Note : J'en ai marre de taper, c'est fatiguant XD. J'ai tout sur papier, mais il me faut des heeeeeeeeuuuures pour tout taper T__T
Une dernière touche de gloss plus tard, Mashiro se regarda dans le miroir. Il était fin prêt, tout beau, et déjà en retard au travail. Le jeune homme à l'allure féminine se précipita dans la cuisine de son appartement, et avala sur le pouce son café et sa tartine de nutella. Heureusement pour lui, le bus était encore en retard, et il avait de ce fait un prétexte plus valable que « se recoiffait » pour arriver dix minutes après l'heure prévue. Et puis, il faisait tout ça pour lui, en fin de compte. Parce que Mashiro était sûr d'une chose : aujourd'hui était LE jour, celui où il avouerait enfin ses sentiments à son bien-aimé. L'air pensif, le jeune blond réfléchit à un moyen de bien faire les choses, en douceur mais très clairement. Il n'excluait absolument pas l'hypothèse où il se faisait complètement râteler par son ami, mais il avait quand même certains espoirs, conscient de sa curieuse beauté et du fait que l'autre était bien de ce bord. Après s'être arrêté au Starbucks le plus proche, où il commanda un simple café, il courut jusqu'à la boutique où il travaillait. Le jeune homme remarqua tout de suite que le commerce était bondé, et qu'une gigantesque file d'attente rejoignait la caisse à l'autre bout de la surface de vente. Mince, alors. Aujourd'hui encore il n'aurait pas une minute de répit. L'androgyne se fraya un chemin à travers la foule de clients acharnés, et rejoignit son poste dans un des rayons, tout en jetant de nerveux coups d'œil à la caisse. D'ici il ne distinguait qu'une masse de têtes aux cheveux tous plus sombres les uns que les autres, et tout au bout de la file, derrière le comptoir, un jeune homme à l'air morose. Ce jeune homme que Mashiro appréciait tant, celui que l'on appelait Ryû. Ryû semblait en plein travail – il effectuait une série de tests sur un ordinateur qui tenait plus de la machine à écrire que d'autre chose, et souriait timidement à une brune. Ah, ce qu'il était mignon, à tenter d'avoir l'air aimable ainsi, à grimacer pour faire croire à un sourire, à servir si bien sa clientèle ! Mashiro aurait presque jalousé la fille … qui n'en était pas une. La petite brune, ou plutôt le petit brun se mit à parler d'une voix qui surprit Mashiro – évidemment, il aurait dû être habitué, ressemblant lui même plus à une princesse qu'au Roi, mais quand même, la ressemblance était troublante. Elle avait de beaux cheveux noirs, coupés assez étrangement, qui lui tombaient tout juste sur les épaules, des yeux du même noir entourés d'ombre charbonneuse, de longs cils, et une bouche en cœur qu'on aurait volontiers embrassée. Mashiro rougit un peu, c'est vrai qu'on aurait donné le bon Dieu sans confession à ce genre de jolis minois.
Après quelques politesses, Mashiro vit la fille s'incliner un peu, puis se retirer, souriant une dernière fois au vendeur. Le blond décida donc de sortir de sa cachette, rajustant une dernière fois l'une de ses boucles à la courbe parfaite, et alla se planter devant son collègue.
« Ohayô gozaimasu. » dit-il poliment.
« Mashiro, t'es encore à la bourre ! J'suis surchargé moi ! » lui renvoya l'autre.
« De-demo ! » protesta-t-il.
« Allez, va t'occuper de la femme là-bas ! »
Mashiro pesta, mais s'exécuta. Il ne voulait pas décevoir Ryû, et même s'il était un médiocre employé, il faisait tout pour être (ou du moins paraître) à la hauteur. Penaud, le jeune homme conseilla la femme, mais il n'avait pas la tête aux ordinateurs – il lui dit qu'il était plutôt inutile dans ce genre de situations de s'acharner, et qu'il valait mieux qu'elle aille acheter un marteau et détruise son matériel avant qu'il n'explose. Non, la question était toute autre. Comment avait-il pu tomber amoureux d'un type pareil, qui ne faisait que le rabaisser tout le temps ? Comment avait-il pu succomber à son charme ténébreux, lui qui avait un cœur et une âme si radieuse ? On dit que les opposés s'attirent. C'était sûrement ça ! Faut-il vraiment une raison à l'amour ? A-t-on besoin de justifier un cœur qui bat un peu trop fort, des joues qui s'empourprent ? Non. Mashiro ne voulait pas savoir. C'était magique et c'était tout ce qui comptait. Le blond profita d'un moment de répit, d'une accalmie dans le vacarme de la boutique pour aller s'assoir à côté de son homologue.
« Ne, Ryû-kun ? » souffla Mashiro.
« Ouais. »
« Le boss n'est pas là... Tu crois qu'il va bien ? »
« Je crois surtout qu'il se la coule douce pendant que je tiens son magasin. Pff. J'devrais demander une augmentation, moi. »
Le visage du plus jeune se referma. Ryû avait décidément toujours une réponse désagréable à balancer... Le silence s'installant un peu, ne laissant entre les deux jeunes hommes que leur respiration respective et le bruit ambiant des machines. Le blond profita de ce moment de calme pour détailler du regard le visage de son ami, qui sirotait un Sakura steamer en l'occasion de hanami. Des cheveux ni châtains ni noirs qui lui tombaient misérablement sur le visage, un air renfermé et quelque peu arrogant, des traits ni banals, ni particulièrement marquants – Ryû était un type comme il y en avait des milliers, l'air fatigué et de grosses cernes d'étudiant en université, et le cynisme rabat-joie de l'homme qui pense avoir tout vécu. Décidément, Mashiro ne comprenait pas comment il avait pu s'éprendre d'un loser pareil, et d'ailleurs, la beauté ne le rattrapait même pas. Il s'était déjà longuement questionné au sujet de l'apparence de son collègue. Plutôt négligé, toujours décoiffé, habillé en jean et tee-shirt basique, la seule chose qui le distinguait de n'importe qui était peut-être l'attachement qu'il manifestait à la couleur violette. Tous les jours, il portait au moins un élément violet, et lorsqu'on ne le voyait pas, Mashiro devinait qu'il s'agissait de ses sous-vêtements. Pourtant, le blond était persuadé qu'il y avait vraiment du potentiel en l'autre ! Mais rien n'y faisait, il ne voulait pas s'arranger.
« Ne, Ryû-kun, qui c'était la cliente de tout à l'heure ? »
Le concerné déposa le gobelet sur le bureau devant lui, et dévisagea Mashiro d'un air indescriptible.
« Hein ? Quelle cliente ? On en voit des diz... »
« Celle qui a l'air de beaucoup t'apprécier, la petite brune. » l'interrompit Mashiro. « D'ailleurs tu as l'air de bien l'aimer toi aussi. »
Ryû réfléchit un moment, n'y comprenant visiblement rien.
« Midori ? La lycéenne ? »
Mashiro fit non de la tête, alors que Ryû se remettait à réfléchir. Puis il afficha un air surpris, et, levant l'index en l'air, s'écria :
« Oh ! Tu veux parler de Makoto-san ! »
Alors c'est Makoto qu'il s'appelait ? La petite brune... Un prénom mixte pour un garçon androgyne, c'était plutôt bien choisi. Même s'il y avait des chances pour que ceci ait entraîné cela, et que peut-être ce garçon n'arrivait pas à assumer son côté masculin à cause d'une mère où d'une sœur un peu trop dominante qui l'aurait influencée et … Non ! Non, Mashiro réfléchissait trop. Il ne fallait pas s'emballer. Parce que Ryû le verrait tout de suite, et tout serait révélé au grand jour, ses sentiments, et tout ce qui ne devait pas se savoir –
« Mashiro ? »
Celui-ci retourna à la réalité lorsque la douce voix de son amoureux parvint à ses oreilles.
« Eto... Désolé, je réfléchissais. »
« J'ai vu ça ! »
Et merde. Ça y était. C'était fini, il avait deviné et Mashiro était couvert de honte à tout jamais ! Oh non... Le blond tenta de se cacher avec ses mains, tandis que l'autre semblait ne plus rien y comprendre. Les joues du plus jeune des deux avaient pris une teinte semblable à la couleur d'une tomate.
« Ehh, Mashiro, tu en fais une tête bizarre ! »
« Hein ? Mais non ! Pas du tout. »
Le petit blond aux cheveux bicolores s'empourpra encore un peu, puis se leva brusquement, annonça qu'il avait du travail, et fuit dans un rayon aléatoire.
Il s'empara d'un disque dur mal rangé, et le remit en place, feignant d'être très occupé. Décidément, il n'allait pas pouvoir mettre son plan à exécutions... Et l'arrivée de ce Makoto n'aidait en rien. Mashiro soupira... Il était condamné à vivre cet amour à sens unique sans qu'il ne soit jamais révélé ou partagé. Pf, autant en finir maintenant, et passer à autre chose. Tout de suite. Un, deux...
Mashiro se retourna, et tomba nez à nez avec Ryû qui, visiblement, attendait derrière lui. L'androgyne du relever un peu le visage pour pouvoir regarder son collègue dans les yeux, puisqu'il était d'une dizaine de centimètres plus petit. Mais pourquoi est-ce que Ryû attendait derrière lui ? C'était illogique. Il n'en avait rien à faire, après tout. C'était étrange, oui.
« Pourquoi tu me suis ?! J'ai du travail ! »
« Mashirooooo – tu me caches quelque chose, et je n'aime pas ça. »
Le concerné rit intérieurement. Cette curiosité à peine réprimée, c'était vraiment adorable. Ryû n'avait, en fin de compte, peut-être pas un fond si morose qu'il n'y paraissait ! Non, il ressemblait plutôt à un enfant, à deux doigts de l'adolescence, qui aurait déjà des envies de rébellion, mais gardant ce côté impatient et curieux. C'est alors qu'une main s'écrasa à quelques centimètres à peine du visage du blond, qui frissonna un peu.
« Il se passe quelque chose ? »
« Non. »
Il devait détourner le regard. Il était insoutenable, ce regard. Profond, noir, le regard impatient du prédateur à l'affût d'une proie, du lion guettant la gazelle – une curiosité qui ronge. On devinait très facilement que finalement, le brun chassait pour le sport, et que Mashiro l'intéressait beaucoup moins que ce qu'il cachait. Étonnant.
Mais soudain un bruit retentit. Un bruit de fracas, et le grelot annonçant l'entrée d'un client – des pas énervés, et quelque chose qu'on frappe, comme des coups à répétition.
« Putain y a jamais personne ici ! Oé, Ryûke, ... » brailla une voix qui semblait être celle d'une femme, bien que parlant sur un ton plus que viril. Ses pas retentirent à nouveau, et elle apparut au bout du rayon dans lequel Ryû et Mashiro se trouvaient... dans une situation assez compromettante.
« Shiroyama... » dit-elle d'une voix chantante. « Jamais tu te calmeras, hein. Arrête donc de draguer cette pauvre petite ! »
Mashiro afficha un air effaré, se dégagea de la position douteuse, s'inclina devant la jeune femme.
« Je suis désolé, madame, mais je ne suis pas une fille ! »
Celle-ci rit ouvertement, et lui rendit sa politesse. Seulement Mashiro remarqua que la femme s'inclinait comme un homme devrait le faire. Décidément, personne ne voulait rester dans son genre ici ?!
« Ah ! Gomen ! J'aurais dû m'en douter, avec Ryûke. »
Le concerné lança un regard noir à la brune, puis s'approcha d'elle. Elle était grande, pour une japonaise, à peine quelques centimètres de moins que Ryû – et elle portait des vêtements qui n'étaient pas des plus féminins. Un vulgaire tee shirt gris, avec un imprimé en lettres capitales, ainsi qu'un jean basique. Elle portait aux pieds une paire de bottes militaires, ornées de sangles et autres attaches en métal, à semelle compensée. Pas de poitrine, mais des cheveux noirs lui tombant jusque sur les épaules, parsemés de mèches roses délavées. Ryû s'appuya nonchalamment sur le rayon, et prit la parole.
« Waka, si tu n'as rien à faire ici, va-t-en s'il te plaît. »
Le jeune homme avait parlé sur un ton sérieux, l'air impénétrable. On lisait sur son visage une anxiosité difficilement dissimulée, ainsi qu'un certain dégoût. La dénommée Waka, elle, semblait bien s'amuser, au contraire. Elle affichait un large sourire et gloussait bêtement. On aurait presque pu croire qu'elle prenait plaisir à mettre le brun en colère, qu'elle jubil(ee)ait devant son visage crispé et ses poings serrés.
« Ryûke ! Ah, mon petit Ryûke ! Tu es un être fascinant. Je ne me lasserai jamais de toi ! » piailla-t-elle.
Le brune s'avança vers elle, laissant Mashiro seul au fond du rayon – Mashiro qui regardait la scène avec des yeux ébahis. C'était fascinant, oui. Ryû qui était habituellement si posé, si calme, presque lymphatique, devenu si vif ! Il devait vraiment être très en colère. Mais qu'est-ce que cette fille avait bien pu faire pour qu'il ne veuille même pas la voir ? La question attisait la curiosité du jeune blond. Il voulait savoir. Qui était-elle pour lui ? Pourquoi tant de haine ? Et pourquoi, elle, cette fille le taquinait, si elle savait qu'il finirait forcément hors de lui ?
« Sors d'ici. » annonça-t-il d'un ton glacial.
« Non. »
« Sors d'ici ou je te traîne dehors. »
Waka ne répondit que par un rire.
« Sors. »
« Je ne fais que te rendre une petite visite de courtoisie ! »
« Sors, j'ai dit ! »
Alors le vendeur s'élança vers elle comme un chat sur un oiseau trop bruyant, et l'entraîna dehors, la poussant par les épaules vers l'extérieur. Il ouvrit la porte, et sortit, en compagnie de la femme. Mashiro s'avança, puis retourna vers la caisse, s'asseyant sur l'un des deux tabourets. D'ici, il avait une vue pas trop mauvaise sur l'extérieur, et il pouvait les voir s'égosiller à même la rue. Ryû semblait vraiment hors de lui, et les deux criaient tellement fort que le blond put tout entendre de là où il était. Ah, visiblement, elle n'était venue que pour lui dire qu'il avait laissé sa Xbox chez elle... Mais pourquoi en faire tout une histoire ? C'était illogique. Mashiro décida de ne pas en écouter plus, c'était trop indiscret, et il n'aimait pas espionner les gens – il fredonna donc une chansonnette sans grand intérêt le temps que son collègue ne revienne dans la boutique. Ce qu'il fit quelques minutes plus tard, retournant s'assoir auprès de l'androgyne.
« Désolé pour ce qui vient de se passer. » lui dit-il sur un ton quelque peu solennel.
Le plus jeune releva les yeux, qui s'étaient perdus sur ses souliers compensés. Quoi ? Il était en train de s'excuser ? Dieu, Ryûke Shiroyama était désolé ?! Non. Non ! Là il hallucinait forcément, et dans quelques secondes tout redeviendrait normal. Il ferma les yeux, compta jusqu'à trois. Un, deux, trois.
« Je me suis un peu emporté, à vrai dire... »
« Oh, ce n'était pas grand chose... » lui répondit Mashiro, un moment après.
Son homologue lui adressa un minuscule sourire, puis voyant la porte s'ouvrir sur un client à l'air visiblement très en colère, il se leva et déclara :
« Bon, on a du travail ! »
Une mélancolie étrange emplit le jeune blond. Décidément, il n'avait pas de chance – l'homme qu'il aimait semblait occupé de tous côtés, malheureusement. Aujourd'hui encore, il n'aurait pas une minute de répit, hein ?
