Elle avait froid, l'air glacé de l'hiver arrivé avant l'heure lui dévorait le corps. Pourtant elle n'avait que quelques pas à faire sur la fine couche de neige, mais elle était pieds nus et la serpillère qui lui servait d'habit ne la protégeait en rien du froid mordant de novembre. Devant elle, la belle dame marchait lentement et gracieusement, foulant le sol telle une déesse, comme si le monde lui appartenait. Le monde devait très certainement lui appartenir, elle devait l'avoir volé aux gens bien, à ceux qui croupissaient dans des Cages ou aux innocents qui étaient morts. Une vague de haine surgit en Hermione qu'elle réprima aussitôt. Elle ne pouvait pas se permettre de se montrer orgueilleuse, plus maintenant. Après tout sa situation était moins catastrophique que la veille. Elle avait enfin quitté sa Cage, elle avait même eu le luxe de monter dans une voiture, ou plutôt dans son coffre, preuve qu'elle s'était enfin éloignée de l'élevage. A présent, elle déambulait dans un immense jardin, certainement la demeure de sa nouvelle maitresse quand elle leva les yeux et aperçut un somptueux manoir.

Le souffle coupé, l'ancienne lionne s'arrêta un moment pour contempler le monstre qui se dressait devant elle. Sa nouvelle prison. C'était tout simplement immense, la femme qui la précédait devait être encore plus riche que ce qu'elle imaginait. Avec un peu de chance, on l'avait uniquement prise comme esclave pour s'occuper de cette forteresse, un genre de bonne à tout faire. Si c'était le cas, elle s'en sortait vraiment bien.

- Tu te dépêches oui ! Je suis sure que ce charlatan m'a encore refilé une idiote mollassonne ! s'écria la femme richement vêtue à l'égard de l'esclave.

Avec précipitation, Hermione recommença sa marche, anxieuse face à l'inconnu que représentait son avenir. Arrivées au pas de la porte, sa « maitresse » – Merlin qu'elle détestait ce mot- prit sa baguette et fit apparaitre un parchemin dans sa main gantée.

- Signe ! ordonna-t-elle sèchement en lui tendant une plume.

La main tremblante, Hermione prit la plume entre ses doigts gelés et y inscrivit ses initiales, qui correspondaient autant à son nom d'emprunt qu'à son véritable nom. Elle lut rapidement et brièvement ce qui était inscrit dessus. Plusieurs sortilèges y figuraient, comme celui lui interdisant l'accès à l'extérieur de la maison, ce qui était assez logique étant donné que dans le cas contraire, elle se serait bien entendu échappée. Une fois la besogne accomplie, la maitresse fit disparaitre le parchemin et la plume avant d'entrer dans le manoir. Hermione profita alors de son inattention pour sucer le sang qui s'échappait de sa coupure à la main. La plume était magique, et c'est en lettres de sang, de son sang, qu'elle avait dû signer cet infâme papelard.

Une fois toutes deux arrivées dans le grand hall sombre, la jeune femme riche hurla quelque chose qu'Hermione ne saisit pas et une petite créature apparut instantanément devant elles.

- Ma Maitresse a demandé Saku, murmura humblement la petite elfe de maison en courbant l'échine.

- Voici une nouvelle esclave, gronda d'une voix dure la « maitresse » de maison en désignant la lionne d'un bref geste de la main. Tu vas tout lui expliquer, je veux qu'elle soit prête pour le diner. Est-ce bien clair ?

- Mais bien sur Maitresse, dit-elle en s'inclinant plus bas encore.

Et c'est soulagée qu'Hermione se retrouva seule avec l'elfe de maison, qui sans un mot, partit dans la direction opposée de sa « maitresse ». D'abord muette de stupeur, la lionne se décida à poursuivre l'elfe qui semblait glisser sur le sol tant elle allait vite, l'obligeant à forcer le pas et à trottiner à ses côtés.

- Saku a la lourde obligation de s'occuper à nouveau d'une esclave. Saku ne doit plus commettre d'erreur et bien l'éduquer cette fois-ci, sinon Saku sera renvoyée, gémit la petite créature plus pour elle-même que pour Hermione.

- Je ne suis pas la première esclave ? questionna Hermione, à la fois curieuse et ravie de sentir que sa Peur perdait du terrain à présent.

- Oh non Mademoiselle l'Esclave, il y en avait une avant vous, mais ça s'est très mal terminé pour elle et Saku a été gravement punie…

- Pourquoi cela s'est…

Mais Hermione n'eut pas le temps de terminer sa phrase que déjà l'elfe de maison la poussa dans une toute petite chambre où reposait un matelas usé à même le sol, un lavabo, une grande bassine vide, des toilettes et une toute petite armoire murale. Ses nouveaux appartements de toute évidence. La pièce était froide, elle allait geler dedans, mais au moins cette fois-ci elle pourrait se tenir debout, en plus il y avait même une fenêtre et un miroir crasseux accroché au mur. Quel luxe !

- La chambre de l'Esclave, Mademoiselle, indiqua sobrement Saku. Vos vêtements sont dans l'armoire. Une fois changée, descendez au plus vite dans la cuisine.

La créature s'évapora alors dans les airs. Hermione, prise de vertige, s'allongea sur le matelas quand un nuage de poussière s'en envola. Cette journée avait été trop sous pression, on l'avait trimbalé de gauche à droite sans lui laisser le temps de respirer, après tout, les esclaves n'ont pas besoin de se reposer, ils ne doivent qu'encaisser. Une boule de tension se noua dans son estomac, l'obligeant à inspirer et à expirer calmement afin de faire redescendre toute cette pression. Il fallait qu'elle réfléchisse à sa conduite à adopter dans cette maison. Elle ne pouvait pas s'enfuir à cause de ce maudit parchemin, donc se rebeller ne servirait à rien. Son objectif premier était de bien se comporter, d'être une parfaire esclave, de ne rien laisser paraitre. Ainsi, peut-être qu'avec le temps, elle gagnerait assez la confiance de cette garce de « maitresse » pour pouvoir sortir du manoir et ainsi avoir l'occasion de tailler la route.

- Hermione, murmura-t-elle pour elle-même, sois docile, humble et avenante. Ne la met pas en colère, accepte les punitions, sois la meilleure esclave qu'elle n'ait jamais eu. C'est ta seule chance de te barrer d'ici fissa.

Après tout, peut-être n'avait-elle pas encore totalement perdu espoir, être ici était sa seule chance de pouvoir un jour recouvrer sa liberté.

Et si vraiment tu ne peux pas sortir, tue-là, ça fera toujours une garce de moins sur cette terre, souffle malicieusement la Peur.

Oui, des fois son amie ne proférait pas que des bêtises. A présent calmée, Hermione se força à se relever pour contempler ce qui se trouvait dans le placard. Deux robes, identiques, simples, noires et surtout très légères malgré l'hiver qui pointait le bout de son nez. Elle enfila la première et s'observa dans la petite glace. La robe un peu trop grande pour elle lui tombait légèrement des épaules mais arrivait jusqu'aux genoux, ce qui la rassura. Rien d'inconvenant. Elle dénicha aussi quelques culottes, qu'elle enfila avec grand plaisir, regrettant l'absence de soutien-gorge. Plus elle cachait son corps, plus elle était rassurée, question de principe. Elle trouva aussi une petite paire de chaussures noires, cette fois-ci une taille trop petite, mais tant-pis, elle allait faire avec.

La lionne fit quelques pas, se positionna devant le lavabo, où trainaient une brosse à cheveux, un savon, un élastique, une brosse à dents et un tube de dentifrice. Parfait. Sa « maitresse » voulait d'une esclave propre et nette, elle allait l'avoir. La jeune femme prit le savon entre les mains et tout en retenant un gémissement, se débarbouilla le visage à l'eau glacée. D'un geste elle agrippa la brosse et l'élastique, domptant ainsi sa chevelure pour en faire un chignon. Un nouveau regard pour son reflet la fit frissonner. A présent qu'elle ressemblait à nouveau à un être humain, elle ne put que constater à quel point elle avait changé. Ses rondeurs enfantines avaient désespérément disparues, ses yeux étaient cernés, son visage tiré, son regard mort. Même l'éclat de ses cheveux bruns s'étaient ternis.

- Maudite Cage…, grogna-t-elle lugubrement.

Mais au moins elle était présentable. Elle sortit en trombe de sa chambre et erra quelques temps dans la maison avant de tomber sur la cuisine, où s'afférait déjà Saku pour le repas du soir. Subrepticement, elle s'empara d'un morceau de pain qui trainait sur la table pour l'engloutir en une bouchée. Merlin qu'est-ce qu'elle avait faim. Elle n'avait pas même eu le temps de manger le contenu de son plateau repas en prison avant qu'on la tire de la Cage. Elle crevait littéralement la dalle.

L'elfe de maison remarqua enfin sa présence.

- Vous voilà enfin Mademoiselle, bien ! Suivez-moi et imitez mes gestes, d'accord ?

Hermione hocha vigoureusement la tête, vaguement amusée devant la ténacité et l'entrain de ce petit être. Pendant les préparatifs, Saku en profita pour lui expliquer la gestion du manoir, l'heure à laquelle elle devait se lever et les tâches qu'elle devait accomplir. Et cela représentait un sacré travail, mais ça ne faisait pas peur à Hermione, elle allait s'acquérir de ses besognes avec brio.

- Vous pouvez pénétrer dans toutes les pièces de la maison hormis dans le petit salon privé du Maitre, précisa Saku.

A cette annonce, l'estomac de la lionne se noua à nouveau et son amie la Peur refit son apparition avec joie. Le « maitre »… Donc il n'y avait pas qu'une « maitresse » ici, il y avait aussi un « maitre ». Et qui disait « maitre », sous-entendait très souvent violences sexuelles. Après Poudlard, pendant bien des années, elle avait vu un grand nombre de victimes de guerre, mais aussi, malheureusement, des victimes d'autres sortes. L'esclavage, un autre découlé écœurant de ce que la guerre offrait de pire à l'Homme. Combien de « maitres » profitaient de leurs esclaves, hommes ou femmes ? Cela la révoltait et la tétanisait de peur à la fois. Elle n'avait aucun moyen de se défendre si l'envie prenait au « maitre » de maison de la violer. Cette idée lui glaça le sang.

- Co… comment est le « maitre » ? balbutia-t-elle la gorge serrée par la crainte.

- Oh ! Le Maitre est un solitaire, Saku ne le voit pas beaucoup. Il parle peu et quand il n'est pas dehors, il s'enferme dans son salon.

Hermione aurait aimé lui demander s'il aimait profiter de ses esclaves, s'il était violent et abject, mais elle n'osa pas. De toute façon, une elfe de maison telle que Saku ne cracherait jamais sur son « maitre », c'était évident. A présent elle comprit qu'il était impératif de ne jamais trop s'approcher de l'homme. Une femme pouvait crier, frapper, menacer. Mais un homme pouvait briser. La Cage l'avait déjà tellement brisée, hors de question qu'un homme finisse le travail.

L'heure fatidique sonna, il était temps de servir le repas. Tous les sentiments se mélangeaient en elle, l'angoisse, le trouble, les doutes et bien évidemment sa bonne copine la Peur. Elle était tellement épuisée d'être tout le temps sur ses gardes, de devoir se méfier de tout et de tout le monde. Du repos, total et complet, voilà ce à quoi elle aspirait plus que tout.

- Suivez-moi Mademoiselle, et prenez garde de ne surtout rien faire tomber, conseilla Saku avant de filer telle une petite fusée dans le couloir.

Trop soucieuse qu'elle était de ne pas renverser le plat qu'elle portait, Hermione prit davantage de temps, les yeux rivés sur le plateau, le front plissé de concentration. Cela aurait été infiniment plus facile de faire léviter les plats à l'aide de sa baguette, que désormais elle ne possédait plus.

- Mais que fait-elle bon sang ! Je ne l'ai pas prise pour qu'elle se traine dès le premier jour ! entendit-elle pester tandis qu'elle pénétrait dans le salon.

De toute évidence, la « maitresse » de maison ne la portait déjà pas dans son cœur, quelle chance. D'un pas hésitant et la tête résolument baissée, Hermione posa les différentes assiettes sur la table, espérant en son for intérieur qu'elle les disposait convenablement. La tâche accomplie, elle se dirigea vers la sortie quand la « maitresse » l'apostropha.

- L'esclave ! Tu restes ici à notre disposition !

Sans un mot, elle prit place près de la porte, le regard rivé au parquet. L'esclave perçu alors des bruits de couverts, des sons de mastication, de légers toussotements mais pas le moindre mot échangé entre la dame et son compagnon. Le repas était silencieux, mortellement silencieux, à croire que ces deux personnes assises pourtant à la même table n'avaient absolument rien à se dire. S'en était risible. Hermione se demanda même si le « maitre » était bien présent mais elle n'osa lever la tête pour s'en assurer, de peur de croiser son regard. Du coin de l'œil elle aperçut bel et bien une masse sombre attablée, mais elle ne préféra pas insister davantage.

- Esclave, du vin, susurra mielleusement la dame.

Doucement, la lionne prit la bouteille entre ses mains et y versa le contenu dans un verre en cristal que la femme brune porta à ses lèvres.

- Comme tu peux le voir, j'ai fait l'acquisition d'une nouvelle esclave, fit-elle tout sourire en reposant son verre.

Son sourire se fana immédiatement face à la non-réaction de l'homme présent à table.

- Le directeur Flinch m'a affirmé que c'était une belle pièce bien robuste, ajouta-t-elle fièrement.

L'entendre parler ainsi de sa personne donna à Hermione l'irrépressible envie de disparaitre sous terre afin de s'y laisser dépérir.

- Elle a l'air tout droit sortie du berceau.

La voix de l'homme était rauque, son timbre incroyablement grave, comme si le simple fait de prononcer ces paroles représentait pour lui un incroyable effort tant le sujet abordé lui semblait dérisoire. Hermione devina aussitôt, juste à sa façon de parler, qu'il n'était pas un homme qu'on importunait à la légère. Cependant, ce qu'il avait osé dire l'agaça au plus haut point. Elle aurait bien aimé voir leur dégaine après des années de combats, de cavale, de prison et surtout de Cage !

- C'est vrai que je n'ai pas demandé son âge ! Esclave, quel âge as-tu ?

Muette de stupeur, Hermione avala péniblement sa salive. Son âge ? On lui demandait son âge ? Quel était-il déjà ? Depuis quand avait-elle quitté Poudlard ? Combien d'années s'étaient écoulées au juste ? Essayant de faire soigneusement le compte de toutes ces années et pressentant qu'il ne fallait pas tarder à répondre, l'esclave prit son courage à deux mains et formula une faible réponse.

- Je… je crois que j'ai… que j'ai vingt-cinq ans… « Maitresse », ajouta-t-elle précipitamment.

- Et bien mon chéri, elle semble avoir le même âge que toi ! Elle est même plus âgée que moi, s'exclama en riant la femme avant de piocher avidement quelques mets dans son assiette.

Soulagée de ne plus être le centre de leur attention, Hermione s'éloigna à pas feutrés et reprit sa place près de la porte. Les minutes défilèrent lentement quand elle sentit un certain malaise croitre en elle. De toute évidence, quelque chose n'allait pas, son instinct lui soufflait de quitter rapidement le salon, sans succès. Elle ne pouvait décemment pas quitter la pièce sans qu'on le lui ordonne. Il fallait qu'elle lève son foutu regard du sol pour voir ce qui n'allait pas, c'était vital. Sans même relever la tête, Hermione embrassa timidement l'immense salon du regard quand celui-ci tomba sur la source de son malaise. Lui. Le « maitre ». C'était à lui qu'elle devait son trouble.

L'homme était assis à sa place, le dos droit, dénigrant son repas, son regard fixement braqué sur elle. Au fond d'elle, la lionne savait pertinemment qu'elle aurait dû tout de suite baisser les yeux en signe d'extrême soumission, mais elle n'y parvint pas. Elle ressentait le besoin de détailler sa physionomie, malgré la boule d'angoisse qui se formait dans ses entrailles. De toute évidence, il était grand, imposant et solide. Ses cheveux blonds étaient coupés court et ramenés en arrière, lui donnant l'allure d'un aristocrate. Il ne portait pas de robe de sorcier, mais un costume entièrement noir, mettant son extrême pâleur en exergue. L'homme assis en face et qui lui renvoyait son regard était effrayant, tout en lui, que ce soit son accoutrement, son visage fermé ou bien ses yeux gris glacés, absolument tout le rendait angoissant.

« Quelle horreur… Dans quel guêpier me suis-je encore fourrée ? » pensa-t-elle le cœur au bord des lèvres.

Incapable de soutenir son regard encore plus longtemps, Hermione préféra baisser les yeux en signe de reddition, priant honteusement qu'il n'ait pas la mauvaise idée de lui adresser la parole. Son regard acéré avait semblé la scruter, l'examiner de haut en bas comment on évaluait une nouvelle marchandise. L'esclave espérait alors de tout son petit cœur meurtri qu'il l'avait uniquement observé par curiosité, et qu'aucune lueur de perversité ne s'était allumée dans son regard de marbre.

Le repas se termina lorsque le « maitre » se leva de table et sortit de la pièce sans un mot.

- Va lui porter son thé à la menthe, soupira la « maitresse » en s'adossant à sa chaise, les yeux fermés.

Il semblerait que la jeune femme avait été aussi stressée qu'elle par ce repas, ce qui était presque compréhensible. L'aura que dégageait cet homme était tellement sombre que n'importe quelle créature sur cette terre ne pouvait qu'être terrifiée en sa présence. Quoique si Hermione avait eu la chance de posséder une baguette, la biche sans défense qu'elle était se serait transformée bien rapidement en une féroce lionne.

Oui mais pour l'instant tu n'as pas de baguette…, précise cette bonne vieille Peur.

Certes, elle n'avait pas de baguette, cependant des fragments de son courage, eux, persistaient. Il était tout bonnement hors de question qu'elle flanche si tôt alors que rien n'avait encore commencé. Il fallait qu'elle regagne sa liberté, de gré ou de force.

Ragaillardie par sa petite remontrance intérieure, l'esclave se rendit dans la cuisine, prépara le thé avec l'aide de l'elfe, qui connaissait par cœur les gouts de son maitre, chipa innocemment un peu de nourriture qu'elle enfourna rapidement dans sa bouche et gravit les escaliers en direction du salon privé de « monsieur ». Pièce qui lui était formellement interdit de pénétrer seule d'ailleurs. Arrivée devant la porte close, un problème se présenta à elle, son incapacité à pouvoir frapper à la porte pour entrer puisque ses bras étaient encombrés par le plateau de thé et de biscuits. Elle tenta alors de frapper de son pied, sans succès. Nouvelle tentative du coude, toujours aucune réponse.

- Hum… « Maitre » ? Votre thé est prêt ! dit-elle d'une voix forte.

Quelques secondes passèrent sans que rien ne se produise, elle allait se répéter quand la porte s'ouvrit lentement. D'abord surprise, Hermione recula de quelques pas avant de se décider à pénétrer dans l'antre du démon. La porte se referma derrière elle, lui donnant l'impression d'être prise au piège. Le salon était faiblement éclairé par le feu qui crépitait dans la cheminée. Des rangées de livres parsemaient la pièce alors que deux fauteuils et une table basse faisaient face à la cheminée. Un peu plus loin elle aperçut un bureau où des dizaines de papiers reposaient nonchalamment dessus.

Délicatement, elle s'approcha du fauteuil où reposait le « maitre », prenant grand soin de ne surtout plus croiser son regard.

- Votre thé « monsieur », chuchota-t-elle en déposant le plateau sur la table.

- Monsieur ou maitre ?

Hermione se mordit aussitôt la lèvre, quelle erreur ! Les gens de son espèce adoraient qu'on les appelle « maitre », ils se sentaient alors tout puissants. Avoir le droit de vie ou de mort sur un autre être vivant devait les griser et leur donner l'illusion d'être des dieux.

- Je choisirai celui qui vous procurera le plus de plaisir, répondit Hermione, les yeux fixés sur ces chaussures trop petites.

- J'ai bien peur que ta petite personne ne puisse jamais me provoquer aucun plaisir, murmura-t-il de sa voix grave. Mais je vais opter pour Monsieur, je trouve que ce terme revêt plus de prestance.

Sans un mot, Hermione hocha la tête et s'éloigna de quelques ayant la ferme attention de s'éloigner le plus rapidement de lui quand il ajouta.

- Tu ne bouges pas d'ici tant que je ne te l'ordonne pas.

Toujours muette comme une carpe, Hermione s'inclina rapidement en signe d'obéissance et resta debout, stoïque, à quelques mètres de lui. Bien incapable de mettre de côté sa satanée curiosité, elle ne put s'empêcher de relever les yeux pour l'observer à nouveau. Tranquillement posé dans son fauteuil, la tasse de thé dans la main, l'homme sombre lisait un livre sans qu'elle ne parvienne à déchiffrer le titre, la chambre étant trop peu éclairée. Comme elle l'avait deviné plus tôt, ses jambes étaient longues, il devait mesurer le mètre quatre-vingt-dix. Une barbe de quelques jours recouvrait sa mâchoire carrée, ses mains étaient grandes, puissantes, fermes. Son visage semblait totalement inexpressif, entièrement fermé telle une statue de marbre. Puis ses yeux qui luisaient dans la pénombre, ce regard, il était aussi glaçant que celui d'un serpent. Ce regard, elle semblait l'avoir déjà vu, quelque part, dans une autre vie peut-être. A vrai dire, à y regarder de plus près, son allure tout entière lui paressait familière, de sa haute stature princière à sa blancheur maladive. Elle le connaissait, c'était sûr et certain, mais où l'avait-elle donc rencontré ?

Hermione sursauta en entendant la porte s'ouvrir avec fracas. La belle femme brune s'avança d'une démarche langoureuse et prit place sur les genoux de son compagnon, un sourire resplendissant quoique quelque peu crispé, illuminant son visage.

- Drago chéri, et si tu venais au lit avec moi… Je m'ennuie toute seule, gémit-elle de sa voix doucereuse.

Drago… Drago ? Drago Malefoy ? Son ancien camarade de classe, celui qui a tenté d'assassiner Dumbledore, celui qui a rejoint le rang des Mangemorts, celui qui a sans doute participé à l'attaque la plus funeste qu'avait connu l'Ordre… Ce Drago Malefoy ? Le corps frémissant et les jambes tremblantes, Hermione se força à porter son masque d'indifférence pour qu'aucun des deux individus en face d'elle ne puisse se douter de son profond émoi.

- Esclave, dégage de là ! Je souhaite rester seule avec mon mari ! houspilla la « maitresse ».

Hermione s'extirpa alors de la pièce étouffante et regagna sa chambre sans même prévenir Saku qu'elle allait se coucher. Une fois dans sa chambre, elle se laissa glisser contre la porte, le cœur battant à tout rompre. D'un geste agacé, elle projeta ses maudites chaussures trop petites plus loin et massa ses pieds endoloris.

« Malefoy… Drago Malefoy est mon « maitre » ?! Quel cauchemar ! Pourquoi ne l'ai-je pas reconnu plus tôt ? Il a tellement changé en huit ans, c'est incroyable. Je ne pensais pas qu'il pouvait être à ce point… effrayant… ».

Parce que c'était ce qu'il était, menaçant et sinistre, bien loin de sa puérilité d'adolescent. Mais le plus gros problème n'était pas qu'il était son « maitre », le tout était de savoir s'il l'avait reconnu.

Malgré ses pieds douloureux, Hermione se releva et prit place en face du miroir afin d'y contempler son reflet. Ce qu'elle y vit la rassura aussitôt. Si elle-même n'était pas parvenue à le reconnaitre, il y avait peu de chance que lui le puisse. Par Merlin, elle avait tellement changé et dépérit depuis Poudlard. Ni l'un ni l'autre ne s'étaient plus jamais revus depuis cette dernière année passée à l'école, elle avait donc bon espoir de garder son identité secrète.

Et s'il te reconnait ? Et s'il sait que tu es Hermione Granger et qu'il t'offre à son cercle de Mangemorts ? ricane la petite voix pernicieuse de la Peur.

Si c'était le cas, que Dieu ait pitié de son âme. Car si elle devait être livrée en pâture à ces meurtriers, elle les entrainerait dans la tombe avec elle. Quoiqu'il lui en coute.

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Alors déjà un grand merci aux personnes qui m'ont laissé des reviews, ça m'a vraiment fait chaud au cœur et motivé à écrire la suite ! Alors j'espère que vous avez aimé ce second chapitre et que l'apparition de Drago vous a plu ! J'espère aussi que vous adhérez au comportement d'Hermione. Je souhaitais, dans cette fic, montrer qu'elle avait vraiment souffert et qu'elle ne pouvait plus se permettre de se montrer trop orgueilleuse si elle espérait un jour sortir de là !

Le prochain chapitre s'intitulera La Chambre ! J'attends de lire vos reviews avec impatience ! :D