Chapitre II : Souvenirs Famille Mauvaise Recette?

Point de vue de Saki.

Les courses aux promotions, c'est souvent un grand moment. Y aller à deux est préférable tant la lutte est difficile, alors je préfère y aller avec Eri.

« Aah ! Il n'en reste plus beaucoup ! » ai-je crié, assez fort pour que ma soeur, dix mètres plus loin puisse l'entendre.

« Roger ! » me répondit-elle, accélérant le pas, dans sa course folle vers le supermarché.

Du haut de ses cent quarante -huit centimètres, elle parvenait à se faufiler dans la file comme rien, passant continuellement en dessous des bras agités de ces dames ayant le même but que nous. Et elle attrapa le paquet de daikons.

« Bravo ! Bravoo ! » l'acclamais-je, battant des mains de joie à l'idée de manger des takuans ce soir.

Le marchand de poissons du magasin d'à côté, ayant vu toute la scène s'empressa de venir nous voir. Dans ce quartier, nous sommes un peu les privilégiées, les chouchoutes de tous les commerçants.

« Je reconnais bien là Ootani Eri, la sprinteuse du coin ! Bravo ma petite ! »

Un couple se retourna soudainement à l'entente de ce nom.

L'homme, qui semblait avoir une petite quarantaine, tout comme sa femme, avait une taille impressionnante. Longiligne, svelte, sa silhouette se terminait par une tête ma foi fort sympathique et une masse noire de cheveux en bataille.

La femme, à l'apparence d'une adolescente du fait de son style vestimentaire voyant, était petite, avait des yeux rouges perçants et des cheveux décolorés.

Cette femme me prit les mains et les larmes aux yeux elle sauta dans mes bras en me criant « Risa ! »

« Nakao... ? Nobu ? » dit une voix familière derrière moi.

« Ootani... » prononça l'homme d'une voix triste et enjouée à la fois.

« Papa ! » criai-je à l'intention de mon géniteur qui dévisageait l'homme, qu'il semblait visiblement connaître.

« Pa...Papa ? » dit, comme choquée la femme en me lâchant de son étreinte.

L'embrouille totale excusez du peu, c'était l'expression adéquate.

Point de vue d'Ootani

Non, mes yeux ne me trompaient pas. C'était bien Nakao, accompagné de Nobu qui se trouvaient devant moi.

« Ca...Ca faisait un bail... » dis-je, me décidant à casser ce silence.

« Ahah...Plutôt oui. » me répondit mon meilleur ami que je semblais avoir délaissé, sa femme étant en état de choc, ayant appris que la fille devant elle n'était pas Risa.

Mais lui aussi, sa main tremblait, ne voulait pas s'accorder avec ses paroles. Il semblait être tout à fait troublé et ne rien comprendre non plus.

« ...Si vous n'êtes pas occupés pour le moment, je peux vous demander de nous suivre jusqu'à notre maison ? Des explications s'imposent, sans doute... » proposai-je ou obligeais-je, je ne leur laissai pas énormément de choix, sachant qu'ils allaient me le demander à un moment ou un autre.

Un silence pesant...Durant tout le trajet. Mes deux fillettes battaient des cils d'étonnement, se contentant de me suivre sans comprendre grand-chose.

Jusqu'à ce que Nobu s'adresse à Saki.

« Excuse-moi pour tout à l'heure. Je t'ai vraiment prise pour Risa ! Ca sera frappant une fois arrivés chez vous de vous voir l'une à côté de l'autre... »

Bien sûr ils n'étaient pas au courant. Ils ont assisté à notre mariage, mais sont devenus injoignable, peu avant la naissance d'Eri.

Désormais, comment annoncer à Nobu que celle qui était sa meilleure amie n'est plus ? Comment trouver le courage d'en reparler après tant de silence sur ce sujet ? Alors que nous ne nous sommes plus vu depuis maintenant dix-neuf ans, il faut vraiment que je leur annonce cette triste nouvelle ?

Nous étions arrivés à la maison. Ils eurent l'air choqués devant tant de pauvreté, mais je m'en fichais.

« Entrez, entrez, c'est au deuxième étage. » dis-je, d'un air accueillant, sans vraiment me retourner et je commençai à gravir avec nonchalance les marches du complexe d'habitation.

Ils étaient visiblement un peu gênés de venir s'inviter après avoir vu notre situation financière.

Nous gravîmes la volée d'escaliers et arrivâmes dans notre humble demeure.

« Je vous en prie, faites comme chez vous. » dit d'une voix douce et timide Saki.

Après avoir dit d'une voix presque inaudible cette petite phrase, elle se dirigea vers ce qui nous servait de cuisine et me regarda fixement de ses grands yeux noisettes, comme semblant me demander de lire dans ses pensées.

Je compris vite ce qu'elle voulait que je dise.

« Nous avions prévu de manger des takuans ce soir en accompagnement, ça vous va? » m'empressai-je de demander.

« Takuans...Que de souvenirs ! Ca nous convient parfaitement. » répondit l'homme qui me semblait maintenant presque inconnu, que je n'avais plus vu depuis bientôt vingt ans.

Il se tourna discrètement les pouces, comme de gêne. Ressentait-il la même chose que moi ? Ne savait-il non plus que dire ?

« Demain vous allez manger du crabe ? » dit en riant d'un air nostalgique celle qui autrefois m'avait reproché d'avoir fait une métaphore à l'aide de ces plats.

Alors elle y avait pensé aussi. Ainsi je ne suis pas le seul à vivre encore et toujours dans le passé, dans des souvenirs sans queue ni tête.

J'appuyai ma tête sur mes bras, fatigué de ces longs silences pesants qui semblaient durer une éternité.

Comprenant mon sentiment, Nakao se décida à s'exclamer soudainement d'une voix forte et enjouée : « Elles sont bien mignonnes tes filles ! »

Je baissai mon bras et un sourire se dessina sur mon visage.

« Bien évidemment qu'elles sont mignonnes, je te rappelle que c'est mes filles ! Avec un père aussi fabuleux, tu les aurais vues autrement que fabuleuses elles aussi ? »

Ils se mirent à rire tous les deux et surenchérirent d'un ton très ironique « Elles hériteront de ta grande modestie en tout cas ! »

Mais je vis que Saki et Eri n'y comprenaient toujours rien et étaient comme tout à fait perdues dans nos discussions.

« Ah... Les filles, laissez moi vous présenter Nakao, un vieil ami de l'époque du collège et du lycée et sa femme, Nobu. » dis-je, d'un air un peu coupable de les avoir laissées en plan.

Ils s'inclinèrent chaleureusement et d'un sourcil interrogatif, Nobu me posa la question que je redoutais tant : « Où est Risa ? » .

Ces trois petits mots sortant de sa bouche avaient réussi à me faire trembler de tout mon corps.

Comment allais-je expliquer sa mort ? Comment lui dire ? Comment...