Figé. Je suis figé devant le spectacle qui s'étend sous mes pieds, sous mes yeux. La mort. La mort qui m'entoure, qui m'enveloppe, qui me happe en son sein et qui ne me laisse pas respirer.

Où que j'aille, je ne vois que des cadavres, amis et ennemis mêlés, ce ne sont plus que des corps sans vie, éventrés, mutilés, exposés à nos regards indifférents, impudiques. Le repos éternel, la délivrance, quelle ironie ! Quelle folie ! Comment peut-on quitter ce monde en paix quand on rend son dernier souffle en plein champ de bataille ? Quand on devient par la force des choses un assassin, un meurtrier ?

Quand on se transforme en ce contre quoi on a toujours combattu ?

Il n'y a pas de repos ni même de soulagement dans ces regards vides qui me fixent. Juste une sombre incrédulité, une obscure interrogation, ces yeux morts me questionnent et je sais qu'ils me hanteront pour le reste de mes jours, de mes nuits, de ma vie.

Les gens m'entourent, me touchent, me palpent comme si j'étais un talisman comme si toucher le Survivant leur assurerait une vie longue et pleine alors que depuis toujours, c'est la mort que je sème sur mon passage.

J'ai envie de hurler, de leur crier de partir, de me laisser, d'arrêter de me toucher comme un vulgaire objet, de ne plus m'admirer, me vénérer comme un héros alors que je n'ai agi que dans le but de me libérer d'un destin bien trop lourd, étouffant.

Jedusor est mort. Je devrais être libre mais je suis pourtant plus prisonnier que jamais. Emprisonné dans ces étreintes que l'on m'impose , enchaîné par ces regards reconnaissants que l'on me jette. Je voudrais m'enfuir, disparaître à jamais, refaire ma vie dans un endroit où on ne me connaît pas, où je serais un anonyme parmi tant d'autres, sans prophétie, sans destinée à accomplir.

Juste moi, juste Harry.

Je regarde Neville, mon ami, en train de vivre son moment de gloire. Le visage rayonnant, il accepte les félicitations qu'on lui adresse avec une joie non feinte. Parfois, je me demande ce qu'il se serait passé si ce n'était pas moi mais lui que Voldemort avait choisi. Serait-il aussi heureux de cette victoire ? L'aurait-Il combattu ?

Que serait ma vie si c'était lui que la prophétie avait désigné. J'aurais été un gamin normal que ses parents auraient accompagné prendre le Poudlard Express, qui aurait craint, admiré, plaint le Survivant pour son tragique destin. J'aurais lutté moi aussi le cœur vaillant, l'esprit serein, animé d'une volonté sans faille.

Je ne serais pas là, figé au milieu de la grande salle, je n'aurais pas perdu presque toutes les personnes qui comptaient pour moi. Sirius, Remus, Tonks, Fred, tous morts à cause de moi, pour moi.

Je ne suis pas un sauveur, je suis un assassin, responsable d'autant de morts et de pertes tragiques que Voldemort lui-même.

La reconnaissance de tous ces gens me donne la nausée, me rend plus coupable encore. Ils me remercient d'avoir tué, de porter la moitié de la responsabilité de cette guerre. D'être l'instigateur du meurtre de mes parents, de la mort de mes amis, de leurs amis.

J'ai envoyé mes amis à la mort, à la torture pour moi. Sans le vouloir, mais certainement pas sans le savoir. Hermione torturée, Ron obligé de porter ce maudit médaillon, faisant ressurgir ses pires démons, Luna séquestrée, tant de souffrances et d'épreuves parce qu'ils me soutenaient.

Parfois, je leur en veux de m'avoir offert cette confiance absolue, cette foi inébranlable m'ayant poussé à suivre ce chemin tout tracé qui était le mien. Pour ne pas les décevoir, pour être digne de cette amitié, de cet amour inconditionnel qu'ils me vouaient.

Je m'en veux de penser une telle chose mais sans le savoir, ils ont construit de leurs mains cette prison dans laquelle je suis obligé de vivre. Aujourd'hui encore, chaque marque de confiance, d'affection, de reconnaissance est une pierre de plus apportée à la muraille se dressant entre moi et l'évasion dont je rêve.

C'est à cet instant que je pose les yeux sur lui. Mon ennemi de toujours. Une des rares constantes de ma vie, cette haine que nous avons l'un pour l'autre.

Il est là pelotonné contre ses parents, je vois dans ses yeux à quel point il est perdu. Pourtant, il émane toujours de lui cette froideur, cet orgueil qui est le sien, dont il est fier et qu'il protège jalousement.

Ils n'ont pas leur place parmi nous, personne ne souhaite qu'ils se joignent à la liesse générale. Ils ont servi le Lord Noir bien trop longtemps, mes ennemis sont désormais ceux du peuple sorcier.

A l'aube d'un renouveau, d'une nouvelle ère les choses devraient changer, le pardon devrait s'accorder sans restriction, pour redevenir des êtres purs qui ne seraient pas entachés par la guerre. Nous devrions tirer des enseignements de nos erreurs, de nos choix mais les gens ne changent pas.

Encore aujourd'hui, ils ne comprennent pas qu'en rejetant les Malfoy, ils ne sont pas plus dignes que celui contre lequel ils ont pourtant lutté avec acharnement.

Je me perds dans ses yeux, deux perles grises tourmentées. Ils ressemblent à un lac sombre sur lequel se dépose la brume au petit matin. Insondables, impénétrables pour la première fois, ils m'intriguent.

Sommes-nous si différents, victimes de ces idéaux que nous n'avons même pas choisis, que nous subissons ? Il est si facile de haïr, bien plus simple de détester quelqu'un sans chercher à comprendre pourquoi. Le conflit est la forme de déni la plus confortable, il nous oblige à fouiller tout au fond de nous.

Mais alors que je suis là, planté dans ce décor de tristesse et joie mêlées, cette débauche de sentiments et d'émotions exacerbés, je ne sais plus pourquoi je l'ai tant détesté. L'heure est à la remise en question. Les gagnants ne sont-ils pas les perdants ?

Quelle fierté dois-je tirer de l'issu de cette bataille ? J'ai tué un homme, un simple mortel avec ses failles et ses faiblesses. Un duel dénué de sens dont je tire une gloire factice.

Tuer un tyran ne fait-il pas de moi son semblable ?

Toutes mes certitudes s'écroulent l'une après l'autre. J'ai toujours cru qu'en tuant Voldemort je serais libre. Il n'en est rien. Je suis encore plus tourmenté qu'avant. Aujourd'hui, chacun de mes actes pèsent sur ma conscience, je m'enlise dans une culpabilité étouffante chaque fois que mes yeux se posent sur les cadavres soigneusement alignés recouverts de draps, pour que leur vision ne vienne pas nous rappeler que c'est un drame que nous célébrons.

Mon envie de fuir n'a jamais été aussi forte. Ce besoin compulsif de disparaître pour toujours, de tous les laisser derrière moi, mes amis, ceux qui ont fait de moi ce que je suis, ce que je hais.

Je le regarde encore, ses yeux me retiennent captifs. A cet instant, j'ai la certitude qu'il préférerait partir en direction d'Azkaban, ce lieu de souffrance et de tristesse, parce que la prison serait un sort plus doux que notre pitié, que la déchéance de sa famille.

Sa défaite doit être amère. Sait-il seulement que c'est pour lui que sa famille sombre ainsi dans le déshonneur ? Que sa mère a épargné ma vie pour mieux sauver la sienne, précipitant ainsi la chute de celui qui était pourtant leur Maître, reniant idéaux et principes pour avoir la chance de le revoir ?

Un sacrifice presque égal à celui de ma propre mère, me rapprochant de lui un peu plus. Nous sommes si différents et pourtant si semblables, prisonniers du nom que nous n'avons pas choisi de porter, enchaînés à un destin funeste qui nous dépasse.

Je le vois se lever et partir en courant, s'enfonçant dans la carcasse éventrée du château Est-ce qu'il court lui aussi à la recherche de cette liberté inaccessible, à la recherche d'une expiation que personne ne peut nous offrir ?

Vivre avec nos pêchés, nos regrets c'est notre punition, pour avoir été l'instrument de la noirceur, de l'orgueil des hommes. Nul ne nous sauvera, ne viendra nous accorder le pardon.

Il était bien plus facile de porter le futur du monde sorcier sur mes épaules, désormais c'est mon avenir qui pèse sur moi, qui m'étouffe, qui m'écrase de toute sa masse

Je le suis du regard puis je me tourne vers la grande salle. Je les vois, ils m'attendent, ils veulent que je leur accorde l'absolution, trouver en moi la justification de la mort cruelle de leur père, de leur frère, de leur fils. S'accrocher à une raison, lever les yeux sur ce gâchis, sur ce carnage sans ressentir cette vague de culpabilité menaçant de tous nous emporter, faisant vaciller les bases de ce nouveau monde qui voit le jour dans le sang.

Je ne peux pas, je ne veux plus être celui que l'on attend. Je ne suis pas un Sauveur, un Elu. Reportant mon regard là où je l'ai vu disparaître il y a quelques instants je lui emboîte le pas.

Je ne sais pas quelle force me pousse à faire cela. Je suis simplement soulagé de pouvoir m'échapper, de ressentir cette infime sensation de liberté sauvage parce que pour une fois, je tourne le dos à ce que l'on désire de moi pour faire ce dont j'ai vraiment envie.

Je marche lentement, profitant de l'obscurité qui règne dans ce couloir vide. Je ne sais pas où je vais, vers quoi ou qui je me dirige. Sensation affolante que de se jeter dans l'inconnu. Si grisante, si excitante aussi, je tremble déjà d'anticipation alors que je ne sais pas encore ce que je vais faire.

Je m'imprègne de la magie reposant encore dans ce lieu pourtant dévasté. Cette magie, qui m'a bercé, révélé, empoisonné, instigatrice de toutes mes joies, de tous mes maux. Parfois mère bienveillante d'autre fois marâtre cruelle, elle a dicté mes choix et accompagné chacun de mes pas.

Elle est la compagne du bien, l'amante du mal.

Est-ce bon de posséder un tel pouvoir, cette supériorité innée poussant de simples mortels aux confins de la folie, faisant abdiquer toute raison face à sa puissance ?

Un monde sans magie serait-il plus beau, plus simple ?

Je le vois, adossé contre un mur, assis à même le sol dans une intense réflexion. Lentement, je m'avance vers lui, jusqu'à me trouver si près que je peux sentir l'odeur de sa peine, de sa rage, son propre combat.

Il relève la tête dignement et me gratifie d'un regard méprisant alors que je suis toujours debout près de lui, figé dans l'attente.

Voilà une belle image, de celle qui se grave dans la pierre, un portrait édifiant : le Survivant contemplant son pire ennemi désormais à terre !

Ma victoire face à sa défaite.

Il est pourtant plus vainqueur que moi, bien plus digne à pleurer sur sa déchéance alors que moi je rumine sur ma victoire. Je me sens ridicule à le fixer de la sorte. Je devrais être avec mes amis ceux qui m'ont soutenu, porté durant toutes ces années, me recueillir sur les dépouilles des personnes sacrifiées en mon nom.

Je sens que je l'exaspère :

« Tiens donc Potter, permets-moi de te présenter mes plus sincères condoléances. La perte de celui qui a fait ta gloire est un coup dur. »

La sentence tombe, sans appel, pleine de sarcasmes. Je sens quelque chose gronder en moi. Je ris. Merlin ! Je ris ! C'est exactement ce dont j'avais besoin, sans le savoir Malfoy vient de m'offrir mon salut. Pas d'admiration dans sa voix, pas de respect et encore moins de reconnaissance. Juste cette haine, tenace et vivace qui n'a pas changé.

C'est si bon, tellement libérateur ! Je ne suis plus le héros d'une génération, je suis simplement Potter face à celui qui l'exècre le plus.

Parfois, ce sont nos ennemis qui nous apportent la paix.

Je ris. Expulsant hors de moi les démons qui me rongent. Il me regarde, choqué, il ne doit pas comprendre ma réaction, il est vexé que je ne réplique pas et mon hilarité redouble.

« Crois-tu que nous soyons obligés de continuer Malfoy ? »

Je lâche ses quelques mots dans un souffle tant je peine à retrouver ma respiration après cet irrépressible fou rire.

Ses yeux s'arrondissent comme des billes. L'incrédulité a remplacé l'effarement. Il se demande certainement si je n'ai pas perdu l'esprit. Je ne peux pas le lui reprocher, à cet instant, je ne suis plus vraiment moi-même.

Le carcan de douleur, de remords, vient de se fissurer et mon mal-être que je garde depuis si longtemps suinte de chaque faille. Je touche du doigt l'insouciance. Elle est si proche que je serais prêt à me damner pour l'atteindre enfin.

Je suis peut-être l'espoir du monde sorcier mais c'est Malfoy mon sauveur.

« Mais de quoi tu parles Potter ? »

Je sens au tremblement de sa voix que je l'exaspère, il pense certainement que je veux savourer ma victoire pleinement, que je me sens fort à côté de lui, auréolé de ma célébrité qu'il m'a si souvent enviée.

Pourtant, je n'ai jamais été plus sincère, plus animé par ce désir de paix. Je veux être propre et pur comme l'enfant qui vient de naître. Ne plus me souvenir pourquoi nous nous sommes tant détestés mais garder en mémoire l'instant où nous avons décidé que ça n'avait plus lieu d'être.

Je ne veux plus jamais connaître la guerre, cette hérésie, parce que lorsque un homme en tue un autre, c'est son frère qu'il assassine. Ma vie aurait été plus simple si je n'avais pas pris conscience de cela. Désormais, je dois vivre avec cette vérité absolue et toute mon existence ne m'apparaît plus que comme une farce sinistre.

Je me laisse glisser le long du mur, pour être à sa hauteur, pour le regarder dans les yeux sans avoir besoin de baisser le regard. A travers sa chemise déchirée, j'entrevois son torse dur et lisse, sa peau couleur ivoire. Un être aussi vil peut-il avoir une peau aussi pure ? J'ai brusquement envie d'y poser mes lèvres, d'en goûter la texture, la saveur, respirer à plein poumon cette odeur animale.

Un puissant besoin monte en moi, irrépressible, primitif et que je sois maudit mais c'est de lui dont j'ai envie !

Je souris toujours. Un sourire pur et sincère, un peu surpris aussi que ce soit lui qui fasse renaître ces émotions que je croyais perdues. J'ai bien conscience qu'il est étranger à cette sensation de bien-être, il en est pourtant l'instigateur.

Mu par une impulsion subite que je ne contrôle pas, je décide de lui faire comprendre ce que j'attends de lui : l'oubli, le plaisir, ma rédemption.

« Je te demande s'il est vraiment nécessaire que nous soyons encore ennemis ? »

Cette fois, il ne cache plus son étonnement. Il me regarde comme si j'étais devenu fou. Fou je le suis quand je pense à ce que je m'apprête à faire et surtout avec qui je m'apprête à le faire.

Pourtant, malgré ce dialogue de sourd que nous partageons, je reste serein. Je suis sûr de ma décision, sûr de moi. Ma peur s'est envolée, se faufilant à travers les barreaux de la cage qui m'enferme mais qui à présent se disloque lentement.

Je le trouve beau. Ses traits délicats, sa blondeur immaculée, sa grâce. Il porte en lui cette élégance innée de celle qui habille même lorsqu'on est nu. Je suis sûr que même dépouillé de tous ses vêtements, il resterait digne, que la nudité ne le rabaisserait pas mais bien au contraire le rendrait plus altier qu'il ne l'est déjà.

Je sens la lassitude l'envahir, ses épaules s'affaissent, son corps perd cette attitude défensive que je lui ai toujours connue.

« Soit Potter, faisons la paix, je ne te déteste plus. ».

Il ment. Mal de surcroît.

Visiblement, il n'a pas compris ce que je lui demande. Le vil serpent est finalement bien innocent.

Je ne réfléchis plus. Doucement, j'approche ma main de son visage et je caresse sa joue. Je prends tous les risques, celui qu'il me repousse, qu'il parte en hurlant au monde entier que le Survivant n'est qu'un désaxé.

Mon cœur bat si fort. Cette fois ma carapace explose en morceaux. Je veux être libre, je peux être libre…

« Potter mais qu'est-ce que… »

Il est pâle, j'entends la panique dans sa voix.

« Chut… Laisse-moi faire… Laisse-moi nous libérer… »

Je souffle ces quelques mots à son oreille, je le sens trembler C'est pourtant la pure vérité. Je nous offre la possibilité de briser le carcan de préjugés qui nous étouffe, que l'on se perde ensemble pour mieux nous retrouver.

Je lis la panique dans ses yeux, mais aussi du désir, de l'envie. Alors sans attendre, je presse ma bouche contre la sienne. Elle est chaude et douce, bien loin de l'impression de froideur qu'il renvoie.

Je force la barrière de ses lèvres. Non, il n'est pas froid, il est brûlant ! Je prends feu au contact de sa langue contre la mienne alors que l'on se découvre avec ardeur.

Sa saveur est si particulière, épicée, à la hauteur de sa personnalité complexe. J'explore avec plaisir chaque recoin, chaque relief de sa bouche, pour en retenir tous les contours, me souvenir de ce goût unique de joie, d'exaltation. La peur de l'inconnu provoquant l'ivresse entêtante à laquelle on ne peut que céder.

Je sens les sursauts de son corps contre le mien, comme s'il cherchait à lutter contre son propre désir. Je le comprends, je ne devrais pas être là à embrasser Malfoy, mais être près de mes amis, de Ginny qui, je le sais, attend de moi un réconfort que je ne peux pas lui offrir.

Lentement, je descends ma main sur son torse. Avec langueur, je m'attaque aux boutons de sa chemise, pour lui laisser le temps de me repousser, pour me laisser le temps de reprendre ma raison. Mais nos consciences se sont depuis longtemps envolées, notre raison, noyée sous le flot d'émotions nous frappant de plein fouet pour la première fois.

Toute notre haine se transforme en un désir bestial qui hurle au fond de moi depuis trop longtemps.

Je laisse courir délicatement mes doigts sur son torse et enfin nos peaux fusionnent. Mon corps s'embrase à ce simple contact, le peu de contrôle que je tentais de conserver ne résiste pas à la sensation affolante que je ressens.

Je l'attrape violemment et, sans ménagement, le plaque contre le mur. Je veux le posséder, le dominer, mettre à terre celui qui m'a défié pendant tant d'années, une conquête dans la jouissance.

Il ne m'admire pas, ne me respecte pas, mais à cet instant, je me fais la promesse qu'il me désirera.

De ma bouche, j'explore son corps, redessinant les traits de son visage, parcourant le contour de sa mâchoire, découvrant la douceur de son cou, stoppant ma descente à cet endroit si fragile où je peux sentir son cœur pulser, battre pour moi, contre moi.

Je voyage, je découvre ce corps si mince, si fragile mais pourtant si fier qui me résiste encore.

J'effleure enfin l'évidence de son désir qu'il ne peut plus me cacher. Je sens son corps se crisper et je regarde son visage tourmenté. Ses yeux sont résolument fermés pour éviter toute confrontation avec les miens.

Nous luttons encore, contre ces désirs obscurs, ces pulsions enfouies au plus profond de nous.

Je ne résiste plus à l'envie irrépressible qui me tenaille de tout connaître de lui. Je pose mes lèvres sur son sexe tendu et gonflé de plaisir. Il pousse un cri, de délivrance, de joie, de rage parce qu'il n'a pas su résister, parce qu'il abdique enfin devant moi.

Lui offrir ce plaisir me rend euphorique, plus rien n'existe en dehors de lui. Peu importe que nous soyons dans un couloir, que quelqu'un nous surprenne, tout ce que je veux c'est qu'il s'abandonne avec moi, en moi.

Je me sens si proche de la victoire, si confiant. Mais sa ténacité n'a d'égale que la mienne, il empoigne avec fureur mes cheveux, un geste hargneux, désespéré pour ne pas céder à la jouissance que je suis disposé à lui offrir. A m'offrir…

Nous nous fixons sans dire un mot. Deux regards qui s'affrontent.

Jamais je n'ai eu autant conscience de mon corps, mes lèvres desséchées, mes muscles tendus dans l'attente, mon sexe si douloureux. Je flotte dans un monde où seules les sensations ont de l'importance. Je ressens la douleur, l'envie, le besoin, la peur, tant d'émotions contradictoires.

Ses mains s'agrippent à mon visage, le labourant de leurs ongles, il me regarde encore m'empêchant de bouger, de fuir. Mais je ne veux pas m'enfuir, je veux connaître ce plaisir qui me tend les bras, si proche, si doux.

« Potter, je te hais. »

« Moi aussi, Malfoy, moi aussi. »

A travers ces mots, nous baissons les armes tous les deux. Il m'embrasse furieusement cherchant à me blesser parce que nous ne pouvons pas nous aimer sans nous battre.

Il me griffe, me mord, il me fait souffrir pour me faire payer le désir qu'il a de moi et dont je sens l'évidence sur mon ventre. J'aime cette douleur.

Griffe-moi au sang, mords-moi au sang, réveille mon corps endormi, Malfoy mon Bourreau, ma Némésis…

Je gémis lascivement sous ce traitement pourtant si haineux, mes mains parcourent son corps avec une avidité maladroite. Je pince, je caresse, je lèche ce corps délicieux, ce corps interdit…

Un puissant vertige m'envahit, je ne maîtrise plus mes mouvements, mon corps, félon, en réclame plus, ne tenant pas compte de mon malaise. Il cherche la fusion quand nos esprits la refusent. Un combat acharné entre le corps et l'esprit mais la raison m'abandonne quand mes mains s'égarent sur ses fesses que je pétrie langoureusement.

Sans plus réfléchir je le retourne, collant ma verge gorgée de désir et d'envie contre lui. Le besoin d'être en lui devient impérieux, animal, je ne peux plus résister à l'appel de son corps.

Alors je m'enfonce en lui. Je me sens défaillir, enserré douloureusement dans cet étau de chair bouillante, j'entame une série de mouvements malhabiles.

Je suis rude, je ne sais si je fais bien mais c'est si bon que je ne m'arrêterais pour rien au monde. L'univers pourrait s'écrouler autour de moi que je ne pourrais cesser cette affolante torture.

Le Serpent et le Lion s'unissent…

Une union contre nature, aberrante, inimaginable. Un acte de folie, pour faire fuir la mort, le déshonneur, occulter notre passé, oublier notre avenir. Juste un instant de pur plaisir, de simple oubli.

Le plaisir m'envahit, chaque cellule de mon corps revient à la vie, il s'agrippe au mur alors que je continue mes assauts, investissant son corps puissamment.

L'extase qui me submerge me laisse sans souffle. Peut-on mourir de plaisir ?

Dans un élan de tendresse inattendu, j'enlace sa taille mince, enfouissant mon visage dans son cou marqué par mes nombreux coups de dents.

Alors que j'hume avec délectation son odeur presque animale après ce que nous avons vécu, l'évidence me frappe : je ne suis pas libre. Bien au contraire, je suis plus prisonnier que jamais, parce que je sais que je donnerai tout pour pouvoir à nouveau me fondre en lui encore et encore.

Il se relève sans même un regard, se rhabillant rapidement, ignorant volontairement ma présence comme si ce qui venait de se passer n'existait pas. Je comprends alors qu'il va m'abandonner, retourner à sa vie sans même un regard en arrière. Me laissant seul face à mon destin. Une vie remplie de fantômes, de repas fastueux pour commémorer ma victoire factice.

Une existence fade, enchaîné à l'autel de ma gloire usurpée.

« Draco … »

Il ne se retourne pas. L'ivresse devient détresse. Je veux qu'il revienne mais il s'en va le dos fier et droit. Il a choisi.

Sa victoire face à ma défaite.