Chapitre deux
Tony comatait, moitié sur son lit, moitié sur la moquette (victime d'une nuit très agitée, c'était toujours ainsi lorsqu'il daignait émerger de son atelier pour remonter dans sa chambre et rattraper ses innombrables heures de sommeil en retard), il comatait donc profondément lorsque la voix de JARVIS battit le rappel des troupes au nom de leur fier et vertueux leader.
« Monsieur, le capitaine Rogers requiert la présence de tous les Avengers dans le salon.
— Nghnnngh... » répondit Tony.
Il ouvrit un œil, repéra vaguement les chiffres lumineux de l'horloge électronique sur sa table de chevet et constata qu'il était à peine deux heures de l'après-midi. Il enfouit à nouveau sa tête dans les profondeurs moelleuses de son oreiller.
« Permettez-moi d'insister », reprit JARVIS, avec ce qui sembla être un ton plus impérieux que de coutume.
Tony, bien sûr, avait déjà replongé dans une bienheureuse inconscience.
« Vous ne me laissez pas le choix, monsieur. »
Un cliquetis se fit entendre lorsque l'intelligence artificielle actionna l'ouverture de la porte. Puis ce fut le vrombissement discret et maladroit de petites roues traversant les poils épais de la moquette. Dummy fit claquer dans l'air la pince qui ornait l'extrémité de son bras amovible. Ses capteurs se focalisèrent sur son créateur, toujours endormi dans une position précaire. Le bras s'abaissa lentement, les mâchoires de la pince s'entrouvrirent... et se refermèrent sur le bas de la jambe du pantalon de Tony. Le robot émit un roucoulement métallique, sans doute pour se féliciter de sa bonne prise. Puis il fit marche arrière, accélérant brusquement lorsque ses roulettes menacèrent de patiner, entraînant le milliardaire avec lui.
Ce dernier chuta lourdement sur le tapis en poussant un grognement de douleur.
Dummy, pendant ce temps, continuait de tirer, et Tony acheva de se réveiller tout à fait.
« Qu'est-ce que... marmonna-t-il. Dummy ? Bon sang... qu'est-ce qui te prend ? Hé, lâche-moi...! »
Le robot secoua son bras en signe de dénégation, faisant valser Tony d'un côté puis de l'autre avant de poursuivre sa route.
« Ouille ! Arrête ça ! Stupide tas de ferraille ! »
Se sentant entraîné malgré lui, Tony s'agrippa au rebord du lit, puis aux poils du tapis. En vain, car Dummy persistait à le traîner hors de la chambre jusque dans le couloir.
« Ça va, j'ai compris, grommela-t-il. Tu as gagné, je me lève. »
Dummy lui donna l'impression de faire la sourde oreille.
« C'est bon, tu peux me lâcher, insista Tony. Allez quoi, tu ne vas pas me traîner comme ça jusqu'au salon ! »
Ce fut très exactement ce que fit le robot. L'homme à l'armure apparut donc sous les regards à la fois amusés et résignés de ses colocataires dans une position pour le moins humiliante, traîné sur le dos et une jambe en l'air, prise entre les mâchoires bornées de sa propre création.
Il y eut soudain le minuscule éclair d'un flash. Tony leva les yeux pour confronter le coupable ; Natasha lui renvoya un sourire en coin doublé d'un haussement de sourcil moqueur. De son côté, Dummy, qui venait d'accomplir sa mission avec succès, lâcha enfin le pantalon... et roula se réfugier derrière l'imposante et réconfortante carrure du capitaine.
« Je vais te démonter pièce par pièce, désosser tes circuits imprimés et revendre le tout sur Ebay emballé dans des petits sachets ! gronda-t-il.
— Tu ne toucheras pas à un seul de ses écrous, Tony, répliqua Steve d'une voix fatiguée.
— Tu penses pouvoir m'arrêter, Cap' ?
— Non. Je pense que tu tiens trop à ton premier robot pour oser mettre tes menaces à exécution.
— Pfft ! » lâcha Tony en croisant les bras.
Il se sentit néanmoins terriblement vexé, car Steve avait raison sur un point : malgré toutes ses maladresses et son comportement erratique, Tony éprouvait une sorte d'affection exaspérée pour le petit robot. Il jugea préférable de ne pas s'étendre sur le sujet.
« Eh bien, que nous vaut cette réunion de crise ? demanda-t-il en se laissant tomber sur le sofa, à côté de Pepper qui vérifiait les cours de la bourse sur sa tablette numérique.
— Nous devons regagner la confiance des habitants de New York, annonça Steve en avançant au milieu du salon.
— N'avons-nous pas déjà eu cette conversation la semaine dernière ? s'exclama Tony en levant les yeux au ciel. Je croyais que l'affaire était réglée et enterrée.
— Hélas non, ami Stark, dit Thor. Votre peuple crie son mécontentement et sa défiance envers les Avengers. L'heure est grave.
— L'heure est fichtrement grave, renchérit Clint. Grâce à votre prestation de la veille, à Cap' et toi, le public est maintenant persuadé que nous sommes de vilains croque-mitaines en guerre contre l'esprit de Noël.
— Oh par pitié, ne me ressortez pas encore cette histoire de sapin de Noël ! éclata Tony.
— Ce n'est pas seulement ça, répliqua Steve avant de s'empresser d'ajouter. Non Bruce, personne ne t'en veut à toi précisément. Cela aurait pu arriver à n'importe lequel d'entre nous.
— Écoutez, dit le milliardaire d'un ton impatient. Je comprends que toute cette cabale médiatique vous perturbe. Mais franchement, ce n'est pas comme s'il y avait quelque chose de nouveau sous le soleil ! La célébrité a toujours été un concept à double tranchant. Et nous aurons beau nous montrer sous notre meilleur jour, il se trouvera toujours des esprits chagrins pour nous cracher leur haine et leur mépris à la figure. Avec le temps et l'habitude, vous apprendrez à gérer.
— L'autre type risque de ne pas être d'accord, marmonna Bruce.
— La dernière personne à avoir essayé de me cracher dessus n'a jamais été retrouvée, ajouta Natasha.
— Nous ne sommes pas des célébrités comme les autres. Même si je n'aime pas ce terme, dit Steve, il faut admettre que nous ne passons pas inaperçus, surtout en ce moment.
— Le captaine Rogers a raison, déclara Coulson. Votre réputation ne peut souffrir d'être ainsi diffamée. Vous êtes des héros, des symboles de courage, de compassion, de...
— Là je vous arrête tout de suite, Phil ! s'exclama Tony en riant. Ma réputation a déjà été molestée de toutes les façons possibles et imaginables, et le plus ironique dans l'histoire, c'est que les trois quarts des fautes que l'on m'a imputées sont vraies.
— Il n'a pas tout à fait tort, admit Natasha. Si l'on va par là, Clint et moi sommes loin d'être blancs comme neige.
— Il va falloir également me compter dans le lot, dit Bruce.
— Vous voyez ? dit Tony. Maintenant, je veux bien admettre que Thor et Capsicle n'ont absolument rien à se reprocher, alors si vous souhaitez continuer votre campagne de pub pour eux, je ne vous en empêcherai pas.
— Pour l'amour du ciel ! s'écria Steve. Il ne s'agit pas de moi, de Thor, ou de toi, mais de l'équipe dans son ensemble !
— Et alors...
— Alors, nous devons unir nos efforts pour regagner la confiance du public et des médias. Nous avons besoin de leur soutien. Dans le cas contraire...
— Dans le contraire, vous n'êtes plus que des justiciers incontrôlables et des phénomènes de foire, conclut Pepper en levant les yeux de ses diagrammes. Désolée, ajouta-t-elle à l'adresse de Bruce.
— Tout va bien, Pepper, dit celui-ci. Vous avez raison.
— Je crois que miss Potts a parfaitement résumé la situation », dit Coulson.
Tony prit le temps de digérer les paroles de ses camarades, et décida qu'il pouvait faire l'effort de comprendre leur point de vue. Il n'était pas stupide ‒ après tout il faisait partie de la très sélect et influente Mensa, merci bien ‒ et voyait parfaitement où Steve, Coulson et les autres voulaient en venir. Pepper elle-même paraissait être d'accord avec eux, et l'opinion de cette dernière était très importante pour Tony. Même s'ils avaient leur lot de désaccords, même si... même si les choses étaient plutôt compliquées, entre eux, la confiance qu'il avait en son jugement n'avait jamais failli.
« Très bien, dit-il, capitulant enfin. Je suppose que vous avez concocté un plan d'attaque, et que vous mourez d'envie de nous le faire partager. »
Paupières mi-closes, il perçut néanmoins la très subtile coloration des pommettes du capitaine. Oho, voilà qui était mauvais signe, et Tony n'allait sans doute pas aimer sa proposition... À moins que ce ne fût le contraire, réfléchit-il rapidement. À moins que cette proposition n'embarrassât le très sérieux et très coincé capitaine, auquel cas Tony allait bien s'amuser.
L'arrivée du capitaine sous son toit était allée de pair avec toute une série de sentiments mitigés. Tony avait tout d'abord éprouvé un mélange hautement désagréable d'auto-déprécation, d'hostilité méprisante et d'amusement sarcastique envers Captain America. Il avait été le héros de son enfance, mais seulement dans le sens où son paternel si détesté n'avait cessé de l'abreuver des exploits de celui-ci, et Tony avait toujours eu le sentiment que c'était une façon déguisée de lui faire comprendre que lui-même ne serait jamais à la hauteur.
Le milliardaire s'était alors découvert un nouveau hobby ‒ en plus de l'armure, de l'alcool et des femmes : faire chuter l'idole à la bannière étoilée de son piédestal. Jamais il n'avait raté une occasion de piquer le capitaine avec l'une de ses remarques acerbes, et force était de reconnaître qu'en termes de vacherie, Steve n'était pas en reste (sans doute le jeu n'aurait pas été si passionnant si celui-ci était resté de marbre face à ses attaques.)
Malheureusement, plus les semaines passaient, et plus Tony constatait que son acharnement mollissait. Sa verve perdait de son mordant et son ironie se teintait peu à peu d'une tendresse effrayante.
Avec horreur, Tony réalisait que son animosité envers Steve s'était muée en affection. Pour couronner le tout, et parce que le Destin était un sacré saligaud qui adorait les retournements de situation, ce n'était pas le genre d'affection virile et sans équivoque, qui impliquait de partager des bières en regardant le sport à la télévision et en se donnant de grandes claques dans le dos.
Non, c'était le genre d'affection qui faisait dériver votre regard vers la courbe harmonieuse du postérieur de votre leader en plein combat, qui rendait vos jambes flageolantes lorsqu'un regard bleu azur se fixait sur vous plus de trois secondes, et qui vous réveillait en sursaut au beau milieu d'un rêve sensuel et torride. Rêve d'autant plus problématique et perturbant que vous n'aviez eu aucun penchant homosexuel jusqu'à présent (sauf si l'on comptait cette fête durant laquelle vous auriez folâtré avec un acteur de série télé, mais vous étiez tellement bourré que vous n'en aviez gardé qu'un vague, très vague souvenir. Tellement vague que vous n'êtes plus sûr du tout qu'il se soit réellement passé quelque chose.)
En bref, c'était le genre d'affection qui pouvait vous apporter de gros, très gros ennuis si jamais le principal intéressé venait à s'en rendre compte.
Quand Steve dévoila enfin son plan, Tony sut qu'il avait touché juste. C'était forcément gênant pour un type aussi vieux jeu que le capitaine, mais aussi tellement tiré par les cheveux que Pepper, à côté de lui, déclara avec une assurance tranquille qu'il n'y avait aucune raison pour que ça ne fonctionne pas. De plus, la presse, la télévision et l'internet allaient adorer l'idée.
oOoOo
Il était près de minuit lorsque Tony pénétra dans sa chambre. Il s'arrêta sur le seuil, légèrement surpris.
« Oh, je ne savais pas que tu restais pour la nuit », dit-il en faisant mine de repartir.
Pepper sursauta.
« Non, ne pars pas ! appela-t-elle en ramassant les papiers qu'elle avait étalé autour d'elle sur le lit. Je veux dire, c'est ta chambre. Je suis désolée, j'aurais dû prendre celle réservée aux invités, mais l'habitude...
— Tu n'as pas à t'excuser, dit-il. Nous sommes deux adultes, nous pouvons faire l'effort de partager pour une nuit. Parce que tu vois, si jamais on me voit partir dans la chambre d'amis, ça risque de faire jaser.
— On pourrait comprendre que notre couple bat de l'aile ? fit Pepper avec un petit sourire triste.
— Alors qu'en réalité, il s'est carrément cassé la figure. »
Il avait voulu garder un ton léger, mais même à ses propres oreilles sa tentative d'humour résonnait avec un accent pitoyable. Il demeura un instant immobile sur le pas de la chambre, ne sachant quelle attitude adopter. Désinvolte, avec un soupçon de charme tentateur ? Non, Pepper le connaissait trop bien pour tomber dans le panneau, et n'hésiterait pas à le remettre à sa place sans prendre la peine de brosser son égo dans le sens du poil. Il finit par fermer la porte derrière lui et se pencha sur les tiroirs de sa commode pour prendre un pyjama propre. Puis il resta à nouveau immobile, les vêtements pendant au bout de son bras.
« Tony, est-ce que tu serais gêné à l'idée de te changer devant moi ? fit Pepper d'une voix lente et indéniablement amusée.
— Absolument pas, répliqua-t-il en plissant les paupières. Moi, gêné de montrer ce corps sublime qui est le mien ? Ce serait plutôt à toi d'être mortifiée, étant donné que tu as choisi de ne plus en profiter.
— Oh, par pitié », fit-elle avec un sourire délicieusement exaspéré.
Il prit son temps pour se débarrasser de son débardeur usé et de son pantalon maculé de taches ‒ d'accord sa tenue n'était pas celle du plus glamour des stripteaseurs, mais il s'appliqua à faire en sorte que Pepper en ait pour son argent et sa frustration, multipliant les déhanchés, les flexions et les œillades coquines.
« Tu es ridicule, dit-elle pour saluer sa tentative de séduction.
— Allons, tu devrais plutôt me remercier pour le spectacle gratuit », répliqua-t-il tout en poussant timidement quelques feuillets afin de dégager un côté du lit.
Il attrapa sa tablette, posée sur la table de chevet, l'alluma et fit mine de consulter un dossier. Ils demeurèrent ainsi côte à côte, dans un silence studieux troublé seulement par le froissement du papier et le tap tap des doigts de Tony sur l'écran tactile. De temps à autre, celui-ci risquait un coup d'œil en direction de Pepper. Le visage de la jeune femme était dissimulé derrière le rideau de sa chevelure. Elle portait un simple t-shirt et une paire de shorts qui dévoilait ses longues jambes pâles, croisées en tailleur.
Un pincement au cœur lui rappela combien il l'aimait, et combien l'intimité qu'ils avaient partagée lui manquait. Ils étaient restés bons amis, s'entendaient peut-être mieux que du temps où ils avaient été amants. Pourtant, les choses n'étaient plus comme avant. L'immense culpabilité de Pepper s'était élevée entre eux comme une barrière infranchissable.
Ils avaient rompu peu de temps après l'invasion des Chitauri. Peut-être une semaine après que Tony avait envoyé une bombe nucléaire à travers un portail multi-dimensionnel. Il n'avait pas fallu longtemps pour que Pepper remarque l'appel manqué sur son téléphone portable, et réalise que Tony avait tenté de la joindre au moment même où il pensait ne jamais la revoir.
Cette révélation avait brisé quelque chose en elle, et Tony savait qu'elle ne se pardonnerait jamais de ne pas lui avoir répondu. Aujourd'hui, c'était d'autant plus dur qu'ils n'avaient pas encore rendu leur rupture officielle. Pepper redoutait les répercussions qui risquaient d'avoir lieu au sein même de Stark Industries ; beaucoup considéraient que sa position actuelle était plus le fruit de sa relation avec Tony que celui de ses propres compétences, et elle réfléchissait encore à la manière dont elle allait devoir gérer les réactions de ses partenaires et actionnaires. Tony, quant à lui... refusait tout simplement de confronter la réalité d'un échec qu'il s'imputait largement à lui-même.
Il repoussa la peine douce amère qui menaçait de le submerger et se tourna franchement vers elle.
« Tu penses que le plan de Cap' a une chance de réussir ? demanda-t-il.
— Pourquoi pas ? Il est plutôt culotté mais également très logique, si on y réfléchit.
— Vraiment ?
— Eh bien, comme Steve l'a très justement souligné, vous pourriez faire d'une pierre deux coups. Retrouver les faveurs du public et raviver la flamme de l'esprit de Noël. Je trouve que c'est une idée charmante.
— Pepper, Pepper, soupira-t-il. Est-ce que je suis le seul à avoir réalisé que Steve a tout bonnement proposé de mettre les Avengers aux enchères ?
— C'est pour cela que j'ai aussi qualifié cette idée de culottée !
— Franchement, s'il s'agissait simplement de récolter de l'argent, j'aurais très pu le faire tout seul.
— Mais ce n'est pas seulement toi, Tony. C'est toute l'équipe, et tous les habitants de New York. Les plus modestes comme les plus fortunés. Et Steve a trouvé le moyen de réunir tout le monde autour d'un même idéal.
— L'esprit de Noël ? railla-t-il.
— Mais oui, insista Pepper. Tel que je le vois, ce plan est parfait. Les plus riches se donneront bonne conscience en investissant leur argent pour une bonne cause. Les autres verront que vous êtes prêts à donner de votre personne ‒ en tout bien tout honneur, évidemment. Une partie des dons sera reversée aux diverses associations de la ville, le reste servira à financer le nouveau sapin du Rockefeller Center ainsi que les décorations. Et vous passerez pour les héros qui ont sauvé l'esprit de Noël. Arrête de rire, je suis sérieuse !
— Bon sang, Pep' ! J'ai l'impression que Captain America et ses bons sentiments sont en train de déteindre sur toi. Et ce n'est pas un compliment », ajouta-t-il d'un ton narquois.
Pepper leva les yeux de ses dossiers et le contempla sans piper mot.
« Quoi ?
— Oh rien. Tu es vraiment ridicule, mais ce n'est pas nouveau.
— Je ne vois pas en quoi...
— C'est justement ça qui est drôle, dit-elle en riant.
— Tu pourrais peut-être éclairer ma lanterne.
— Je ne sais pas... Ce serait beaucoup moins amusant pour moi si tu commençais à faire attention.
— Attention à quoi ? fit-il, de plus en plus frustré.
— À la façon dont tu tires les couettes de Captain America », lâcha-t-elle avant de glousser.
Tony ne comprit pas tout de suite l'allusion.
« Steve n'a pas de... oh. Oh merde ! »
Cette fois, Pepper se roula en boule, secouée d'un rire qui semblait ne plus vouloir s'arrêter. Il la prit par les épaules et tenta de la relever.
« Pepper ! Cesse de rigoler. Arrête de te payer ma tête ! Comment diable as-tu su... et zut, écoute-moi, il n'y a rien à savoir !
— S'il te plaît, Tony ! N'insulte pas... mon intelligence, hoqueta-t-elle entre deux éclats de rire.
— Non non, écoute bien. Tu sous-entends n'importe quoi ! Je n'ai pas le béguin pour Steve. Je ne suis même pas gay ! »
Il sentit ses entrailles se contracter sous un frisson glacé. Même lui ne croyait plus à ses propres mensonges.
Il était foutu.
oOoOo
Ce matin-là, Steve se rendit dans le bureau de l'agent Coulson pour discuter de l'organisation de son plan. Il haussa un sourcil interrogateur en apercevant la jeune Darcy Lewis déjà assise à un coin de la table.
« Bonjour, capitaine ! s'exclama-t-elle avec un grand sourire ravi.
— Miss Lewis effectue un stage auprès du département des communications extérieures et relations publiques du SHIELD, expliqua Coulson. J'ai pensé que sa contribution pourrait être très bénéfique à notre affaire.
— Ça va être grandiose, dit-elle en tapotant son carnet du bout de son stylo. J'ai déjà noté des tas d'idées pour promouvoir le gala de charité sur le site que j'ai créé pour l'occasion. J'ai bien l'intention de mobiliser tous les internautes et de les rallier à votre cause !
— Je vois, sourit poliment Steve, qui peinait à suivre le flot de ses paroles. Cependant je croyais... n'étiez-vous pas l'assistante du docteur Foster ? Comment va-t-elle ?
— Jane se porte bien, fit Darcy avant de grimacer. Depuis que le professeur Selvig et elle ont accepté de travailler pour le SHIELD, ils ont tellement d'assistants hyper compétents qu'ils n'ont plus besoin de moi.
— Je suis désolé de l'apprendre.
— Oh, ce n'est pas la peine ! Je n'ai jamais eu l'intention de me lancer dans une carrière de laborantine. Je le faisais juste pour rendre service à Jane... J'ai un diplôme en sciences politiques, vous savez ! Et monsieur Coulson ici présent a jugé que mes modestes talents pourraient être utiles au SHIELD. Ce qui est totalement cool, ajouta-t-elle d'un air jubilatoire. Regardez, j'ai même un badge à mon nom ! »
Steve hocha la tête avant de prendre place autour du bureau, visiblement amusé.
« Comment allons-nous procéder ? s'enquit-il.
— Les enchères auront lieu en fin de semaine prochaine. Ce qui nous laisse le temps d'avertir les différents médias et de mobiliser les citoyens de New York. Le maire est d'accord pour que la soirée se tienne sous le hall de l'hôtel de ville, geste qui nous garantit tacitement le soutien des autorités locales.
— C'est une bonne nouvelle.
— Nous avons obtenu la confirmation des œuvres de charités et associations auxquelles vous avez fait référence. Chacune sera représentée par l'un des Avengers, et les sommes qui seront misées sur vous leur seront en grande partie reversées.
— Quant au reliquat, il servira à payer un nouveau sapin de Noël ainsi que des cadeaux pour les enfants de la ville.
— Excellent travail, approuva le capitaine. Je constate que vous formez une équipe très efficace. »
Le compliment fit glousser la jeune fille de plaisir, et Coulson lui-même daigna arborer un petit sourire satisfait. Ils passèrent l'heure suivante à régler le maximum de détails techniques et à répartir les tâches. À la fin de la réunion, ils avaient en leur possession un véritable plan de bataille.
« Y a-t-il autre chose que je puisse faire ? » demanda Steve en se levant.
L'agent secoua la tête.
« Continuez d'être l'homme et le héros que nous admirons tous, dit-il. Oh, si, peut-être une chose. Évitez de laisser monsieur Stark approcher du micro de miss Everhart. La façon dont cette journaliste a remis le couvert sur l'histoire du sapin a été très préjudiciable pour l'image des Avengers.
— Ce n'était pas vraiment la faute de Tony, dit Steve en fronçant les sourcils.
— Bien évidemment. Le problème, c'est que ses paroles ne vont pas toujours dans le sens de... l'esprit de compassion et de partage que nous essayons de véhiculer.
— Je lui demanderai de faire des efforts », soupira le capitaine avant de se retirer.
L'agent titulaire et sa stagiaire suivirent son départ avec des yeux rêveurs.
