Bonjour/bonsoir! Comme j'ai pris plus d'avance que prévu, je vais essayer de publier deux chapitres par semaine pour commencer, en espérant pouvoir tenir le rythme jusqu'au bout :-)
Merci pour les mise en follow et en favorite!
Bonne lecture!
CHAPITRE 1
Anaïs le colibri
Kankuro courut dans le couloir, dérapa sur le parquet, dévala les escaliers, hésita sur la dernière marche, se retourna avec un sourire narquois, remonta, s'arrêta à la moitié; sauta deux grosses fois sur le bois qui craque – réveille-toi ! -, glissa jusqu'en bas par la rampe, fonça, poussa la frêle silhouette qui se dessinait derrière la porte du placard sous l'escalier, referma le battant d'un revers du pied et éclata ultimement de rire.
Rallongée de force sur son lit, Sakura soupira lourdement, les yeux fixés sur le plafond crasseux dont elle ne voyait plus que le vague contour derrière le verre de ses lunettes tordues. Elle se redressa, puis remit correctement sa monture ronde avant d'ébouriffer ses épais cheveux roses coupés courts. Se faisant, elle caressa machinalement la cicatrice en forme d'éclair qui marquait son front trop large – aujourd'hui encore, la journée sera longue. Elle ouvrit prudemment la porte du placard, sortit la tête par l'interstice, regarda à droite, à gauche, à droite de nouveau; la voie était libre.
Dans la cuisine familiale, Kankuro était assis sur le canapé et discutait joyeusement avec son père; ce dernier, avec un sourire léger mais plus sincère qu'aucun autre, souhaitait joyeux anniversaire à son fils en lui ébouriffant les cheveux – et Sakura admirait tant cet homme, son extrême mesure qu'il parvenait toujours à allier avec l'affection incommensurable qu'il portait à sa famille; et ce même s'il ne parviendrait sans doute jamais à la reconnaître, elle.
« Qu'est-ce que tu attends ? Va terminer le petit-déjeuner ! » cingla Karura, la matriarche, en lui fourrant une paire de baguettes entre les mains avant d'aller gazouiller vers sa précieuse chair.
La rose retroussa une bonne dizaine de fois les manches trop longues et amples de l'ancienne chemise de Kankuro pour qu'elles lui arrivassent aux coudes et dégageassent ses mains, puis alla vérifier l'état du riz dormant dans le cuiseur et se saisit de la poêle où dorait tranquillement l'omelette. Elle mit ensuite la table pour trois personnes tandis que, tel un bruit de fond entêtant, Karura présentait tous ses cadeaux à son fils d'une voix rendue d'autant plus aigüe que l'excitation de la femme grandissait. Kankuro s'extasia de concert dans un premier temps face à cet amas de cadeaux à n'en plus finir; cependant, lorsqu'il se rendit compte que leur nombre possédait bel et bien un achèvement, il tourna gravement la tête vers son père et interrogea d'une voix impérieuse : « Combien y'en a ?
- Trente-six, répondit celui-ci avec fierté. La plupart vient de ta mère et moi, mais il y aussi tous ceux envoyés par tes grands-parents, tes oncles et tes tantes, et…
- Trente-six ?! l'interrompit sans vergogne son fils qui fulminait de rage, plus rouge qu'une tomate, bloqué sur ce chiffre plutôt que soucieux de la provenance de ses présents. Mais l'an dernier, l'an dernier j'en avais trente-sept !
- Ce n'est rien mon chéri, roucoula Karura en l'étreignant pour le calmer. Quand nous sortirons aujourd'hui, nous irons t'acheter…
- … rien de plus, trancha Rasa d'une voix sèche en croisant les bras sur son torse. Plutôt que de te soucier du nombre de cadeaux que tu as reçu, prends plutôt le temps de les ouvrir et de te réjouir de ce qu'i l'intérieur ! »
La colère de Kankuro fondit d'un coup, remplacée par une sorte de crainte mêlée à de la honte. Il baissa les yeux, déglutit, murmura oui, papa, désolé. Sakura, qui terminait de mettre les bols de riz sur la table, esquissa un sourire en coin à la vue de son cousin dépité, une lueur d'admiration brillant dans ses yeux profondément verts.
« Ta tante Chiyo t'offre d'aller au zoo ce matin, ça sera ton trente-septième cadeau », conclut posément le père de famille avant d'aller s'installer pour petit-déjeuner.
Karura et Kankuro suivirent, puis tous trois tapèrent de concert dans leurs mains en souhaitant itadakimasu. Quant à la jeune fille, elle resta derrière le bar de la cuisine et mangea debout – les repas étaient familiaux, toujours, comme ils se plaisaient à le lui répéter -, sans plus de souci : elle aimait les observer de loin, et au moins ils la laissaient manger à sa fin malgré leur manque d'affection; ils auraient pu se montrer beaucoup plus cruels envers elle.
La sonnette retentit dans le hall de la maison. D'un regard de son oncle, Sakura sut qu'elle devait aller ouvrir. Elle eut à peine tiré la porte qu'une femme déboula en la poussant sur le côté. Elle fourra immédiatement son parapluie trempé entre ses mains, sans daigner lui accorder le moindre regard, comme si elle faisait tout simplement partie des meubles et qu'il était naturel que son accessoire encombrant lui revînt, avant de se précipiter dans la salle à manger pour serrer Kankuro dans ses bras, puis Karura et Rasa. La rose reconnut en la femme grisonnante Chiyo, la sœur aînée de son oncle – et donc de son père à elle aussi. Tandis que la joie des retrouvailles explosait dans la pièce attenante, Sakura accueillit Gaara et Sasori qui rentraient plus calmement dans la maison tout en abaissant leurs capuches, révélant ainsi leurs cheveux semblablement rouges. Elle osa leur sourire gentiment quand elle referma la porte derrière eux; ces deux-là n'avait jamais été particulièrement méprisants envers elle – distants, certes, mais pas méprisants. Sans compter qu'ils étaient de la famille de son père, et ainsi des cousins directs.
Elle prit les manteaux des nouveaux venus et les accrocha correctement dans l'entrée pour les faire sécher. A son retour dans la cuisine, Karura lui fit un signe du menton qui lui intimait de débarrasser la table. Entre les verres qu'elle portait en équilibre précaire par-dessus les assiettes, Sakura aperçut la pauvre Gaara qui s'était fait happer par Kankuro; celui-ci se plaisait à lui mettre tous ses nombreux cadeaux sous le nez. Comme elle posait la vaisselle dans l'évier, elle vit avec surprise les baguettes se matérialiser sous ses yeux. Sasori les y avait déposées nonchalamment et s'apprêtait à chercher le reste pour l'aider, lorsqu'il fut interrompu par une exclamation de Karura : « C'est adorable de ta part, Sasori, mais Sakura s'en charge, ne t'en fais pas ! »
Elle vint le prendre par le coude puis disparut avec lui dans le salon, là où tout le monde discutait joyeusement.
Vers le milieu de la matinée, la famille au complet – plus Sakura – était arrivé au zoo d'Ueno par le train JR; à la sortie du véhicule, Karura laissa les autres passer, puis ralentit le pas pour marcher à la hauteur de Sakura, en retrait.
« Surtout, ne fais rien de bizarre, jeune fille, persiffla-t-elle tout en regardant fixement au devant, comme si de rien n'était. C'est l'anniversaire de Kankuro aujourd'hui, tu n'as pas intérêt à le lui gâcher. »
Sakura hocha docilement la tête et la femme se mit à trottiner en faisant cliqueter ses petits talons, jusqu'à rejoindre son mari dont elle s'empara du bras, le sourire aux lèvres.
Le zoo était absolument immense – et plein de photos de pandas, les stars du parc animalier. Mais la rose n'en avait cure de ses gros ours noir et blanc qu'on ne pouvait même pas voir correctement puisqu'il fallait sans cesse circuler pour que tout le monde puisse leur jeter un coup d'œil – pauvres bêtes hypermédiatisées. Sakura préféra se balader à son gré, pour une fois qu'elle était libre de ses mouvements, et se détacha rapidement du groupe. La variété des espèces qu'elle avait sous les yeux la fascinait et elle ne cessait de tourner la tête en tous sens, le regard brillant, tandis que Gaara avait décidé de marcher plus mesurément à ses côtés, les mains dans les poches.
La section dédiée aux oiseaux, tout particulièrement, retint son attention. Elle vit Sasori assit sur le banc central, son calepin à la main, en train de crayonner une esquisse – Gaara l'y rejoignit. Kankuro, à l'autre bout de la zone, se plaignait qu'il n'y avait rien de marrant à voir ici. Loin d'être du même avis, Sakura s'était arrêtée devant un espace vitré à l'intérieur duquel un tout petit volatile l'observait, perché sur une branche d'arbre. Il avait la tête et le ventre d'un joli bleu satiné, le reste du corps vert émeraude et le bout des ailes violacé. Il la regardait en battant par intermédiaire des ailes, comme s'il essayait de communiquer avec elle. Sakura sourit et, vérifiant à droite puis à gauche que personne ne se trouvait à proximité, le salua d'une voix timide. Le colibri anaïs – comme la pancarte l'indiquait – piailla un coup en réponse. Mue par une envie aussi soudaine que profonde, la jeune fille décida d'entamer la conversation : « Ça ne doit pas être amusant de voir des faces hideuses se coller aux vitres à longueur des journées, n'est-ce pas ? »
L'oiseau fit à nouveau retentir son chant brièvement en clignant des yeux. Bien qu'elle sût pertinemment que c'était une manœuvre stupide, elle enchaîna en lui demandant : « Tu ne te sens pas seul, ici ? Ta famille doit te manquer au Pérou, non ? » Le colibri resta muet cette fois, sautillant simplement sur son perchoir pour se tourner vers la gauche; les yeux de Sakura suivirent la direction et tombèrent sur un panneau : élevé en captivité. Elle se mordilla la lèvre, confuse, et s'excusa sincèrement. « Moi non plus je n'ai jamais connu mes parents », confia-t-elle au petit colibri qui prit son envol pour se rapprocher de la vitre. Le battement rapide de ses ailes était magnifique.
Soudain, Sakura sentit qu'on la poussait violemment sur le côté. Elle tomba par terre sur son bras qui amortit la chute.
« Papa, maman, regardez ! s'exclama Kankuro, la brute, en collant son nez à l'enclos de l'oiseau anaïs. Le piaf est en train de faire un truc cool ! »
Fâchée qu'il eût osé interrompre une discussion si étonnamment douce et tranquille, elle le fusilla du regard. Quand elle le vit s'appuyer contre la vitre de ses deux mains moites, elle pensa très fort qu'il ferait mieux de tomber tête la première dans le petit marécage juste devant lui.
Eh bien, la vitre disparut et Kankuro chut en effet dans un grand splash ! Le colibri, la joie perçant dans son chantonnement aigu, lui picora gaiement la tête de son long et fin bec avant de s'envoler hors de son carcan vitré. Il voleta un moment juste sous les yeux de Sakura et lâcha un unique piaillement qui sonna comme un merci dans les oreilles de la jeune fille – mais sans doute qu'elle l'avait juste imaginé -, puis disparut au loin dans la nature. Sakura sourit tendrement en voyant la petite forme s'évaporer, libre, avant de glousser lorsque ses yeux retombèrent sur Kankuro, l'air hagard et trempé des pieds à la tête.
Deux paires de jambes parurent dans son champ de vision et elle cessa aussitôt de rire. Elle leva son regard vers Sasori et Gaara dans une crainte non contrôlée et s'empressa de se relever en bafouillant qu'elle n'avait rien fait. L'aîné de ses cousins la sonda avec fixité, les prunelles noisette impénétrables, alors que le plus jeune épousseta juste gentiment sa parka surdimensionnée. Karura déboula d'un coup en criant, suivie par Chiyo qui était elle aussi dans tous ses états; elles se précipitèrent vers Kankuro pour le tirer de son marécage, mais la vitre avait mystérieusement reparu et chacun se rendit compte de son côté que toute sortie était impossible. Tous trois se mirent à frapper la vitre de leurs poings, les faces rougies par l'effort, les regards hallucinés, les bouches tordues d'en d'affreuses grimaces, hurlant de manière hystérique. Si Sakura n'avait pas tant craint pour sa vie, elle aurait très certainement éclaté de rire face au comique de la scène.
Alerté par la cacophonie de cris, Rasa vint à eux en courant, une lueur de surprise dans les yeux à la tournure invraisemblable qu'avait pris cette journée d'anniversaire – pour lui, une lueur équivalait à un choc. Il se tourna brièvement vers Sakura, fronça les sourcils face à son air trop coupable, avant de faire demi-tour et de courir chercher de l'aide.
La famille était de retour à la maison beaucoup plus tôt que prévu – au mépris des pauvres pandas privés de leur visite, au mépris d'un bon déjeuner au restaurant, au mépris de la promesse d'une triple crème glacée pour le dessert. Ils étaient tous rentrés en catastrophe, défonçant à moitié la porte de la maison, pour ramener le précieux Kankuro, emballé dans trois couvertures différentes, au chaud. Dorloté par Chiyo et Karura tout à la fois – cette dernière ne manqua pas d'atomiser Sakura d'un regard au passage -, il se retrouva vite sur le canapé, blotti entre les deux femmes; de toute façon, tout se trouvait toujours être de la faute de cette fille aux cheveux bien trop roses pour être normale. Sasori et Gaara rentraient à leur tour dans le salon lorsque Rasa empoigna une grosse touffe de la chevelure exotique pour l'arrêter dans l'entrée. Il tira dessus pour pencher la tête de la jeune fille en arrière et la soumettre à ses yeux de braise, sa poigne était forte et Sakura avait terriblement mal.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ?! aboya l'homme – qui ne perdait pourtant que très rarement son calme, sinon jamais.
- J'en sais rien, je te jure ! Kankuro s'est appuyé contre la vitre et d'un coup elle a disparu, comme par magie ! »
Rasa, déjà bouillonnant de colère, se tendit d'un coup des pieds à la tête. Sa mâchoire serrée à l'extrême était comme prise de tics nerveux incontrôlables, et Sakura redouta de se faire frapper pour la première fois depuis qu'elle avait été recueillie par les Sabaku. La tension était palpable. Elle ferma très fort ses paupières.
« La magie, ça n'existe pas ! cracha-t-il au bout d'une poignée de secondes interminables.
Il lâcha d'un geste violent les cheveux de la jeune fille avant de rejoindre les autres dans le salon. Sakura rouvrit prudemment ses yeux au coin desquels s'amoncelaient des larmes dont elle pouvait déjà sentir le sel sur le bout de sa langue. Malgré le voile qui se formait sur ses pupilles, elle croisa le regard insondable de Sasori, et perçut le maigre sourire encourageant de Gaara. Sachant que sa présence ne serait plus tolérée au moins jusqu'au lendemain matin – il faudrait bien qu'elle prépare le petit-déjeuner, après tout -, elle prit l'initiative, pour la première fois depuis longtemps - elle décida même -, de s'enfermer dans son placard.
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