#2 Beauté pure tachée par un désir impur. - (Rogue) « Je la regarde, elle qui brille sous la lumière. Elle m'attire... ça me répugne. » UA

RoguexYukino. Angst, Univers Alternatif. Point de vue de Rogue.


Par faute de circonstance, nous nous sommes rencontrés là, dans un lieu dont je me souviens à peine. Le souvenir le plus marquant était le doux halo doré qui l'avait tendrement enveloppé comme une couverture invisible. Je l'ai regardé, je l'ai admiré. Quand je l'ai vu si belle et si brillante comme un éclat de soleil, un sentiment d'injustice m'a frappé. Néanmoins, cette femme a fait naître en moi un émerveillement presque obsessionnel. Je n'ai pu qu'être ébloui par tant de beauté, avec ses courts cheveux couleur neige magnifiés par le rayonnement lumineux du soleil, faisant ressortir la douceur de ses traits qui la rendait plus angélique encore.

Je la désire tellement.

Sa lumière m'a toujours attiré, comme un papillon aimant se brûler les ailes, captivé par la chaleur d'une flamme. J'ai su que je la désirai, avec appréhension, avec passion. La toucher, la caresser, mes doigts tremblaient de ne pas connaitre la texture de sa peau. Oser y penser ne ferait que la souiller. Alors, je n'ai fait que la contempler de loin, taisant la voix qui me hurlait cette fascination en plein visage.

C'est plus fort que moi.

Je sais que la convoiter d'une façon si impure et espérer la faire basculer dans l'obscurité est immoral et malsain. Mais ma lucidité s'est enfuie et les chaînes de mon désir m'ont enclavé à elle. Mon âme entière aspire à souiller cette étoile lumineuse et terriblement envoutante, pour qu'enfin, le funeste goût du malheur caresse sa bouche.

Et un soir, les ténèbres l'ont dévoré pour la première fois. Je l'ai étreint, je l'ai caressé et son souffle est venu gémir au creux de mes oreilles. Mes attouchements l'ont emporté de plus en plus dans les abysses et le temps a perdu de sa valeur... L'obscurité nous a anéanti. Mais trop lâche pour m'aventurer, je me suis fait violence pour ne pas continuer à salir sa pureté qui, paradoxalement, je tenais malgré tout à préserver.

Le lendemain et les jours qui ont suivi, rien n'a changé et tout recommence comme un cycle infernal. Elle frappe à ma porte et je lui ouvre sans me poser plus de question. Je l'allonge à nouveau dans mon lit pour la caresser encore et encore, sans oser aller trop loin pour ne pas abîmer ma douce lumière qui brille dans la noirceur de mon monde... Ce faible éclat a rendu mon univers plus serein.

Je deviens fou.

Comme à cet instant, où je la sens fébrile dans mes bras. À travers le rideau passe la fine lueur argentée de la Lune qui éclaire pâlement sa peau laiteuse. Mes yeux la contemplent et mes mains tremblent. Plus sa bouche laisse s'échapper des vocalises érotiques, plus je veux la découvrir dans son entièreté, arracher le tissu qui la recouvre et lui faire subir le plus délicieux des outrages. Suis-je le seul à souffrir autant, plongé entre deux souhaits contradictoires, deux caprices ? La garder lumineuse rien que moi ou la corrompre dans les ténèbres pour l'avoir à mes côtés.

Je me perds...

À la différence des autres jours, mon étoile me montre ouvertement l'affection que j'ai toujours cherchée à fuir. Sa main se tend et effleure sa joue. Elle est chaude, elle est douce, comme je l'ai toujours imaginé. Imperceptiblement, un frisson parcourt mon échine. On m'a déjà frappé de colère, touché avec passion, mais jamais effleuré avec une telle marque de tendresse. Mon cœur se serre comme un étau métallique et l'envie de pleurer me submerge. Cette fille brille tellement que ça me brûle les yeux.

Cruelle étoile, tu me tortures.

Ses petits doigts fins essuient les larmes versées, ainsi que celles qui se versent encore. Sa gentillesse me tranche la voix. Mon cœur me brûle, la sensation qu'un serpent se noue autour de mon cou m'empêche de respirer correctement. Ses gestes apaisants ne cessent de se multiplier, se voulant doux pour me mettre du baume au cœur.

Je ne comprends pas.

C'est comme caresser une plaie vive qui ne cicatrisera peut-être jamais. Ça ne fait que me rendre encore plus douloureusement conscient de l'écart de notre différence. Pourquoi autant de bienveillance à mon égard ? L'attention des autres ne cache qu'un désir pervers en arrière pensé, car personne n'est généreux sans être totalement désintéressé. Avec un certain fatalisme, j'ai fini par apprendre la leçon. Or, quand je la regarde, une lueur si douce au fond des yeux, tout mon être se bouleverse. Comment peut-elle respirer autant la sincérité ? Elle possède tant de droiture dans le regard que c'en est révoltant. La voir marcher dans le chemin de la lumière, tandis que je me terre dans mon trou comme un animal terrifié, est devenue insupportable. L'injustice me tord les entrailles, mon sang se glace dans mes veines. Cette image de sincérité me renvoie à mon moi pitoyable, mon moi indécis.

Le moi hypocrite.

Injuste, tu es injuste.

J'agrippe ses doigts que je mords légèrement, un petit gémissement surpris passe la barrière de ses lèvres suite à mon geste. Je la désire d'autant plus qu'elle me fait souffrir. Faisons-nous du mal l'un l'autre, puisque c'est ainsi que tourne le monde. La raison n'a pas sa place dans la danse charnelle de deux corps. Ma bouche effleure sa paume, embrasse son poignet et retrace une ligne visible le long de son bras. Ses doigts fins s'agrippent à moi alors que je sème un nuage de baiser autour de son cou et ma main curieuse se faufile sous sa jupe, pétrissant la chair de sa cuisse.

Des flammes dévastatrices nous dévorent.

Soupire ma douce étoile, et que la honte te frappe comme une épée pour t'être abandonnée à moi de façon si indécente. Chaque gémissement témoigne le plaisir obscène que tu éprouves. Est-ce si bon d'être une débauchée ?

Je veux te blesser, te sentir effleurer ma tristesse du bout des doigts pour te punir d'avoir troublé mon âme. Je céderais à mes caprices afin de noyer ce chagrin ingrat, moi qui ai toujours voulu laisser la trace noire de mes doigts malsains s'imprimer sur ta peau et que mon corps dépravé pervertisse le tien.

Je ne peux plus tolérer que tu avances dans la lumière sans moi.