise. Il se tourne vers Sirius et lui dit :
« T'inquiète pas trop pour James et Lily hein tu les connais, dans quelques jours ce sera oublié. »

Il tapote maladroitement l'épaule de Sirius et s'en va à son tour.

Sirius se retourne vers la pièce. Le voyant chercher son regard, Marlène s'enfuit dans leur chambre.
Il esquisse un geste vers Remus, mais ce dernier se lève d'un bond.

« Je crois qu'il vaut mieux que je rentre. »

Il fixe le sol. Sirius n'a pas envie de le laisser partir. Il faudrait qu'il aille voir Marlène, qu'il essaye de se rattraper. Mais la pensée de laisser partir Remus sur cette note lui est insupportable. Est-il en colère ? Pourquoi est-ce qu'il ne le regarde pas ? S'il le regardait, Sirius sait qu'il arriverait à l'amener à dire ce qu'il pense, vraiment. Remus ne parle pas, sauf quand Sirius le regarde dans les yeux.

« T'es sûr que tu veux pas qu'on en parle ?
- Je crois qu'on a déjà suffisamment parlé, aujourd'hui. »

Son ton est sec. Il est en colère. Sirius a envie de crier. Il veut le supplier de rester, lui attraper le visage entre ses mains et le forcer à croiser son regard pour voir combien il lui en veut.

« Désolé. Vas-y t'as raison. »

Il essaye de parler d'un ton calme mais sa voix sonne faux. Remus lève enfin les yeux vers lui. Il a l'air sur le point de dire quelque chose, mais il se ravise et sort à son tour.


Marlène est couchée sur le côté, dos à la porte. Sirius toque au chambranle de la porte ouverte pour lui signaler sa présence.

« Viens me tenir chaud, dit Marlène sans bouger. »

Sirius enlève ses chaussures et son blouson et il se glisse sous la couette. Il se cale contre Marlène, passant un bras autour de son ventre et commençant à lui caresser les cheveux de l'autre.

C'est une des choses qu'il préfère chez elle, ses longues boucles noires et soyeuses, qui lui descendent jusqu'aux reins. Comme elle ne s'écarte pas, il presse sa tête contre ses cheveux. Remus n'arrête pas de répéter que c'est impossible et que ce n'est pas comme ça que ça marche, mais depuis qu'il est un Animagus, il a l'impression que même sous sa forme humaine, il a un odorat plus développé. Il ne saurait pas trop l'expliquer mais il arrive à percevoir dans une certaine mesure combien l'odeur des gens change en fonction des émotions qu'ils ressentent. Il ne sait toujours pas décrire les odeurs à la manière d'un Nez, mais il sait qu'il serait capable de reconnaitre Marlène entre mille les yeux fermés. Il adore son odeur, même si à l'heure actuelle elle lui dit surtout à quel point elle est bouleversée.

Il ne sait pas s'il doit parler ou pas. D'habitude, quand Marlène est énervée, elle crie. Un des traits qu'elle a en commun avec Lily. Il se dit que ce n'est pas un hasard qu'elles se soient adorées dès le moment où elles se sont vues. En tous les cas, il n'a pas l'habitude qu'elle se mure dans le silence. Il ne sait pas si elle a besoin qu'il la caresse en silence, ou qu'il prenne les devants pour s'excuser. Il a désespérément envie de l'atteindre, mais il lui semble qu'elle est hors de portée. Il a un petit pincement au cœur en se disant que même quand elle crie, il ne sait pas vraiment comment réagir. Il n'est pas très bon en gestion des conflits. Il n'y a qu'avec James qu'il ne s'engueule jamais vraiment. James ne s'engueule jamais vraiment avec personne à vrai dire. La seule personne avec laquelle il n'a pas envie de s'enfuir ou de disparaitre six pieds sous Terre quand un désaccord arrive c'est Remus. En général en tout cas. Mais il ne veut pas penser au fait que Remus est en colère contre lui. Il se reconcentre sur Marlène.

Il lui chuchote :
« Je suis désolé de t'avoir fait peur comme ça, je... »

Marlène le coupe :
« J'ai cru que t'étais mort. »

Le silence retombe, lourd.
Soudain, Sirius sent Marlène attraper sa main et la serrer contre son cœur. Il se glisse encore un peu plus près d'elle. Il sent contre son torse ses épaules qui tressautent au rythme de ses sanglots. Elle serre sa main de toutes ses forces.

« Je sais pas si tu te rends compte mais je n'ai pas douté de toi une seule fois depuis six mois. Pas une. J'ai parfaitement confiance en toi.
Je ne t'en veux pas d'être allé au cinéma. Je t'en veux de m'avoir donné une raison de douter de toi. » Elle s'interrompt un instant. Sa voix est rauque d'avoir tant pleuré.

« Je veux me dire que c'est rien que le temps ne réparera pas. J'espère avoir raison en me disant que ça reviendra, que le doute une fois entré peut quand même repartir. Mais je sais pas. »

Elle se tortille pour se retourner face à lui. Ses yeux sont rouges mais ils sont secs maintenant.
« Dis moi que tout n'est pas gâché.
- Marlène…
- Dis le moi ! J'ai besoin de l'entendre. De ta bouche.
- Ce que je peux te dire, c'est que je te promets de plus te donner d'occasion de douter de moi. »

Elle l'embrasse.


NOTES: Désoléééée j'ai dû supprimer le chapitre et le réuploader parce que la première fois il y a eu un bug et il s'est uploadé n'importe comment bref je ferai mieux la prochaine fois!