Chapitre 1 : Quand la lionne n'est pas d'humeur...

Je me réveillai en sursaut. J'étais en nage. Ma nuit avait été plus qu'agitée. En effet, des cauchemars étaient venus me harceler pendant mon sommeil. D'ordinaire, dans chacun d'entre eux, le même scénario se répétait inlassablement : je voyais Ron et Lavande s'embrasser fougueusement avant de se jurer un amour éternel et inaltérable, auquel je n'aurais jamais droit. Mais cette nuit-là, mon cauchemar semblait avoir évolué. Le couple ne s'était pas contenté d'étaler leur amour sous mes yeux, non cette fois-ci, ils avaient décidé d'innover pour mieux me torturer. Ron avait sorti un objet de sa poche. Et là où je m'étais attendue à ce qu'il sorte un couteau et me poignarde en plein cœur, l'homme que je croyais aimer avait fait bien pire : il avait sorti un écrin contenant une bague. Pour Lavande. Une bague de fiançailles. Plus qu'une simple bague, il s'agissait d'ailleurs de la promesse d'un avenir commun. Un avenir que Ron avait offert à la petite peste blonde, tout en me jetant le regard le plus méprisant qu'on m'ait jamais lancé : "Je la veux elle, et pas toi !" voilà ce que clamait son regard. Je ne supportais pas de voir les yeux si bleus, presque irréels, de mon deuxième meilleur ami, dont j'étais accessoirement amoureuse depuis six ans, me regarder avec autant de dégoût. Étant une née-moldue dans un monde de sorciers, j'étais habituée aux regards de pitié, de haine ou de dégoût. Notamment de la part de certains Serpentards. Mais aucun des regards de Malefoy et de sa clique ne m'avait jamais fait aussi mal. J'aurais encore préféré le coup de poignard en plein cœur, cela aurait été moins douloureux.

Après mon réveil, je pris quelques minutes pour remettre de l'ordre dans mes pensées, pour démêler le vrai du faux, la réalité du cauchemar. Ce fût difficile puisque ce cauchemar, tellement récurrent que j'en étais venue à l'appeler mon cauchemar, correspondait à la réalité en de nombreux points. En effet, Ron et Lavande sortaient réellement ensemble depuis quelques semaines. Lavande avait eu le courage de proposer à Ron d'être son petit ami, là où je n'avais jamais osé. Merlin savait que j'en mourrais d'envie et que trouver l'amour était mon plus grand rêve, après celui de réussir mes études, mais malgré toute ma volonté et toute la détermination que je parvenais à rassembler en moi, j'avais toujours cette peur panique de l'engagement. J'étais tiraillée par le remord de ne pas avoir tenté ma chance avec Ron, quand je le pouvais encore. Vivre quotidiennement dans le même dortoir que Lavande était un rappel douloureux de tout ce qui m'échappait dans ma propre vie. L'amour, la joie et la frivolité, le courage de dépasser mes peurs. J'avais grand besoin de me débarrasser de ma phobie de l'engagement. Ça me pourrissait la vie. Ça me bouffait de l'intérieur. Je savais exactement d'où me venait cette peur viscérale. Et je comprenais bien pourquoi les psychologues que mes parents m'avaient amené voir me demandaient d'en parler. Mais c'était trop douloureux. C'était au-dessus de mes forces. Et puis je me voyais mal confier le plus grand drame de ma vie à Harry, Ginny, ou encore Ron… Surtout Ron.

La peine, la douleur et le ressentiment tourbillonnaient en moi. Je choisis donc l'alternative la plus simple, celle des lâches : la colère. Je rassemblai toutes ces émotions néfastes qui me rongeaient et les amalgamai pour en faire un noyau de colère. Un noyau tellement dur et tellement puissant que j'étais à deux doigts de la fureur. Mais la fureur reste toujours plus simple à canaliser que la peine. On m'avait appris comment me défouler pour me débarrasser de la colère. La peine par contre, personne ne pouvait m'en soulager. Mais j'étais assez forte pour la transformer en colère. Elle bouillonnait en moi, mais au moins j'avais le contrôle. C'est d'une humeur massacrante que je gagnai les cachots pour mon premier cours de la journée.

L'angoisse de devoir commencer la journée par deux heures de potions, en compagnie de Rogue et des Serpentards, cumulée au fait que j'avais épouvantablement mal dormi et n'avais pas eu le temps de déjeuner, faisait palpiter ce noyau de colère noire qui me rendait plus susceptible et plus agressive que jamais. Les élèves de ma maison ne s'y trompèrent pas, et eurent la prudence de me laisser en paix. Mais c'était évidemment sans compter sur les Serpentards. A peine arrivée dans les cachots, je me fis critiquer à propos de mes cheveux par un des acolytes de Malefoy, qui voulait sans doute se faire bien voir. Je lui jetai un regard tellement glacial qu'il blêmit, baissa les yeux et se tut, le souffle court. Le Prince des Serpentards ne parut quand à lui pas saisir l'avertissement et décida de m'insulter à son tour. Une réplique sur mes vêtements fusa. Je ne la remarquai même pas, trop concentrée sur le noyau qui palpitait dans mon ventre et s'étendait à ma tête et mon cœur. Puis vînt une réplique sur mon statut de miss je-sais-tout. Je serrai les poings jusqu'à rendre mes articulations douloureuses mais ne dit rien. Une réplique bien sentie sur la pureté de mon sang s'échappa des lèvres de Malefoy. Je serrai les dents afin de m'empêcher de prononcer un sortilège à son encontre. Je respirai difficilement, ma poitrine étant oppressée par la noirceur brûlante de la colère qui tentait de me submerger.

Je réussi difficilement à conserver un calme apparent. Je luttais de toute mes forces pour ne pas laisser voir la tempête de rage qui se levait en moi. Mon esprit s'obscurcissait à la vitesse de l'éclair et mon jugement, ma raison et ma maîtrise de moi partaient en lambeaux. C'est alors que Malefoy, apparemment bien décidé à tester mon sang-froid, franchit la limite. Une énième remarque sur l'inutilité de l'existence de mes parents déchira le silence qui s'était installé. Et je perdis le peu de contrôle que j'avais réussi à conserver. Pour la première fois depuis le début de la dispute, je plantai mon regard brûlant dans les prunelles de glace de mon ennemi juré, lui transmettant ainsi toutes les émotions qui m'habitaient, et la haine que j'éprouvais à son égard. A travers ce regard, je déversai en lui toute la haine, la fureur, la colère, le ressentiment et la rage qui pesaient sur mon cœur. Le fardeau était trop lourd et j'avais besoin que quelqu'un, n'importe qui, m'aide à le porter. A cet instant, immédiatement. Peu importe qui. Je laissai mon regard exprimer la peine, la douleur, le chagrin et le dégoût qui me rongeait. Je partageai tout ça avec lui. Ce sale serpent qui avait passé sa vie à pourrir la mienne. Je lui donnai à travers ce regard la seule et unique chose que je m'étais refusée à lui montrer. Je lui fis part de toutes les émotions qui m'assaillaient. Je lui dévoilai qui j'étais vraiment.

Je crois que c'est la première personne avec qui j'osais partager tout ça. Pourquoi faisais-je ça ? Est-ce que je voulais lui infliger toutes mes émotions, à lui qui semblait si froid, si insensible ? Ou bien tentais-je simplement de poser une partie de mon noir fardeau sur ses épaules, car je savais qu'il les avait assez larges pour m'aider ? En cet instant précis, après ce que je venais de lui montrer, j'avais besoin que Malefoy soit là pour moi, qu'il comprenne mon tourment. Et je savais que de toutes les personnes que j'aurais pu choisir, il était une des plus à même de partager ça. Je le savais sans savoir pourquoi. Je venais de confier à mon pire ennemi de quoi me détruire. Tant pis. Je ne pouvais pas toujours tout garder en moi. J'en avais trop dit, trop fait passer à travers ce regard. Ma relation avec Malefoy ne serait plus jamais pareille. C'est pourquoi je décidai de vider mon sac. C'était maintenant ou jamais. Je m'approchai jusqu'à ce que ma bouche frôle l'oreille du Serpentard et prononçai les mots qui marqueraient celui-ci pour le reste de sa vie.