Coucou me revoilou !
Désolé pour mon retard...un voyage scolaire m'a empêché de publier récemment...
Mais voici enfin la suite, et déjà un grand merci pour vos reviews :)
Disclaimer : Personnages de Kingdom Hearts - Square Enix. Capiche ?
Ventus se réveilla, les rayons du soleil méditerranéen éclairant son visage.
La veille, le festin s'était prolongé jusqu'au petit matin et il faisait bien noir lorsque le jeune homme se traîna jusqu'à son lit.
Il se redressa en bâillant. Il porta une main à sa tête, une légère douleur découlant du vin d'hier soir. Il passa outre cette gêne et enfila une simple tunique blanche ainsi que ses sandales, pour ensuite descendre dans la salle à manger prendre son prandium. (1)
Une fois là-bas, il tomba sur Terra, déjà attablé, lui non plus pas très frais. Mais outre les cernes causées par le peu de sommeil, Ventus remarqua quelque chose de grave sur le visage de Terra. Il n'avait pris que quelques malheureuses dattes pour son petit déjeuner et un maigre verre d'eau l'accompagnait.
- Terra ? Demanda Ventus en s'asseyant en face de lui.
- Ah Ven, tu es là…ça tombe bien, j'ai à te parler. Lui répondit le châtain.
Ven s'installa sur le divan et ne prit pas attention aux esclaves qui vinrent lui apporter un plateau de fruits frais. Une boule se forma dans son estomac.
- Ton père a présidé une séance du sénat tôt ce matin. Il a pris une grande décision…
- Laquelle ?
- Nous partons en guerre. Nous devons achever Carthage dont le siège dure depuis trois ans…
- Alors ça veut dire…
- Oui, je pars pour l'Afrique. J'ai officiellement l'âge pour être enrôlé dans la légion.
Ven baissa les yeux. Terra se leva et se plaça en face de Ven tout en lui prenant les épaules.
- Ven…je suis désolé…je ne serai pas là pour le moment où tu obtiendras la toge virile…
Ven leva un regard offusqué sur son ami.
- Comment oses-tu t'excuser ? Contente-toi de ne pas te faire tuer, je t'en prie ! Chaque jour s'il le faut je ferai une offrande à Mars et à Minerve (2), ou même à tout le panthéon pour que tu reviennes…
Intérieurement, les paroles de Ventus allèrent droit au cœur de Terra. C'était un ami qu'il ne voudrait perdre pour rien au monde…
Terra était déchiré entre deux sentiments. Premièrement, il était attaché à Ventus et rater le moment où il passerait à l'âge adulte le peinait beaucoup. En revanche, son patriotisme lui hurlait de se hâter de partir en guerre et terrasser les ennemis de Rome.
Il planta son regard dans celui de Ventus. Dans ces orbes azurés, il ne voyait que des souvenirs de leur amitié. Ces souvenirs, qui l'accompagneraient en pleine bataille.
Terra enlaça soudainement Ven. Ce dernier, d'abord surpris, répondit à cette marque d'affection et se blottit tout contre son ami. Le moment s'éternisa, tous les deux sachant que c'était peut-être les derniers moments qu'ils partageaient ensemble. Finalement, Terra se détacha de Ven.
- Il faut que je parte, Ven. Le rassemblement a lieu sur le champ de Mars.
- Dans ce cas je t'accompagne.
Le châtain lui sourit doucement.
- D'accord, si tu veux.
Ventus sourit en retour. Même si dans un mois il revêtirait la toge virile, il gardait cet air enfantin dont les dieux lui avaient fait cadeau.
Les deux garçons sortirent, s'enfonçant dans le chaos perpétuel de l'Urbs (3).
Leur marche fut d'un pas lourd. De brefs regards furent échangés, sans mot dire, et ce jusqu'au champ de Mars. Là, des citoyens étaient groupés en groupes, semblables aux centuries de l'élection. Lors du précédent lustre (4), Terra avait déjà été recensé et devait retrouver sa centurie, qui composerait un groupe d'hastati (5). Avant de procéder, Terra se retourna une dernière fois sur Ven.
- Au revoir, Ven, prends soin de toi.
- Prends soin de toi aussi, Terra…
Le châtain s'éloigna et se fondit dans la masse populaire. Pendant ce temps, Ventus le regarda disparaître, impuissant.
Il ne se doutait pas que quelqu'un prenait savamment note de ce qu'il se passait en ce moment-même.
Vanitas avait suivi les déplacements de Ventus, et ce depuis sa sortie de la propriété de son illustre père. Le jeune homme serait seul, donc une proie facile…il ne suffisait plus qu'à le suivre, se faufiler dans la villa et mettre fin à ses misérables jours.
Il n'eut pas à attendre longtemps. Quelques instants plus tard, le jeune garçon rebroussa chemin et quitta le champ de Mars pour retourner chez lui. Pendant ce temps, le noiraud le prenait en filature et le suivait à la trace.
De son côté, Ventus rentra chez lui l'âme en peine. Il se conforta dans l'idée que Terra accomplirait de grandes choses et servirait la gloire de Rome. Ce destin était l'un, si pas le meilleur sort que les dieux pouvaient offrir à un mortel. Parlant de dieux, il décida de faire une offrande au petit autel que son père s'était arrangé, dans le péristyle (6).
Il y a un an, Eraqus avait offert une sculpture de la déesse Minerve à Ansem, dans le cadre de leur relation patron-client (7). Rapidement, Ansem la trouva parfaite pour tenir le rôle d'autel personnel, lui qui vouait un respect sans faille à la déesse de la sagesse. Chaque jour, il demandait aux esclaves de faire brûler de l'encens et à chaque fois qu'il avait besoin de se ressourcer, il plaçait une assiette de fruits aux pieds de la statue, comme offrande.
Ventus n'était pas quelqu'un de très pieux, mais en ce jour, il ferait une exception. Il avait besoin de trouver du réconfort auprès de quelqu'un. Peut-être la déesse l'écouterait-elle ?
O.O.O.O.O
Vanitas arriva aux pieds de la villa, des colonnades formant un carré dans le jardin, entourant la maison. Il ne fut pas difficile d'y grimper. Sur un des piliers de pierre, il chercha une fenêtre ouverte et en aperçut une après une brève inspection. Il prit son élan et sauta pour en attraper la bordure, puis se hisser à l'intérieur.
Dans la pièce, Vanitas esquissa une grimace de dégoût. Toute cette richesse, ce luxe, il les enviait chaque heure de chaque jour. Son poing se serra de rage sur son glaive, sous sa cape.
Il ne put s'empêcher de détailler la pièce dans laquelle il se trouvait, une chambre, à en juger par le lit qui s'y trouvait. Les murs pourpres contrastaient avec la mosaïque immaculée du sol, représentant Morphée et ses créatures des rêves. En face du lit, une riche commode en bois précieux. A côté du même lit, une petite table surmontée d'une chandelle déjà consommée. Un bureau et une étagère complétaient le décor, aux pieds sculptés, des reflets d'or pouvant s'observer çà et là.
Il quitta la chambre et descendit l'escalier de pierre qui se trouvait là. Une fois au rez-de-chaussée, il se retrouva à une intersection. L'une menait au tabularium, l'autre au péristyle, et la dernière aux cuisines. Il entendit beaucoup d'animation dans ces dernières et refusa donc d'y aller. Il aperçut une forme humaine dans le péristyle et s'en approcha à pas de loups.
Le jeune blond semblait si fragile de dos, comme…prêt à se briser.
Vanitas ôta sa lame de son étui tout en continuant de s'approcher. Ses futurs actes se superposaient déjà dans sa tête : le poignarder dans le dos, s'enfuir. Il ne put s'empêcher d'esquisser un sourire : si des gens avaient trop de richesses que pour les dépenser en une vie, ils n'étaient pas immunisés contre les coups du sort…et certainement pas contre les coups de glaive.
- AU MEUTRE ! A L'ASSASSIN !
Vanitas se retourna et aperçut l'auteur des cris : un esclave avait alerté ses semblables de sa présence dans la maison. Ventus se retourna à son tour et bondit de peur en voyant le tueur si près de lui.
L'assassin prit la poudre d'escampette et poussa violemment les hommes qui se mettaient en travers de son chemin. Il passa cette fois par la porte d'entrée et l'enfonça d'un coup d'épaule pour ensuite fuir à travers le jardin.
Les esclaves, ainsi que Ventus, arrivèrent bien trop tard pour espérer le coincer. Le tueur était déjà loin dans la ville. Les esclaves ne décoléraient pas :
- FORAMEN ANI !
- TIMIDE !
- SEGMENTUM SORDIDUM ! (8)
Pendant que le festival d'insultes battait son plan, Ventus tomba à genoux sur le sol, hagard. Les esclaves cessèrent leur esclandre et entourèrent le jeune homme.
- Jeune maître, êtes-vous blessé ? Demanda l'un d'eux.
- Non…je n'ai rien. Répondit Ventus, choqué.
- Il pourrait revenir ! S'exclama un autre serviteur.
Ventus se releva et sembla reprendre un semblant de couleur. Rufus, l'intendant de son père et « esclave en chef » ordonna à ses subordonnés de fermer toutes les fenêtres et de conduire le blond dans ses quartiers et sous bonne garde.
Ventus était allongé sur son lit, le regard vide fixant le plafond. On avait tenté de lui ôter la vie…
Le prestige de son père lui retombait dessus.
O.O.O.O.O
Vanitas jura en rentrant dans son appartement. Il était à deux doigts d'y parvenir ! Ces idiots d'esclaves bons à rien…
De plus, un de ces fils de chien l'avait accroché avec un stylet (9) tranchant. Une plaie saignait le long de sa hanche. Heureusement pour lui, elle n'était pas béante et il avait le matériel adéquat pour se soigner. Il se fit un bandage et se promit de faire un passage à l'herboriste aussi tôt que la douleur s'atténuerait.
…
…
Le soir, alors même qu'il avait bu une concoction immonde d'herbes préparée par l'herboriste, Vanitas reçut la visite de Xehanort.
- J'ai entendu que tu as manqué ton coup…Persifla Xehanort.
- Les nouvelles vont vite, on dirait…Répondit Vanitas avec mépris.
- Un messager est arrivé à la fin de l'audience pour Ansem. Je n'ai jamais vu son visage dans un tel état…
*Plus tôt dans la journée, midi*
- Que se passe-t-il donc, Marcus Claudius ? Demanda Xehanort, feignant la surprise.
- Mon…Mon fils a failli être assassiné…Balbutia Ansem.
Une vague de consternation s'empara des sénateurs qui les entouraient. Certains s'enflammèrent et débouchèrent naturellement sur la politique.
- Quelle infamie ! S'écria l'un d'eux.
- Rome devient un endroit terrifiant ! S'égosilla un second. Si même le fils du Consul n'est pas en sécurité, alors que dire de nos propres familles ?!
- La loi doit être durcie ! Dura lex, sed lex ! (10)
Ansem s'éloigna, lassé de tous ces poissonniers en toge et ébranlé par la nouvelle. De son côté, Xehanort lâchait un bref soupir de frustration.
*Fin flashback*
- Tu dois repartir immédiatement, Vanitas ! Ansem a annoncé peu de temps après qu'il envoyait son fils à sa demeure d'Etrurie ! S'empressa le vieillard.
- Est-ce que j'ai l'air de pouvoir continuer ? Répondit cyniquement le noiraud.
- Tss…
Xehanort croisa les mains derrière son dos vouté et commença à faire les cent pas dans la pièce. Le plancher grinçait à chaque pas que le vieil homme faisait demi-tour. Soudain, il se stoppa, ce qui ne présageait rien de bon.
- Vu que ta blessure semble te restreindre pour le moment…je ne vois qu'une seule solution, il te faut jouer la comédie.
- Pardon ?
- Voilà le plan : je vais me présenter demain matin à la résidence d'Ansem, avec toi. Je ferai mine de m'excuser et je t'offrirai en tant qu'esclave au fils d'Ansem…
- Hors de question. Je ne jouerai pas le lèche-cul pour un gosse de riche.
Xehanort poussa un soupir. Ce garçon n'appréciait décidément pas les complots tragiques.
- Et si j'augmentais ta paie de mille Deniers ?
- Mille?
Ça, c'était du marchandage…Mille Deniers était une somme considérable…peut être même assez pour changer d'habitation. Une œuvre alléchante, que Vanitas ne pouvait pas refuser. Nécessité fait loi.
- Marché conclu…
- Bien, sois prêt demain matin, nous passerons te chercher ici.
Le vieux sénateur tourna les talons et quitta la pièce, tandis que Vanitas se demandait dans quoi il venait de s'embarquer…
O.O.O.O.O
Durant la journée, Terra avait pris soin d'acheter toute la panoplie dont il avait besoin. (11) Ensuite, il fut conduit avec ses futurs compagnons d'armes hors de la ville, et descendit à Ostie, le port de Rome.
Il fallait traverser la mer pour affronter les carthaginois. Il y a presque trois ans, les légions avaient déjà pris le chemin de la mer pour en finir une fois pour toute avec l'ennemi, mais le siège s'éternisait. Ce qui devait être une campagne éclair s'est enlisée en une longue guerre d'usure. Terra le savait, et priait les dieux pour que lui et ses troupes réduisent la ville en cendres à leur arrivée.
Les trirèmes (12) étaient amarrées et prêtes à accueillir les troupes. Les yeux menaçant peints sur leurs proues répandraient certainement une nouvelle vague de terreur sur Carthage. En attendant, les soldats devaient tempérer leur ardeur, le voyage durerait facilement plusieurs jours. (13)
Terra prit place sur une des galères avec d'autres hommes de sa centurie. Sur le quai, il aperçut que tout le monde s'écartait : un augure était en train d'être consulté.
L'augure avait avec lui une cage contenant des poulets sacrés. On ouvrit la cage et jeta des grains devant eux. Qu'ils se jettent sur eux avec voracité, le présage serait faste. Qu'ils refusent de sortir, il serait néfaste. En ce jour les navires pourraient prendre la mer sans crainte, vu l'appétit des poulets. Malheur à l'amiral romain qui, pendant la première guerre contre Carthage, avait osé défier les présages. « S'ils ne veulent pas manger, qu'ils boivent ! » avait-il dit en jetant les poulets à la mer. Neptune lui avait fait payer chèrement son blasphème : sa flotte sombra dans une tempête.
La flotte put donc partir, et tandis que les galèrent fendaient les flots, Terra regarda la ville s'éloigner. Il l'observa longtemps, avant qu'il ne sente une main sur son épaule.
- A peine a-t-on quitté Rome qu'elle nous manque déjà, n'est-ce pas ?
Il se retourna sur son interlocuteur : un jeune homme châtain aux yeux bleus comme lui, mais aux cheveux plus longs, avec une cicatrice le long du nez.
- Je dois avouer que oui…beaucoup de monde va me manquer. Mais j'agis pour le bien de ma cité.
- C'est ce qui nous lie tous, ici. Je suis Leo (14).
- Terra. Nous sommes dans la même centurie, non ?
- Oui, c'est bien ça.
- Allons discuter un peu Terra, le voyage sera long et nous avons du temps à tuer.
- Avec plaisir.
Ils partirent au pont inférieur. Là, Terra apprit que le nom complet de son compagnon d'armes était Titus Flaminius Leo, fils unique d'un forgeron de Rome. En fin de compte, Leo et Terra n'avaient jamais été très loin l'un de l'autre, peut-être s'étaient-ils même déjà croisé sans s'en rendre compte. Terra impressionna son vis-à-vis lorsqu'il lui annonça être ami de longue date avec le fils du Consul Ansem. Leo avait voté pour lui aux élections, et connaître quelqu'un de son entourage direct l'enchantait totalement, lui qui voulait être un Homo Novus (15).
Entre rigolades et anecdotes, la soirée passa vite. Terra eut une pensée pour Ven, avant de s'endormir. Il espéra que son jeune ami allât bien…
O.O.O.O.O
Dans la résidence d'Ansem, personne n'avait fermé l'œil, cette nuit-là. Ventus redoutait d'être assassiné dans son sommeil, Ansem craignait la même chose et les patrouilles des esclaves les maintinrent éveillés pendant toute la nuit. Au matin, les occupants de la maison faisaient grise mine, même si une once de soulagement se fit sentir lorsqu'Ansem annonça que son fils rentrerait accompagner de ses esclaves les plus fiables dans son domaine d'Etrurie.
Le petit déjeuner se prit en vitesse et les affaires de Ventus furent vite bouclées. A l'extérieur, on avait fait sortir les chevaux et tous les esclaves étaient prêts à accompagner leur jeune maître. Mais un évènement imprévu vint les interrompre dans leur élan : Xehanort arriva, accompagné de gardes et d'un jeune homme aux cheveux noirs de jais, enchaîné.
- Mes hommages, Gnaeus Julius, mais malheureusement je n'ai point le temps de parler pour le moment. L'accueillit Ansem.
- Je l'ai bien remarqué et je ne te retiendrai point longtemps. Comme toujours c'est une sage décision que tu as prise, et je viens par ailleurs m'excuser pour mon attitude aux élections en offrant ce présent…à ton fils.
- Un esclave ? Pour Ventus ? Je ne sais quoi dire…
Un sourire naquit sur les lèvres de Xehanort.
- J'ai appris qu'il revêtirait bientôt sa toge virile, alors pourquoi ne pas offrir un présent ? De plus, tout citoyen Romain est en droit de posséder un ouvrier personnel !
- Très bien, si tu insistes, je ne peux qu'accepter ce cadeau. Merci à toi, Gnaeus Julius.
- Je t'en prie, en espérant que l'incident d'hier ne se reproduise pas.
Il le salua d'une courte révérence et tourna le dos, tandis qu'un des gardes ôtait les chaînes qui entravaient les mains de Vanitas. En le déposant, le vieil homme posa une main dans son dos en ricanant. Pendant ce temps, Ansem s'interrogeait. Il était méfiant plus que reconnaissant…Xehanort lui avait fait trop de courbettes, et offrir un esclave tout en sachant que son fils a été victime d'une tentative d'assassinats la veille…la méfiance était de mise. Il s'avança donc jusqu'au cheval de Rufus, en tête de file.
- Rufus, j'ai une autre mission à te confier.
- Bien sûr, maître.
- Cet esclave que Gnaeus Julius vient d'offrir à Ventus…surveille le de près. Je n'ai que très peu confiance en cet homme et il est connu pour ses plans méticuleux. Si ce garçon essaye de voler, de porter atteinte à Ventus ou ne fut-ce que l'espionner, jette-le dehors immédiatement. Et n'oublie pas de mettre les autres esclaves au courant.
- Il en sera fait ainsi, maître, Ventus ne risquera rien jusqu'à votre retour.
- Merci, Rufus. Maintenant va.
Rufus se courba pour saluer son maître puis ordonna à son cheval d'avancer. Tandis que les autres chevaux du groupe suivaient, Ansem fit un signe à son fils tout en le regardant s'éloigner, puis retourna à l'intérieur.
Le voyage fut calme. Vanitas, quant à lui, restait impassible, mais en lui il était impatient. Il n'était jamais sorti de Rome, et il allait connaître autre chose que son insula miteuse de Subure. Mine de rien, il était bien content d'avoir accepté la mission et la paie qui allait avec.
Alors que le soleil atteignait son zénith, le cortège atteignit la villa familiale. Il ne fût pas longtemps pour que tout le monde reprenne son travail habituel, que ce soit aux champs, aux cuisines, au moulin à eau et autres. En fait, seul un esclave n'avait point de travail : Vanitas, bien qu'il n'en soit pas réellement un. Rufus ne savait d'ailleurs pas quel tâche lui confier, et une tâche suffisamment éloignée du jeune maître afin de parer à toute éventualité. Finalement, l'intendant opta pour l'écurie. Les chevaux avaient besoin d'eau et de foin après le voyage de la matinée. De plus l'écurie était séparée de la villa, le jeune maître ne courrait donc aucun risque.
- Eh, toi, le nouveau, c'est quoi ton nom ? Lui lança-t-il.
- Vanitas.
- Tu vas dans les écuries, les chevaux doivent être nourris. Tu y aideras Kaeso.
- D'accord…où sont-elles ?
- Je t'y emmène.
Il fit signe de le suivre. Tandis qu'ils se dirigeaient là-bas, Vanitas rechigna intérieurement à suivre les ordres d'un pseudo-esclave supérieur. Il s'était attendu à être commandé par le morveux, mais certainement pas par ce grand con.
Une fois l'écurie atteinte, Rufus laissa Vanitas en compagnie de Kaeso, un jeune homme aux cheveux noirs bouclés et au visage enjoué. Vanitas crut voir le garçon rougir lorsqu'il posa son regard sur lui, mais il n'était pas sûr au vu de l'obscurité des lieux. Manquerait plus que ça…
- Remplis la mangeoire d'Astéri et de Pella, si tu veux bien. Il faut aussi donner de l'eau à Perseus (16). Le foin est entassé dehors, on a pas encore su le rentrer à cause du déplacement du maître. Et puis on a dû le trier avec le pois chiche qui s'est incrusté dans la récolte…
Une chose était sûre, Kaeso était une machine parlante, encore pire que Xehanort.
Pendant que Vanitas faisait de son mieux avec les travaux manuels, Kaeso brossait la crinière d'autres chevaux qu'il semblait tenir en grande affection.
- Dis-moi, Kaeso…les chevaux n'ont que des noms grecs. Tes maîtres s'y retrouvent ? Lui demanda-t-il, appuyé sur sa fourche.
- Oh oui, Astéri a été offerte à Ventus pour ses onze ans, et Perseus a toujours été la monture de maître Ansem. Mais c'est moi qui les ai nommés. Lui expliqua le jeune homme bouclé, pas peu fier. D'ailleurs, je suis grec moi-même.
- Ah bon ? Je ne savais pas que c'était un motif de fierté…D'où exactement ?
- Macédoine, de Pharsale. Mes parents ont été conduits en Italie par ton père, dont la légion avait marché sur la ville et réduit une partie des habitants en esclavage. Ma mère était enceinte de moi et elle accoucha peu de temps après son arrivée. Je ne sais pas où elle est, maintenant, nous avons été séparé…
- Triste histoire…
Vanitas garda un air froid.
Mais en lui cette histoire lui rappela la sienne. Les faits étaient là : Kaeso non plus n'avait plus de parents et n'avait pas su en profiter.
- Et toi ?
Piqué au vif par la question, Vanitas retourna au travail.
- Ça te regarde pas…
Kaeso haussa un sourcil puis soupira avant de retourner brosser Astéri. Ce que les gens pouvaient être bizarres, parfois. Tellement bizarre que parfois les animaux le sentaient. Vanitas approcha Pella mais cette dernière ne l'entendit pas de cette oreille : en un éclair, le noiraud se prit un coup de sabot qui l'envoya voler dans un tas de foin.
Kaeso se précipita sur son collègue qui était complètement sonné. Il le hissa sur son dos et se mit en marche pour la villa afin de s'occuper de lui. Pendant ce temps, Pella poussa un hennissement et les autres chevaux lui répondirent depuis leur stalle, comme si ils partageaient une franche partie de rigolade.
O.O.O.O.O
Ventus fut réveillé par du remue-ménage au rez-de-chaussée. Il quitta sa couche et descendit dans le tabularium où était allongé Vanitas, entouré par Kaeso et Rufus.
- Que se passe-t-il ? Demanda-t-il en se faufilant entre eux.
- Le nouveau s'est pris un coup de Pella. Expliqua Kaeso avec un regard gêné.
- Il faut croire que Fortuna s'est amusée avec lui. Ajouta Rufus.
Ventus nota la présence d'un chiffon ensanglanté aux pieds du sofa.
- Est-il tombé contre quelque chose de coupant ?
- Il avait déjà une blessure sur la hanche. L'informa Kaeso. Il y avait un bandage mais il la blessure s'est rouverte sous le choc…
- Ce n'est vraiment, vraiment pas de chance. Ajouta une nouvelle fois Rufus.
- Alors prions Fortuna de lui faire grâce…pas de morts dans cette demeure…
Ventus déglutit en repensant à la veille. L'idée que quelqu'un puisse mourir sous son toit lui glaçait le sang. Et si son lémure (17) venait hanter les lieux ?
Il partit aux cuisines quérir un plat de fruits, ainsi qu'un gobelet de vin. Il revint ensuite dans le tabularium, et les déposa près de l'autel du Lare et des Pénates familiaux (18). Là, il les pria de protéger Vanitas et de l'aider à se remettre, car après tout il faisait désormais partie de la famille.
…
…
Son vœu fut exaucé. En soirée, alors que le ciel était orangé, Vanitas reprit conscience. La douleur était supportable mais très gênante.
Il se redressa sur les coudes et se rendit compte qu'il se trouvait dans le tabularium. L'obscurité avait voilé la pièce, mais une lampe à huile répandait une douce lumière depuis la table basse située à côté du sofa où il se trouvait.
Il se releva et marcha jusqu'au péristyle. Il fut étonné de voir qu'il n'y ait pas âme qui vive dans la maison. Auraient-ils flairé le stratagème de Xehanort ?
Le noiraud continua son chemin à travers un couloir richement décoré qu'il n'avait pas encore vu jusque-là. Au sol, des mosaïques représentant des dauphins semblaient étinceler sous le crépuscule, dont la lumière passait par les grandes fenêtres du mur de droite. A gauche, un mur pourpre, garni par une somptueuse fresque montrant un banquet, ainsi qu'un buste d'Ansem.
Toute cette démonstration de richesse commençait à lasser Vanitas. Quel était donc le but de vivre dans une maison dorée ? A part attirer les brigands et autres criminels…comme lui ?
Au bout du couloir, une porte entrouverte laissait passer un nuage de vapeur mystérieux. Intrigué, il regarda par l'espace que laissait la fine ouverture. L'atmosphère était chaude et humide, la vapeur créait une sorte de brouillard dans la pièce. Vanitas se dit que cela devait être la salle de bains, à en juger par tout cela mais également par le parfum exquis de sels de bains qui virevoltait en compagnie de la vapeur d'eau.
Soudain, il aperçut quelqu'un dans l'espace creusé au centre de la pièce. Ce n'était que la jeune cible qui se lavait tranquillement. Vanitas se laissa prendre au jeu de l'observation. Le jeune blond était mince et gracieux, son torse était finement tracé, son dos magnifique sans aucune imperfection. Même l'eau avait du mal à maîtriser les cheveux de blé du garçon. Apollon avait été des plus généreux avec lui…
Un éclair de lucidité traversa l'esprit de Vanitas. Au lieu de le regarder béatement, il lui fallait accomplir sa mission. Dans toute cette vapeur, il serait facile de rester camouflé et de se faufiler dans le dos du blond. Il n'avait pas de lame, mais immerger la tête de sa victime dans l'eau suffisamment longtemps devrait suffire…
Il poussa la porte un peu plus et posa un pied sur une des dalles de mosaïque bleue…
- Eh, n'entre pas, le jeune maître se lave !
« Edepol ! » (19) jura intérieurement Vanitas en se retournant sur Kaeso. Frustré, le noiraud ne dit rien et laissa le jeune esclave grec s'approcher.
- Le jeune maître est beau, n'est-ce pas ? Lui demanda-t-il.
- Hm…si tu le dis. Maugréa Vanitas en faisant les yeux roulants.
- Vraiment ? Tu avais l'air charmé. Moi en tout cas je le suis…en Macédoine, les jeunes garçons comme lui sont tellement désirés…
Vanitas leva à nouveau les yeux au ciel. Ecouter le laïus d'un eunuque, ce n'était décidément pas son truc.
- Ta hanche ? Tu étais déjà blessé avant que Pella ne te marche dessus. Lui rappela le garçon bouclé.
Un frisson parcourut le dos de Vanitas. Si un de ces esclaves se rappelait avoir entaillé le meurtrier, c'en était fini de sa couverture.
- Ah, oui, euh, une mésaventure chez mon ancien maître…C'est toi qui m'a ramené au tabularium ?
- Oui, Rufus et le maître sont ensuite arrivés. Sinon, l'incident est passé inaperçu, les esclaves ne vont presque jamais au tabularium.
Vanitas remercia mentalement Jupiter. Ce n'était pas passé loin.
- Tu viens te coucher ? Il commence à se faire tard.
- D'accord…
- Nous avons tous nos propres quartiers ici. Notre maître est un des plus généreux qui soient.
Il le suivit le long du couloir et ils sortirent ensuite dans la cour. En face de la Villa se trouvait un autre bâtiment plus petit, où logeaient les esclaves dans des chambres séparées. Par chance pour Vanitas, une chambre était encore libre et Kaeso l'y conduit. Il le remercia et lui souhaita bonne nuit, avant de fermer la porte à double tour.
Oui, il avait peur que le grec vienne le violer dans son sommeil.
Le mobilier était rudimentaire mais c'était tout de même une chambre convenable : une armoire, un lit simple et un bureau, éclairé par une lampe à huile. Une petite fenêtre se trouvait au-dessus du lit.
Vanitas se déshabilla et se coucha immédiatement. Il avait juste envie de se reposer, après le coup de sabot d'un cheval qui, il l'espérait, finirait en ragoût un jour de famine.
*le lendemain*
- Ce n'est pas vrai…
- Encore un pion et vous avez perdu, « maître ».
Ventus et Vanitas partageaient une partie du jeu du moulin. Ce jeu, similaire aux dames, se jouait sur un plateau de bois formé de trois carrés imbriqués offrant vingt-quatre intersections. Le jeu se déroulait en deux temps : la pose et le mouvement. A tour de rôle, les deux joueurs plaçaient leurs pions (blanc pour l'un, noir pour l'autre) sur une des intersections libres. Ensuite, lorsque tout était posé, lorsqu'il n'a plus de pion à poser, chaque joueur fait glisser l'un de ses pions vers une intersection voisine libre en suivant un chemin prévu. À tout moment du jeu, celui qui réalise un moulin — c'est-à-dire l'alignement de trois de ses pions — peut capturer un pion adverse. La partie s'achève lorsqu'un joueur n'a plus que deux pions et ne peut plus donc constituer de moulins.
Ventus avait trouvé un partenaire de jeu assez costaud…malheureusement le blond était assez mauvais perdant. Ventus préférait garder Vanitas avec lui, car il était blessé et devrait se remettre de son entaille à la hanche, mais surtout car il s'ennuyait, seul. Tous les autres esclaves étaient plus âgés et travaillaient toute la journée. Et quel malheur d'être fils unique dans une si grande propriété ! Oui, Ventus était heureux d'avoir trouvé un compagnon de son âge. Mais là, il dépassait les bornes, à gagner comme ça.
Et ça y était, il remettait ça !
- On dirait que vous n'avez plus que deux jetons, maître. Lui dit Vanitas avec un sourire en cœur. Vous ne pouvez plus…
- Je connais les règles du jeu, MERCI. Répondit sèchement Ventus en croisant les bras.
Vanitas ne put s'empêcher de pousser un petit rire devant la mine offusquée de Ventus. C'était grisant de le faire enrager…
- Peut-être avez-vous un autre jeu, maître ?
- Non merci. J'en ai eu assez pour aujourd'hui.
Ventus se releva et rangea le jeu sur une étagère du tabularium.
- Que faire maintenant ? Se demanda-t-il à lui-même.
- Pourquoi pas une promenade, il fait bon non ? Se risqua Vanitas.
- Hm…pourquoi pas, cela nous ouvrira l'appétit pour midi.
Cette fois le plan marcherait.
Ce dernier suivit Ventus jusque dehors, où la température se faisait moins chaude qu'aux beaux jours de septembre. Alors que les deux jeunes hommes s'éloignaient de la villa, ils traversèrent les champs de blés et les vignobles sous le soleil, avant d'entrer dans un espace plus boisé.
Vanitas était subjugué par la beauté du paysage d'Etrurie. Certains arbres avaient viré du vert à l'orange, d'autres au jaune ou au rouge. Ces couleurs contrastaient avec les herbes sèches jaunies par le soleil qui se trouvait à leurs pieds, et encore plus avec le ciel azuré parsemé de quelques nuages. L'air était agréable, ni trop chaud, ni trop frais. Proserpine entamait sa descente aux enfers toute en douceur, cette année. (20)
- Ça va ? Tu as l'air confus…Lui demanda Ventus en s'arrêtant.
- Hm ? Je ne suis jamais sorti de Rome, à vrai dire…Répondit Vanitas.
- Oh, c'est dommage. La campagne n'est jamais aussi belle qu'en cette saison, tu sais.
- Je m'en doute…pour moi tout est plus beau que Rome.
Ventus haussa un sourcil.
- Vraiment ? Rome est tout de même la ville par excellence.
- Peut-être que je n'en ai juste pas vu les bons côtés.
- Viens, on en parlera en haut, j'ai un endroit spécial pour cela.
Il fit signe de le suivre et ils se remirent en marche. Ils gravirent une colline au sommet de laquelle se trouvaient quelques souches. De là, on avait une magnifique vue sur toute la campagne environnante. On pouvait y voir la Villa sur la droite, et la voie Cassienne qui serpentait jusqu'à l'horizon. Ventus invita Vanitas à prendre une souche et à se mettre à l'aise.
- C'est beau. Complimenta simplement Vanitas en regardant le lointain.
- Plus beau que la ville ? Demanda à nouveau Ventus.
Vanitas baissa la tête et émit un petit rire nerveux.
- Plus beau que Subure, c'est certain.
- Tu viens de Subure ?
- Pas exactement. Mais j'ai dû y habiter longtemps. C'est un quartier que personne ne regarde, à part les vautours.
- Peut-être mon père pourra y faire quelque chose…
- Vous êtes bien naïf, maître…
- Appelle-moi Ven et tutoie-moi. Pourquoi dis-tu cela ?
- Les magistrats n'ont que faire d'un quartier comme Subure. Ils espèrent au contraire qu'il disparaîtra dans un incendie, et qu'on reconstruira un autel à leur gloire sur ses ruines fumantes…
- Voilà une description bien fataliste…
- Pourquoi crois-tu que je m'appelle Vanitas ?
- Juste…Mais tes parents n'ont certainement pas pensé que tu deviendrais comme ça.
Vanitas ne répondit rien et détourna le regard.
- Pardon si je t'ai offensé.
- Il n'en est rien.
- Tu sais, mon père est quelqu'un de bien. Je le sais parce que je suis son fils, mais tout le peuple de Rome croit en lui. Ou presque. Il fera quelque chose, j'en suis sûr.
Le faux esclave regarda à nouveau Ven, perdu dans ses pensées. Au creux de sa main, il serrait un petit objet qu'il portait à son cou comme pendentif.
- Tout va bien maître ? Tu sembles préoccupé.
- Je…j'ai peur pour un ami. Il est parti se battre en Afrique.
- Il t'a donné ça ?
- Oui, il voulait me le remettre lors du jour où j'enfilerai la toge virile, mais il me l'a offert en avance. C'est un petit lapis-lazuli.
- C'est extrêmement cher.
- Oui je sais…c'est pour ça que j'en prends soin.
Ventus soupira et appuya ses coudes sur ses cuisses afin de prendre son visage entre ses mains.
- Toutes les personnes que je chéris s'en aillent…Terra est parti se battre, mon père est retenu à Rome par son devoir…Maître Eraqus doit seulement venir demain. Et avec cette tentative d'assassinat hier…j'ai l'impression que les dieux m'ont pris en aversion.
- Les dieux n'ont aucune raison de t'en vouloir. Il y a des gens qui ne méritent même pas de vivre à cause de leurs actes. Mais les dieux ont leur propre justice…ou peut-être attendent-ils de nous que nous la fassions nous-même.
- On croirait entendre Père…vous vous entendriez bien, tous les deux, vous partagez la même vision des choses.
Si le jeune maître savait…son père risquait fortement de ne pas porter Vanitas dans son cœur lorsqu'il apprendrait qu'il était l'auteur de l'assassinat de son fils…mais étrangement Vanitas n'avait même plus envie de penser à cela pour l'instant. En fait, il n'avait jamais vraiment mis les pieds hors de son sordide travail.
Peut-être était-il bon de s'oublier un peu ?
- Mon père m'emmenait souvent ici, quand j'étais petit, et nous regardions le coucher du soleil. Parfois, nous mangions même ici.
- Et ta mère ?
- Ma mère…je ne l'ai pas connue. Elle est morte en me mettant au monde. Père me parle souvent d'elle comme une femme belle, vive d'esprit…elle me manque souvent, comme mon Père me manque en ce moment.
Il se tut un moment comme pour remettre ses idées en place. Puis il reprit :
- A la veille de devenir un adulte, j'ai l'impression de n'être qu'un enfant effrayé…
- Il ne faut pas t'en faire. Même un adulte a ses moments d'impuissance.
- Hm…Quelle chance que Xehanort t'es offert à moi. Tu n'es là que depuis un jour et j'ai l'impression que tu es déjà mon préféré.
- Quel honneur…
Ventus fit une petite tape sur l'épaule de Vanitas qui avait lancé la dernière phrase sur un ton sarcastique. Ils rirent comme s'ils étaient de vieux amis.
Ils descendirent pour le déjeuner.
…
…
Au fur et à mesure que les jours passèrent, Vanitas se fit plus proche de Ventus.
Il ne se rappela même plus qu'il avait un contrat à respecter, jusqu'à un soir, dans sa chambre.
Comment faire pour accomplir cette mission si on se liait d'amitié avec la cible ? Au fond de lui, Vanitas était bien mieux ici en tant qu'esclave qu'homme libre et assassin à Subure. Certes, il n'abandonnerait pas sa traque des Sine Cores. Mais pour le moment…il se sentait juste léger. Comme si les dieux avaient enfin décidé d'être cléments avec lui. Il faudrait qu'il les remercie, un de ces jours.
O.O.O.O.O
*1 semaine plus tard*
Terra fut réveillé par le bruit strident de la cloche qui indiquait le rassemblement sur le pont. En y allant, le châtain remarqua que le centurion était en plein discours devant tous les soldats transportés par le navire.
- Rome attend beaucoup de vous ! Amenez sa loi devant ce peuple insidieux ! Aujourd'hui, Carthage tombera sous vos pas furieux ! Et surtout, n'oubliez pas ceci : Nos dieux nous regardent en ce moment, faites en sorte qu'ils n'aient pas honte de nous !
Un cri de guerre retentit parmi les fantassins. Terra se précipita à la proue du navire et vit enfin ce pourquoi il était venu : Carthage.
Le ciel du matin était d'un bleu pâle et les nuages rosés par le soleil levant. Carthage s'élevait et s'étendait depuis une haute colline. Autour, ses remparts en proie aux tirs des catapultes. Des volutes de fumée noire s'élevaient depuis certains pans de la cité. Sur la plage, l'armée romaine déjà sur place qui assiégeait la ville depuis plus de trois ans. Partout sur le sable, des barricades, des tentes et des camps de fortune, de gigantesques tours de siège et aussi les ruines des fermes environnantes.
Les galères s'échouèrent sur la plage, et les sifflets retentirent pour ordonner aux fantassins de débarquer. Les soldats sautèrent au sol et coururent jusqu'aux barricades, sous les ordres de leurs centurions respectifs et guidés par les trompettistes. Terra et Leo ne se perdirent pas de vue pour autant, dans le stress intense de cette bataille, avoir un compagnon à ses côtés n'était pas un luxe.
Les remparts de Carthage étaient impressionnants, presque autant que ceux de Rome. Ses murs étaient constitués d'une sorte de pierre blanche. Certaines tours avaient été réduites à l'état de gravas et par endroit les murs semblaient prêts à s'effondrer sous les tirs de l'artillerie embarquée sur certains navires.
- Montez dans la tour ! Aujourd'hui nous prenons les murs ! Hurla le centurion en se lançant dans la structure en bois.
Les Hastati obéirent et le suivirent jusqu'au-dessus en grimpant à l'aide d'échelles situées entre plusieurs plateformes à hauteur différente. En bas, d'autres hommes poussaient l'engin de siège jusqu'au mur.
Terra et Leo se retrouvèrent en haut. Ils feraient partie de la première vague d'assaut. Leur cœur faisait de grands bonds dans leur poitrine : dès que la porte de bois s'abaisserait, ils devraient se battre pour Rome – et pour leur vie.
Ils entendaient le chaos au dehors. Les tours qui avaient déjà atteint les remparts avaient déversé leurs flots de légionnaires sur les murs. Les flèches sifflaient dans l'air et se fichaient dans le bois, ce bois qui par endroit brûlait.
La trappe s'ouvrit et la lumière revint dans la tour. Le centurion s'élança sur les murs.
- ROMA INVICTA !
Les Hastati le suivirent avec leur cri de guerre et attaquèrent les carthaginois postés sur les murs. Terra se jeta dans la mêlée à son tour : Il dégaina son glaive et plaça son bouclier devant lui pour parer le coup de dague d'un archer. Il souleva sa protection et poignarda l'ennemi en pleine poitrine qui périt sur le coup. A ses côtés, Leo avait tranché la tête d'un autre archer et en achevait un troisième. Plus loin, un pan de mur avait cédé et une centurie de Principes s'était engouffrée dans la brèche pour combattre une autre unité de milice.
Terra descendit des murs depuis la tour avec ses compagnons d'arme. En bas, ils aboutirent à un bâtiment en ruines où ils durent déloger un nouveau groupe de carthaginois retranchés. Ceux-ci étaient armés pour le corps à corps et chargèrent les légionnaires romains avec l'énergie du désespoir.
Terra échangea des coups avec un des épéistes ennemis avant de lui trancher le bras. Il continua à avancer et para avec son scutum tous les coups d'épée adverses avant de contre-attaquer. Il sortit de l'autre côté et acheva un carthaginois agonisant sur la route. Sur cette même route des femmes fuyaient en criant vers la colline où se trouvaient les temples. Une tour reçut un projectile de catapulte et s'effondra sur un groupe de soldats (ou de civils ?) non loin de là, tandis que la bataille dégénérait en combat de rues. Ces mêmes rues couvertes de cadavres, de ruines, de sang. Le feu ravageait déjà une partie des quartiers résidentiels, tandis que le grand port était un amas de ruines fumantes investi par les galères Romaines.
Terra poursuivit avec sa centurie, plus haut dans la ville, où des milliers de gens s'étaient réfugiés pour tenter d'échapper à la furie de Rome.
O.O.O.O.O
Elle courait partout dans la maison en rassemblant tout ce qui pouvait lui tomber sous la main. La vieille femme pleurait, elle pleurait depuis le début de la journée. Il fallait quitter la maison, dehors, on pouvait déjà entendre le fracas des Romains se rapprocher.
Elle noua le drap qui comportait ses bagages autour d'un maigre bâton et le donna à sa fille.
- Pars Acté ! Va te réfugier dans le temple de Baal !
- Viens avec moi Maman !
- Je ne peux pas, je suis trop vieille pour me dépêcher. Si les dieux ont décidé que ce serait mon heure, qu'il en soit ainsi !
Elle poussa sa fille dehors malgré ses protestations. Au bout de la rue des fantassins Romains se dirigeaient vers elles.
- VA-T'EN ! MAINTENANT !
- MAMAN !
La vieille dame mourut, tuée par une lame Romaine. Acté lâcha son baluchon et courut, courut jusqu'à en perdre haleine. Ses sandales claquaient sur les pavements tandis que l'horreur se déroulait partout autour d'elle. Ses larmes ruisselaient sur son visage avant d'être arrachées par le vent de sa course folle. Elle atteignit les portes du temple de Baal, restées ouvertes pour accueillir encore plus de gens. Le temple était bondé de réfugiés, de femmes et d'enfants pour la pluparts. Les dieux les avaient tous abandonnés.
Elle tomba à genoux sur le sol et fit ce que toutes les femmes et les tous les enfants de Carthage survivants feraient pendant des jours : pleurer la perte de leur peuple.
…
…
Les Romains arrivèrent deux jours plus tard, tandis que la cité brûlait encore. La terreur s'empara des réfugiés et certains périrent piétinés par la foule qui cherchait à s'enfuir. Les Romains firent mettre tout le monde à genoux.
Alors que les hommes de Carthage étaient morts par le fer de la lame, les femmes et les enfants carthaginois seraient emprisonnés par le fer des chaînes.
On fit sortir tout le monde dans la rue. Les réfugiés eurent les mains enchainées, tandis qu'ils étaient triés comme de la simple marchandise, sous bonne garde de fantassins Romains. La jeune Acté passa devant un jeune soldat châtain qui ne devait pas être beaucoup plus âgé qu'elle. Son bouclier et son armure pectorale étaient souillés de sang.
Leurs regards se croisèrent.
Le jeune homme n'oublierait jamais le regard de cette jeune femme.
Dans les yeux océan de la carthaginoise brûlait un feu. Celui de la haine de Rome.
(1) : le petit déjeuner. Il se compose le plus souvent de galettes de céréales (le pain apparaît tard à Rome), de fruits fraits, d'eau et de fromage.
(2) : Mars (Arès en Grèce) est le dieu de la guerre, vénéré par les Romains. Minerve (Athéna) est la déesse de la guerre, mais aussi de la sagesse. Ces deux divinités sont en conflits permanent : Mars est brutal et sanglant tandis que Minerve est stratège, tactique et "propre"
(3) : Littéralement "la Ville" - Rome
(4) : Une période de recensement ayant lieu tous les cinq ans. D'où l'expression "Depuis des lustres !"
(5) : Les Hastati sont les jeunes soldats de la première ligne de bataille d'une légion sous la république. Ils sont suivis par les Principes, plus expérimentés (20-30 ans) et enfin les Triarii (les vétérans). Ces trois lignes sont flanquées par les Equites (cavaliers) et les Vélites (tirailleurs).
(6) : jardin ou cour intérieur d'une Villa, héritée des demeures grecques.
(7) : Un patron avait plusieurs clients : ces derniers lui devaient un soutient sans faille lors des élections et tout autres services. Le patron assurait sa subsistance en cas de famine et le protégeait juridiquement.
(8) : "Trou du cul" "Lâche" et "Infâme rognure". Oui, oui, ces insultes sont véridiques.
(9) : Les stylets étaient en pierre taillées. Jules César fut assassiné au Sénat à coups de stylets, et non de poignards.
(10) : " La loi c'est dur, mais c'est la loi".
(11) : Les soldats républicains achetaient leur propre équipement. Pour un Hastati, on comptait un casque, un pectoral (armure de poitrine en bronze), un scutum (bouclier ovale en bois), un glaive et deux pila (sg : pilum, javelot) et des jambières.
(12) : Galère à trois bancs de rameurs. On comptait également des birèmes, des quadrirèmes, des quinquérèmes...
(13) : Je n'ai pas idée de combien de temps il fallait pour relier Rome et Carthage par la mer...la durée est donc un peu tirée "A Gaï" comme on dit ici en Belgique.
(14) : C'est bien Léon de FF. C'est juste que je trouvais que le nom "leo" (lion) collait mieux à l'époque.
(15) : "Homme nouveau" Un homme qui est le premier de sa famille a commencer une carrière politique. Cicéron est le plus célèbre d' entre eux.
(16) : Tous des noms Grecs. Astéri veut dire étoile, Pella est la capitale du royaume hellénistique de Macédoine et Perseus le héros mythologique Persée.
(17) : Esprit des morts tourmentés ayant connu une fin violente ou de mauvais rites funéraires.
(18) : Le Lare est une divinité du foyer qui veille sur ses habitants. Les pénates sont toujours au nombre de deux : l'une pour la nourriture, l'autre pour la boisson.
(19) : "Par Pollux !" Vieux juron Romain. Castor et Pollux sont des dieux jumeaux nés d'une relation extra conjugale de Jupiter (dans des œufs !). Les femmes juraient par Castor et les hommes par Pollux.
(20) : Proserpine est la fille de Jupiter et de Cérès. Elle fut enlevée par Pluton (le dieu des Enfers/ Hadès en Grèce) et sa mère implora ce dernier de la relâcher. Finalement, un marché fut conclu : Proserpine passerait six mois aux enfers, et six mois parmi les dieux. Lorsqu'elle descend, la nature meurt, et inversement. Voici donc la déesse des saisons.
Ouh, c'est le plus long chapitre que j'ai jamais écris...
Petite précision : j'ai malheureusement dû avancer la date de la bataille de Carthage. Elle a eu lieu en avril, mais elle a ici lieu en septembre. Je suis désolé pour ce léger anachronisme...
Reviewez moaaaaa. *yeux de chats*
