Chapter 2

AWAKE NIGHTMARE.

Les yeux rivés sur Daisy Heaven, qui cherche désespérément cette « Eden Mellark-Everdeen » qu'elle vient d'appeler dans la foule, j'attends qu'une autre fille, portant le même nom, peut-être, monte sur l'estrade. Car ça ne peut pas être moi qui viens d'être appelée. Sur plus de 8.000 papiers, ça ne peut pas être l'un des deux miens qui vient d'être tiré par l'hôtesse du district. Pourtant, personne ne monte sur l'estrade. Et la jeune fille en bleu répète « Eden Mellark-Everdeen.. ? » Finalement, je jette un coup d'œil à Ian. Je vois ses lèvres remuer, peut-être murmure-t-il un « Vas-y. ». Alors, j'y vais. Je marche à grand pas vers la petite scène dressée pour l'occasion de la moisson et jette un coup d'œil anxieux à mon grand-père, qui me le rend évidement, avant d'aller devant le podium à trois places.

Je baisse les yeux, me perdant dans des pensées à propos de mon avenir, si jamais j'en ai encore un, de ma famille et toutes ces choses auxquelles je n'aurais jamais imaginé que j'aurais pensé en me réveillant ce matin. Mais un cri me sort vite de ma méditation. « Eden !» hurle une voix dans la foule. Je lève brusquement la tête, mes yeux cherchant sans relâche l'endroit d'où il vient, finissant par poser mon regard sur un jeune homme sautillant parmi la foule, levant la main en tentant d'attirer mon attention. Finnick. J'esquisse un léger sourire à son attention, levant légèrement ma main pour lui montrer que je l'ai vu.

Puis, Daisy Heaven reprend le tirage au sort.

- Au tour des hommes, maintenant ! lâche-t-elle d'un rire peu sincère.

Elle saisit un papier dans l'urne des garçons, le déplie et reprend de sa voix suraiguë, encore une fois digne du capitole

- Et c'est " Finnick Junior-Junior Odair " qui aura l'honneur d'être le premier tribut !

- Non ! Je hurle après avoir réalisé que c'était lui qui avait été tiré au sort, à son tour, puis plaque mes mains sur ma bouche comme pour m'empêcher de dire quoique-ce soit d'autre.

Quelques instants plus tard, Finnick arrive en trottinant vers l'estrade, puis monte dessus en un bond et viens vers moi un sourire aux lèvres. Il plonge la main dans la poche de son sweat-shirt et en sort une rose rouge qu'il attache à ma chemise en une seconde à peine, tout en me chuchotant à l'oreille.

- T'inquiètes pas..

Je cligne plusieurs fois des yeux avant de jeter un coup d'œil à ma chemise où trône maintenant une magnifique rose rouge. Je ne peux m'empêcher de sourire, puis baisse les yeux en attendant « la suite. » Daisy Heaven plonge enfin, une dernière fois, la main dans l'urne et en pioche un papier qu'elle ouvre à son tour. Avant de le lire, cette fois, elle plisse les yeux, regarde le dos du papier, et se dirige vers le maire. Ils échangent quelques messes basses puis Daisy revient à l'avant de la scène.

- Je.. Et bien, on dirait qu'il n'y a aucune erreur possible.. C'est donc Ian.. Mellark-Everdeen, qui sera le dernier tribut de ce district cette année.

Ian. Cette fois, je ne pense pas que c'est un total hasard. Mes grands-parents m'avaient parlé des possibles trucages des papiers dans les urnes, un jour. C'en était probablement un.

J'avalais ma salive en repensant à ce que j'avais pensé avant d'arriver ici. « Ce jour de moisson qui pourrira la vie de trois familles du district.. » En réalité, il n'y aurait que deux familles dont la vie serait pourrie aujourd'hui, alors. Quand Ian monta péniblement sur l'estrade, levant ses jambes comme si elles avaient le plus lourd des poids, je pensais à ce qui allait se passer ensuite. Ensuite, Finnick, Ian et moi, nous allions devoir nous entretuer. J'allais devoir tuer mon frère et celui à qui je tiens le plus au monde, Ian allait devoir tuer sa sœur et son « meilleur-ami » et Finnick allait devoir tuer sa « petite-amie » et son frère. Les Hunger Games s'annoncent encore plus horrible que d'habitude pour nous trois. « Peut-être que je n'aurais pas à les tuer. Peut-être que je mourrais avant, ou que quelqu'un les tuerais avant. », Je pense. Mais dans tous les cas, ce serait impossible pour moi de faire du mal à qui que ce soit.

Le temps que je sorte de mes pensées et le maire avait déjà finit son second discours, celui sur le traité de Trahison – qui, comme les autres discours, a été rallongé de quelques dizaines de lignes après le second soulèvement des districts -, comme chaque année à ce stade de la Moisson. Puis soudain, l'hymne retentit, et le temps que je pense «Le sort ne doit pas être en ma faveur, aujourd'hui.. » et des pacificateurs – ceux qui sont chargés de faire régner la loi dans les districts – viennent nous emmener tous les trois à l'intérieur de l'hôtel de justice. Une fois dedans, on me conduit dans une pièce et on m'y laisse seule, sans Finnick ni Ian. Dedans sont dressés des canapés, fauteuils et chaises ornés de velours rouge, de la même couleur que le tapis posé sur le parquet bien ciré sur lequel je pourrais presque admirer mon reflet si je le voulais. Je reste plantée au milieu de la salle jusqu'à ce que j'entende la porte grincer puis laisser place à mon père, juste derrière. Nous nous regardons quelques instants, dans le blanc des yeux, puis je cours me jeter dans ses bras dès qu'il referme la porte derrière lui.

Mon père, c'est un chasseur confirmé, mais aussi un bon pâtissier. Sa mère lui a appris comment chasser et son père comment cuisiner. Avec ses cheveux blonds et bouclés et ses yeux gris, on pourrait presque le confondre avec Ian si il était plus petit, et sans sa barbe. Il a probablement chassé toute la mâtiné, avant de venir à la Moisson –comme c'est obligatoire.

Il me sert dans ses bras quelques instants de plus dans ses bras avant de me lâcher et de poser ses mains sur mes épaules, me regardant d'un air insistant, bien que je puisse sentir un certain désespoir dedans.

- Eden, je.. Je ne veux pas que..

- Je sais, Papa. (Je lui fais un léger sourire avant qu'il ne me lâche et baisse la tête) Ne t'inquiète pas. Au-revoir..

Il relève sa tête et me rend mon sourire, bien que le siens soit irrémédiablement triste, et sort de la salle d'un pas lourd, fermant doucement la porte derrière lui. J'imagine que ce doit être terrible pour lui de voir ses deux enfants partir pour se faire massacrer aux Hunger Games. Et qui plus est, endurer ça seul, sans sa défunte épouse, sera probablement plus dur qu'autre chose. « En théorie, pensé-je plus personne ne devrait venir dans cette salle. » Car en effet, les seules personnes que je connais et apprécie ont été appelées pour participer aux jeux, et sont donc enfermées dans des pièces similaires à celle où je suis. Donc aucune chance pour moi de voir la porte s'ouvrir une dernière fois avant que les pacificateurs ne m'escortent à la gare, en direction du capitole.

Pourtant, cette lourde et grinçante porte en bois vernis s'ouvre quelques secondes après ma pensée, me laissant découvrir une tignasse rousse se glisser dans l'ouverture.

- Me voilà.

Fait Finnick de son habituel ton de « petit voyou ». Il n'est pas sensé pouvoir venir me voir ici. Je me contente de lui faire un sourire. Mais le même que celui que mon père m'avait fait avant de partir, un sourire remplis de tristesse. Je crois qu'il le voit, car quelques secondes plus tard il me lance un regard soucieux et vient me serrer dans ses bras.

- T'inquiètes pas, Eden, tout ira bien. (Je le serre de toutes mes forces en me blottissant dans ses bras tout en tentant de m'en convaincre.)

- Tu y crois vraiment ?

Il ne répond rien à ça et se contente d'ébouriffer mes cheveux – ce que je déteste prodigieusement, et ce qu'il sait, bien évidement. Nous échangeons un sourire puis je vois la porte s'ouvrir de nouveau et des pacificateurs entrer pour tirer Finnick vers la sortie, puis le ramener dans « sa » pièce. Puis, ils reviennent une quinzaine de minutes plus tard et m'escortent donc à la gare. J'ai l'impression que le chemin dure une éternité, car pendant tout le trajet je ne cesse de penser à comment les choses allaient se dérouler. Peut-être que dès les premières secondes de jeu je me ferais massacrer par ce que l'on appelle « Les carrières », les tributs du district 1,2 et 4, les plus forts aux jeux depuis « la nuit des temps ». Ou peut-être que je parviendrais à m'échapper, à me cacher à ainsi à gagner les Hunger Games sans dégâts notables. Je préfèrerais la première solution.