Bonjour, bonjour!
me revoilà enfin avec le deuxième chapitre traduit, et merci encore et toujours à Hermiko pour la relecture!
En espérant que ça vous plaise toujours autant. Bonne lecture! :D
Just beyond the reach : chapitre 2
Pendant les heures qui suivirent, Thorïn prétendit ne pas courir derrière un hobbit caché, tandis que ce dernier continuait de se faufiler à sa suite en silence. Comme ils avançaient dans l'escalier – le nain devant, le hobbit juste derrière la cape du nain – Bilbon pouvait voir son ami serrer puis desserrer ses poings, comme si le roi avait beaucoup de mal à contrôler sa fureur. Les épaules de Thorïn étaient tendues, alors qu'il tentait de contrôler sa démarche anormalement raidie par ses émotions. Finalement, Bilbon dût se mettre à courir pour se maintenir au niveau du roi en colère.
La cape de Thorïn était en réalité d'une étonnante teinte bleue, savait Bilbon, mais comme il portait l'anneau, tout lui semblait dans l'ombre et grisé. C'était le seul inconvénient à son anneau magique : le monde semblait perdre ses couleurs quand il l'enfilait. Cependant, Bilbon ne s'inquiétait pas outre mesure, car il retrouvait sa vision d'antan dès qu'il ôtait l'anneau. De plus, même si porter l'anneau altérait sa vision, en contrepartie cela affûtait visiblement ses autres sens. Il pouvait par exemple entendre Thorïn marmonner dans sa barbe, pourtant plusieurs pas devant lui.
"Stupide hobbit," grommela Thorïn, "quel jeu puéril..."
Bilbon fit un rictus et accéléra le pas.
Lorsqu'ils atteignirent les « deux niveaux supérieurs », comme on nommait le grand hall circulaire du marché et le niveau des gardiens à l'étage, Bilbon ahanait à cause de l'ascension. S'il n'avait pas été un hobbit et donc un maître dans l'art d'être silencieux, même Oin avec sa mauvaise ouïe aurait été capable de le repérer en se fiant à sa respiration laborieuse. Heureusement, Bilbon était bel et bien un hobbit. S'il l'avait souhaité, il aurait pu se tenir juste sous le nez de Thorïn et le roi n'aurait pu l'entendre – ou même le voir. Bilbon l'aurait sûrement fait s'il n'avait pas craint que l'odeur de sa transpiration ne le trahisse.
D'après Kili, ce marché était prompt à la relaxation. Maintenant, en étudiant de plus près le hall, Bilbon pouvait aisément remarquer que Kili n'avait pas plaisanté : Un peu plus loin, un jeune nain était en train de réciter de la poésie elfique à un somnolent auditoire (une méthode que les nains utilisaient dès qu'ils avaient du mal à s'endormir ; Bilbon avait souvent lu telle poésie au roi quand Thorïn ne trouvait pas le sommeil), pendant que derrière eux, beaucoup chantaient, dansaient, buvaient et faisaient un tumulte de tous les diables. A côté de l'entrée, un certain nombre de stands proposaient de laver, couper et tresser barbe et chevelure. Certains stands avaient même leur propre spécialité, comme le « dégagement » et la « prévention de calvitie ».
« Puis-je proposer à notre courageux et honorable roi un dépouillement digne de ce nom ? » Demanda hardiment une naine aux cheveux gris en bloquant le chemin de Thorïn comme si elle avait surgit de derrière un stand.
« Si vous le feriez à un hobbit, » répondit Thorïn sans trace d'humour dans la voix.
« Absolument, mon seigneur, » répliqua du tac-au-tac la naine en s'inclinant profondément devant Thorïn. « Et où puis-je trouver cet …hobbit ? »
« Je vous l'amènerai, » promit Thorïn d'un ton bourru en contournant la naine, complètement inconscient du regard noir que lui lançait un certain hobbit qui n'avait absolument pas de puces, merci pour lui.
A proximité des stands d'« entretien capillaire », d'accueillants étalages proposaient pipes, haches, tabac à priser, bonbons douceâtres, maniques, pierres d'affûtage, rubans à barbe et bien d'autres choses dont un nain aurait pu avoir besoin ou envie. Au grand désespoir des propriétaires, Thorïn passa devant sans même jeter un coup d'œil à leurs stands, avec l'invisible Bilbon le suivant à la trace.
A la surprise de Bilbon, Thorïn s'arrêta soudainement devant un stand qui était visiblement spécialisé en parchemins, plumes, encre, livres et cartes.
S'il y avait bien une chose qui intéressait vraiment Bilbon, c'étaient les livres et les cartes. Gardant cela en tête, ce n'était pas étonnant qu'il jubile devant les articles, oubliant presque qu'il était censé être invisible et se cacher, et non pas à poser des questions du style : « Pourquoi ne m'as-tu pas dit qu'il y avait un si beau stand à Erebor ? » ou « Est-ce que c'est le Pleurs des Hymnes et Fredonnement d'arbres d'Eleonor Ruthberry ? » ou encore « Puis-je t'emprunter un peu d'or, Thorïn ? »
Bilbon réussit à garder la bouche fermée alors que les questions étaient sur le point de franchir ses lèvres. Bien qu'il ait plaqué ses deux mains sur sa bouche pour s'empêcher de parler, un étrange son de déglutition passa quand même la barrière de ses mains, faisant jeter un coup d'œil par-dessus son épaule à Thorïn. Pendant un moment Bilbon fut pétrifié, ayant la certitude que Thorïn avait grillé sa position, mais rapidement l'attention du roi se reporta de nouveau sur l'étalage et Bilbon pu lâcher le souffle qu'il retenait.
« Roi Thorïn, » dit le propriétaire du stand de livres, un petit nain avec de grands yeux larmoyants et une longue barbe hirsute. « C'est véritablement un honneur de m'incliner devant vous ! »
A ces mots, le nain s'empressa de s'incliner si profondément devant Thorïn que son long nez semblât toucher le sol.
« Maître Hudarf, » salua Thorïn en fixant avec réserve la bibliothèque ; Bilbon songea qu'il paraissait particulièrement mal à l'aise et gauche dans un tel environnement.
« J'aurai besoin d'un livre. »
« Ah oui, évidemment, » répondit Hudarf, se léchant les lèvres avec nervosité. « Et puis-je savoir si vous en avez besoin pour assommer quelqu'un ou pour trouver le sommeil ? »
« Pour lire, en fait, » marmonna Thorïn en plein embarras, faisant se détourner brutalement Hudarf de l'étagère pleine de livres elfiques qu'il était déjà en train de consulter.
« Pour lire… » Répéta Hudarf, paraissant un peu perdu. « Um, certainement, mon seigneur. Je dois bien avoir quelques ouvrages pour cela quelque part. Quel genre de livres Votre Majesté voudrait… lire ? »
Si Bilbon avait trouvé Thorïn mal à l'aise auparavant, il s'était gouré – non pas qu'Hudarf s'en formalisé, nerveux comme il était.
« Le genre rare, » ajouta éventuellement Thorïn. « Le genre que je n'ai pas encore en ma possession. Le genre … qui parle des semi-hommes, oui. Un livre sur les … hobbits. »
Bilbon regarda bouche bée son ami. Un livre sur les hobbits ? Qu'est-ce que Thorïn peut bien faire d'un livre sur les hobbits ? S'il avait voulu savoir quelque chose à leur sujet – quoi que ce soit, vraiment – il aurait pu demander à Bilbon. Thorïn savait qu'il pouvait demander à Bilbon, n'est-ce pas.
N'est-ce pas ?
Bilbon se tordait les mains et regardait anxieusement les livres sur l'étalage. Il avait une fois lu un livre sur les hobbits écrit par quelqu'un qui n'en était pas un. C'était plein d'idées fausses et d'énormes mensonges – l'auteur avait même soutenu mordicus que les hobbits se mangeaient entre eux ! – sans mentionner un manque cruel de grammaire. En lisant un tel livre, Thorïn n'apprendrait rien d'autre que des mensonges sur les hobbits.
« Un livre sur les hobbits, » répéta Hudarf, paraissant des plus perplexes. "Je n'ai jamais entendu parler de pierres hobbits avant aujourd'hui – à quoi ça ressemble ? »
« Son apparence n'est pas le sujet, » répondit Thorïn d'un ton sec, se redressant de toute sa hauteur, se faisant tout à coup si majestueux et intouchable que le cœur de Bilbon se serra à cette vue. « Si vous me trouvez le livre que je recherche – un livre sur les semis-hommes, les hobbits, les habitants d'un endroit appelé 'La Comté' – envoyez-le moi et vous serez dûment récompensé. »
« Oui, mon roi, » répondit à la hâte Hudarf, alors même que Thorïn était déjà en train de s'éloigner. « Si un livre sur les 'hobbits' existe bel et bien à Erebor, Je le trouverai et vous l'amènerai moi-même ! »
Thorïn fit un signe de tête courtois et se mit en marche d'un pas si preste et si brusque que Bilbon n'eut pas le temps de s'écarter de son chemin. Qui sait, Thorïn aurait pu bousculer Bilbon, envoyant voler le hobbit, si le roi nain ne s'était pas arrêté net, à quelques centimètres seulement de son ami.
La fourrure de la cape de Thorïn picotait le visage de Bilbon, et ce dernier n'osait même plus respirer.
Thorïn plissa les yeux, balayant du regard le hall du marché. Puis, au grand dam de Bilbon, Thorïn se mit à renifler l'air qui l'entourait ! Aussi vite qu'il le pouvait, Bilbon fit un maladroit pas en arrière, puis un autre et encore un autre, ses yeux ne lâchant jamais Thorïn.
Un sourire prédateur se forma lentement sur les lèvres du roi.
« Je peux sentir ta présence, semi-homme, » déclara Thorïn à voix basse et Bilbon frissonna, maudissant sa transpiration et le sens de l'odorat du nain.
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