Disclaimer: Je ne possède ni les personnages présentés dans cette histoire ni la majorité des scènes qui s'y déroule. Je ne possède que mes personnages Baraz et Fíli, fils de Kíli ainsi que les aventures qu'ils vivent.
1. Une fête tant attendue
3001 T.A.
Il n'était que huit heures du matin en cette belle journée de septembre, et Baraz était déjà debout, ses longs cheveux de feu attachés en un chignon, son carquois de flèches attaché aux épaules, son arc en chêne à la main.
Elle avait promis à Mistress Ivy de lui ramener une ou deux oies sauvages pour le festin, et elle n'était pas du genre à reculer devant un challenge.
Depuis toute petite, Baraz s'était découvert une affinité pour l'archerie, malgré que son père eût préféré qu'elle apprenne à se servir d'armes forgées : épées, haches, lances. Mais elle lui avait toujours rappelé qu'elle n'était pas complètement une Naine, et l'envoyer gentiment valser avec un baiser sur la joue avant de partir à la chasse.
Aujourd'hui était le jour que tout le monde avait attendu avec impatience pendant toute une année. Les cent-onze-ans de Bilbo Baggins, et la majorité de son neveu Frodo à 33 ans.
Baraz elle-même, à 56 ans, avait l'air de n'en avoir que 30 pour une humaine ordinaire, et elle avait vu bon nombre de Hobbits grandir et devenir adultes, prendre femme ou mari et avoir des enfants. Comme Hamfast Gamgee par exemple, qu'elle croisa, une immense citrouille dans les bras. Elle l'avait connu lorsqu'il n'était encore qu'un adolescent, ils avaient quelque part grandi ensemble, et maintenant, son fils Samwise était un jeune homme déjà passionné par le jardinage.
« Bien le bonjour Miss Baraz ! » Hamfast lui lança-t-il, et elle répondit avec un grand sourire et un signe de la main.
Avant d'aller dans les bois du Quartier Ouest, elle voulait rendre visite à son Oncle Bilbo, et avait une très bonne raison de le faire. La meilleure des raisons.
Tandis qu'elle traversait de vertes pâtures et de poussiéreux chemins, Baraz triturait le pendentif autour de son cou : le vieux collier de sa mère, une copie de Nenya, un des Anneaux de pouvoir. Il était désormais mat et terne, mais il s'agissait qu'un héritage qu'Ariana lui avait dans ses derniers instants, et en tant que tel, il avait une grande importance aux yeux de son unique fille.
Ariana était décédée sept ans auparavant, à l'âge de 78 ans. Le père de Baraz, Bofur, avait été inconsolable pendant des années avant d'accepter enfin sortir de leur maison. Mais malgré cela, la Comté avait perdu de son charme aux yeux du vieux Nain, et Baraz savait que le temps viendrait bien vite où il souhaiterait partir.
Elle se souvenait de la promesse qu'elle avait faite à sa mère des lustres auparavant. Et elle allait tout faire pour honorer cette promesse.
Alors qu'elle traversait le marché bondé, une furie rousse l'attaqua par derrière et s'attacha fermement à ses jambes. Baraz éclata de rire et attacha son arc autour de ses épaules pour prendre le petit garçon dans ses bras.
« Bien le bonjour, Pippin ! »
Il sourit de toutes ses dents de lait, son petit poing s'ouvrant pour révéler une pierre lisse et dorée. Il plaça un doigt sur ses lèvres et fit un 'chut' qui fit comprendre à Baraz que le petit coquin avait encore volé l'une des pierres de collection d'Elanor Woodling.
« Bonjour, Miss Baraz ! Je vois que Peregrin vous ennuie une fois de plus ! »
Églantine, la mère de Pippin, la rejoignait à grandes enjambées, sa plus jeune fille Pervinca la suivant de près.
Baraz rit et hocha la tête en signe de dénégation avant de placer un baiser sonore sur la joue potelée de Pippin. « Il ne pourrait jamais m'ennuyer, ne vous en faites pas. » Elle déposa le gamin par terre et pointa l'un des paniers d'Églantine du doigt. « C'est pour la fête d'Oncle Bilbo ? »
La Hobbite acquiesça. « Je suis chargée de la pâtisserie. Et je suis en retard. Paladin n'est jamais là quand j'ai besoin de lui… » Elle soupira et fit avancer ses deux cadets avant de saluer de Baraz et de partir de son côté.
Pippin était l'un des nombreux enfants qui aimaient la compagnie de Baraz. Elle était différente des autres femmes de Hobbiton, et même de Bywater. En fait, la plupart de leurs pères leur avaient dit, de manière confidentielle, qu'ils n'avaient jamais eu quelqu'un de semblable à l'ouest de Bree. Et Bree, comme tout Hobbit le savait, était l'équivalent d'une jungle sauvage et inconnue.
Mais il y avait un Hobbit à Hobbiton qui pensait que Bree n'était pas assez loin pour une aventure. Et c'était ce Hobbit en particulier que Baraz allait voir ce matin-là.
Bag End se trouvait sur la colline en-face de celle de Baraz, mais elle aimait toujours s'y rendre en traversant le village lorsqu'elle rejoignait Bilbo pour le thé ou, comme elle l'avait fait très souvent récemment, pour rendre visite à Frodo.
Ce fut d'ailleurs lui qu'elle vit en premier tandis qu'elle grimpait la légère pente qui menait chez les Baggins. Un livre sous le bras, il venait de sautiller hors de la maison, un sourire aux lèvres, et ce sourire ne disparut pas lorsqu'il vit Baraz s'approcher.
« Miss Baraz ! Bien le bonjour ! »
Elle le salua de la tête et lui sourit en retour. « Bien le bonjour, Maitre Frodo, et un très joyeux anniversaire à toi ! Comment vas-tu et que fais-tu sur les routes de si bon matin ? »
« Merci beaucoup. Je vais très bien. Je vais dans le Quartier Est…pour essayer de surprendre Gandalf quand il arrivera. »
Baraz éclata de rire et acquiesça. « Une très bonne idée que voilà. Je te verrai ce soir, et garde-moi une danse cette fois ! »
Il hocha la tête et s'en fut, guilleret, ses boucles brunes rebondissant sur sa tête.
Frodo devenait majeur ce jour-là, et pourtant Baraz se souvenait du jour de sa naissance comme si c'était hier. Elle était partie rendre visite à Bilbo quand il apparut d'un bond sur le pas de sa porte, et hurla à qui voulait bien l'entendre que son cousin Drogo avait eu un fils. Le jour de son anniversaire qui plus est ! Si ce n'était pas un signe !
Et maintenant, Frodo était un adulte, et pourtant, comme chaque Hobbit, il était plus petit que Baraz d'une tête et demie. Elle était plus grande qu'un Nain, mais plus petite qu'un Homme, et il ne valait mieux pas parler des Elfes…
Bilbo Baggins était sous son porche lorsqu'elle atteignit le portillon du jardin sur lequel, remarqua-t-elle avant de le pousser, avait été attaché un panneau 'Entrée interdite sauf concernant la fête'. Elle pouffa de rire en hochant la tête. Bilbo était en train de fumer sa pipe, de parfaits ronds de fumée s'élevant dans l'air, et il chantonnait un air que Baraz n'avait pas encore entendu, bien qu'il en connaissait énormément et en avait inventé encore plus.
« Bonjour mon Oncle ! Joyeux anniversaire ! »
Bilbo sortit de ses pensées, et un immense sourire apparut sur ses lèvres quand il la vit le rejoindre sous le porche. « Poppy ! Et que fais-tu ici si tôt, mmh ? »
Il l'avait toujours appelée Poppy. Il détestait son prénom et pensait qu'elle devait, comme tout bon enfant hobbit, porter un nom de fleur. Le coquelicot s'était imposé, sa chevelure de feu servant d'inspiration.
Baraz sourit et s'assit sur le petit banc à côté de lui. « Je suis sur le point d'aller chasser, pour tout te dire. Mais je pensais venir te rendre visite d'abord. Vérifier que tu allais bien… Et…, » elle se tut et vérifia que personne ne les écoutait, « …et pour vérifier que tu voulais toujours partir ce soir. »
Il avait été décidé que, après la fête du soir-même, Bilbo, Baraz et Bofur partiraient à destination d'Erebor. Les sacs de son père étaient déjà prêts dans le couloir de leur maison, et Bofur était parti de bonne heure remplir leurs gourdes et acheter des poneys pour le voyage.
Bilbo soupira, une bouffée de fumée lui sortant des lèvres, et il fit signe à Baraz de rentrer dans le trou de Hobbit. Quand elle fut dans le hall d'entrée, il ferma la porte derrière elle et la verrouilla. Bilbo détestait les visiteurs impromptus. Ariana avait expliqué à sa fille que cela venait sans doute d'une certaine soirée, soixante ans auparavant, où un Nain de grande taille nommé Dwalin avait dévalisé son cellier.
« Bien sûr que j'ai toujours l'intention de partir ! » Il se rendit dans son bureau, Baraz sur les talons, et s'arrêta devant une carte qu'il avait dessinée à partir des histoires d'Ariana et de ses aventures. On pouvait y voir les Trolls Rivendell la ville des Gobelins la hutte de Beorn le royaume sylvestre les ruines de Laketown New-Dale et la Montagne Solitaire. « Depuis que ta mère m'a raconté toutes ces choses qu'elle a vues…je n'ai jamais voulu que les voir de mes propres yeux. »
Il attrapa un fourreau dans un vieux coffre, la lame à peine visible sous le cuir, et Baraz, qui reconnut Sting immédiatement, sourit en voyant l'air de nostalgie sur le visage de son oncle.
« Si j'étais parti ce jour-là au lieu de rester là et de rester le même… S j'étais parti…j'aurais vécu une magnifique aventure ! Mais je ne suis pas parti, et maintenant…maintenant je suis vieux, et stupide. » Il croisa le regard de Baraz, une étincelle dans son regard. « Mais je peux t'assurer que je partirai avec style ! »
Baraz éclata de rire. « Je n'en ai aucun doute, mon très cher Oncle Bilbo… »
Il rit avec elle puis quitta le bureau vers la cuisine. « Allez viens, Poppy. On va boire une tasse de thé avant que tu ne partes tuer de pauvres bêtes et que je sois dérangé par des visiteurs de malheur… »
Quand Baraz rentra chez elle bien plus tard ce jour-là, après avoir livré quatre oies sauvages à Mistress Ivy pour la fête, elle trouva son père Bofur en train de placer deux grands bols d'eau devant deux beaux poneys attachés dans leur jardin.
En voyant sa fille, le Nain releva la tête et secoua ses tresses, et elle lui répondit d'un sourire, sa langue entre les dents. « Tu as reçu une lettre. Elle est sur la table de la cuisine. »
« Merci 'Pa. » Elle l'embrassa sur la joue et entra dans leur petit foyer, attachant son carquois au porte-manteau avant de se diriger vers ladite cuisine.
La lettre était rédigée dans l'élégante écriture de son meilleur ami Fíli, fils de Kíli, ainsi que le sceau royal d'Erebor. Elle l'ouvrit d'un geste, car elle n'avait pas eu de nouvelles de Fíli depuis six mois.
'Ma très chère Baraz,
J'espère que tu dis la vérité quand tu m'écris que vous avez l'intention ton père et toi de nous rejoindre et de vivre à Erebor plus tard dans l'année. Je n'en ai quand même parlé à personne au cas où vous changiez d'avis.
Nous aimerions vous dire cependant que nous serions très heureux que vous veniez vous installer ici indéfiniment maintenant que ta mère nous a quittés – Mahal ait son âme.
Le Roi Dáin et son fils Thorin sont toujours aussi ennuyeux et directifs avec nous maintenant que nous sommes revenus des Blue Mountains avec Mère. Père pense que Dáin a peur qu'il ne prenne le trône maintenant qu'il est plus âgé, et que beaucoup de Nains seraient de son côté. C'est vrai que Dáin n'a pas beaucoup d'amis ici. Beaucoup d'entre nous ici et à Dale auraient préféré que Père accepte la couronne quand on le lui a proposé, mais nous sommes heureux de ne pas nous mêler trop de politique.
J'ai rencontré le Prince Brand de Dale plus tôt dans la semaine. Il est comme son père Báin : grand, taciturne, mais un Homme bon et je suis certain que tu l'aimeras beaucoup. Tu aimes tout le monde de toute manière. C'est probablement ton côté Hobbit, parce que je ne connais personne d'autres qui aime passer du temps avec Gimli.
Il est de plus en plus insupportable. Son père dit que c'est parce qu'il n'a pas encore trouvé d'épouse, et quand j'ai blagué en disant que c'était parce que sa barbe n'était pas assez longue, il m'a menacé avec sa hache. Oncle Glóin n'a rien dit. Il n'est plus le même depuis que l'on a perdu le contact avec Balin et sa compagnie.
J'espère que tu penseras à envoyer une lettre avant de partir, pour me confirmer que tu viens. Il y a trop de choses que j'ai à te dire pour les coucher sur papier.
Nous te souhaitons à toi et ton père un voyage paisible et rapide.
Que ta barbe soit toujours plus longue,
Fíli, fils de Kíli, fils de Víli.'
Baraz replia la lettre, un sourire aux lèvres.
Fíli était son confident depuis l'enfance. Il était ce qu'elle avait de plus proche d'un frère, même si Kíli souhaitait les voir mariés un jour.
« Qu'est-ce qu'il te raconte alors ? »
Bofur entra dans la pièce, nettoyant ses mains pleines de boue. Il s'avança vers la cuisinière, à laquelle il s'accouda avant de lancer un regard interrogatif à sa fille, qui haussa les épaules.
« Oncle Kíli et lui ne croient pas encore totalement que nous allons les rejoindre. »
« Ah… » il rit. « C'est trop beau pour être vrai… » un autre rire. « Mon frère Bombur n'y a pas cru non plus jusqu'à ce que je lui envoie confirmation il y a quelques jours. S'ils ne nous croient vraiment pas, ceci dit, ça sera une belle surprise quand nous passerons le porche. »
« Il y a autre chose. » Baraz fronça les sourcils tandis qu'elle se rappelait des mots exacts de Fíli. « Apparemment, Dáin pense que Kíli pourrait tenter de lui prendre le trône maintenant qu'il a un héritier… »
Bofur soupira tandis qu'il servait deux tasses de thé. « King Dáin a toujours été un peu paranoïaque. Quelques-uns parmi la Compagnie pensent encore qu'il n'est venu au secours de Thorin ce jour-là que parce qu'il espérait ramener un beau pactole aux Iron Hills… » Il se tut. « Nous devrons faire extrêmement attention s'il pense cela. Il n'aimait pas trop ta mère, et je doute qu'il t'aime toi…surtout vu que tu es très proche du jeune Fíli… »
Baraz acquiesça. « Oui, je sais… » elle soupira dans sa tasse. « Je voudrais juste qu'on sache enfin ce qui est arrivé à Oncle Balin, Oncle Óin et Oncle Óri dans la Moria… »
Bofur acquiesça également, ses yeux gris s'assombrissant de tristesse. « J'ai bien peur que nous sachions tous ce qui s'est passé… Cela fait sept ans maintenant, sans aucune nouvelle… »
« Pauvre Óri… »
Bofur hocha la tête de nouveau, et ils burent leur thé en silence, leurs pensées tournées vers des amis qui avaient disparu et d'autres qui avaient sans doute perdu la vie…
Lorsque le soleil se coucha enfin, Baraz et son père quittèrent leur trou dans la colline pour se rendre à la fête de Bilbo qui se tenait dans la prairie la plus étendue de Hobbiton, où se déroulaient toutes les fêtes de toute manière.
Bofur avait pour l'occasion refait ses tresses proprement, et avait laissé son hideux chapeau à la maison, ce qui avait fait rire sa fille – son père ne quittait jamais son domicile sans son chapeau auquel il était presque greffé. Baraz elle-même avait tressé ses cheveux et y avait placé des fleurs, ce qui faisait qu'elle ressemblait à une jeune fille hobbit malgré sa grande taille.
Bilbo était en train de saluer ses invités à la petite barrière blanche qui se trouvait à l'entrée de la prairie. Selon la tradition hobbite, celui pour qui était organisée la fête offrait à ceux qui s'y rendaient de petits cadeaux – pas de très beaux ou très chers cadeaux, bien sûr, car le pauvre Bilbo aurait été ruiné sur-le-champ. Donc, quand ils l'atteignirent, avec un immense sourire, il se retourna et attrapa deux objets sur une grande pile avant de les accueillir.
Baraz remarqua que leurs cadeaux avaient l'air de meilleure facture que ceux que Bilbo avait offerts aux Hobbits devant eux, mais ne dit rien lorsqu'elle se pencha pour embrasser son oncle sur les deux joues et attacha la petite broche à sa tunique blanche. C'était une broche en forme d'oiseau, et lorsque Bofur l'étudia, il expliqua qu'il s'agissait d'une grive, et donc d'un clin-d'œil à une certaine aventure. Baraz n'en fut que plus touchée.
Étrangement, Frodo n'était nulle pas en vue tandis qu'ils avançaient dans la foule de Hobbits, chacun desquels parlaient du magnifique buffet ou des décorations pendues dans les arbres et sur des poteaux.
Quand ils atteignirent enfin le buffet, Baraz fut accostée par le jeune Samwise Gamgee, fils de Hamfast, qui lui demanda, le visage en feu, si elle acceptait de danser avec lui plus tard. Elle accepta, car elle adorait danser.
Bofur fit un sourire en coin à sa fille alors qu'il se servait une bonne part de porc. « Si ça continue, tu auras la moitié des jeunes hommes de Hobbiton à genoux te demandant en mariage avant la fin de la soirée ! »
Elle éclata de rire et leva les yeux au ciel. « Enfin, Da, nous savons tous les deux que je n'accepterais d'épouser que l'un d'entre eux. » Elle se pencha comme pour partager un secret. « Pippin. »
Il leva les yeux au ciel également. « Ton affection envers ce petit monstre me dépasse. »
Elle rit encore puis se dirigea vers une table à laquelle étaient assis Rosie Ale et son fiancé Solam Oak. Tous deux posèrent beaucoup de questions à Baraz sur sa taille et sur la façon dont elle pouvait se mouvoir dans un trou de Hobbit sans se cogner au plafond. En fait, Baraz et Bofur s'amusèrent assez.
La nuit tomba, et les danses commencèrent. Les Hobbits étaient connus pour leur musique et danses, et Baraz, qui avait été élevée parmi eux, avait toujours adoré cela. Son père, par contre, n'appréciait pas trop ce type d'amusement, et décida de quitter la fête, officiellement parce qu'il était fatigué, officieusement parce qu'il devait aller récupérer le troisième poney pour leur voyage. Il embrassa sa fille sur le front et lui fit promettre ne n'accepter aucune demande en mariage en son absence, puis il partit aussi discrètement de la brise.
Baraz fut rapidement mise sur ses pieds par un groupe des plus jeunes demoiselles du village, et elle les suivit sur la piste de danse où débuta une musique que Baraz connaissait très bien. Elle tapa dans les mains, plia les genoux aussi bas qu'elle pût puis sauta en l'air, tourna sur elle-même et recommença. Cela faisait penser Ariana, en son temps, à ce qu'elle appelait des danseurs irlandais. Baraz rit à pleine dents, et bientôt, Frodo la rejoignit, d'immenses sourires sur leur visage.
Ils dansèrent et dansèrent encore jusqu'à ce que leurs pieds leur fassent mal. Samwise réclama sa danse, puis Baraz en dansa une avec le jeune Pippin, et une de plus avec Bilbo qui, malgré son âge, était toujours agile sur ses jambes.
Puis la musique s'arrêta, et l'air craqua sous le coup de ce que chaque invité attendait avec impatience – les feux d'artifice de Gandalf.
Baraz n'avait pas encore vu le sorcier parmi les invités, même si son chapeau pointu pouvait être repéré à ses kilomètres à la ronde. Mais maintenant, elle voyait sa silhouette élancée se découper sur le ciel sombre, son bâton lançant des étincelles qui allumèrent le premier feu. Et comme tout un chacun cette nuit-là, elle applaudit d'excitation.
Les feux d'artifice de Gandalf étaient renommés dans toute la Comté, et la plupart des gens ne savaient pas qu'il était aussi l'un des magiciens les plus puissants de Middle-Earth. Bien sûr, Baraz, elle, le savait. Elle le connaissait depuis des années, et sa gentillesse et son humour dévastateur n'étaient rien à côté de son pouvoir. Gandalf the Grey, tel était son nom, et Baraz connaissait son cousin, Radagast the Brown, de nom, car sa mère Ariana l'avait rencontré à la veille de la Bataille des Cinq Armées.
Ce soir-là fut l'un de ceux où les feux étaient magnifiques. Des papillons et fleurs et oiseaux faits d'étincelles s'envolaient avant d'exploser en un million de lumière là-haut dans le ciel, et pour terminer, pour le final, un immense dragon rouge descendit du ciel, et avant qu'il ne puisse toucher le sol où presque tout Hobbiton s'était écarté pour l'éviter, il remonta et forma le plus beau de tous les feux d'artifice.
Baraz rejoignit le magicien après l'animation, son sourire visible dans la nuit tellement il était étincelant.
Gandalf, en la voyant, sourit à son tour. « Baraz, ma chère petite ! Je ne t'avais pas vue ! » Il s'approcha et posa une main affectueuse sur son épaule avant que ses yeux couleur d'orage ne cherche quelqu'un parmi la foule. « Où est Bofur ? »
« Oh, Da est parti il y a quelque temps déjà. Il était fatigué… » elle baissa d'un ton, « et souhaitait vérifier que tout était prêt pour notre départ de ce soir. »
Gandalf acquiesça, son sourire disparaissant quelque peu. « Oui, oui… J'ose admettre avoir été soulagé d'apprendre que Bilbo ne partait pas seul. Mais tu n'as pas à quitter la Comté si tu ne le souhaites pas… Je sais que tu aimes énormément cet endroit… »
Baraz hocha la tête, son regard dansant sur les collines environnantes, son cœur se serrant dans sa poitrine à l'idée de ne jamais plus les revoir. « Oui, j'aime énormément la Comté… Mais ma place n'est pas ici. Celle de mon père non plus. Nous allons rejoindre Erebor et notre famille. » Elle essaya de sourire mais cela sonnait faux. « Et c'était le souhait de Maman. »
« Ah, Ariana… » Le regard de Gandalf devint flou, comme s'il revoyait son amie, « elle savait beaucoup plus de choses que nous tous, sur tout…et je n'en ai jamais connu la raison… »
« Moi non plus. Mais je pense qu'elle savait ce qu'elle faisait quand elle m'a demandé de partir avec Oncle Bilbo dans sa dernière quête. »
« Oui, moi aussi je le pense. » Il sourit une fois encore, de manière bien plus joyeuse cette fois. « Viens donc, Baraz, c'est l'heure du discours de ce bon vieux Bilbo ! »
Elle sourit elle aussi et marcha aux côtés du grand magicien pour rejoindre la fête.
Bilbo était déjà debout sur un tonneau de bière, et en voyant que Gandalf et Baraz avaient enfin rejoint la foule, il leva la main, et ses invités se turent. Les discours de Bilbo étaient toujours un évènement à Hobbiton, car il savait jouer sur les mots et faire rire tout le monde.
« Mes chers amis… » Quelques-uns crièrent 'Aye aye !'. « Mes chers Baggins et Boffins, et mes chers Tooks et Brandybucks, et Grubbs, et Chubbs, et Burrowses, et Hornblowers, et Bolgers, Bracegirdles, Goodbodies, Brockhouses et Proudfoots. » 'Proudfeet !' cria l'ainé de ladite famille, et tout le monde rit au jeu de mots. « Proudfoots, » Bilbo répéta-t-il. « Et aussi mes bons Sackville-Bagginses que j'accueille de nouveau à Bag End. Aujourd'hui c'est mon cent-et-onzième anniversaire ! J'ai onze dizaines d'années ! » La foule éclata en félicitations et Baraz rit en voyant le regard noir que portait Lobelia Sackville-Baggins à son cousin, son espoir d'un jour hériter de la fortune des Baggins s'amenuisant à mesure que Bilbo vieillissait mais ne mourait pas. « J'espère que vous vivrez tous aussi longtemps que moi. Je ne prendrai pas longtemps de votre temps. Je vous ai réunis ici pour une Raison précise. En fait, pour Trois Raison ! Premièrement, pour vous dire que je vous apprécie tous énormément, et que onze dizaines d'années est un temps bien trop court pour vivre parmi de si agréables Hobbits. Je ne connais pas la moitié d'entre vous autant que je le souhaiterais et je n'aime que peu d'entre vous trop peu par rapport à ce que vous méritez. »
Baraz pouffa de rire en voyant les mines confuses des invités, et elle partagea un regard amusé avec Gandalf, qui riait lui aussi.
« Deuxièmement, pour célébrer mon anniversaire. Je devrais dire : NOTRE anniversaire. Car aujourd'hui est aussi le jour de mon héritier et neveu, Frodo. Il devient majeur aujourd'hui et hérite donc officiellement de tous mes biens. » Il y eut une congratulation commune dans l'assistance et, une fois encore, Baraz remarqua le regard noir de Lobelia, cette fois dirigé à tous ceux qui semblaient heureux qu'elle n'hérite que de trop peu d'argent pour ses vieux jours. « Ensemble nous comptons cent-quarante-quatre ans. Vous avez été choisis pour correspondre à ce nombre : avec un de trop, si j'ose le dire ainsi. Troisièmement et enfin, j'ai une ANNONCE à faire. J'ai le regret de vous annoncer que – malgré le fait que cent-onze ans est bien trop peu pour vivre parmi vous – c'est la FIN. Je m'en vais. Je vous quitte MAINTENANT. AU REVOIR ! »
Il y eut un immense et commun cri de surprise dans la foule alors que Bilbo disparaissait promptement, comme s'il n'avait jamais été là. Un Hobbit hurla de terreur et commença à gesticuler de ci et de là, parlant de 'sorcellerie' et de 'choses pas naturelles qui ne devraient pas arriver'.
Baraz et Gandalf échangèrent un regard entendu, et le magicien soupira. « Va donc chercher ton père ma chère Baraz. Je vais parler à cet idiot de vieux Hobbit. »
Elle acquiesça et se dépêcha de rejoindre sa maison – ou ce qui serait bientôt une maison vide – pensant que, comme il l'avait dit le matin-même, Bilbo était parti avec style…
Bofur et sa fille quittèrent leur trou de Hobbit aussi rapidement que les Nains peuvent faire ce genre de choses, et partirent dans la nuit en direction de l'endroit où ils avaient convenu de retrouver Bilbo – un peu plus haut sur la route, au milieu des champs cultivés, où la silhouette des poneys serait caché par la taille des cultures.
Baraz fut extrêmement peinée en fermant la porte de sa maison pour ce qui semblait être la dernière fois. Son père l'avait enlacée un instant, mais elle savait qu'il n'était pas aussi triste qu'elle. Sa place à lui était dans les halls de pierre et les mines de son peuple, pas dans un trou dans la colline.
Malgré sa tristesse, Baraz était aussi contente de partir une fois encore à l'aventure. Cela faisait des années qu'elle n'avait plus vu Erebor, et même, ce serait la première fois qu'elle pourrait vraiment le visiter, vu qu'elle allait y rester. Et en ce temps-là, ils n'avaient pas eu le temps de visiter Rivendell non plus, alors que Bilbo souhaitait sans partage rencontrer les Elfes dont Ariana lui avait tant parlé.
Donc Baraz allait rencontrer Lord Elrond pour la première fois. Elle était impatiente comme jamais.
Il était vraiment très tard et près de trois heures du matin quand ils entendirent le bruit caractéristique d'un bâton de marche sur la pierre du chemin ainsi que la mélodie d'une chanson inventée par Bilbo. Il entra dans leur champ de vision, et cessa de chanter.
Baraz remarqua alors qu'il avait l'air bien plus jeune, comme si quitter Hobbiton avait levé un poids de ses épaules.
« Ah, mes très chers amis ! Nous partons donc à l'aventure ! »
Bofur l'aida à grimper sur son poney et lui expliqua les bases de l'équitation, et il mena la petite troupe dans la nuit et sur le chemin, vers Bree, leur premier arrêt.
Tandis qu'ils s'éloignaient d'Hobbiton, Baraz lança un regard au-dessus de son épaule une dernière fois, et commença à chanter la chanson de Bilbo. Une chanson qui parlait d'aventures et de routes à prendre.
« The road goes ever on and on
Down from the door where it began.
Now far ahead the Road has gone,
And I must follow if I can,
Pursuing it with eager feet,
Until it joints some larger way
Where many paths and errands meet.
And wither then? I cannot say. »
