INNOCENCE PERDUE ET RETROUVEE
Disclaimer : Rien ici ne m'appartient^^
Les personnages et leur monde sont de JKR et l'histoire originale d'INIGA. Ceci est la traduction de sa très jolie fic : Innocence lost and found qui a réussi à me transporter totalement dans « son » HP même en anglais…
Sirius et Remus vont tenter d'aider Harry à traverser les temps sombres qui s'annoncent pour le monde sorcier... Y réussiront-ils malgré Harry lui-même, et malgré les risques qu'ils font courir à leur propre camp? Les chemins de l'innocence sont longs et sinueux...
L'histoire commence l'été suivant la Coupe de Feu… et elle ne fait vraiment que commencer ! Iniga a écrit une trilogie que j'espère traduire jusqu'au bout malgré son volume imposant :)
Chap. 2 : Pendant ce temps…
Le dénommé Harry Potter, quatorze ans, frissonnait sous le drap élimé qui recouvrait son lit. Ce n'était pas le froid qui en était la cause: c'était l'été et l'air était chaud; en fait, il frissonnait -peut-être même tremblait-il- au souvenir de son rêve.
Tue l'autre. Tue l'autre. Tue l'autre.
Harry Potter, comme cela avait été maintes fois souligné, était un garçon très particulier. Non content d'être un sorcier, il était le seul sorcier qui ait jamais survécu alors que Lord Voldemort avait décidé de le tuer. Cependant, chaque année depuis son onzième anniversaire, Lord Voldemort et ses partisans avaient accru leur pouvoir afin de remédier à cet état de fait. Harry en avait franchement assez de cette situation.
Tue l'autre. Tue l'autre. Tue l'autre.
La première fois où il était retourné chez son oncle et sa tante après une année passée à l'Ecole de Sorcellerie de Poudlard, il avait commencé à souffrir de cauchemars. Il avait vu Ron, son meilleur ami, mourir dans d'atroces souffrances, attaqué par des pièces de jeu d'échecs animées grandeur nature. Il avait vu son autre meilleure amie, Hermione, enserrée par les vrilles d'une plante carnivore ou empoisonnée par une fiole de liquide qu'elle avait cru être son salut.
Tue l'autre. Tue l'autre. Tue l'autre.
Les cauchemars étaient devenus à la fois plus supportables et plus élaborés avec les années. Ils étaient plus supportables pour la simple raison qu'il y avait développé une tolérance. S'habituer aux terreurs nocturnes était à peu près comme s'habituer à voir manger son cousin Dudley. On pouvait s'y forger une immunité à condition de disposer du temps nécessaire. Ils étaient plus élaborés car chaque année, Harry et ses amis semblaient découvrir un nouveau fragment d'information susceptible de les tuer. Harry avait vu Hermione gisant pétrifiée, immobile et glacée; il avait vu Ron sur le point d'être dévoré par une espèce carnivore d'araignée nommée Acromantula; il avait vu d'énormes serpents et des journaux intimes ensorcelés conduire le corps mourant de Ginny, la soeur de Ron, dans les caves souterraines de leur école; il avait vu Ron kidnappé, la jambe brisée, par un véritable Sinistros; il avait vu Hermione trembler de terreur en chevauchant un hippogriffe volé au-dessus des tours de Poudlard; il avait vu des nuées de Détraqueurs terroriser à peu près tous ceux auxquels il tenait; et il avait vu tout cela éveillé, au cours de sa vie. Ses rêves accroissaient le sentiment que tout était hors de son contrôle et mêlaient entre eux les horribles évènements pour en former un autre qui surpassait leur totalité.
Tue l'autre. Tue l'autre. Tue l'autre.
La dernière année s'était pernicieusement mieux déroulée que les trois autres. Ron et Hermione n'avaient pas été en réel danger immédiat, sauf bien sûr si l'on incluait la période où ils étaient inconscients et retenus prisonniers par une colonie d'Etres de l'eau. Cet enlèvement avait toutefois été autorisé par l'école et son directeur. Beaucoup de choses avaient été autorisées par l'école et son directeur.
Tue l'autre. Tue l'autre. Tue l'autre.
Harry avait passé moins de temps avec Ron et Hermione pendant leur quatrième année qu'au cours des trois premières, ayant été obligé de participer à un concours connu sous le nom de Tournoi des Trois Sorciers. La dernière tâche du tournoi avait été transformée en dispositif élaboré destiné à amener Harry à Voldemort, afin que ce dernier achève le meurtre qu'il avait tenté pour la première fois plus de treize ans auparavant. Cependant, Cedric Diggory, un autre étudiant de Poudlard, avait été transporté avec Harry. En réalité, Harry avait insisté pour que Cedric vienne avec lui, bien qu'il n'ait pas eu idée à ce moment-là de ce qu'il demandait. Quand Voldemort avait vu Cedric, il avait prononcé les trois mots qui hantaient le plus Harry à présent:
Tue. L'Autre.
OoO
Finalement, ça n'avait pas été Hermione ou Ron. La pointe de culpabilité qui n'avait pas quitté Harry depuis le désastreux épilogue de sa quatrième année à Poudlard s'intensifia. Presque instantanément, il avait pensé, tout au fond de lui, qu'il était heureux que l'étudiant assassiné n'ait pas été l'un de ses proches amis. Ca n'avait même pas été l'un de ses camarades de dortoir, Neville, Seamus ou Dean; aucun de ses coéquipiers de Quidditch, Katie, Alicia ou Angelina, ou encore l'un des jumeaux; pas même un Gryffondor.
Il se savait monstrueux de ressentir du soulagement à l'idée que la dernière victime de Voldemort ait été quelqu'un qu'il connaissait à peine, d'autant qu'il avait joué un rôle dans la mort de cette personne. Il avait assurément apprécié Cedric; il eut été difficile de ne pas le faire, mais Cedric était plus âgé de deux ans et appartenait à une autre Maison.
Toujours est-il que Cedric avait été tué pour s'être tenu auprès de Harry. Il y avait bien longtemps, la mère de Harry était morte pour avoir refusé de le quitter, elle aussi. Harry n'avait pas besoin d'être, comme Hermione, en tête de sa promotion à Poudlard pour y voir une similitude. Il était presque heureux que son oncle et sa tante aient décidé qu'il avait inventé l'histoire de son puissant parrain, et qu'ils aient refusé de l'autoriser à envoyer ou recevoir du courrier par hibou cet été. Moins Ron et Hermione avaient de relations avec lui, mieux cela valait.
Il avait pourtant quasiment confié Hedwige, sa chouette bien-aimée, à Hermione. Hermione ne possédait pas de hibou, préférant un chat plutôt laid mais remarquablement intelligent nommé Pattenrond. Quel que soit l'amour qu'Hermione portait à Pattenrond, il ne pouvait cependant être utilisé pour envoyer des lettres à ses amis. Hedwige serait bien plus heureuse de passer l'été en visite chez Hermione qu'enfermée dans sa cage. Sa famille avait été bien aise de l'absence de l'oiseau, et avait scellé sa fenêtre afin qu'il ne puisse recevoir aucun courrier d'autres hiboux.
Sa chouette manquait à Harry. Elle avait été une compagne loyale depuis le premier jour où il l'avait vue dans l'animalerie du Chemin de Traverse, peu après son onzième anniversaire. Pendant trois longs étés, elle avait été la seule créature vivante à ne pas grimacer à la vue de Harry. Il n'avait jamais envisagé auparavant qu'il méritait peut-être ces marques de répulsion; qu'Oncle Vernon et Tante Petunia auraient peut-être rendu service au monde sorcier si leur tentative de le retenir loin de Poudlard avait réussi.
OoO
Décidant qu'il s'était suffisamment consacré à son dégoût de lui-même pour la matinée, Harry glissa silencieusement hors du lit et s'étira avant de commencer à ranger sa chambre. Elle était fermée de l'extérieur, mais Tante Petunia allait bientôt ouvrir le verrou en descendant à la cuisine. Harry serait censé la suivre rapidement et aider au ménage et à la préparation des repas. Il avait eu un sursis pour ces corvées lors des premiers étés où il était rentré de Poudlard, mais Tante Petunia avait dit à Oncle Vernon qu'elle trouvait soudainement Harry plus docile, et qu'elle souhaitait l'employer à l'aider de temps à autre cet été-là. "De temps à autre" était en fait devenu très souvent et, pour la première fois de sa vie, Harry avait l'impression que sa seule parenté vivante était presque satisfaite de lui.
"Je ne sais pas comment l'expliquer", avait-il entendu Tante Petunia dire à Oncle Vernon. "Je crois qu'une partie de sa "bizarrerie" s'est évaporée. Ca se voit quand on regarde ses yeux. Avant, on aurait dit que, même s'il suivait nos instructions à la lettre, il se demandait comment les enfreindre, ou qu'il cherchait un moyen de montrer qu'il n'avait tout simplement aucun respect pour nous. Il avait toujours une remarque insolente à faire quand Dudley lui parlait. Maintenant il se tient tranquille. Il travaille comme un robot. Pas de rictus plaqué sur son visage comme s'il n'attendait que de raconter quelque histoire à notre sujet à ses misérables monstres d'amis."
"Pas une once de son étrangeté n'a disparu, Petunia," avait grommelé Oncle Vernon. "Regarde ces cheveux. Il doit attendre son heure. Mais j'admets que je suis heureux de n'avoir pas entendu un mot pour ce qui est de vouloir ses livres, ses parchemins, ou sa maudite baguette!"
"La baguette. Oh, ne prononce même pas le mot-"
"Harry Potter." La véritable voix de Tante Petunia couvrit sa propre voix imaginaire. "Es-tu prêt à descendre préparer le petit-déjeuner?"
"Oui". La réponse monosyllabique de Harry était rauque et faible.
"Parle plus fort." Harry était assez indifférent au fait que, s'il avait parlé plus fort, sa tante l'aurait réprimandé pour être bruyant à une heure où Dudley devait encore être endormi -non qu'il eût fallu moins que l'effondrement de la maison pour réveiller Dudley.
"Oui." Harry dut rassembler toutes ses forces pour rendre sa réponse audible. Il était maintenant fatigué en permanence, sans savoir pourquoi.
"Bien." Le verrou joua, et Harry se leva, tanguant légèrement sur ses pieds. Cependant, sa vue s'éclaircit avant que sa tante ait fini de piailler sur le pitoyable état de son lit, fait de rebuts ayant appartenu à Dudley et déjà dans un triste état la première fois que Harry les avait vus. Il n'avait même pas pu dormir assez longtemps pour y transpirer ces derniers temps.
Petunia se tourna sèchement vers son neveu. "Eh bien, sors de là. Saucisses. Trois. Juste un petit quelque chose pour accompagner le pamplemousse." Harry hocha la tête. Il éprouvait une étrange sensation de libération. Il savait qu'il fut un temps où il aurait remarqué, d'un point de vue physique sinon moral, que tout le monde dans la maison excepté lui-même aurait une saucisse pour accompagner son quartier de pamplemousse.
OoO
Certains matins, quand il travaillait ainsi, Harry jouait à être un elfe de maison. Il savait qu'il était trop vieux pour "jouer à être" mais, comme personne ne voulait ni n'attendait vraiment de lui qu'il existe dans le vrai monde, il ne voyait pas quel mal cela pourrait faire de se transformer intérieurement.
Aujourd'hui, pourtant, le jeu était sans saveur. Il ne pouvait rien trouver à faire avec ses pensées pendant qu'il coupait le pamplemousse en tranches, l'adoucissait avec du sirop d'érable, surmontait les quartiers d'une cerise et les passait au gril. Il laissa sa propre part telle quelle. Tante Petunia ne lui avait jamais expressément dit de le faire, mais il imaginait que c'était ainsi qu'elle l'entendait. Ca lui était égal. Ca avait un goût de sciure de toute façon.
Les saucisses crépitèrent à la perfection, et il les glissa sur les assiettes juste au moment où ses énormes oncle et cousin descendaient pesamment l'escalier pour se mettre à table. Silencieusement, Harry rejoint lui aussi sa chaise, attentif à garder la tête basse et la bouche cousue. Même Sirius lui avait dit de le faire, bien qu'il n'ait parlé que du Tournoi des Trois Sorciers. Sirius était une autre personne à avoir été affectée par ses relations avec Harry. Sirius avait été en sécurité et bien portant dans quelque pays lointain, jusqu'à ce qu'il apprenne l'entrée de Harry dans le Tournoi des Trois Sorciers. Alors, se sentant responsable vis-à-vis de feu les parents de Harry, il était allé moisir et mourir de faim dans une grotte près de Poudlard.
"A quelle heure Marge arrive-t-elle?" demanda Tante Petunia dès qu'elle croisa le regard d'Oncle Vernon.
"Dix heures," répondit Oncle Vernon de derrière ses moustaches. "Et TOI," ajouta-t-il, pointant un doigt vers Harry. "Sais-tu ce que ça signifie?"
Harry présumait que son oncle allait le lui dire.
"Réponds-moi, garçon!"
"Je serai silencieux et resterai tranquille." Cela avait toujours semblé une bonne réponse, même si elle était souvent accueillie par de bruyants rires. Les "bonnes réponses," même celles qu'il connaissait depuis l'enfance, semblaient parfois échapper à Harry à présent.
"Exactement. Tu parleras quand on t'adressera la parole. Et il n'y aura pas d'incident comme la dernière fois, ou tu te retrouveras dans l'orphelinat où tu devrais être depuis des années."
Harry hocha la tête. Il avait souvent pensé qu'il aimerait vivre dans un orphelinat, mais il savait que la menace d'Oncle Vernon était vaine, bien que son oncle l'ignorât. Vers la fin de sa précédente année scolaire, après en avoir terminé avec ses derniers examens, il s'était retrouvé en train de lire un curieux livre traitant de barrières protectrices. En réalité, il était tombé sur le livre parce que celui-ci avait été déclassé dans le rayon Quidditch, mais il s'était révélé très intéressant. Des chapitres entiers étaient dévolus au pouvoir des liens biologiques et il avait réalisé que le directeur Dumbledore avait vraiment une raison de ne pas l'autoriser à déménager définitivement chez les Weasley. Il était plus à l'abri ici que n'importe où ailleurs, et emportait avec lui une certaine dose de protection chaque fois qu'il repartait. Le Ministère de la Magie devrait jeter les plus puissants sorts d'empreintes jamais conçus entre lui et les Dursley pour qu'ils puissent envoyer Harry dans un orphelinat.
"Garçon?"
"Je parlerai quand on m'adressera la parole, et il n'y aura pas d'incident comme la dernière fois," repéta Harry mécaniquement.
"Bien." Oncle Vernon se leva, ayant protégé son pamplemousse et sa saucisse d'une rafle de Dudley, et donna une tape sur l'arrière de la tête de Harry. Le front de celui-ci entra en collision avec la table, mais il se rassit en silence.
"Attention!" fit sèchement Petunia. "Je ne tolèrerai pas que tu renverses tout et que tu laisses des traces sur la table!" L'espace d'un instant fou, Harry crut qu'elle avait réprimandé son mari, mais il se souvint alors qu'il était plutôt supposé résister, ou esquiver ce genre de coups; et que le fait qu'il se permette d'être sonné pouvait certainement être considéré comme une sorte de dérangement. Toutefois, Petunia se tourna alors vers son mari. "Ne laisse pas de marques sur lui. Si quelqu'un vient à voir des bleus sur son visage, les gens vont jaser."
"Nous dirons qu'ils les a eus en se bagarrant avec Dudley."
"Nous ne voulons pas avoir à dire quoi que ce soit!" La voix de Tante Petunia se fit perçante. Son plus grand plaisir était de médire sur ses voisins, et sa plus grande crainte qu'ils médisent sur son compte.
"Ils ne diront rien. Je ramènerai Marge en rentrant pour déjeuner."
"Nous serons prêts. N'est-ce pas, Dudlinouchet?"
Dudley grogna et hocha la tête, puis se dandina jusqu'au salon pour regarder la télévision. Harry, quant à lui, accomplit méthodiquement une matinée de travail. L'inévitable arrivée de la tante Marge ne fut pas différente de ce qu'elle avait toujours été. Dudley fut loué et Harry insulté.
"J'ose le dire, Vernon," dit la Tante Marge après plusieurs heures de conversation, "Il s'est réellement amélioré. Il sera toujours décharné et un peu éteint, mais il a perdu cette lueur dans le regard. Il n'est plus renfrogné ni rebelle comme avant. Tu reçois beaucoup de corrections à ton école?"
"Quelques-unes. Moins qu'avant," répondit Harry automatiquement.
"La force extrême marche donc." Tante Petunia hocha la tête en signe d'assentiment. "Est-il finalement en train de devenir utile?"
"Utile est quelque chose qu'il ne sera jamais!" rugit Oncle Vernon avant que sa femme n'ait pu répondre. "Il sera toujours un parasite!"
"Evidemment, mais vous vous devez de faire de votre mieux," répondit la Tante Marge sur ce qu'elle semblait estimer un ton conciliant. "Même les défaillances peuvent parfois rendre service."
"A quoi penses-tu donc?"
"Je viens juste de me rappeler que je n'ai pas acheté assez de friandises pour toute la période de mon séjour ici. Impossible de laisser les pauvres chiens souffrir à cause de mes erreurs." La Tante Marge avait emmené deux chiens avec elle à l'occasion de sa visite et, au soulagement de Petunia, ils ne se tenaient pas pour l'heure dans la cuisine mais sous le porche de l'entrée.
"Nous allons tout de suite sortir en acheter," dit rapidement Oncle Vernon, se levant en hâte de sa chaise comme s'il était impatient de quitter sa propre soeur.
"Non! Non, Vernon, je ne veux pas en entendre parler. Je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas laisser l'avorton s'en charger. Je n'aurai à lui faire confiance que pour quelques pièces de monnaie, et il peut marcher jusqu'au magasin à quelques rues d'ici sans problème. Et s'il SE DEBROUILLE pour passer sous une voiture, eh bien, tels parents, tel fils!" Des éclats de rire fusèrent dans la pièce. La Tante Marge croyait que les parents de Harry étaient morts dans un accident de voiture.
"Je ne pense pas qu'on devrait lui faire confiance pour quelque chose d'aussi important que les friandises de tes chiens," plaça Tante Petunia, mais la Tante Marge écarta l'objection d'un revers de main.
"C'est une tâche impossible à saboter. Et les choses seront tellement plus agréables sans avoir à le surveiller pendant quelques minutes." Sa déclaration ne souffrait aucun argument, et les tuteurs de Harry furent obligés d'accepter le projet.
OoO
Quelques secondes plus tard, Harry était devant la porte, clignant des yeux sous l'éclatant soleil et serrant dans sa main de strictes consignes et trois pièces de monnaie moldue de deux pound chacune. Jamais auparavant il n'avait tenu autant d'argent moldu à la fois. Il rejoignit le trottoir d'un pas hébété. Alors qu'il avait accompli nombre de travaux de jardinage les étés précédents, cela n'avait pas jusqu'ici fait partie de ses tâches dévolues cette année, et il s'aperçut qu'il n'avait pas senti le soleil sur sa peau depuis longtemps. Il se souvint qu'il aimait cette sensation. Ca lui rappelait son cours de Soins aux Créatures Magiques, ou ses explorations avec Ron et Hermione à travers le domaine de Poudlard ou à Pré-au-Lard.
Cette marche n'était pas terriblement longue, mais il décida de l'effectuer le plus lentement qu'il le pourrait, puisque le soleil chassait une partie du brouillard qui avait récemment envahi son esprit à l'état d'éveil. La nuit, dans son lit, il était parfaitement capable de penser à son école et aux dangers qu'elle courait, en partie à cause de lui; mais pendant la journée, quand il travaillait, il était capable d'oublier les meilleurs moments de sa vie, d'oublier de penser complètement. Ce système l'avait bien aidé à ne pas être trop nostalgique de l'école à cause de Ron et d'Hermione, du Quidditch, de ses cours, de son dortoir circulaire, de son lit aux tentures rouges, de la salle commune aux larges fauteuils, des blagues des jumeaux Weasley, du sourire de Ginny, de la cabane de Hagrid, des magasins de Pré-au-Lard, des elfes de maisons aux gros yeux, du petit Colin Crivey avec son appareil photo, de la vue nocturne depuis la tour d'Astronomie, du beau visage de Cho même si Cho était allée au bal de Noël avec Cedric –bon sang!
Aucune de ces choses ne pouvait plus manquer à Cedric, bien qu'il eût pu les apprécier si Harry n'avait pas insisté pour qu'ils prennent ensemble la coupe de la victoire. Harry savait qu'il avait eu une raison de se laisser dériver vers le sommeil éveillé dans lequel il avait passé la première partie de son été.
Son pas s'accélérait à mesure qu'augmentait son anxiété. Il vola littéralement au magasin et récupéra les "Vita-Dragées Jolitoutou" commandées. La dame derrière le comptoir le gratifia d'un regard inquiet. "Tu te sens bien, mon petit?"
"Très bien," souffla Harry, surpris par le regard amical et direct.
"Tu es tout rouge. As-tu été malade –oh, désolée, je ne voulais pas être indiscrète."
"Pas de problème." Harry n'aurait pas voulu donner libre cours à ses sentiments face à cette étrangère même si elle avait pu comprendre ses problèmes, aussi prit-il congé, tentant de paraître aussi bien portant et satisfait que possible.
"Attends," l'appela-t-elle. "Ta monnaie."
"Je ne pensais pas qu'il devait y en avoir."
"Nous avons du surplus. Soldes impromptues." Le regard humide de ses yeux alors qu'elle suivait ses mouvements incita Harry à se demander si elle disait la vérité, mais il n'était guère désireux d'en avoir le coeur net quand il accepta quatre-vingt-dix pence en remerciant la vendeuse.
Il n'avait aucune idée de quoi faire avec quatre-vingt-dix pence. Sans doute pourrait-il s'acheter de quoi grignoter avec, mais, alors que l'été précédent -le premier du régime de Dudley- avait été un exercice de famine constante, il ne semblait plus jamais vouloir manger. La seule idée de nourriture lui retournait parfois l'estomac. Il y avait aussi la possibilité d'acheter un jouet moldu ou une babiole que Ron trouverait fascinante, mais Ron devenait chaque année plus sensible à la comparaison entre la petite fortune de Harry, seulement valable dans le monde sorcier, et son propre manque d'argent. Il avisa une cabine téléphonique, mais il n'avait aucun moyen de joindre un téléphone auquel Ron put avoir accès et, de plus, il avait déjà décidé que Ron gagnerait à ce que tous deux prennent quelque distance –ou davantage. C'était aussi vrai pour Hermione, bien que le bureau de ses parents se trouvât sans doute dans l'annuaire tranquillement perché derrière la vitre.
Les pence pouvaient toujours être rendus à la Tante Marge, mais quoi que ce soit sortant de l'ordinaire la rendrait soupçonneuse. Harry supposait qu'il ferait mieux de les garder pour le cas où il se retrouverait perdu ou coincé dans le monde moldu.
OoO
En allant au magasin, il n'avait pas remarqué le nombre de cabines téléphoniques disposées le long du chemin. Certaines étaient même situées en retrait de la rue et ne pouvaient être remarquées par quelqu'un tournant vers l'une des rues résidentielles où sortant de celles-ci, comme, par exemple, Privet Drive.
Sa volonté l'abandonna un demi pas après la dernière cabine. Sa décision prise, il tourna les talons et s'enferma avec délice dans la petite cellule. Il se plaça de manière à pouvoir observer toutes les allées et venues alentour, bien qu'il ne passât pas grand monde. Les sorciers étaient loin de tout savoir au sujet des Moldus et de la façon dont ils vivaient –Ron en était une preuve suffisante. Personne ne se rendrait compte qu'Hermione et lui communiquaient s'ils n'utilisaient aucune magie. Le sang afflua à ses oreilles et ses mains se mirent à trembler alors qu'il compulsait l'annuaire, à la recherche d'un cabinet hébergeant deux dentistes répondant au nom de Granger.
Il savait qu'Hermione passait son été à jouer les réceptionnistes. Elle avait été assez contrariée que ses parents la jugent trop jeune pour passer l'été à l'étranger avec son petit ami, Victor Krum, mais avait finalement accepté d'effectuer ce travail temporaire et d'apprendre les responsabilités. Même si Harry avait approuvé les parents d'Hermione sur le fait que passer l'été en Europe, avec son petit ami plus âgé et célèbre, n'était pas la meilleure idée qu'il eut jamais entendue (ce dont il avait sagement évité de faire part à son amie), il pensait également qu'Hermione était loin d'avoir besoin d'apprendre les responsabilités.
Une partie de lui-même espérait qu'il ne parviendrait pas à trouver le numéro qu'il cherchait. En plus de ne pas vouloir encourager Voldemort et ses sbires à attaquer Hermione, il était pour ainsi dire légèrement nerveux à l'idée de lui téléphoner. Il n'avait jamais réellement téléphoné à un ami de sa vie. Enfant, il n'avait pas eu d'amis et une claire interdiction de toucher au téléphone; et maintenant qu'il avait des amis sorciers, il n'avait pas besoin d'utiliser de téléphones. Qu'allait-il bien pouvoir dire?
Trouver le numéro s'avéra d'une navrante facilité, et il le composa avant d'avoir encore pu changer d'avis. Changer d'avis maintenant lui aurait donné la désagréable impression de se dégonfler, et il ne voulait pas être indigne de la Maison de Godric Gryffondor en plus d'être un danger pour toute l'école.
Une sonnerie résonna, puis une autre. Alors, il entendit une voix qu'il aurait reconnue n'importe où l'informer, d'un ton professionnel un peu morne, qu'il était en relation avec Granger et Granger, dentistes associés.
Paniquant soudain, il ne put rien trouver de mieux à dire que "Acceptez-vous les nouveaux patients?"
"Eh bien, oui. Au vu de notre planning de l'été, il sera peut-être difficile de vous caser rapidement. Nous contactez-vous en tant qu'entreprise ou en tant que particulier?"
"Famille de particuliers."
"Sorciers ou Moldus?"
"Quoi?"
"Pas très convaincant, le "quoi"."
"Désolé. J'ai du faire un mauvais numéro-"
"Raccroche et je raconte tout à Hedwige, Harry."
Harry laissa instantanément tomber son jeu. "Est-ce qu'Hedwige va bien ? Et comment as-tu su que c'était moi ?"
"Hedwige est installée en toute quiétude dans l'arbre du jardin derrière ma maison -en tout cas elle l'était quand je suis partie ce matin. Et pour ce qui est de savoir que c'était toi, n'aurais-tu pas été vexé que je ne te reconnaisse pas ?"
"Pas vraiment."
"Pourquoi n'as-tu pas simplement dit qui tu étais ?"
"Je ne savais pas si c'était une bonne idée de t'appeler au travail."
"C'est une très bonne idée, puisque c'est toi. Comment as-tu accédé à un téléphone ?"
"La sœur de mon oncle Vernon-"
"Celle que tu as gonflée ?" interrompit Hermione.
"C'est la seule. Merlin merci. En tout cas, elle a décidé que je m'étais amélioré depuis la dernière fois qu'elle m'avait vu et elle a forcé mon oncle et ma tante à m'envoyer acheter des sucreries pour ses chiens." Il fronça le nez. "Vita-Dragées Jolitoutou."
"Elle a donc fini par servir à quelque chose."
"C'est ce qu'elle a dit à mon sujet."
"Qu'est-ce qui s'est passé ?"
"Je ne sais pas. Elle a dit que je n'avais plus l'air aussi roublard qu'avant. Que j'avais les yeux plus éteints, et que je ne passais plus mon temps à nourrir des pensées démoniaques."
"C'est vrai ? C'est du cinéma? Tu vas bien ?"
"Oui."
"Tu ne peux pas aller bien. Pas en vivant avec ces gens. A quel point ne vas-tu pas bien ? Réellement ?" L'anxiété gagnait la voix d'Hermione. Harry se demanda si elle avait un livre où consulter les causes de perte de lueur démoniaque dans les yeux ouvert sur son bureau.
"C'est comme d'habitude."
"Tu as assez à manger ? Veux-tu que je te renvoie Hedwige avec un colis ? Nous t'avons toujours envoyé de la nourriture les autres étés. Tu as faim ?"
"Je n'ai pas faim. Crois-moi."
"Tu n'as pas faim parce que tu as suffisamment à manger ou parce que tu es malade et que tu ne veux pas manger ?"
"Qu'est-ce que ça peut faire ? La première option."
"Je ne sais pas si je te crois."
"Alors, ne me crois pas. Comment se passe ton été ?"
"Je passe la plupart de mon temps à travailler ici ou à lire. Je suis impatiente d'aller chez Ron. Tu vas venir ?"
"Je ne crois pas."
"Il ne va pas considérer ça comme une réponse."
"Il devra bien."
"Tu n'as pas envie de venir ?"
"Je ne vois pas vraiment l'intérêt. Je veux dire, nous y sommes déjà allés."
Harry déglutit après que sa gorge se soit soudainement resserrée, mais Hermione était partie en croisade et n'en manqua rien.
"Qu'est-ce qui ne va pas, en réalité ? Pourquoi ne peux-tu pas venir ? Ta tante et ton oncle ne seront pas un problème."
"Ce n'est pas ça."
"Qu'est-ce que c'est ? C'est Dumbledore qui refuse toujours ? Est-ce que tu as seulement parlé aux Weasley ? Non, n'est-ce pas, tu n'as pas écrit à Ron non plus."
"Tu as Hedwige."
"Il a dit qu'il t'avait envoyé Coq et qu'il était revenu sans réponse. Il est mort d'inquiétude, Harry, et moi aussi. Pourquoi ne veux-tu pas nous parler ?"
"Je te parle en ce moment. Dans un sens, je le regrette, mais je te parle."
Hermione inspira vivement, et Harry se rendit soudain compte qu'il avait parlé plus fort qu'il n'en avait eu l'intention. Il ne pouvait voir son amie, et n'était pas habitué à interpréter des bruits à travers les grésillements d'une quelconque connexion électrique, mais il soupçonnait Hermione d'être en train de pleurer. Elle avait toujours eu tendance à pleurer aux moments les plus inopinés, mais ce n'était pas pour autant qu'il devait aimer ça, même s'il devait trouver un moyen de mettre un terme à leur amitié. Il devait également procéder graduellement, afin que Ron et Hermione ne se doutent de rien et ne tentent pas quoi que ce soit de déraisonnable comme les têtes de mules de loyaux Gryffondors qu'ils étaient jusqu'au plus profond d'eux-mêmes.
"Tu pleures ?"
"Non." C'était un mensonge.
"Pourquoi pleures-tu ? Je suis désolé. Je n'aurais pas du t'appel-"
"Tu as bien fait. Je suis contente que tu l'aies fait. Je ne veux pas que tu sois désolé de l'avoir fait."
"D'accord, d'accord, je ne le suis pas. J'ai été lamentable. Je voulais entendre ta voix, c'est tout. Je voulais vraiment parler à quelqu'un, je ne sais pas, je ne me sentais pas si mal en quittant Poudlard-" il s'interrompit soudain. La dernière chose qu'il avait eu l'intention de faire était d'augmenter l'inquiétude d'Hermione ou de la convaincre qu'elle devait trouver un moyen d'établir avec lui un contact plus suivi.
"Harry-"
"Il faut que j'y aille. Si je traîne plus longtemps, ils seront furieux." S'estimant incapable de réparer le mal qu'il avait fait, il raccrocha violemment et tourna les talons en direction de Privet Drive.
OoO
"Harry !" Perché sur le rebord de la chaise de la réception du bureau de ses parents, Hermione Granger jeta un rapide coup d'œil autour d'elle, séchant rapidement ses joues. Personne n'avait été témoin de son accès d'émotion. Elle brancha le répondeur et se hâta en direction de la salle d'examens. Heureusement, elle trouva sa mère dans le couloir en train d'examiner une radio.
"Maman ?"
"Hermione ? Ca va?"
"Je ne me sens vraiment pas bien. Est-ce que je peux rentrer à la maison pour la journée ? Il n'y a personne dans la salle d'attente à part la mère de ce petit garçon."
"Oui, bien sûr." Elle posa une main sur le front de sa fille. "Tu es rouge. Est-ce que tu as pleuré ?"
"Non," mentit Hermione. "C'est juste que j'ai mal à la tête. Je peux y aller ?"
"J'ai dit oui. Laisse-moi finir ça, je ferai l'aller-retour pour te ramener."
"C'est bon. Sans standardiste, tu vas être suffisamment débordée. Je peux prendre le bus. Je l'ai déjà fait."
La dentiste hocha la tête. "D'accord. Mais passe un coup de fil dès que tu arrives pour qu'on ne s'inquiète pas. Et repose-toi."
"C'est ce que je vais faire." Le trajet en bus sembla interminable et, en arrivant dans la grande et coquette maison familiale, Hermione était à nouveau secouée de sanglots hystériques. "Hedwige !" Elle espérait que la chouette était endormie, et non envolée pour une partie de chasse. Un hululement l'accueillit et le soulagement relâcha sa tension. "J'ai besoin de toi pour porter une lettre à Remus Lupin. Vite. Je crois que Harry a des ennuis." Hedwige la regarda comme si elle comprenait parfaitement. Hermione avait écrit son mot dans le bus, utilisant une page du carnet de l'agenda de son père et un vieux stylo au lieu d'encre et de parchemin, mais elle ne pensait pas que cela changerait grand-chose.
Cher Professeur Lupin,
J'ai besoin de votre aide. Harry a des ennuis. Je ne pense pas qu'il s'agisse de quelque chose dont le Professeur Dumbledore ou le Ministère de la Magie se préoccuperaient vraiment, aussi est-ce à vous que j'écris.
Ce n'est pas que je pense que Vous-Savez-Qui va se faufiler par la fenêtre de sa chambre. Cependant, Harry n'a pas communiqué avec Ron ni avec moi cet été. Il m'a demandé de garder Hedwige et n'a pas répondu aux lettres qui lui ont été envoyées avec d'autres hiboux. Cet après-midi, pourtant, il m'a appelée au téléphone. Il paraissait malade, et fatigué, et il a dit que sa famille était plus satisfaite de lui parce qu'il ne pensait pas, et que son regard était éteint !
Ce serait déjà mauvais signe avec n'importe qui, mais Harry vit avec une famille qui ne l'aime ni ne veut de lui. Ces gens l'ont enfermé dans un placard jusqu'à ce qu'il entre à Poudlard ! Ils ont mis des barreaux à sa fenêtre, et il revient toujours à l'école amaigri à la rentrée.
Pouvez-vous m'aider à trouver un moyen de le voir ? Ou pouvez-vous aller le voir vous-même ? Il prétend aussi qu'il ne veut pas aller chez Ron cet été parce qu'il y est déjà allé. Quelqu'un qui s'inquiète d'autre chose que de savoir qu'il est physiquement vivant doit vérifier son état.
J'espère que je n'exagère pas les choses, mais l'expérience m'a appris qu'exagérer était difficilement possible quand il s'agissait de Harry.
Respectueusement,
Hermione Granger
OoO
Sirius Black arracha la lettre de la main de son destinataire et traversa la pièce d'un bond.
"Oui. C'est ça! Je vais le voir tout de suite !"
"Tu ne peux pas," répondit Remus aussi calmement qu'il le put.
"Couvre-moi!"
"Je ne peux pas."
"Et pourquoi donc ? Hermione connaît Harry, et elle est meilleure juge des personnes que bien des sorcières deux fois plus âgées qu'elle. Si elle dit que quelque chose ne va pas, je suis prêt à parier Buck que QUELQUE CHOSE NE VA PAS !"
"Je suis d'accord. Nous devons l'aider. Mais tu ne peux pas apparaître dans sa chambre comme ça. Il y a des sorts anti-transplanage, des barrières de protection et des sorts de désorientation dans tout le voisinage. Tu n'arriverais jamais à trouver Privet Drive. En utilisant une baguette, tu laisses une signature magique."
"Harry m'a raconté que Ron et ses frères sont déjà venus le chercher dans une voiture volante. Comment ont-ils fait ?"
"Voldemort n'avait pas encore recouvré ses pouvoirs. Les sorts de désorientation ont été conçus pour reconnaître Molly et Arthur Weasley, et la voiture était à Arthur. Elle portait sa signature. Les garçons n'ont pas à proprement parler utilisé de magie –ils n'avaient pas ensorcelé la voiture eux-mêmes- et c'est ainsi qu'ils sont passés pour des Moldus. Nous devons aussi tenir compte du fait que tu es recherché, et que la moitié du monde sorcier pense que tu as fait apparaître la Marque des Ténèbres l'autre nuit. Mais…"
Sirius grogna sourdement. "Mais ?"
"Mais j'ai un plan."
*To be continued...*
