Titre : Mon aura si froide
Disclaimer : Ils ne m'appartiennent pas… mais j'arrive à survivre
Rating : M / NC17
Paring : Tom/Bill
Résumé : Il est mort. Il est seul. Et ce dernier survit malgré lui. Jusqu'au jour où il rencontre une ombre sur le tableau de sa vie. L'ombre de son passé.
Note : cette histoire est un slash avec de l'inceste (entre frères), donc il s'agit d'une relation entre hommes
Review anonyme :
Darlapowa : Eh ben non ce n'est pas un OS. Mais la fic ne sera pas trop longue non plus. J'espère que ce nouveau chapitre te plaira.
Chapitre 2 : En carmin
Le lendemain soir, alors que Tom est en train de fermer le magasin, une main gantée de noir se pose doucement sur son épaule. Il sursaute et se retourne violemment. Mais se calme aussitôt en rencontrant deux pupilles noires qu'il connaît si bien.
- Que… ?
- Je ne peux pas venir au bar ce soir. Travail. Je voulais que vous le sachiez.
L'homme recule et fait un demi-tour.
- Attendez !
Mais il est parti.
Tom termine la fermeture, pensif.
Ce soir, il ne le verra pas assis à sa table, immobile et perdu dans l'ombre d'un coin.
Ce soir, il ne pourra pas plonger son regard dans le sien et goûter au poison de la mort.
Ce soir, il n'y aura pas d'échanges remplis d'interrogations.
Ce soir, il n'y aura pas d'ombre pour l'envelopper.
Mais même en sachant cela, Tom se rend dans le même bar. Là, il commande un café et s'assoit à la table de l'homme-ombre. En face de lui, la place est vide. Tom attend. Peut-être viendra-t-il. Ou peut-être pas, finit-il par penser trois heures plus tard.
Non loin de lui, les derniers clients quittent le bar en rigolant. Le barman s'approche de lui et murmure :
- Je crois qu'il ne viendra pas aujourd'hui.
- Pardon ? Demande Tom en sortant de ses songes.
- Il ne viendra pas je pense. Je vais fermer le bar, vous devriez rentrer chez vous.
- Oui. Vous avez raison.
Tom finit de sortir de ses songes, attrape sa veste et sort lentement du bar. Juste avant de passer la porte, il regarde une dernière fois s'il ne voit pas son ombre assise à sa place habituelle.
Rien.
Après tout, il l'avait prévenu.
Alors il sort et se met à marcher lentement dans les rues de la ville. L'enseigne clignotante d'une pharmacie lui indique l'heure et il se dit qu'il va bien rater le dernier bus pour rentrer chez lui. Mais cela ne le perturbe pas plus. Il ne cesse de penser à l'homme-ombre. Et il se rend compte combien leur rencontre du soir lui manque.
Les mains dans les poches, il continue son chemin vers l'arrêt de bus. Ses pieds traînent et l'envie de retourner au bar se fait de plus en plus forte. A quoi bon ? Le bar est fermé et l'autre ne sera pas là. Il marche, droit devant, tel un automate. Autour de lui, encore quelques personnes, toutes pressées. Après tout il commence à se faire tard. Les gens n'ont qu'une hâte rentrer chez eux. Mais Tom n'y fait pas attention. Jusqu'à ce qu'il aperçoive un homme sur le trottoir d'en face. Celui-ci court presque en ne cessant de se retourner toutes les deux secondes. Comme s'il cherchait quelque chose derrière lui. Un attaché-case à la main, costard-cravate, il a tout l'air d'un homme d'affaire. Mais son visage terrifié fait plutôt penser à un enfant face à un cauchemar.
Tom s'arrête et fixe cet homme qui se rapproche de lui. Il y a quelque chose d'intriguant chez lui. Une opposition perturbante. Brusquement, l'homme bifurque dans une petite ruelle sombre. Que va-t-il faire là-bas ? Pourquoi ce chemin ? Tom sait que quelque chose d'anormal est en train de se passer. Alors il traverse la route et pénètre dans cette ruelle. Devant lui, il devine une masse qui s'éloigne. Probablement l'homme. Tom accélère pour le rattraper. Il ne voit plus l'homme qui a disparu dans les ténèbres. Cependant, il y a quelque chose dans cette ruelle. Une sensation horrible, angoissante. Tom ralentit sa cadence et avance prudemment. Progressivement, ses yeux s'habituent à la pénombre. Les murs et le sol deviennent visibles. Non loin de lui, il entend une respiration qui s'accélère. L'homme d'affaire ? Sûrement.
Sans faire de bruit, Tom continue sa progression. Il y a une odeur insoutenable qui lui fait front. Une puanteur qui lui donne envie de vomir toutes ses tripes. Un vent glacial frappe les murs et le malmène dangereusement. Et devant lui, l'homme d'affaire, plaqué contre un mur, entouré par une autre personne. Impossible de deviner où commence et où fini le corps de cette autre personne. Elle se perd dans le noir environnant.
Tom s'immobilise, stupéfait par l'ambiance qui se dégage de cette scène. Doit-il rester ou s'enfuir ? L'homme d'affaire tourne son regard vers lui. Pupilles écartées, il est terrifié. Puis un soubresaut et la lueur s'évanouit. Le regard de Tom dérive plus bas et croise une mare rouge qui augmente de plus en plus vite au niveau de la gorge de l'homme.
Du sang.
A côté, une lame brille et il n'est pas difficile de deviner ce qui vient de se passer. Tom voudrait partir au plus vite, oublier. Mais il n'y arrive pas. L'autre personne bouge faisant disparaître la lame et lâchant le cadavre. Ce dernier tombe lourdement au sol, enclenchant chez Tom un déglutissement bruyant. Aussitôt, le tueur se retourne vers lui. Tom ne peut voir que ses yeux, mais cela lui suffit pour reconnaître… son ombre.
Regard noir, terrifiant. Des iris criant au meurtre, à l'enfer. Mais même en voyant tout ça, Tom s'apaise. Sa peur s'envole en un instant.
L'autre ne bouge pas. Il garde son regard de tueur ancré dans celui de Tom. Et puis en voyant que Tom ne réagit pas, il recule doucement jusqu'à disparaître complètement dans le noir.
[…]
Cette nuit là, Tom dort paisiblement. Le lendemain, sa journée de travail se passe bien, sans soucis. Le temps file à une vitesse normale, un peu comme une journée parfaite.
Le soir, Tom se dirige vers le bar, espérant vivement y trouver son ombre. Lorsqu'il passe la porte, son regard se pose sur la table. Personne autour. Son enthousiasme retombe aussitôt. Pas là. Un peu perdu, désorienté, il se dirige vers le bar et commande une boisson alcoolisée. Assis au comptoir, il contemple les gestes précis du barman. Quand ce dernier lui sert sa boisson, Tom ne bouge pas.
- Vous n'y allez pas ? Demande le barman.
- Où ?
- Le voir.
Ne comprenant pas les termes du serveur, Tom se retourne, mais ne voit toujours personne. Pourtant il y a quelque chose sur la table. Un bout de papier, comme la première fois. Alors Tom détaille la place vide, perdue dans le noir et remarque au final qu'elle est occupée. Un sourire vient aussitôt illuminer son visage.
- Un café, dit-il au barman tout en se levant et en se dirigeant vers l'ombre invisible.
Mais alors qu'il s'assoit en face d'elle, impossible de croiser les deux iris noirs. Tout est noir, enfoui dans une masse de ténèbres. Tom penche sa tête, cherchant à capter le regard de l'autre et lorsqu'il y arrive, c'est un choc.
Les yeux sont cernés d'épais traits noirs, noyant la peau blanche dans un océan de souffrance. Seul le blanc des pupilles atteste encore d'une présence humaine. En silence, le barman dépose la tasse fumante devant Tom, puis s'en va.
- Je… tente d'amorcer l'autre.
Mais Tom secoue la tête en souriant légèrement. Il veut juste profiter du poison noir auquel il n'a pas eu droit la veille.
- J'ai l'impression que c'est vous qui avait été poignardé hier, chuchote Tom.
L'homme en face de lui relève la tête, offrant un peu mieux son visage au regard de Tom. Il écarquille et papillonne des yeux.
- Je dis ça parce que vous souffrez dans votre regard. Je n'aime pas ça.
- Vous n'avez pas peur ?
- Je devrais ? Vous avez l'intention de me tranchez la gorge ? Demande Tom, un peu surpris lui-même de ses mots.
- Non.
- Vous avez votre réponse.
- Mais… tout de même…
- Je le savais, le coupe Tom. J'ai toujours su que vous étiez un tueur.
Cette fois, Tom peut lire de l'étonnement dans les iris de l'homme-ombre. Ce dernier est un peu perdu par les propos du blond. Il était sûr de l'avoir perdu la veille, dans la ruelle sombre, alors qu'il travaillait. Mais il était venu et son comportement n'avait pas changé.
- Pour une fois, c'est vous qui me déstabilisez, dit-il en levant une main en direction du barman.
- Vous m'avez quand même surpris hier soir.
- J'en suis désolé.
- Il ne faut pas.
Le barman apporte la même boisson à l'homme, tandis que ce dernier lui donne un billet. Le barman l'attrape et s'en retourne vers le bar.
- Dites-moi, que faisiez-vous dehors à une heure tardive ? Questionne l'homme-ombre.
- Je rentrais chez moi, après avoir attendu ici toute la soirée.
- Mais… !
- Je sais. Sauf que je me disais que peut-être… Et j'avais raison. Je vous ai rencontré.
Un petit rire s'échappe de la bouche de l'homme-ombre, surprenant Tom. Le premier rire.
- Vous m'avez rencontré, reprend l'homme en calmant son rire.
Un moment de silence s'installe où chacun se perd dans le regard de l'autre et se rassure. Rien n'a changé entre eux. Puis une main gantée attrape le morceau de papier sur la table et le met dans une poche du par-dessus.
- Vous savez quoi ? Hier, dans la journée, je me suis rappelé de quelque chose, monsieur Tom Kaulitz. Vous étiez un bon musicien dans le temps.
Tom se fige. Une foule de souvenirs surgit d'un seul coup et une nausée lui fait tourner la tête.
- C'est dommage que Tokio Hotel ait disparu. Je n'ai jamais compris pourquoi. Vous le savez vous ?
Question idiote. Il le sait évidemment. Comme tous les membres du groupe.
- Pourquoi ces questions ? Brusquement sur eux ? Lisez la presse, ça suffit.
- Je ne peux pas l'entendre de votre propre bouche ? Après tout, vous venez de percer un de mes plus grands secrets. Il serait normal que j'en connaisse un sur vous.
- Lequel ? Soupire Tom, n'arrivant pas à lui résister.
- Pourquoi le groupe a-t-il disparu du jour au lendemain ?
- Hum… je… il y a sept ans, mon frère… Bill Kaulitz, chanteur du groupe Tokio Hotel est… il est… mort.
La suite continue dans un silence de mort, pesant. C'est ainsi que se termine ce soir avant que l'ombre ne vienne à partir.
[…]
- Peut-on encore croire en l'espérance de la mort ? Ce vide qui nous enserre me donne la nausée. Mais je n'arrive pas à reprendre ma respiration. Demain est si loin et hier trop proche. Oublier cet instant de trahison est futile. Chaque jour j'y crois. Cette histoire sans fin où je t'embrasse de mes lèvres sans vie. Mon miroir ne me renvoie qu'une image floue du passé. Ton reflet est incertain. Je voudrais l'égorger comme je le fais chaque nuit. Comme si c'était toi.
- C'est beau.
L'ombre sursaute et se retourne vers Tom qui est debout à côté de lui.
- Je ne vous ai pas entendu arriver. J'étais trop perdu dans mes pensées, dit l'homme-ombre alors que Tom s'assoit en face de lui.
- J'aime. Ça vient d'où ?
- De moi. Ce sont les paroles d'une chanson. Mais je n'ai pas la mélodie qui va avec.
- Il n'y en a pas besoin. Mais je crois que je vous aie coupé. Continuez.
L'ombre ancre son regard dans celui de Tom et reprend de sa voix un peu rauque :
- Je vois des sourires sur leurs visages d'enfants. Mais le tien a disparu. Evanoui dans une nuit noire et rouge. Je t'en pris, retrouve l'étincelle de vie que je t'ai laissée et fais la briller de milles feux. Peut-on encore croire en l'espérance de la mort ? Mon vide est si lourd à porter. Je suis pris dans un étau de ténèbres. La mort me frappe de son regard et je retrouve chaque matin les traces de ma déchéance. Qui suis-je ? Toi ou lui ? La réponse reste en suspens. J'ai beau tendre les mains, je n'arrive pas à la saisir. Voué à rester entre deux. Je vois des sourires sur leurs visages d'enfants. Mais le tien a disparu. Evanoui dans une nuit noire et rouge. Je t'en pris retrouve l'étincelle de vie que je t'ai laissée et fais la briller de milles feux. Peut-on encore croire en l'espérance de la mort ? Les jours passent à reculons. Pas de pause, tout à une vitesse folle. Confusion et je ne n'arrive plus à contrôler. Je pleure de ces moments horribles. Et je souris de nos jours malheureux. Tout se confond, je nous confonds. Et même en fermant les yeux, nous restons là. Comment respirer dans ce film que je reconnais à peine ? Apprendre n'est plus qu'une illusion. Juste prendre. Pour croire encore que demain tu seras avec moi, entre mes mains pleines de carmin.
Lorsque l'ombre termine, une larme s'échappe du bord de son œil droit. Mais quand il croise le regard de Tom, c'est un torrent de perles salées qu'il croise. Rapidement, Tom essuie ses larmes d'un revers de manche tout en reniflant.
- Pardon, mais c'était plus fort que moi. C'est vraiment beau.
- Merci, murmure l'autre.
Et malgré cette gêne entre eux, ils ne se quittent pas des yeux. De toute façon ils n'y arrivent pas. Pourquoi résister à cette envie, ce besoin ?
Et puis la soirée passe. Beaucoup trop vite selon eux. Et l'heure de partir sonne au mur du bar. D'un même mouvement, ils se lèvent, toujours sans cesser de regarder celui qui leur fait face.
Une fois dehors, les deux hommes se retrouvent un peu bêtes. Ils ne veulent pas se quitter et ne savent pas quoi dire.
- Euh… commence Tom.
- Oui ?
- Vous rentrez chez vous ?
- Je crois bien. Et vous ?
- Aussi. Juste que… je n'en ai pas envie.
- Je peux vous ramenez si vous le voulez.
Un sourire illumine le visage de Tom, alors qu'il acquiesce.
Une fois dans la voiture, Tom se force à ne pas fixer son conducteur. Mais c'est plus fort que lui. Et pour la première fois, il se retrouve seul dans son regard. Parce que l'ombre regarde la route. Et c'est vrai que d'être seul est assez étrange. Cependant, il continue et détaille un peu mieux le corps de son voisin. Sous ses habits noirs, il semble si maigre.
- Pourquoi vous êtes toujours en noir ?
- Pardon ? Demande le conducteur.
- Depuis le premier jour je vous ai toujours vu avec ce par-dessus et votre foulard qui cache votre visage. Je me demandais juste pourquoi. Vous m'avez répondu un soir que vous aviez vos raisons. Mais… tout de même… je n'arrive pas à comprendre.
- Si ça ne vous dérange pas, je préfère vous répondre une fois arrivés chez vous. Je pense que ma réponse risque de nous causer un accident sinon.
Un peu interloqué, Tom se tait et se met à fixer la route, tout en indiquant de temps en temps la route. Il attend. Une fois arrivés devant l'immense immeuble, l'homme arrête sa voiture et plonge son regard dans ce lui de Tom.
- Si je suis toujours en noir et que je cache mon visage, c'est… pour mon métier, répond-il.
Tom fronce des sourcils, pas convaincu par cette réponse.
- Et… et parce que je ne veux pas… que tu saches qui je suis.
- Tu ne… Enfin vous ne…
- Tu. Je crois que le tutoiement peut désormais s'utiliser.
- Tu ne veux pas ? Et… ?
- Pourquoi ? Parce que je veux continuer à te voir chaque soir, dans ce bar. Continuer à te regarder, à ce que tu me regardes. Que cela ne cesse jamais. Et si je te montrais mon visage… tu ne me ferais plus jamais confiance. Tu ne me croirais pas de toute façon. Et c'est la même raison qui anime mon désir de ne pas te dire mon nom.
- Alors est-ce que je peux t'en donner un ?
- Lequel ?
- Mein Schatten.
- D'accord.
Tom sourit. Il ferme la fermeture éclair de sa veste et s'apprête à sortir. Mais alors qu'il a la main sur la poignée, il se retourne vers l'autre et dit :
- Est-ce que tu veux venir boire un dernier verre ? Chez moi.
Et c'est ainsi que les deux hommes se retrouvent dans l'appartement de Tom. Ce dernier est en train de préparer deux cafés dans la cuisine, tandis que l'ombre détaille la décoration des lieux. Tout est simple. Presque comme dans un vieux soap américain. A se demander si quelqu'un vit vraiment ici. Tout est propre et rangé. On ne ressent pas la vie. L'ombre tremble d'effroi face à ce sentiment et un courant d'air froid le traverse. Est-il vraiment chez Tom ?
Tom revient avec deux tasses fumantes et les pose sur la table basse.
- Comment tu trouves ? Demande-t-il.
- C'est… angoissant, répond l'ombre.
Tom cligne des yeux, surpris.
- Je ne ressens pas de vie. On dirait une devanture de magasin. C'est vraiment chez toi ? Ça ne te ressemble tellement pas.
- Oui c'est chez moi. Et si rien ne me ressemble, c'est que je ne veux pas voir en permanence mes démons.
L'homme attrape une tasse et l'examine.
- Tu aimes vraiment le café.
- Assez.
- Pas toi ?
- Si. Mais… je n'en ai pas envie là.
- Ah pardon. Tu veux autre chose ?
- Non.
L'homme-ombre s'assoit sur le canapé et tapote la place à côté de lui. Tom le rejoint alors et attrape l'autre tasse en face de lui. Ne sachant pas trop quoi faire ou dire, il se met à boire le liquide chaud du bout des lèvres. Puis, doucement, il tourne la tête vers l'homme et plante son regard dans le sien. Une envie en lui naît. Un peu hésitant, il tend la main vers son visage et, du bout des doigts, effleure le tissu sur la joue. C'est doux. Alors il recommence et cette fois reste. Ses doigts caressent le foulard avec une légère tendresse. Il veut le retirer. Il veut savoir à quoi ressemble son ombre. Mais quand il tente de passer une phalange de l'autre côté du tissu, l'homme se recule.
- Non. S'il te plait. Attend.
Il se lève et se dirige vers l'interrupteur. Plus de lumière. C'est le noir total dans le salon. Mais rapidement, il se retrouve de nouveau aux côtés de Tom. Debout, devant lui, il attrape ses mains et l'aide à se relever.
- Tu peux, murmure-t-il, la voix un peu tremblotante.
Alors Tom pose ses mains sur les joues de l'autre et, lentement, tire sur le foulard. Son cœur accélère dans sa poitrine, tandis qu'il rencontre enfin la peau de son ombre. Une peau lisse, froide. S'il ne sentait pas le souffle contre sa paume, Tom serait persuadé de toucher un mort. Mais ce n'est pas le cas. Avec une douceur infinie, il découvre enfin le visage de son ombre. Dans le noir, il tente de deviner les traits qu'il parcourt, de refaire son visage. Sauf qu'il n'est pas habitué et n'y arrive pas. Il sent juste le froid, la douceur, le grain de peau. Progressivement, ses mains dérivent vers le nez, puis la bouche. Ses doigts retracent milles fois leur contour, ne s'en lassant pas. Et en face de lui, le souffle de l'homme s'accélère. En effet, l'air qu'il expire est chaud et rapide, un peu saccadé. Tout comme le sien.
- Tom…
- Oui ?
- Je… Non.
Brusquement l'autre détourne le visage et le baisse.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- On ne peut pas.
- On ne peut pas quoi ? Et pourquoi d'ailleurs ?
- C'est trop compliqué. Je suis un monstre, tu ne devrais pas être avec moi. D'ailleurs je n'arrive pas à comprendre pourquoi tu viens me voir tous les soirs. Qui te dit que je ne te ferais pas mal un jour ? Comme les gens que je tue ?
- Je croyais que tu m'aimais bien.
- Tout court même. Mais…
- Chut, chuchote Tom en attrapant le visage de l'homme entre ses mains.
Il pose un doigt sur ses lèvres tremblantes et lui sourit. Tom sait bien qu'il ne voit pas son sourire dans les ténèbres qui les entourent, mais il sait aussi qu'il le devine. Et cela le comble. Son corps se rapproche de celui de l'ombre et bientôt se sont ses lèvres qui remplacent son doigt. A quelques millimètres du contact, il attend, incertain de lui. Alors l'homme comble l'espace qu'il reste et se met à embrasser Tom. Ce dernier ne peut s'empêcher de gémir tellement les sensations sont enivrantes. Un feu d'artifice explose dans son ventre et des milliers d'étoiles viennent illuminer son regard. La nuit a pris place dans son être et tout semble magique. Ou plutôt ça l'est réellement.
Les mains se font plus audacieuses, s'aventurant dans des zones plus intimes, jusqu'à glisser sous les vêtements. Tom prend un plaisir fou à pouvoir enfin retirer toutes les couches de son ombre. Plus de foulard, plus de par-dessus. Juste lui, tel qu'il a toujours rêvé de le voir. Certes, il ne le voit pas et ne se souviendra pas de ses traits. Mais il se souviendra de sa peau, de sa douceur. Et cela lui suffit pour l'instant. Parce qu'il en découvre tant. Un nez fin, des lèvres fines et étirées, des cheveux mi-longs et une tresse plus longue sur le côté, des oreilles normales, percées, des sourcils un peu épais, mais pas trop. Enfin il peut voir. Et puis il a son goût dans sa bouche. Sa langue contre la sienne. Et il découvre sa bouche, son palais, ses dents, ses joues, sa façon d'embrasser.
A suivre ...
