Comme promis, voilà la suite de la traduction de la fic de Ceredwen (liens sur mon profil). Cette histoire n'est donc pas à moi, et Ceredwen a emprunté son univers à JKR, bien sûr.

A la semaine prochaine !


« Pauvre Kreattur, » murmure-t-il.

« Oui, » réplique-t-elle tristement. « Je me sens toujours mal en pensant à ce qui lui est arrivé. C'était de ma faute. »

Il lui serra la main. « Non, mignonne, je te l'avais dit déjà alors que ce n'était pas le cas. Tu as fait ce que tu pensais être le mieux. J'avais un pressentiment... et pourtant je n'aurais jamais pu savoir, jamais pu imaginer qu'il... »

« Oui, » dit-elle encore une fois.

Le silence s'installe alors qu'il réfléchit à quels souvenirs-clés choisir. Il ne veut pas laisser à ses enfants des informations inutiles qu'ils connaîtraient déjà. Avec son aide, Harry a détruit les Horcruxes, puis Voldemort. S'ils veulent savoir comment ça s'est passé il y a des douzaines de livres sur le sujet, ou mieux, ils peuvent toujours demander à leur parrain.

Ce qu'il voudrait qu'ils voient, c'est à quel point c'est difficile pour lui de ne pas l'aimer. Comment son intelligence passionnée et son esprit vif se sont frayés petit à petit un chemin dans son cœur, de telle manière que lorsqu'il s'aperçut qu'elle n'était plus une fille mais déjà une jeune femme, il n'avait plus aucune chance. Il veut qu'ils voient également ce qu'elle a vu, même si sur ce point il ne peut bien sûr avoir aucune certitude.

C'est difficile de choisir précisément les moments importants de ces deux années. Ce n'est par exemple que maintenant, juste maintenant, qu'il a appris que pendant quarante ans il s'était trompé sur le moment où il a commencé à lui plaire. Enfin, à lui plaire... A tomber amoureuse de lui. Tuer l'elfe était une menace en l'air ; il était en colère, c'est tout. Même s'il y avait certainement une envie de meurtre dans ses yeux, il ne serait jamais passé à l'acte. Elle le sait aujourd'hui, mais à l'époque elle ne s'en doutait pas.

Le temps qu'ils ont passé ensemble dans le cabinet de travail – ça, ça semble important, pense-t-il. Une autre pièce du puzzle qu'ils étaient en train d'assembler tous les deux sans le savoir.

Ses yeux sont toujours clos, l'odeur de jasmin toujours dans l'air et deux mains douces, une jeune et une juste un peu moins, toujours en train de réchauffer les siennes.

~oOo~

« Je suis quasiment certain que je suis déjà tombé sur des livres parlant des Horcruxes dans le vieux cabinet de travail de mon père. »

« Quoi ? » Dumbledore se tourna brusquement vers Sirius.

« J'en suis presque sûr, » dit Sirius en hochant la tête. « Mais les trouver, ça ne va pas être une partie de rigolade. »

« Je peux aider, » offrit Rémus, mais Dumbledore secoua immédiatement la tête.

« On ne peut pas se passer de toi, et tu sais exactement pourquoi, » contra le vieux sorcier.

« Hum... » dit Hermione, la voix hésitante et sa main à demi levée encore une fois. « Moi je peux aider. Je suis douée en recherches et je suis à l'aise dans une bibliothèque. »

Sirius rit doucement. « En fait, le cabinet de travail n'est plus vraiment rangé, ou organisé. »

« Et pourquoi ça ? » demanda Hermione en fronçant légèrement les sourcils.

« J'ai peut-être laissé échappé un peu de ma... frustration l'an passé, une fois ou deux. » Sirius arborait un large sourire d'excuse, même si à son avis le cabinet de travail l'avait bien cherché.

« Une fois ou deux ? » dit Rémus dans un éclat de rire. « Une ou deux fois par semaine serait plus proche de la vérité. »

« Donc, c'est-- » dit Hermione, laissant la question en suspens.

« Un désastre total, » répliqua Rémus, toujours souriant à Sirius qui eut le bon goût d'adopter une expression chagrinée.

« On va d'abord devoir trier et classer » dit finalement Sirius. « Ça va nous demander du temps et des efforts. »

« Je suis toujours d'accord pour aider, » dit fermement Hermione. « Si le Professeur Lupin n'est pas disponible, je veux bien faire mon possible. »

« Ça marche pour moi, » répliqua Sirius. « Albus ? »

Dumbledore regarda attentivement Hermione avant d'approuver. « J'avais prévu de fouiller la bibliothèque des Black, avec Sirius bien sûr ; toutefois, je pourrais ainsi me consacrer à la bibliothèque de Poudlard, que j'ai trouvée un peu évasive sur le sujet. »

« Vraiment ? » dit Hermione, choquée. « Je croyais que la plupart des textes magiques pouvaient être trouvés à Poudlard. »

« En règle générale, c'est vrai, » répondit pensivement Dumbledore. « Sirius, quand as-tu croisé ces livres dont tu parlais ? »

« Au cours de l'année écoulée, » répliqua-t-il. « Tu sais, avant-- »

« Avant que tu ne détruises complètement le cabinet dans un accès de rage typiquement adolescente ? » enchaîna Rémus, sournois. Sirius lui retourna un regard bien senti.

« Donc tu n'es pas tombé sur ces livres durant ton enfance ici ? » demanda Dumbledore, clairement excité par quelque chose.

« Non » répondit Sirius. « Regulus et moi étions rarement autorisés à pénétrer dans le cabinet de travail, pour être honnête. Pourquoi ? »

« Parce qu'il est possible que Voldemort ait caché les livres dans la bibliothèque des Black lui-même, » dit Dumbledore. « En fait, je suis presque certain que c'est comme ça qu'ils y sont arrivés. »

« Il y avait certainement accès à travers Bellatrix ou Narcissa », acquiesça Rémus. « Tu ne crois pas, Sirius ? »

« Un peu, mon neveu » dit Sirius, clairement convaincu. « Et dire que je les ai déjà vus... »

« Faut pas s'inquiéter, » dit Hermione fermement. « On va les trouver. »

Sirius hocha la tête en sa direction et lui sourit. Il avait encore quelques réticences à laisser Hermione pénétrer dans le cabinet. La maison dissimulait des dangers du sol au plafond et il ne voulait pas qu'elle soit blessée. Et l'état du cabinet de travail était plutôt traître. Peut-être qu'il pourrait y mettre un peu d'ordre avant qu'elle n'y pénètre.

« Tu sais que tu vas donc devoir rester en Angleterre, » dit Rémus après un moment de contemplation. « Je suis toujours persuadé que tu n'y es pas en sûreté. »

« J'ai du travail qui m'attend, » dit Dumbledore. « Il faut que je prenne contact avec diverses personnes. Tu me seras bien utile en restant ici, Sirius. »

« Alors, quand est-ce qu'on commence ? » demanda Hermione impatiemment.

« D'abord, » dit Dumbledore, « je pense que nous devrions raccompagner Harry chez les Dursley, et j'imagine que tes parents veulent te voir également. »

Sirius adressa un gigantesque sourire à Harry. « Je sens que je vais adorer ça. »

« Sirius, » dit Rémus, un avertissement dans la voix. Il fut superbement ignoré.

« C'est toi qui me raccompagne ? » demanda Harry, visiblement enchanté.

« Je me disais, ouais, » répondit Sirius, « des années que je n'ai pas vu Pétunia. »

« Tu connais ma Tante ? » demanda Harry stupéfait.

« Bien sûr... enfin... en quelque sorte, » répondit Sirius. « Ta mère était une de mes plus proches amies et elle avait toujours beaucoup de choses à dire à propos de sa soeur. »

« Sirius, ce n'est pas une bonne idée, » dit Rémus d'une voix sévère. « Tu devrais le renvoyer par le train avec les autres enfants. »

« Toutes nos affaires sont là-bas » dit Hermione nerveusement. « On doit vraiment retourner à l'école. »

« D'accord, » dit Sirius, une note de désappointement dans la voix. Il sourit soudainement et fit un clin d'œil à Harry : « Ne t'inquiète pas, mon gars. Je viens toujours te chercher pour passer les vacances d'été avec moi ! »

~oOo~

« Passer du temps avec vous dans la salle commune, ç'a été comme un coup de poing dans l'estomac, » murmure Sirius.

« Hm ? » demande Hermione. « Oh attends, je sais. Tu parles de quand Rémus et toi nous avez ramené à la salle commune, c'est ça ? »

« Oui, » réplique-t-il en inclinant simplement la tête.

« Au début, tu semblais vraiment ailleurs, » ajoute-t-elle prudemment. « Tu étais dans tes souvenirs, à penser à eux deux, non ? »

Il se débattit avec son passé pendant un long moment. Le doux ressac de la culpabilité s'était mis à sucer tranquillement sa peine, comme on aspire la moelle d'un os, lorsqu'il avait ramené les enfants à l'école.

« Je ne sais pas s'ils pourront deviner cela », dit-il. « Je ne me laissais pas aller, tout se passait dans ma tête. Et puis, j'avais montré à Harry un truc ou deux avec l'escalier du dortoir des filles. Je suis sûr qu'il ne t'en a jamais parlé. »

« En fait si, il l'a fait, mais des mois plus tard, des mois après cette blague avec le chapeau. » Il y avait un certain ton dans sa voix. Plus clairement que des mots ne pourraient le faire, ce ton disait que même si certains actes peuvent être pardonnés et que l'on est en mesure de passer outre, la douleur s'attarde parfois, et ce au-delà du raisonnable. Avec les êtres humains on ne peut jamais parler de « raisonnable » ou de « normal ».

Au lieu de parler, il serre sa main. C'était devenu une sorte de signal émotionnel entre eux au fil des années, un code. Il confirmait ainsi qu'il était coupable et qu'il avait mal agi, même s'il se savait pardonné depuis des années.

« Harry était persuadé que tu allais passer ton temps à me commander, comme tu le faisais avec eux, » dit-il pour détendre l'atmosphère.

« Vraiment ? »

« En tout cas, tu as essayé... » il la taquine.

~oOo~

La vue de la salle commune des Gryffondor lui ramena douloureusement en tête de doux souvenirs qui n'étaient plus maintenant que de la nourriture à Détraqueur. Ou peut-être même moins, Sirius ne voulait plus vraiment penser à tous ces souvenirs qui gisaient ou pas au fond des ventres de ces goules.

Un peu de la sensation d'être un élève ici s'infiltra en lui à travers le canapé, comme il s'y relaxait, entouré de Harry et de ses amis. Beaucoup de premières fois sont advenues à cet endroit précis où il était assis. Ses souvenirs luttaient pour former des images dans sa tête. La forme exacte de ses longues tresses rousses avait du mal à s'imposer, de même que la couleur émeraude de ses yeux. En revanche, leurs voix essoufflées qui se mélangèrent, la première nuit où il accepta de se faire lui-même pénétrer, résonnaient à ses oreilles au moment où elle fusionnèrent dans un cri glorieux, ensemble. Ils se fichaient complètement de se faire surprendre à l'époque, mais ils étaient jeunes et ils étaient amoureux, et la jeunesse est insouciante et ivre de sa propre importance.

« Tu n'étais pas revenu ici depuis la troisième année, » dit Harry alors que Sirius se rendait compte que tout le monde était silencieux. Il s'interrogea sur le regard étrange que lui lançait Hermione : lui avait-elle posé une question ?

Un sourire désenchanté apparut sur son visage fatigué. L'un dans l'autre, cela valait probablement mieux que Harry sache que son parrain était un peu dingue sur les bords. Il y avait un éclat de sympathie dans les yeux de Harry, une bienveillance, mais pas de pitié. Merlin, il aurait détesté ça.

« Je crois bien que oui, » dit-il finalement, après une longue inspiration, presque un baillement. « Ouais, ça doit être ça. » Son regard voulut se poser sur Ron, celui qu'il avait attaqué ce soir-là. Mais à la place il s'arrêta pour dévisager Hermione. Inquiète ? Il ne saurait le dire, mais quoi que c'était il la percerait à jour. Elle agissait de manière assez particulière depuis l'incident avec Kreattur.

« Je veux absolument tout savoir sur ce que mon père et toi avez pu trafiquer, » dit Harry.

« Vraiment ? eh bien voyons... Une fois nous avons métamorphosé le Chevalier du Catogan et l'avons sorti de son portrait, » raconta Sirius. « Un cauchemar pour le remettre à sa place, je peux te l'assurer. »

« Le Chevalier du Catogan, vraiment ? C'est génial ! » s'exclama Ron. « Bien que je ne suis pas sûr de vouloir voir ça, il est vraiment timbré celui-là. »

Hermione rencontra le regard de Sirius alors qu'elle se levait, ses livres et ses sacs dans ses bras. Mais elle détourna promptement les yeux, tournant la tête vers les escaliers. Il supposa qu'elle était encore fatiguée suite à son épreuve.

« Je vais me coucher, » annonça-t-elle. « Bonne nuit Sirius. Les garçons, ne vous couchez pas trop tard. » Hermione regarda Sirius encore une fois avant de grimper les escaliers des filles.

« Bonne nuit Hermione » répondirent en choeur Harry et Ron.

« Content que tu te sentes mieux. On s'voit dans quelques semaines, hein ? » dit Sirius. Avec sa main elle fit un vague signe d'agrément avant de disparaître.

« Est-ce que toi et mon père vous avez jamais trouvé comment passer cet obstacle ? » Harry avait les yeux fixés sur l'escalier des filles.

« Un sale choc, je peux le garantir, » approuva Ron.

« Vous ne devez pas avoir vraiment essayé si vous n'avez toujours rien trouvé, » les taquina Sirius.

Sirius regarda autour de lui mais à part eux la salle commune était vide. Il se leva d'un bond, faisant craquer les jointures de ses doigts alors qu'il se dirigeait vers les escaliers du dortoir des filles. A chaque pas il retrouvait un peu d'une attitude furtive qu'il pensait avoir oubliée depuis longtemps. C'était une vieille sensation et pourtant ça lui semblait familier, aussi familier que de négocier un virage un peu court sur sa moto volante juste pour entendre son meilleur ami hurler comme une fille. Il brandit sa baguette d'un geste large, suivi immédiatement d'un brillant jet de lumière.

« Qu'est-ce que tu as utilisé ? » demanda Harry. Il était maintenant assis au bord de sa chaise, regardant son parrain avec respect. Celui-ci posa précautionneusement un pied sur l'escalier des filles. Silence bienheureux.

« Nous n'avions pas un génie bénévole qui faisait tout le travail pour nous, » les réprimanda Sirius. « Si vous voulez aller mater les petits trésors des filles - »

Ron et Harry rirent en retour, mais en rougissant tout de même.

« Je vous dirai le sort que j'ai utilisé et même comment je l'ai modifié, mais pour le reste... je vous laisse découvrir par vous-mêmes ! »

Soudain, Ron bailla à s'en décrocher la mâchoire, essayant de le dissimuler avec sa main et par un sourire embarrassé.

« Si tu es fatigué, va au lit, » lui offrit Harry. « Moi je vais rester encore quelque temps. J'aimerais discuter avec Sirius tant que je le peux. » Ron acquiesça et se leva lourdement, lançant un petit 'bonne nuit' en quittant la salle. Harry et Sirius lui répondirent, puis s'installèrent tranquillement alors que Ron montait les escaliers d'un pas pesant.

« Tu n'as toujours pas dit quel sort... » dit Harry au bout d'un moment.

« Immobulus modifié avec un damper pour l'alarme, » répondit Sirius.

« Vraiment ? Un Immobulus, » médita Harry. « Je ne sais décidemment rien sur les modifications de sorts. »

« Eh bien d'abord, tu dois apprendre ton latin, » commença Sirius. « J'imagine que tu n'as pas pris ce cours, si ? »

« Ils ne l'enseignent pas à Poudlard, » répliqua Harry. « Et à l'école primaire j'ai appris le français et l'allemand. »

« Le latin est très utile quand tu commences à créer tes propres sorts, ou pour en modifier d'autres, » dit Sirius en fronçant les sourcils. « Je suppose qu'il y a des avantages à avoir été élevé dans une famille de sorciers. On m'a appris le latin, le grec et le français avant même que je ne rentre à Poudlard. »

« Le français ? » s'étonna Harry.

« Oui, ça c'était plutôt parce que j'étais un Black. Mais ce n'est pas très utile pour travailler les sorts, à la vérité, » dit Sirius en fronçant derechef les sourcils. « Mais le latin et le grec, en revanche... »

« Tu ne vas jamais me dire le sort que tu as utilisé, en fait » reprit Harry. « Tu veux que je me mette au latin ? »

Sirius haussa les épaules. « Tu es un sorcier, Harry. Ça ne peut pas te faire de mal d'apprendre les mots dont nos sorts sont issus. »

« C'est à cause de Mrs. Weasley, c'est ça ? » demanda Harry, bougon. « Tu veux prouver que tu peux être responsable. »

Sirius rit tout bas. « Peut-être. » Il fit un petit sourire forcé. « Bon, au plus tard je te verrais juste avant ton anniversaire. Je vais voyager pas mal, mais ta chouette saura toujours où me trouver. Je pense que Hermione me rejoindra dans quelques semaines. Une fois qu'elle sera installée, j'essaierai de te venir te faire quelques visites. »

« Si elle te laisse faire, » grommela Harry.

« Je vous demande pardon, » dit Sirius, offensé. « Je suis un sorcier adulte, maintenant. »

« Et elle aussi elle le sera, dans quelques semaines, » contra Harry.

Sirius choisit d'ignorer cette dernière phrase.

~oOo~

« Ah ! » il murmure doucement.

« Quoi, mon amour ? » demande-t-elle.

« Je peux me montrer mature moi aussi si je veux », marmotte-t-il.

Son petit rire le surprend.

« Hm ? »

« Oh, c'est juste que je trouve cela savoureux que tu puisses te montrer immature à propos d'être mature, » dit-elle, et elle pose ses lèvres sur sa joue.

Il se renfrogne un peu, mais sans le vouloir. « Contente-toi de prendre le souvenir suivant, d'accord femme ? »

« Bien sûr, chéri, bien sûr. »

Naturellement, elle sait.

~oOo~

Le son de ses bottes sur le sol de pierre du château faisait doucement écho aux oreilles de Sirius alors qu'il arpentait ces couloirs qu'il avait autrefois si bien connus. Il y avait quelque chose de doux-amer dans le fait d'être de retour. Ça dit quoi sur sa vie, le fait que ses souvenirs les plus heureux soient ici ?

« Un beau putain d'échec, voilà ce que ça dit, » marmonna-t-il pour lui-même.

Les années d'après-Poudlard furent remplies de plus d'amour et d'attachement qu'il n'aurait pu imaginer, mais elles étaient aussi marquées du sceau de la peur. C'était difficile d'être heureux dans une pareille époque, mais eux ils n'étaient pas malheureux. Ils étaient ensemble et c'était tout ce qui importait.

Ses semelles claquèrent une nouvelle fois sur l'escalier alors qu'il poursuivait sa descente. Il apercevait Lily qui lui souriait de son sourire serein, se reculant dans l'ombre des portes et l'invitant à la rejoindre. James lui faisant des clins d'œil dans les coins sombres, dansant à la périphérie de ses yeux. Souriant. Téméraire. Idiot.

Quelques pas plus tard, Sirius avait quitté l'escalier et s'était retrouvé devant les gargouilles de pierre. « Bonsoir, l'ami, » dit-il en se rapprochant.

« Ami ? Tu as entendu ça ? Je suis son ami maintenant, » dit la première gargouille avec hauteur.

« Ils prennent de plus en plus de libertés chaque année, » ajouta l'autre.

« Vous allez finir par me vexer, » sourit Sirius. « Même si j'imagine que ma voix est un peu plus grave aujourd'hui, que j'ai un peu plus de poils sur le menton. Et des rides d'inquiétude. » Il soupira ostensiblement.

« Que je sois transformé en Boursouflet, » dit la première gargouille. « Sirius Black qui vit et qui respire comme toi et moi ! »

« Ni toi ni moi ne vivons ni ne respirons, » lui répliqua la deuxième gargouille.

« Bien les gars, même si j'adorerais rester un peu pour tailler le bout de gras... » commença Sirius. « Bonbons à la liqueur ! »

« N'en dis pas plus, » dit la première gargouille en s'écartant. « Et sois prévenu, IL est là-haut. »

« Ah, » dit Sirius délicatement. « Rogue. Quelle chance. »

Tournant doucement, s'élevant vers le bureau, Sirius s'ordonna à lui-même de garder son calme. Il se demandait juste d'un air maussade combien de temps il serait capable de retenir son fichu caractère.

« Directeur, je voulais juste vous faire part de mon inquiétude. »

Sirius leva les yeux au ciel avant de frapper doucement à la porte.

« Severus, s'il te plaît - » dit Dumbledore, d'une voix morne et grise. « Ah Sirius, entre donc. »

« J'ai appris que tu avais trouvé le moyen de te rendre utile, cabot, » cracha Rogue, venimeux. « Directeur, je vous implore - »

« Merci Severus, ce sera tout, » dit Dumbledore, gentiment mais fermement. Sirius pouvait sentir le ricanement ridicule qui menaçait de le faire passer pour immature titiller le coin de sa bouche. Pour se distraire, il se tourna vers Phineas Nigellus, mais la similarité entre Rogue et son propre ancêtre était trop frappante. L'envie de ricaner se fit encore plus pressante lorsque Phineas laissa échapper une petite toux et sortit précipitamment de son portrait.

Sirius était fier de lui, fier de laisser son amusement guider son silence. Il se moquait de Severus juste avec ses yeux, tandis que le gosse en lui dansait tout nu sur la table, sa bite à l'air qui battait un rythme sauvage entre son estomac et ses cuisses alors qu'il se moquait physiquement de son ancien ennemi. Sirius l'Adulte Mature s'assit calmement sur sa chaise alors que Severus partait, vaincu.

« Puis-je me permettre de te féliciter pour la maîtrise de soi dont tu as fait preuve ? » dit Dumbledore en tendant à Sirius une jarre remplie de bonbons. « C'est une nouveauté plus que bienvenue. »

« Les gargouilles m'avaient prévenues, » dit Sirius en se jetant une petite pastille jaune dans la bouche.

« Eh bien, il va falloir que je pense à les remercier, » médita Dumbledore. « J'espère que toi et Rémus avez veillé au bon retour de Harry et de ses amis ? »

Sirius acquiesça. « Ouais. Mais il est reparti aussitôt. Il se doutait que j'voulais passer un peu de temps avec Harry, et puis il avait des trucs à faire avec d'autres personnes. »

« J'avais prévu de te parler de mes projets à propos de l'éducation de Harry pour cette année, ainsi que de revoir quelques détails de ta mission en France, mais je viens juste de parvenir à assembler quelques pièces dans mon puzzle et je me demandais si tu accepterais de m'accompagner. »

« Bien sûr. Maintenant ? »

Dumbledore acquiesça.

« Où ça ? »

« La maison d'enfance de la mère de Voldemort. »

~oOo~

Il décide de passer sur la visite à la maison Gaunt. Elle n'avait pas d'importance. Ils ont trouvé l'anneau et Dumbledore l'a passé à son doigt avant que Sirius ne puisse le retenir. Qu'est-ce que tout ça peut faire ? Ce qui est important, en revanche, c'est ce qu'il s'est passé quand il est rentré.

« Une partie de celui-ci est juste pour toi, » il dit doucement.

« D'accord, mon cœur. »

« Je sais que tu aimes regarder, chaton. »

Regulus toussa. « Papa. »

« Pardon, fils. »

~oOo~

La vieille porte de chêne se referma lentement avec un petit bruit sec lorsque Sirius entra au 12, square Grimmauld. Sa brève mission en France n'avait pas été couronnée de succès, comme Dumbledore l'avait prévu. Il avait plu sans cesse depuis qu'il était parti. Dès qu'il put, il avait transplané chez lui, fatigué et usé, réjoui d'être enfin débarrassé de son assommant contact de Camargue. Ses vêtements étaient plus que sales et tout le bas de sa robe était marron de boue. Il pouvait sentir la saleté s'incruster dans sa peau.

La maison était très calme, ce qui signifiait que ses invités n'étaient pas encore arrivés. C'était l'autre raison pour laquelle Sirius voulait rentrer si vite à la maison. D'un pas furtif issu d'une longue pratique, il passa devant le portrait de sa mère sans la déranger. Les autres portraits, ceux qu'il à qui il n'avait pas encore jeté de sort, se contentaient de chuchoter sur son passage. Personne à part sa mère n'aurait osé affronter sa colère.

Les lattes du plancher grincèrent sous le poids du voyageur débraillé alors qu'il se dirigeait vers les marches de la cuisine. Un geste de sa baguette et il y alluma quelques lampes à gaz. Sur la table de la cuisine il y avait un parchemin. Sirius s'en empara et jeta un bref coup d'oeil sur les mots qui y étaient écrits.

La note fut froissée et jetée à la corbeille avec un grognement. « Ça, je le savais déjà. »

Sirius fit un rapide inventaire pour être sûr qu'il y avait assez de nourriture dans les garde-mangers pour quelques jours, avant de monter au dernier étage. Il jeta à peine un regard aux initiales RAB et se dirigea vers sa chambre pour prendre une douche.

Sa sinistre cape de voyage, mouillée et pleine de terre, fut la première à être ôtée et jetée dans la panière à linge. Ensuite il enleva ses lourdes chaussures recouvertes de saletés et soupira de soulagement en agitant ses orteils. Son pantalon fut le suivant, il collait à ses jambes tandis qu'il essayait de s'en débarrasser, étant au moins aussi trempé que sa robe. Sa chemise, autrefois blanche mais maintenant maculée de boue, fut enlevée d'un haussement d'épaule, immédiatement suivie par son maillot de corps et son caleçon.

La sensation de l'eau chaude sur ses muscles fatigués et endoloris était merveilleuse. Les deux dernières semaines avaient été incroyablement intenses. La plupart des pistes que ses contacts lui avaient indiquées s'étaient révélées des impasses, absolument inutiles. Il déposa sur son éponge de bain ce savon à la lavande et à la sauge qui dégageait une odeur si virile, inspirant profondément. En soupirant, il se laissa glisser un peu contre le mur. L'os de sa hanche ne saillait pas autant qu'avant et un bref regard dans le miroir lui indiqua que ses côtes n'étaient plus aussi visibles non plus. Avec la liberté on retrouve le goût de manger, et il reprenait aussi un peu de masse musculaire. C'était plutôt une pensée heureuse, se dit-il en se savonnant et en frottant fort pour enlever toute trace de la saleté qu'il avait ramenée du Sud de la France.

L'éponge de bain descendit le long de son torse, et plus bas encore, mais il la laissa tomber lorsqu'il atteignit son sexe. L'eau chaude mélangée au savon rendait sa main glissante alors qu'il la laissait aller et venir le long de sa bite, se caressant sans se presser. Il n'avait pas été en mesure de se taper une branlette décente depuis des semaines, et il comptait bien profiter de celle-ci au maximum.

Ce fut la première fois qu'il ne combattit pas les pensées qui lui venaient spontanément en tête. Le souvenir d'être touché de cette même façon, ou d'être surpris agréablement au beau milieu de sa douche, remplaça son habituelle solitude dans ces brefs et rares moments volés.

Mais ça faisait trop longtemps, et il devint vite impatient. Il ne s'accordait pas souvent ce genre de choses, car se faire jouir ainsi se finissait toujours dans les larmes, et Sirius haïssait les larmes – surtout les siennes. Il accéléra alors son mouvement de va-et-vient, toujours plus vite, la respiration haletante. La main qu'il avait initialement posée sur le mur au-dessus de sa tête étant dorénavant occupée à masser doucement ses couilles.

Des éclats de souvenirs l'assaillirent juste avant la jouissance, la sensation d'une main, ou le son de son nom articulé en un désespoir passionné. Il n'eût plus besoin que d'un ou deux coups avant que ses yeux ne se ferment et qu'il ne grogne de soulagement. La giclée blanche se perdit sous le jet chaud de la douche comme un collier de perles oublié, ainsi que tous ses espoirs, tous ses rêves. Il se laissa aller lourdement contre le carrelage du mur, laissant les battements de son cœur et sa respiration revenir à la normale. Il lava la dernière preuve en se passant la tête sous l'eau.

Une fois séché et habillé, propre et frais, Sirius descendit l'escalier pour aller manger un morceau. Alors qu'il se dirigeait vers les marches de la cuisine, il entendit le petit bruit du loquet de la porte d'entrée ainsi que ses gonds qui grincèrent légèrement. Le soleil de l'après-midi éclaira alors le sombre intérieur de la vieille maison. Une mince silhouette se découpa à contre-jour. La maison fut immédiatement plongée de nouveau dans la pénombre lorsque la porte se referma. Le bruit de petits talons sur le sol indiquait que le nouveau arrivant était du genre féminin, ce que sa voix confirma aussitôt.

« Sirius ? C'est toi ? » demanda Hermione avec une certaine hésitation.

« En tout cas ça l'était la dernière fois qu'j'ai vérifié, » plaisanta-t-il. « Comment vas-tu ? T'as faim ? J'étais sur le point de me faire un sandwich. »

« Non merci, » répondit Hermione, rejetant ses cheveux en arrière avant de le suivre dans la cuisine. « J'ai mangé il y a une heure avec mes parents. »

« Une petite tasse de thé, alors ? » proposa Sirius par-dessus son épaule en entrant dans la cuisine.

« Ce serait parfait, » répondit-elle en s'asseyant à la table. « Quoi de neuf ? »

« De la boue (1), » répliqua-t-il avec un sourire furtif, sachant très bien qu'elle ne pouvait pas comprendre.

« Pardon ? » demanda-elle, confuse.

« Parfois, travailler pour l'Ordre c'est salissant, » répondit-il. « Au sens littéral, pas figuratif. »

« Ah, » dit Hermione. « Tu as eu des nouvelles de Harry ? »

« Quoi ? » dit Sirius, se détournant de la bouilloire pour lui jeter un regard scrutateur. « Pas trente-six mille questions auxquelles je ne peux pas répondre parce que ça concerne l'Ordre ? »

« Eh bien, non, » dit patiemment Hermione. « Tu as dit que c'était un travail pour l'Ordre, je sais bien que tu ne peux pas en parler. »

« Ah oui, je me souviens maintenant, » il dit d'un ton amusé. « toi, tu es l'élève sérieuse. »

Hermione laissa échapper un petit son de protestation alors que Sirius riait doucement. Lorsqu'il posa le thé devant elle, il remarqua que ses cheveux habituellement en broussaille semblaient plus soyeux, presque resplendissants, et s'il ne se trompait pas, elle portait même du maquillage.

« Eh bien, on peut dire que tu as changé depuis cet été, » remarqua-t-il en passant. « Pour qui est-ce que tu t'es pomponnée ? Tu es bien consciente que tout se passera entre toi, moi, et un cabinet de travail dévasté, dis-moi ? »

Au lieu de répondre haut et fort à sa manière habituelle, elle marmonna quelque chose d'incohérent et se cacha derrière sa tasse. Sirius secoua la tête et sortit du pain, de la viande et du fromage pour se faire son sandwich. Les adolescentes, s'il se souvenait bien, pouvaient parfois se montrer un peu bizarres.

« Donc, pour répondre à ta question, » reprit-il comme s'il n'y avait eu aucun silence étrange ou inconfortable qu'il ne pouvait s'expliquer. « J'ai eu des nouvelles de Harry, de temps en temps. Sa chouette est parvenue à me trouver en Fr-, enfin je veux dire : là où j'étais. »

Les lèvres d'Hermione étaient pressées l'une contre l'autre et ne formaient plus qu'une ligne. Il savait qu'elle essayait de se retenir pour ne pas rire. Merci Merlin, il préférait ça, et de loin.

« France ? » proposa-t-elle, impudente, le ricanement dans la voix et les sourcils levés.

Sirius lui lança un regard suave avant de mordre dans son sandwich de se diriger vers le placard pour y prendre une bouteille de Bierraubeurre.

« Il dit qu'il pense venir ici à la fin du mois, » continua-t-il comme s'il n'avait pas divulgué quelque chose qu'il devait garder pour lui. Il n'y avait vraiment pas grand'chose à dire de son voyage en France et donc s'il n'y avait rien à dire, pourquoi était-ce un secret ? C'est pas vraiment le sujet, se rappela-t-il. Et si ça avait été un vrai secret ?

« J'imagine, » dit Hermione, interrompant le cours de ses pensées. « Il déteste vraiment cet endroit. Dis-moi, tu as entendu parlé de toutes ces tempêtes qui sont passées sur la France ces dernières semaines ? Ils n'ont pas eu le temps de souffler. »

Sirius mordit une nouvelle fois dans son sandwich, pour cacher son sourire. La bûcheuse était également effrontée.

« Je vais bientôt aller voir comment il va. Ca fait des années que je n'ai pas vu Pétunia, » tenta Sirius, lui lançant un appât en espérant la détourner de sa cible.

« Sirius, tu penses vraiment que c'est raisonnable ? » dit Hermione d'un ton lourd de désapprobation. Sirius prit une nouvelle bouchée de son sandwich et pencha la tête en guise d'excuse. Bien joué, Black, s'auto-congratula-t-il. Hermione sirota son thé tout parvenant à afficher un air de dédain proprement effrayant . Comment quelqu'un de si jeune pouvait parvenir à cela ? Sirius lança le dernier morceau de sandwich dans sa bouche, mâcha, avala et prit une gorgée de Bierraubeurre.

« T'es prête ? »

« Oui, » dit Hermione avec un reniflement affecté. « Presque. »

« Super, » dit Sirius avec un large sourire. Elle semblait de très bonne humeur... Comment est-ce qu'il était parvenu à ce résultat ? Il n'avait pas la moindre idée. Oh, si ! peut-être... Il avait osé mentionner faire quelque chose d'à peu près inconsidéré. Le dénouement vérifiera cette classification, bien sûr. Ou pas.

Occupé en Camargue, Sirius n'avait pas eu le temps de s'occuper du cabinet de travail de son père. La petite exclamation de surprise choquée poussée par Hermione le fit se sentir presque honteux. Les morceaux d'un abat-jour de verre lourdement ornementé furent poussés hors du chemin par de petites chaussures féminines. Leur propriétaire tâchait visiblement de dissimuler son horreur. Faisant de son mieux pour rester optimiste en face de la tâche intimidante qui les attendait, Sirius prit une voix encourageante :

« Apparemment, les livres n'ont rien, » dit-il pour engager poliment la conversation. Hermione brandit quelques feuilles en mauvais état, sûrement arrachées d'un livre. Sirius eut un soupir de lassitude. Il détestait décidément les conséquences.

Le dessus du bureau de son père, une lourde pièce de marbre noir, arborait une impressionnante fissure en son milieu. Sirius dégagea les morceaux de ce qui fut un buste de Salazar Serpentard pour évaluer les dommages sur le marbre.

« Reparo, » murmura-t-il, brandissant sa baguette. De la fissure s'échappa un peu de fumée et quelques débris. Le marbre se répara avec un bruit sourd qui rappelait une avalanche de pierre lointaine. Il allait faire de même avec le buste mais s'interrompit, levant les yeux au ciel :

« Evanesco. »

« Je pense que celles-ci doivent provenir de celui-ci » marmonna Hermione d'un air absent. En réponse Sirius lui fit un 'hum' qui ne l'engageait à rien.

« Rémus et moi avons retiré tout ce que nous avons trouvé qui pouvait être apparenté à de la Magie noire, » continua-t-il sur le ton de la conversation. « Enfin, excepté les livres, bien sûr. On y a pas touché. »

« Et c'était avant- » demanda Hermione. Son ton était lourd de désapprobation.

« Tout ça, oui » répliqua sèchement Sirius. Merlin qu'elle était difficile à cerner, comme personne ! Parfois taquine et pleine d'humour, et d'autres fois assez étrange, voire pire – complètement responsable. D'abord il y eut le changement dans son apparence. Puis ce moment de silence inconfortable lorsqu'elle sembla perdre sa capacité à parler normalement. Maintenant qu'il y pensait, elle l'avait aussi regardé bizarrement à plusieurs reprises. Et maintenant cette désapprobation à la Molly à propos du fait d'aller chercher Harry ou d'avoir détruit le cabinet de travail de son père.

Oui, enfin... Peut-être qu'il la méritait, celle-là...

« J'admets que c'était plutôt immature de ma part, » dit-il avec un léger ton contrit.

« Oh, je ne sous-entendais pas- » dit-elle très vite.

« Non, non, bien sûr. Tout va bien. » l'interrompit-il en riant. Elle lui fit un sourire et rougit soudainement.

Rougit ?

Sirius rit tout bas, pour lui-même. Oh, Merlin, c'était simplement, eh bien... délicieux. Il envisagea alors tous les moyens de la taquiner à ce sujet, mais il sut immédiatement qu'il faisait ça juste pour s'amuser. Les limites de ce qui était uniquement de l'humour étaient parfois un peu floues avec lui, mais pas à propos de ça.

Alors voilà... Eh bien, il ne pouvait pas s'être complètement ramolli s'il parvenait encore à attirer l'attention d'une jolie adolescente. Cette pensée le motiva alors qu'il réparait l'abat-jour de verre de la lampe et posait cette dernière sur le bureau.

« Je pensais qu'il serait plus grand, » dit Hermione qui en avait enfin fini avec le livre. « Le cabinet de travail, je veux dire. »

« Oh si tu savais... » dit Sirius doucement d'une voix basse et sombre. Mystérieuse. Il se colla immédiatement une tape mentale derrière la tête. C'était exactement ce qu'il ne devait pas faire, en dépit de l'amusement que ça pourrait lui procurer.

Hermione lui répondit, d'une voix qui tentait de dissimuler un tremblement. Sirius détourna la tête pour cacher son sourire.

« J'aime les bibliothèques » dit-elle. « Et les livres. Quelque part, ça doit expliquer pourquoi je m'attendais à une pièce plus grande. »

« Eh bien, ça en fait un endroit plutôt intime, non ? » dit-il, haussant immédiatement les sourcils. 'Intime' ? Bon, on va dire que ce n'était qu'un accident.

« Oui, » reprit-elle d'une voix plus assurée. « Ce sera un bel endroit quand nous aurons tout arrangé. » La déchirure dans le revêtement du petit sofa de cuir se referma lorsqu'elle murmura quelques mots.

« Euh... Oui, » hésita-t-il. Oh par Godric. Lui, elle amoureuse, et ce sombre, comment a-t-il dit déjà ? Oh oui, cet intime cabinet de travail. Il n'était qu'un imbécile.

Sirius grogna. Le flirt a toujours été comme une seconde nature chez lui, il ne pouvait pas s'en empêcher.

« Ca va ? » s'inquiéta-t-elle.

Il écarta les bras, paumes tournées vers elle. « Oui, oui, ça va parfaitement bien. »

« C'est cet endroit, c'est ça ? Tu as encore du mal à le supporter. » Elle s'était rapprochée de quelques pas.

« Crois-moi quand je te dis que ce n'est pas ça, » répliqua-t-il. Effectivement, son problème était ailleurs. Jolie ? Certainement, pour une fille de seize ans. Ou plutôt quinze ? Il oubliait toujours.

« Oh, » douta-t-elle.

Sirius avait besoin de trouver quelque chose pour la distraire. A part les livres, qui étaient étalés un peu partout sur le sol, ils avaient presque terminé. Un serpent, gravé sur le pied du bureau de son père, lui donna une idée.

« Tu sais ce que nous devrions faire ? » dit-il d'un ton enthousiaste. « On devrait rendre cette pièce un peu plus 'Gryffondor friendly'. »

« Oh, » dit Hermione. « Oh oui ! Je vois ce que tu veux dire. »

Elle s'approcha pour le regarder métamorphoser le serpent en un lion rugissant. Puis elle posa sa petite main chaude sur son bras à lui. Oh ça va, Black, contiens-toi ! Quel mal y a-t-il à être une sorte de figure de 'l'Oncle' pour laquelle elle aurait développé un genre d'attachement sans conséquences ? Il était en train de se monter complètement la tête avec ce truc. Il était face à Hermione, la fille qui n'avait jamais fait un écart ou pris une décision sur un coup de tête de toute sa vie. Molly Junior, en quelque sorte. Pas une séductrice d'homme de deux fois son âge.

« Et que peut-on faire pour le papier peint ? » était-elle en train de demander. « Il part en lambeaux et cette couleur verte est défraîchie. » Son nez se fronça en un délicat signe de dégoût.

« C'est un peu le cas de la maison dans son ensemble, » acquiesça-t-il lugubrement. « En parlant de ça, pourquoi est-ce que je n'ai pas déménagé loin d'ici ? »

« Trop dangereux pour le moment ? » proposa-t-elle. Ce n'était définitivement pas une question.

« Tu ressembles à Lunard quand tu dis ça, » grommela Sirius avec une pointe d'insolence.

« Ah oui ? Vraiment ? » rayonna-t-elle alors qu'elle brandissait sa baguette en direction du papier peint. Elle ne parvint qu'à le décoller un peu plus du mur. La couleur virait au kaléidoscope de rouge et de vert, mais juste dans un coin.

« C'était pas un compliment à l'origine, » marmonna-t-il, trop bas pour qu'elle puisse l'entendre. Détourner son attention n'avait pas été une bonne idée finalement : ils étaient en train de perdre du temps. Il pointa paresseusement sa baguette vers les parchemins qu'il avait éparpillés en faisant exploser le dernier tiroir de gauche. Dans son irritation contre tout ce qui représentait sa famille, il s'était particulièrement acharné sur le bureau, ce jour-là. Il y avait d'autres endroits où il aurait pu se cacher, mais Dumbledore avait voulu que ce soit ici.

Le tiroir était de nouveau en place et coulissait sans un bruit, alors Sirius y rangea soigneusement les parchemins et le referma. Hermione avait abandonné le papier peint et s'occupait des livres. Elle était assise au milieu de plusieurs piles de livres en désordre qui devaient être tombés lorsque l'étagère avait été visée. En fait, ce qui restait de l'étagère n'avait vraiment pas l'air stable.

« Il reste des livres dans cette caisse, là-bas ? » Sirius ne voulait pas que des livres tombent sur Hermione alors qu'il remettait l'étagère en place.

Elle redressa la tête de côté et regarda.

« Non, mais je suis assez loin tu sais Sirius. »

« Ah oui Hermione ? » dit-il d'un ton sarcastique en ramassant quelques livres qui avaient été projetés bien à cinq pieds de là où elle était assise.

« D'accord. Il y a plein de livres, » dit-elle d'un ton sardonique, « mais c'est uniquement parce que le bout d'étagère qui reste a l'air très enthousiaste à l'idée de les retenir. » Les commissures de ses lèvres frémissaient.

« Tu sais que tu peux être une sacrée casse-couilles, quand tu t'y mets ? » demanda Sirius avec un petit rire. « Franchement, je ne m'imaginais pas ça de toi. »

« Pardon, » répondit-elle nerveusement en tripotant les pages du livre sur ses genoux.

« Quoi ? Non, non, non, » dit Sirius, agitant sa baguette pour remettre les morceaux d'étagère en place. « Je ne voulais pas dire que c'était une mauvaise chose. C'est juste surprenant. »

« Sirius, la plupart du contenu de ces livres est soit illégal soit interdit en Angleterre, » dit Hermione en changeant brusquement le sujet de la conversation. Elle avait l'air plutôt choquée.

« Eh bien ça en revanche ce n'est pas vraiment une surprise, » répliqua-t-il. « On va devoir passer au crible pas mal de Magie noire pour réussir à mettre la main sur de la Magie encore plus noire. »

« Oh. Evidemment. » Hermione ne put s'empêcher de bailler et elle rougit. Sirius regarda sa montre.

« Il est tard et on en a déjà beaucoup fait. Allons manger et puis... je ne sais pas... Tu joues aux échecs ? » demanda-t-il en lui tendant sa main pour l'aider à se relever.

« Non, ce serait plutôt le truc de Ron, les échecs. Je n'ai jamais vraiment appris à jouer, » dit-elle, vacillant légèrement avant de retrouver l'équilibre.

« Eh bien on dirait que j'ai quelque chose à t'apprendre, finalement, » dit Sirius, refermant la porte derrière eux en quittant le cabinet de travail.


1« How have you been ? » - « Muddy. »