5ème année, mois de juin :
A trois semaines des examens des BUSES, tous les cinquièmes années de Poudlard étaient au bord du burn-out. Et même s'ils tentaient de prendre les choses à la légère et de ne surtout pas montrer leur peur, les Griffondors n'étaient pas épargnés.
En effet, rater l'examen signait le sorcier d'opérette, celui qui n'irait jamais nulle part dans la vie et que personne ne voudrait jamais embaucher. Et puis même. Les Serpentards les traitaient beaucoup trop de crétins depuis... depuis la création de leurs maisons respectives, en y réfléchissant. Hors de question de les laisser avoir de meilleurs résultats à leur premier examen d'envergure.
Mais une chose frappa les Griffondors de terreur. Un signe avant-coureur de l'Apocalypse. La preuve ultime que l'épreuve qui les attendait serait d'une difficulté si extrême qu'elle signerait probablement leur arrêt de mort à tous.
Sirius Black révisait très sérieusement.
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"Je suis content de voir que tu t'es vraiment mis au travail", dit Rémus à son petit ami. Celui-ci lui fit son plus beau sourire - et s'il avait été sous sa forme de Padfoot le chien, il aurait sans aucun doute battu de la queue. Il répondit :
— C'est parce que tu as su me motiver !
— Ah, ça... Hum... Et bien...
Se rappelant de sa promesse de lui accorder "ce qu'il voulait", Rémus ne savait pas trop comment réagir. Ce n'était sans doute pas le moment d'avouer qu'il n'aurait jamais pensé que Sirius tiendrait sa part du marché plus d'une demi-journée... Il le savait, pourtant, que le brun était d'un entêtement hors du commun !
Mais qu'est-ce qu'il allait lui demander ? A chaque nouvelle réponse que le préfet imaginait, il rougissait un peu plus. Depuis presque un mois qu'ils étaient ensembles, ils n'étaient pas allés beaucoup plus loin que des baisers, et Rémus se serait liquéfié sur place de gêne plutôt que de réclamer davantage.
Et si Sirius voulait profiter de cette histoire de défi pour... Enfin, Moony devait bien admettre qu'il n'aurait pas été contre aller plus loin... au moins un peu... mais pas... il y avait quand même pas mal de demandes qu'il ne se sentait pas du tout capable de satisfaire, pas dans l'immédiat. Et au fur et à mesure que les scénarios tournaient dans sa tête, il se sentait de plus en plus inquiet.
Il finit par lâcher :
— Et tu voudrais quoi, du coup ?
— Que tu m'apprennes ton sort explosif !
— Hein ?
Et il le regardait avec de grands yeux pleins d'espoir, cet imbécile ! Vexé comme un pou, Rémus lui lâcha un "tu peux toujours crever !" furieux, avant de tourner les talons et de monter les marches quatre à quatre. Qu'avait-il donc fait à Merlin pour avoir un abruti de petit ami capable de gâcher un "tout ce que tu veux" !
Bien entendu, on ne revit plus Sirius toucher à un parchemin jusqu'à la fin de l'année.
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En tant que préfet, Rémus avait droit à sa propre chambre, protégée par un mot de passe. En tant qu'ami des trois plus redoutables farceurs de Poudlard, il le leur avait donné. Ce qu'il regrettait, à présent qu'il s'était réfugié dans son antre, rassemblant de son mieux les restes de sa dignité, et qu'un squatteur se permettait de s'incruster.
Évidemment, c'était Sirius. Qui, au moins, ne semblait pas fâché. Plutôt... embarrassé ? L'expression était si incongrue sur son visage que Rémus mit quelques secondes à comprendre ce qu'il voyait. Padfoot lui demanda, avec une timidité qui ne lui ressemblait pas du tout :
"Je peux entrer ? Je ne te dérange pas ?
— Non, enfin je veux dire oui, enfin entre.
Silence. Puis tous les deux dirent en même temps
— Je suis désolé...
Ils s'arrêtèrent, surpris par cet ensemble, puis éclatèrent de rire. Sirius ajouta :
— Je ne pensais pas que tu espérais autre chose. Désolé.
— Je... Je n'ai jamais dit que j'espérais autre chose. Je refuse juste de t'apprendre ce sort.
— Non, ce n'est pas pour ça que tu étais fâché... n'est-ce pas ?
Et il s'approcha, reprenant visiblement confiance en lui à la vitesse grand V. Il comprend décidément beaucoup trop de choses pour un crétin pareil, se dit Rémus qui n'eut pas le temps d'esquiver le baiser - et aucune colère n'aurait pu lui faire se passer de ce genre de baisers. Il ne savait même plus pourquoi il était en colère. Et quand les mains de Sirius se mirent à se balader sur son corps, bien plus loin que là où elles s'étaient aventurées jusqu'à présent, Moony se mit à frémir, avant de répondre à ses caresses.
Difficile de mesurer combien de temps s'écoula ainsi, sans que ni l'un ni l'autre ne se décide à aller plus loin ou à rompre le contact. Et pour la première fois Rémus se dit que peut-être Sirius aussi avait pensé lui aussi à tout ce qu'il pourrait lui demander et qu'au final il n'avait pas osé franchir le pas. L'idée était d'ailleurs assez perturbante. Depuis quand Sirius pouvait être gêné par quoi que ce soit ?
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S'il y avait une chose dans ce bas monde sur laquelle Sirius et James ne plaisantaient pas, une chose à laquelle ils se consacraient corps et âme, avant même l'art de plonger Poudlard dans le chaos, c'était bien le quidditch.
Et la place d'un petit ami de joueur vedette - ainsi que Sirius se décrivait lui-même - c'était évidement dans les gradins à brandir une bannière et hurler le nom de son héros - toujours selon la description siriusienne. Surtout pour le dernier match du tournoi des quatre maisons. Révisions ou pas, le préfet n'aurait même pas pu envisager d'y couper. Autant poignarder son petit ami dans le cœur.
Et c'est également pour préserver ses sentiments que Rémus ne lui avait toujours pas avoué que, même au bout de cinq ans d'école de sorcellerie, il préférait largement le foot moldu au quidditch. Non, le mieux à faire était de se mettre à coté d'un vrai fan (Griffondor, bien sûr) et de guetter ses réactions pour crier aux bons moments.
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Dans la forêt interdite couraient de nombreuses créature aussi étranges que mystérieuses. Parmi elles, un loup, un chien, un cerf et un rat revenaient toutes les nuits de pleine lune.
Cette nuit-là, le loup était parvenu à attraper un lapin. Il en sembla même le premier surpris - il faut dire que ses expériences de chasse précédentes, accompagné d'un chien aussi bruyant, s'étaient soldées par des échecs magistraux. Il avait pourtant persévéré, suivant son instinct, sans vraiment savoir ce que ça pouvait donner. Et à présent il paradait devant le chien extrêmement jaloux, avant de filer avec son butin.
Au matin, avant d'entrer à l'infirmerie de Poudlard, trois Maraudeurs se mirent d'accord sur le fait que Rémus n'avait absolument aucun besoin de savoir ce qu'il avait mangé cette nuit.
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Plus qu'une demi-heure avant les BUSES. Les cinquièmes années étaient verdâtres. Enfin, la plupart d'entre eux. Bien sûr, Sirius Black et James Potter se sentaient frais comme des gardons et envisageaient quelques farces savoureuses, bien qu'un certain préfet les ait menacés de mort violente s'ils tentaient quoi que ce soit.
Le préfet en question, lui aussi, était aussi pâle et cerné qu'un lendemain de pleine lune, alors que celle-ci remontait à plus d'une semaine. Sirius lui passa la main sur le front en lui demandant s'il était malade.
" Ne t'en fais pas, Sirius, je suis juste un peu stressé...
— Un peu quoi ?
— Stressé... Tu sais, la boule au ventre, la gorge serrée...
— Non, ça c'est amoureux, et c'est déjà fait.
— Rien à voir, là je te parle d'angoisse... Tu sais, quand tu as l'impression que le monde entier est hostile et qu'une catastrophe va te tomber dessus à tout moment ?
— ... ?
— Attends, tu ne vas pas me faire croire que tu n'as jamais été stressé de ta vie ?
— Je ne crois. Et toi, tu devrais arrêter. Ça a l'air nul. Quoi ?"
Rémus le regardait, comme beaucoup trop souvent, l'air de se demander à quelle étrange espèce il faisait face.
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C'était la fin de l'année. L'arrivée de deux mois de liberté bien mérités. La séparation des inséparables amis.
Encore dans le Poudlard Express, alors que Londre approchait de plus en plus, Sirius tentait de rester détaché :
"Alors, Moony, tu vas enfin être débarrassé de nous ? Qu'est-ce que tu vas faire ?
— Dormir." répondit Rémus qui rentra dans son jeu avec un léger sourire. "J'ai passé beaucoup trop de temps à me faire du soucis pour vous, et là je vais enfin me reposer.
— Tu parles, je suis sûr que tu vas profiter que je ne sois pas là pour lire jusqu'à ce que ta cervelle fonde.
— C'est biologiquement impossible, Sirius.
— C'est ce que tu dis. Moi je ne voudrais pas prendre ce risque.
— Ah, c'est pour ça que tu m'empêches toujours d'aller jusqu'au bout d'une histoire...
Ils n'arrivaient même plus à se taquiner correctement, trop occupés à ne pas se montrer triste alors que le moment fatidique approchait. Mais leurs regards parlaient pour eux. Le genre de regards à sortir les mouchoirs sur fond de violon...
Jusqu'à ce que Peter sorte négligemment :
— Et dire que dans un mois on se retrouve tous chez James. On ne va même pas avoir le temps de s'en apercevoir."
Les deux tourtereaux le fusillèrent des yeux, mais c'était trop tard, l'ambiance nostalgique était brisée. Oui, ils se reverraient dans à peine un mois. Ça ne nécessitait pas d'adieux trop sentimentaux...
Ils s'en firent quand même.
