Disclamer : L'univers de Saint Seiya et ses personnages appartiennent à Masami Kurumada

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Pairing : Saga x Aiolos

Résumé: Saga n'avait eu que deux rivaux dans sa vie. L'ironie du sort avait voulu que l'un d'eux soit son jumeau et l'autre son seul ami.
Pourtant les deux avaient fini par le trahir. Alors, il s'était appliqué à les faire payer. Méthodiquement, et sans concession. Jusqu'à les détruire. [Saga x Aiolos]


Hello^^ Je devais écrire un drabble, et ça a fini en OS :/ Je n'ai rien maîtrisé du tout. Mais étant donné que j'ai accouché de ce texte grâce à ce que m'avait inspiré une citation et bien je le poste tout de même dans ce recueil.
Bon, je ne ship pas vraiment ces deux-là dans mon headcanon (à cause su Shion x Saga, OTP absolu), mais c'est un couple que j'apprécie et que je trouve crédible, et je trouvais que la citation de Racine se prêtait bien à ce couple. Du Saga x Aiolos donc, avec un léger soupçon de Saga x Shion pour relever le tout. Bon, comment dire? Ce chapitre m'a fait suer. J'ai pris plaisir à l'écrire mais cela n'a pas été facile, et je n'en suis pas vraiment satisfaite. J'espère tout de même que ça se tient un minimum. N'hésitez pas à me le dire si ce n'est pas le cas.
Sinon, Saga diffère un peu de celui de mon headcanon ici, et de l'interprétation que je m'en fais habituellement (oui, malgré le Saga x Shion latent^^).

Merci à ceux qui prendront le temps de me lire ;)


« J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer. »

Jean Racine, Britannicus

Saga n'avait eu que deux rivaux dans sa vie. L'ironie du sort avait voulu que l'un d'eux soit son jumeau et l'autre son seul ami. Il avait aimé le premier plus que lui-même autrefois, et il avait respecté le second, le chevalier du sagittaire, à qui il reconnaissait des qualités certaines.

Pourtant les deux avaient fini par le trahir. Tous deux avaient tenté de le doubler. Alors, il s'était appliqué à les faire payer. Méthodiquement, et sans concession. Jusqu'à les détruire.

Tout ce dont il jouissait désormais, la grandeur, le pouvoir, l'infini des possibles, il aurait pu les partager avec son jumeau, si ce dernier avait été moins idiot et moins plein de lui-même. Si ce dernier ne s'était pas détourné de lui. Qu'est-ce que cet imbécile croyait ? Qu'il était meilleur que lui ? Qu'il pourrait le modeler sous ses doigts comme une vulgaire figurine d'argile à qui il imposerait la forme qui lui convenait ? Et pour quoi ? Avoir la satisfaction de le soumettre à sa volonté ? Réaliser ses propres ambitions ? Puis le jeter ensuite sans un regard lorsqu'il ne lui aurait plus été d'aucune utilité ?

Pourtant, son frère avait réussi d'une certaine manière, puisque Saga avait finalement porté la main sur Shion, et qu'il avait arraché à ce dernier le pouvoir qu'il lui avait successivement promis puis refusé. Une fois son méfait accompli, il avait regardé son sang couler avec un mélange d'horreur et de fascination et il avait senti le juste en lui mourir avec ce mentor qu'il avait admiré. Oserait-il avouer à quel point il avait exulté de voir ce dernier s'accrocher à ses genoux, le souffle court et les mains tremblantes, dans une dernière tentative de lutte contre la mort qui engourdissait son esprit ? Oserait-il avouer qu'il avait frémi avec délice lorsque son nom avait passé les lèvres ensanglantées du Pope, dans un dernier murmure ? Oserait-il dire enfin les larmes qu'il avait versées dans ses mains rougies et criminelles, puis sur ce corps immobile qui avait fini par admettre sa défaite ?

Kanon avait raison. Sa bonté, son intégrité et sa foi inébranlable, tout cela n'avait été qu'un songe. Un mensonge qu'il avait jeté à la face de tous et auquel lui-même s'était plu à croire. Il n'était qu'un monstre ignoble, un démon effroyable qui longtemps avait hésité à déployer ses ailes membraneuses, et que son frère avait précipité au-dessus d'un gouffre, le poussant à prendre son envol. Oui, Kanon avait réussi d'une certaine manière. Mais si cet imbécile croyait qu'il pourrait continuer à façonner son destin entre ses mains impérieuses, il se trompait. Son jumeau avait peut-être attisé les ténèbres en lui, mais c'est lui, et lui seul, qui les avaient embrassées. En assumant son geste, il s'était libéré de l'emprise de son frère. Et le tyran, c'était lui désormais ! Lui, devant qui le monde viendrait s'agenouiller, dans un mélange de respect et de stupeur. Et ce traître à son sang pouvait bien se décomposer dans sa prison de roche et d'eau. Il ne le pleurerait pas.

Longtemps il avait contemplé le visage enfin dévoilé de Shion et ce regard éteint qui le fixait encore dans la mort. Et il n'avait ressenti rien d'autre qu'un grand vide au fond de lui. L'exaltation comme les remords s'étaient évanoui. Seul demeurait dans sa poitrine un trou béant, qui le laissait aussi inerte que le corps sans vie qui s'offrait à sa vue.

Ce corps froid qui gisait à ses pieds, impuissant, grotesque dans la mort, avait appartenu à un homme dont le seul nom faisait trembler les ennemis de la déesse autrefois. Et lui, l'avait annihilé d'un geste, il l'avait balayé comme on refoule un souvenir gênant. Cela avait été aussi facile que d'étouffer un nourrisson. A croire que sa légende avait été usurpée, comme lui-même allait usurper son nom, ses fonctions, entrer dans l'intimité de son quotidien et lui voler ses souvenirs.
Pourtant, il fut un temps où il aurait pu donner sa vie pour cet homme qu'il aimait. Il avait cru en lui. Plus qu'en sa déesse. Il fut un temps où il avait été le favori du Pope, dans ces heures bénies où il croyait encore à sa propre vertu. Lorsqu'il ne savait pas encore que sa vie entière n'était que mensonges. Oui, il avait été le favori du Pope, et Shion l'appelait « mon ami », et lui croyait que toujours durerait sa félicité. Quel naïf il avait été !

Tout avait commencé à chavirer lorsque l'autre était venu s'immiscer dans sa vie. Celui qu'il considérait comme son seul ami.

Qu'avait donc vu Shion dans ce chevalier pétri d'idéalisme et un peu naïf ? Qu'avait donc l'autre que lui n'avait pas ? Quoi qu'il en soit le Pope avait commencé à l'appeler « mon ami », à poser ses doigts sur son épaule avec cette familiarité si particulière qu'il ne se permettait qu'avec lui autrefois, et il lui avait appris à lire dans les étoiles. Lui, avait observé impuissant ce nouveau rival lui voler la place privilégiée qu'il croyait tenir dans le cœur de l'ancien chevalier du bélier.

Saga avait compris. Ils étaient deux désormais à pouvoir prétendre succéder un jour au Grand Pope. Et il conçu dès lors une profonde rancœur envers celui qui s'était mis sans le savoir entre lui et le destin auquel il aspirait. Il se mit à haïr cet ancien ami avec une frénésie dont il s'était cru incapable autrefois.

Il avait pourtant continué à sourire, à l'appeler « mon frère » et à lui donner l'accolade. Mais intérieurement, il brûlait. Se consumait de rage. Et jamais la jalousie ne cessait de le tourmenter.

Il avait observé l'autre, cherchant désespérément dans son regard, dans son aura, dans sa physionomie enfin, un indice qui pourrait le mettre sur la voie, qui lui ferait comprendre ce qui avait pu impressionner le Pope.

Il avait écouté les propos de ses pairs, ceux des serviteurs, et ceux des villageois. Des paroles échangées à propos du rival, glanant des informations dans chaque conversation apparemment sans importance, dans chaque ragot murmuré, dans chaque éloge ou chaque critique lancée au hasard des rencontres.

Et il finit par comprendre. Car les mots qui se chuchotaient au sujet du Sagittaire étaient les mêmes que ceux que l'on employait pour parler de lui, le valeureux chevalier des Gémeaux. Honneur, justice, intégrité et compassion. Quelle ironie ! Aiolos avait été choisi et envisagé comme successeur potentiel parce qu'il lui ressemblait. Ou plutôt parce qu'il ressemblait à ce qu'il avait été autrefois. A ce qu'il avait cru être. Avant la rancœur, la haine et la jalousie obsédante. Avant le sentiment de rejet, douloureux et destructeur. Avant qu'il n'ait eu à partager le Grand Pope. Et avant que ces sentiments honteux ne le poussent à douter de lui-même et ne lui fassent prendre conscience de son indignité.

Fort de ce constat, son amertume n'avait fait qu'enfler dans son cœur. Ce qu'avait de plus Aiolos, c'était ce qui lui avait été arraché à lui, précisément à cause de cet idiot et de son entrée inattendue dans la course. A cause de la manière dont Shion regardait cet autre en silence derrière son masque de métal. Et le félicitait, avec cette fierté insupportable dans la voix.

Il avait rendu visite à celui qu'il appelait encore son ami derrière son masque de jovialité, et il avait plongé son regard dans ses yeux sans malice et sans ombre. L'autre lui avait souri, heureux de cette visite inattendue. Saga avait posé sa main sur son épaule et avait contemplé son aura douce et chaude, brûlant comme un astre éclatant. Et il avait reçu ce chatoiement en pleine figure, comme une insulte. Il avait lu dans les yeux de son pair cette foi et cette vertu qu'il croyait porter lui-même autrefois en son cœur. Cette lumière qui le réchauffait autrefois et le transfigurait comme elle transfigurait aujourd'hui les traits de ce rival éblouissant.

Il sourit d'un air qu'il espérait avenant à celui qui lui racontait avec entrain sa journée.

« Je te ferai payer cette grandeur écrasante dont tu n'as même pas conscience, et que tu vomis aux pieds de mon indignité, songea Saga en approfondissant davantage son sourire. Je te ferai payer de me faire sentir si minable, de me faire prendre conscience de ce que j'ai perdu et de ce qui me manque tant. Tu vois, cette aura d'une blancheur immaculée, que l'amertume n'a jamais effleurée, que le doute n'a jamais caressée de ses doigts putrides, moi, je vais me plaire à la souiller et à la piétiner. Et je rirai de voir ton œil douloureux et étonné contempler ma nouvelle face révélée. Quel beau spectacle ce sera, mon ami, de voir brûler ton royaume de clarté sous le feu sombre de ma rage et de ma haine, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que cendres et ténèbres. On dit que tu me ressembles. Voyons-voir si nous serons aussi semblables dans l'opprobre et l'indignité que nous le sommes dans la vertu et la probité. »

Il leva lentement la main et vint caresser la joue de l'autre du bout des doigts. Ce dernier avait cessé de parler et lui lança un regard perplexe. Il ne se déroba pas à sa caresse cependant, et Saga passa son pouce sur ses lèvres étonnées qui s'entrouvrirent, comme pour protester, mais dont aucun son ne s'échappa.

« Bonne nuit, mon ami » lui souffla-t-il en laissant ses doigts s'éterniser sur son visage encore un instant, avant de s'en retourner dans son Temple.

Cela avait été presque trop facile. Des effleurements un peu trop appuyés lors de l'entrainement, des regards trop insistants, qui se dérobaient dès que leurs yeux se croisaient, des poignées de main et des accolades plus fréquentes qu'à l'accoutumée, la recherche assidue et toujours plus pressante d'une rencontre, d'un contact, d'un échange quelconque.

Le manège de Saga avait duré des semaines avant que l'autre ne vienne le trouver un soir, aux abords de son temple, alors que le rouge et l'or se diluaient lentement sur l'horizon.

Ils ne s'étaient pas dit un mot, mais Saga avait senti le doute et le trouble voiler le regard de son camarade. C'était l'autre qui s'était approché le premier, qui avait avancé les mains vers son visage et qui s'en était saisi avec une force et une résolution qui l'avait surpris. C'était l'autre qui avait murmuré son nom d'une voix éraillée et avait posé des lèvres brûlantes sur les siennes. Saga le laissa s'enflammer un instant sur sa bouche inerte, puis le repoussa d'un bras ferme.

« On ne devrait pas »

Il sourit mentalement à la vue du spectacle de l'autre qui, les lèvres rougies et le souffle court, semblait perdu dans les remous de ses émotions.

« Shion n'approuverait pas, repris Saga.

— On ne fait rien de mal, souffla le sagittaire après un moment d'hésitation.

— Si. Et tu le sais. »

L'autre avait plongé son front dans ses mains et avait soupiré. Après un instant de silence il avait à nouveau levé les yeux sur Saga.

« Alors pourquoi… pourquoi tu me regardes ainsi depuis des semaines ? Pourquoi est-ce que tu cherches à me croiser sans cesse ? Est-ce que j'ai rêvé ? Est-ce que je deviens fou ?

— Non. Tu n'as pas rêvé. Je suis désolé, Aiolos. Vraiment. Je ne pensais pas que tu remarquerais le trouble dans lequel tu me jettes depuis quelque temps. Je ne voulais pas que… écoute, oublions ce qui vient de se passer. Et retourne dans ton Temple. Je t'en prie. »

L'autre ne l'avait pas lâché des yeux, il le fixait avec intensité et Saga vit les prémices de la douleur naître dans son regard. Ce regard, il le connaissait bien, c'était celui avec lequel il regardait Shion lorsque ce dernier ne se savait pas observé. Il s'agissait de la caresse qu'on imposait à l'objet désiré qu'on savait ne pouvoir étreindre.

« Il y a ce chevalier d'argent… reprit la voix hésitante du sagittaire, il fréquente une fille de Rodario, et personne ne trouve à redire. Ça a dû remonter aux oreilles du Grand Pope pourtant, depuis le temps. Lui-même… enfin tu sais bien les rumeurs qui courent à son propos au sujet de l'ancien chevalier de la balance. Je ne fais pas grand cas des ragots, mais…

— Ne fais pas comme si tu ne comprenais pas, je t'en prie. Athéna ne désapprouve pas les relations sentimentales ou les rapprochements intimes. Ce qu'elle refuse ce sont les situations dans lesquelles les affects risquent de prendre le pas sur le devoir. C'est d'autant plus vrai lorsque ce rapprochement se fait entre chevaliers de la même caste. Craindre pour la vie de l'amant ou de l'amante qui se bat à tes côtés durant une mission prioritaire peut te coûter la réussite. Et ce n'est pas envisageable. Tu me donnes Shion comme exemple, peu importe si la rumeur est vraie ou non, quoi qu'il en soit il est Grand Pope aujourd'hui, et il n'a personne à ses côtés. Ce qui veut dire que si amant il y a eu, il n'a pas hésité à s'éloigner de lui pour servir Athéna. Je ne veux pas m'attacher davantage à toi, mon ami. Parce que c'est dangereux, et que je n'en ai pas le droit.

— Je ne ferai jamais passer mes désirs avant mon devoir

— Tu en es sûr ? Je te rappelle qu'on est tous deux susceptibles de succéder un jour au Pope. Je ne vais pas te mentir. Je t'avoue que…comment dire… j'ai beaucoup de mal à penser à autre chose qu'à toi ces jours-ci. Et ça me fait peur. Si tu es certain de pouvoir garder un sens des priorités honorable, moi je ne sais pas très bien ou je vais. Peu importe celui qui de nous deux sera choisi pour assumer cette charge, mais je veux garder la tête froide afin de donner le meilleur de moi-même avant que Shion ne se décide. Sans compter que… nous devons donner l'exemple. Imagines-tu seulement les réactions si notre rapprochement s'ébruitait ? Les deux successeurs potentiels… Allez, retourne dans ton Temple, je t'en prie. »

Saga l'avait regardé partir, constatant avec satisfaction les changements qui s'opéraient peu à peu dans son aura encore éclatante.

Déjà, le soleil en lui n'était plus qu'une étoile.

Les regards n'avaient pas cessé. Et désormais ils étaient partagés. Tout comme les contacts furtifs, presque involontaires. Et la mélancolie s'était étendue peu à peu dans le regard de l'autre.

Il était revenu un soir, les poings serrés et le regard hagard. Et Saga avait cru reconnaître sa propre image sur son visage tourmenté. L'autre l'avait plaqué avec violence sur la première colonne à portée.

« A quoi tu joues, Saga ?»

Le Gémeau avait détourné le regard. Et l'autre s'était emparé avidement de ses lèvres. Il avait d'abord tenté de le repousser faiblement, mais l'autre avait bloqué sa tête entre ses mains, d'une poigne impérieuse qu'il n'aurait jamais soupçonné chez lui. Le baiser était maladroit, mais il n'en était pas moins ardent. Saga entrouvrit les lèvres et laissa la langue de l'autre investir sa bouche, le caresser avec fièvre. Il entendit l'autre gémir faiblement sur sa bouche et il ne sut si c'était un frisson d'aversion, de désir, ou de joie malsaine qui vint mordre le bas de ses reins.

L'autre passa des mains tremblantes sur son corps. Sur ses épaules et sur ses bras. Sur sa poitrine et sur ses hanches. Et il le laissa faire un instant. Cependant, lorsqu'il glissa une main impudique sous sa tunique pour venir éprouver sa peau nue, il lui bloqua le poignet et détourna la tête, rompant ainsi leur baiser.

« Aiolos, ça suffit. S'il te plaît.

— Je t'en prie. Juste un instant. On ne fait rien de mal, bon sang ! Je veux simplement te sentir contre moi.

— Arrête. Souviens-toi de celui que tu dois devenir.

— Tu me fais suer avec ça ! Je ne veux pas devenir Grand Pope. C'est toi qui sera choisi ! Tout le monde le sait ! Et c'est moi qui perds la tête, là ! Pas toi ! Donc tout est pour le mieux, non ? Je t'en prie, embrasse-moi !

— Tu renonces à la charge de Pope ? est-ce que j'ai bien entendu ? demanda Saga, sincèrement étonné.

— Je ne renonce à rien du tout. Je sais pertinemment que je ne pourrais pas rivaliser sérieusement avec toi. Le Pope le sait également. Tu es aveugle si tu n'as pas vu à qui va sa préférence. Et honnêtement, je m'en moque.

— Comment tu peux t'en moquer ?

— Si le choix se portait sur moi, si le Pope m'en jugeait capable, j'aurais assumé cette charge. Mais je n'ai jamais eu l'ambition d'être Grand Pope. Toi, tu as l'étoffe des dirigeants, Saga, pas moi. »

Pour la première fois, c'est Saga qui se jeta sur sa bouche, avec une telle violence que le Sagittaire bascula en arrière jusqu'à percuter la colonne derrière lui.

Il était le favori de Shion. Il était fait pour être Pope. Et tout le monde le savait. Les mots ne cessaient de tourner dans sa tête tandis qu'il ravageait le cou d'Aiolos de baisers avides. Ses mains tremblaient autant que celles de l'autre lorsque sans pitié il arracha ses vêtements et lorsqu'il l'entraina sur le sol alors que ses propres jambes se dérobaient sous lui.

Pour quelques heures, il s'était réconcilié avec son ancien ami. Pour quelques instants seulement, il lui offrit une trêve dans son esprit épuisé. Il aurait bien le temps de le haïr à nouveau à l'aube. Et alors qu'il avait pensé le baiser pour mieux le briser ensuite, il lui avait fait l'amour une première fois avec ardeur. Puis une deuxième fois avec tendresse.

Lorsque épuisé et le souffle court il avait posé son front sur l'épaule de l'autre, et que ce dernier avait glissé tendrement ses doigts dans ses cheveux, Saga avait sangloté comme un enfant.

Le Sagittaire n'avait pas compris, et n'avait obtenu aucune réponse à ses questions étonnées. Il avait alors simplement enlacé Saga étroitement contre lui et l'avait laissé pleurer.

L'autre était revenu presque tous les soirs depuis. Et ils avaient recommencé encore et encore. Leurs gémissements brisant, le temps d'une étreinte, le silence qui s'était peu à peu installé entre eux sans que l'autre ne comprenne pourquoi.

Saga se renfermait un peu plus à chaque jour, et Aiolos sombrait lentement avec lui.

Le chevalier des Gémeaux observait la clarté s'émousser peu à peu dans l'aura de son ancien ami. Et il n'en éprouva plus aucune joie.

Mais bientôt pourtant, le soleil en lui ne fut plus qu'une flamme.

Shion porta son choix sur Aiolos. Saga, un genou à terre, réagit à peine à cette éviction.

Il se sentait trop vide pour puiser encore en lui la force de haïr.

Mais au soir, il refusa la bouche de… comment devait-il l'appeler ? L'autre, le rival, le sagittaire, l'ancien ami qui l'avait doublé ? Aiolos. Il s'appelait Aiolos. Il l'avait aimé, haï, puis aimé à nouveau, sans doute. Il ne savait plus. Il se sentait épuisé, et inutile. Il avait besoin de voir son frère. De lui parler. De lui demander conseil. De s'épancher sur son jumeau.

« Je suis désolé, Saga » murmura Aiolos, tendant des doigts hésitants vers une joue qu'il n'osa cependant pas effleurer.

« Je ne m'attendais vraiment pas à ce que le Pope me choisisse.

— ça m'est égal. Tu le mérites autant que moi.

— Non, je sais que ça ne t'est pas égal.

— Et comment peux-tu prétendre savoir mieux que moi ce que je pense ? »

Saga avait levé la voix, mais Aiolos ne lui répondit qu'en lui adressant un regard triste.

Il l'attira dans ses bras, mais Saga le repoussa.

« Tu viens d'apprendre que tu vas être le nouveau Pope, et toi la seule chose à laquelle tu penses c'est de baiser ? Tu me dégoûtes.

— Etre Pope ne m'empêchera pas de t'aimer. Je t'ai toujours aimé, Saga, et tout ça n'y changera rien. »

Saga éclata d'un rire sourd, puis asséna d'un ton glacial :

« Imbécile. Moi, je ne t'aime pas, et je ne t'ai jamais aimé. Je me fous de toi depuis le début. Mais tu es trop idiot ou trop naïf pour voir la vérité qui se cache derrière mes intentions. Je n'arrive pas à croire que le vieux fou ait choisi quelqu'un comme toi pour diriger les troupes du sanctuaire. Ce serait drôle, vraiment, si au fond ce n'était pas aussi pathétique »

Aiolos ne dit pas un mot, mais le soleil en lui n'était déjà plus qu'une étincelle. Il aurait suffi d'un rien à Saga pour l'éteindre définitivement. Un simple geste, un simple mot. Mais il tourna les talons.

Et c'est la gorge serrée et le cœur battant à tout rompre qu'il s'éloigna.

Il descendit lentement les escaliers des douze maisons. A mi-chemin il faillit faire demi-tour. Il faillit remonter jusqu'à son Temple pour retrouver Aiolos qui s'y trouvait sans doute encore, effaré. Pour lui dire que… mais il se souvint des derniers mots de Shion, de la honte, cuisante, qui s'était déversée sur lui à l'annonce de ce nom qui n'était pas le sien. Il se souvint des éloges du patriarche à l'égard de l'autre. Et des explications hypocrites quant à sa propre éviction. Et la colère s'alluma à nouveau dans son cœur.

Oui, il lui fallait voir Kanon. Lui saurait apaiser sa détresse. Lui le comprendrait.

Et c'est d'un pas décidé qu'il entreprit la route qui le mènerait à son jumeau.