Bonne lecture pour la suite.
Un claquement de porte.
Un soupire épuisé.
Un corps qui s'écrase sur un large canapé.
Sasuke était enfin rentré chez lui. Il n'en pouvait plus, il était absolument éreinté, autant physiquement que psychologiquement. Entre les missions et Kakashi qui le harcèle nuit et jour depuis qu'il avait quitté Naruto... Justement, en parlant de celui-là, c'était certainement lui qui l'épuisait le plus. Il l'évitait constamment, s'obligeant lui-même à être sans cesse sur le qui-vive, il ne pouvait que se féliciter de l'efficacité de son entrainement. S'il n'avait pas été si résistant, nul doute qu'il n'aurait pas tenu deux jours à cette cadence infernale. Il devait malgré tout bien avouer que la fatigue se faisait ressentir un peu plus chaque jour. La fatigue... le pire ennemi du ninja et Sasuke savait parfaitement de quoi il parlait.
Qu'avait-il bien pu faire dans une vie antérieure pour mériter pareil traitement aujourd'hui ? Certaines mauvaises langues diraient qu'il s'agit seulement de la manifestation de son karma... mais le brun refusait de se laisser embobiner par ce genre de superstitions populaires. Si cependant il devait se laisser divaguer à ce genre de divagations, Sasuke n'estimait pas avoir fait quelque chose d'assez grave pour mériter de s'être laissé aller à ce genre de pratiques douteuses.
Pourquoi, mais pourquoi donc avoir écrit... ça ? Il ne se pardonnerait jamais d'avoir fait une chose si... si... enfin bref. Il avait complètement pété les plombs, c'était pitoyable, jamais il ne s'était laissé aller à ce point. Dans sa relation avec le blond, il avait toujours fait en sorte de garder un certain contrôle, pas sûr qu'il y arrivait à tout moment, mais au moins il essayait de son mieux. Et voilà qu'une fois qu'il était redevenu célibataire, il devenait niais comme ça devrait être interdit, niais comme Rock Lee... bon Dieu.
Sasuke commença à s'assoupir doucement sur son canapé en cuir noir quand le bruit de la sonnette le fit violement sursauter. Se fustigeant pour avoir relâché son attention à ce point, le brun se leva en grognant contre l'abruti qui osait venir le déranger alors qu'il était à ce point mal luné.
D'un mouvement vif, le regard glacial, la mâchoire contractée, une aura tellement noire qu'elle en était presque visible, c'est ainsi que le brun ouvrit la porte pour tomber nez à nez avec nul autre que le facteur.
« Bonjour monsieur Uchiwa, j'aurais besoin de votre signature pour réceptionner un colis. »
Grinçant des dents pour avoir été dérangé pour ce genre de bêtises, le brun arracha presque le formulaire des mains du pauvre homme, qui était d'ailleurs sur le point de partir en courant, et signa le papier d'un geste sec.
« Merci beaucoup monsieur... » le facteur avala difficilement sa salive avant de tendre le colis et un petit paquet de lettres. « À très bientôt et bonne fin- »
Sasuke n'attendit même pas la fin du discours protocolaire avant de refermer sans plus de cérémonie sa porte d'entrée.
Retenant difficilement un bâillement, le garçon déchira le paquet pour découvrir plusieurs livres qu'il avait commandé il y a un bon moment déjà, mais il s'en désintéressa rapidement, n'étant vraiment pas d'humeur à s'en occuper pour le moment.
Sur le point de retourner se morfondre sur son canapé, une tâche de couleur attira son oeil, le faisant se figer sur place. Une enveloppe orange était coincée entre deux autres lettres qu'avait apportées son visiteur imprévu peu avant.
Nul besoin de lire le destinataire, personne n'avait assez de mauvais goût pour envoyer quoi que ce soit dans une enveloppe de cette couleur, personne à part... lui.
Sasuke regarda la lettre comme s'il s'agissait d'un serpent particulièrement dangereux, ne sachant pas vraiment s'il fallait absolument qu'il l'ouvre vraiment ou s'il pouvait faire semblant de ne pas l'avoir vu.
Bien qu'il soit seul chez lui, le brun essayer de maintenir un visage impassible malgré le chaos régnant dans sa tête. Que devait-il faire ? La lire, la bruler, la laisser là, la déchirer, la manger ? Il avait la sensation de s'apprêter à faire une crise de panique quand il donna un brusque coup de pied à la table de la cuisine, la faisant presque se briser sur le choc.
Sasuke poussa un soupir bruyant en se massant doucement les tempes. Un Uchiwa n'hésite pas, un Uchiwa ne s'angoisse pas, un Uchiwa fait ce qu'il a à faire, point. D'un geste décidé, le brun attrapa la fameuse enveloppe, l'ouvrit en avalant difficilement sa salive et commença à la lire.
Sasuke,
Tu peux bien t'imaginer à quel point j'ai été surpris de recevoir une lettre de ta part, mais comme quoi, il ne faut jamais être sûr de rien dans la vie.
Enfin, là n'est le point, tu t'es montré sincère envers moi, il est donc normal que j'en fasse de même.
Voici donc les raisons pour lesquelles j'ai été soulagé de ton départ :
1. Tu es pénible Sasuke, vraiment pénible ! Et je suis certain que tu ne t'en rends même pas compte. Tu dis toujours que je parle trop, mais toi tu ne dis jamais rien ! Tu passes la moitié de ta vie à tirer la tronche pour des raisons connues de toi seul.
2. Tu es possessif et jaloux... je ne dis pas que c'est réellement un défaut, mais toi c'est poussé à l'extrême. Tu te méfis de tout le monde : des hommes et des femmes, je t'ai pourtant prouvé à de nombreuses reprises que c'était le corps des hommes qui me faisaient vibrer, le tien en particulier. Et franchement, mes amis sont vraiment les derniers dont tu as à te méfier, aucun d'entre eux n'est assez stupide pour tenter quoi que ce soit avec moi en sachant que tu étais mon petit ami, même pas Kiba (pas qu'il ait jamais tenté quoi que ce soit).
3. Tu es trop sûr de toi et ton complexe de supériorité est ingérable. Non Sasuke, être un connard prétentieux avec un balai coincé on-sait-tous-où n'est pas une qualité.
4. Tu es sec, beaucoup trop sec. Je sais bien que tu n'as jamais fait dans la dentelle et je ne te demande pas non plus de devenir hypocrite loin de là, mais savoir mettre les formes dans ses critiques n'est pas une tare à bannir à tout prix.
5. Tu es un être humain, et une des caractéristiques des êtres humains est la communication ! Tu as des cordes vocales, sers-en toi.
6. Tu es trop renfermé, si je me suis lancé dans cette histoire avec toi ce n'est pas par gentillesse, c'est parce que j'ai appris à te connaître, je sais ce que tu t'amuses à cacher. Mais ça m'a pris des années Sasuke, et ça ne peut décemment pas fonctionner à cette allure.
7. Tu recherches constamment le conflit, c'est peut-être inconscient, mais c'est la vérité. Je ne peux pas passer ma vie à jouer les intermédiaires entre toi et le reste du monde, de la même façon que je ne peux pas régler tous les conflits qu'une de tes remarques ou attitudes ont engendrés.
8. Tu n'es pas assez tolérant, je crois que tu n'as jamais bien compris que mes amis font partie de moi, je ne pourrais jamais les abandonner ou les laisser de côté.
9. Tu me sous-estimes et je dois avouer que c'est assez vexant. Crois-tu réellement que je n'ai pas assez de volonté pour tenir tête à tes mauvais côtés.
10. Quand je suis avec toi, j'ai tendance à oublier le reste, mon coeur s'emballe sans que je ne puisse rien y faire et j'ai un peu de mal à penser correctement. Je dois avouer que c'est déstabilisant comme sensation, comme si je n'étais plus aux commandes de moi-même.
La lettre se finissait comme ça, assez abruptement au goût du brun, mais il ne pouvait pas vraiment en vouloir à Naruto, c'est lui qui était parti après tout.
Sasuke poussa un petit soupir en passant une main dans sa chevelure ébène. Il s'apprêta à replier la lettre et la ranger quand il remarqua une deuxième feuille qu'il avait manqué au début tant son empressement était grand. Curieux, le brun s'empressa de déplier le second papier pour constater qu'il s'agissait de la suite de la première lettre.
Tu m'as plaqué, franchement tu t'attendais à quoi de ma part ? Moi aussi j'ai ma fierté, mais heureusement, je ne suis pas aussi borné que toi.
Donc, voici les raisons pour lesquelles je t'attends (plus ou moins) patiemment chez moi.
1. Quand je suis avec toi, j'ai tendance à oublier le reste, mon coeur s'emballe sans que je ne puisse rien y faire et j'ai un peu de mal à penser correctement. Je dois avouer que c'est déstabilisant comme sensation, comme si je n'étais plus aux commandes de moi-même. Oui, je sais, elle est dans l'autre liste aussi, mais ce n'est pas ma faute, tu m'as fait perdre la tête.
2. Je t'aime.
3. C'est vrai qu'on passe notre temps à se crier dessus, mais je sais que c'est un jeu, je le vois à l'étincelle qui fait briller ton regard quand pour la énième fois tu me dis par exemple de ranger derrière moi quand je fais la cuisine.
4. Je t'aime.
5. J'ai découvert chez toi un côté serviable que je n'aurais jamais soupçonné. Bon, quand je te demande un service, tu râles, tu me traites d'incapable, de fainéant, de bon à rien, mais tu finis toujours par le faire, parce que c'est moi qui te le demande.
6. Je t'aime.
7. Tu es adorablement mignon quand tu dors.
8. Je t'aime.
9. Tu es prêt à te plier en quatre pour me faire plaisir et quand je suis déprimé, tu deviens aussi doux qu'un agneau. Ta dernière lettre en est la preuve.
10. Je t'aime.
11. Tu es un parfait garde-malade, prévenant bien qu'un peu trop inquiet peut-être.
12. Je t'aime.
13. Je sais que tu n'aimes pas les ramen, mais à chaque fois que tu acceptais de venir j'avais l'impression que tu me hurlais un grand "je t'aime" aux yeux de tous. Je sais, c'est puéril.
14. Je t'aime.
15. J'ai toujours été fier d'être avec toi, non à cause de ton nom, de ta richesse, de ta puissance ou de ton physique, mais parce que tu es une personne exceptionnelle. Tu as un passé terrible, tu as beaucoup de douleur dans ton coeur, mais tu continues à marcher droit devant toi, sans jamais baisser les bras et toujours fier comme un roi.
16. Je t'aime.
17. Tu es intelligent, comme si tu avais besoin de ça. J'aime ta façon de t'exprimer légèrement aristocratique. Bien que je t'aie souvent traité de prétentieux je n'en ai jamais pensé un mot. Quand tu me parles, je sens que tu attends de moi un avis qui irait à l'encontre du tien parce que tu considères que mon avis est important.
18. Je t'aime.
19. Nous pensons de façon complètement différente, toi et moi, mais c'est ce qui fait notre force. Nous avons appris à concilier nos points de vue et nous nous accordons à la perfection. Tu as la précision qu'il me manque et j'ai la spontanéité qui te fait défaut.
20. Je t'aime.
21. Tu es pénible, mais c'est aussi une partie de toi. Te voir grognon est un des spectacles pour lequel je suis prêt à donner tout ce que j'ai. Te rends-tu comptes que dès que ton visage s'anime, tu te rajeunis instantanément ? Tu es adorable Sasuke.
22. Je t'aime.
23. Ton côté volcanique n'a pas que des défauts, au lit c'est même plus qu'appréciable.
24. Je t'aime
25. Pour moi aussi, tu es le premier dans beaucoup de domaines, mais j'ai surtout envie que tu deviennes le dernier. Je sais que ce n'est pas dans ton habitude, mais s'il te plaît, je te demande juste un petit effort : sois mon dernier.
26. Je t'aime
27. Miho pour une fille et Natsu pour un garçon... on n'a qu'à en avoir quatre, c'est pas grave.
28. Je t'aime.
29. C'est vrai que tu es possessif et agressif comme un tigre, mais dès que j'ai fini de t'envoyer bouler, je ne peux m'empêcher de te trouver adorable.
30. Je t'aime.
31. J'aime assez l'idée d'être un privilégié, un des rares à posséder un traducteur de Sasuke. D'ailleurs je ne m'en étais pas vraiment rendu compte, c'est les autres qui trouvent hallucinant que je parvienne toujours à te comprendre au quart de tour. C'est un peu mon pouvoir à moi.
32. Je t'aime.
33. J'aime être dans tes bras, parce que c'est l'endroit où je me sens le plus en sécurité. Je ne suis pas quelqu'un de faible, tu l'admets toi-même, mais j'aime savoir que je pourrais toujours me reposer et oublier les horreurs qu'on voit lors de nos missions, tant que je suis avec toi.
34. Je t'aime.
35. J'ai vécu toute mon enfance seul, j'ai toujours pensé que même si je n'avais jamais aimé ça, je parviendrais tout de même à survivre si je venais à me retrouver dans ma situation de départ. Apparemment non. Tu me manques comme jamais je n'aurais cru ça possible.
Tu sais, Sasuke, nous avons tous les deux des personnalités légèrement extrêmes, je ne suis pas certain que séparés nous nous en sortirons mieux qu'ensemble. Nous ne serons jamais un gentil petit couple traditionnel où l'harmonie règne en maître, ce n'est pas nous ça. Nous sommes des êtres entiers et passionnés, nous ne changerons jamais. Et malgré tes craintes, je ne deviendrais pas un dépressif suicidaire et tu ne te transformeras pas en joyeux luron. Nous avons déjà traversé des crises et celle-ci ne sera certainement pas la dernière, peut-être que tu partiras de nouveau, mais ne t'en fais pas, je t'attendrais toujours (plus ou moins) patiemment à la maison.
Tendrement,
Naruto.
À la fin de sa lecture, Sasuke sentit ses poumons se vider brusquement, il ne s'était même pas réellement rendu compte d'avoir retenu sa respiration tout au long de sa lecture.
Il passa une nouvelle fois une main tremblotante dans ses cheveux, mais dans un mouvement beaucoup plus énergique cette fois. Le brun ne tenta même pas de réprimer le petit sourire qui étirait maintenant ses lèvres, sourire vite suivi par un ricanement nerveux.
Quel abrutit il faisait... Et en plus, il était certain que la plupart des gens considéraient que dans leur couple c'était lui, Sasuke, le plus sage des deux. Comme quoi, les apparences sont trompeuses.
