J'ai commencé à protéger la petite Weaslette.

Je la surveillais durant les batailles, hors de vue ou sous un sort de désillusion. Je bloquais déviais les sorts qui lui étaient destinés et neutralisais temporairement les Mangemorts qui se trouvaient autour d'elle. J'observais son style. Elle était bonne, il n'y avait aucun doute là-dessus. La plupart du temps, elle n'avait pas besoin de mon aide discrète. Elle était si enflammée et passionnée – une passion que je n'ai jamais pu ressentir pour ce sang-mêlé qui prônait la suprématie des sang-purs. D'après ses propres théories, il m'était inférieur. Pourquoi alors aurais-je dû le suivre ? Weasley, de son côté, croyait de tout cœur en sa cause. C'était évident.

Je m'étais presque attendu à ce qu'elle arrête de se battre. Je pensais que Molly le lui aurait interdit. Maintenant que je l'ai vue se battre, je me rends compte qu'elle ne l'aurait jamais accepté. Elle a besoin de se battre.

Alors, j'ai décidé de démissionner. D'arrêter de me battre pour le Seigneur des Ténèbres, et de faire de la protection de Weasley un emploi à temps plein. Honnêtement, le vainqueur de la guerre m'importait peu. J'avais le pressentiment que Potter y arriverait à la fin, dès que Voldy aurait montré son horrible… peut-on vraiment appeler ça un visage ?

Alors j'ai disparu. J'ai élu domicile dans la forêt près du camp de la Lumière, afin d'avoir un meilleur accès à Weasley. Selon toutes les apparences, j'étais mort. On n'avait simplement pas retrouvé mon corps. C'était assez fréquent. Je me sentais un peu coupable de faire ça à ma mère, mais je n'avais jamais été très proche d'elle non plus. Je ne culpabilisais pas assez pour ne pas le faire.

J'étais bien installé ; bien plus que je ne l'avais été au camp des Mangemorts, en réalité. J'avais pu faire un saut au Manoir Malefoy, récupérer tout ce dont j'avais besoin sans me faire remarquer (personne ne savait contourner les sorts de protection aussi bien que moi) et je m'étais installé dans la tente que nous avions utilisée pour la Coupe du Monde de Quidditch. J'y étais très à l'aise, et comme elle était prévue pour trois personnes, j'avais tout l'espace dont j'avais besoin. Quelques (douzaines de) coups de baguette plus tard, elle était enchantée et invisible. J'avais toujours été doué en métamorphose, alors avec quelques efforts je parvenais à transformer les baies et champignons que je trouvais en repas appétissants.

Pourquoi, vous demandez-vous peut-être, est-ce qu'un Malefoy voudrait passer son temps à protéger une Weasley ? D'accord, ça avait été le dernier vœu de mon cinglé de père, mais je n'étais pas sous l'emprise d'un Serment Inviolable ou quoi que ce soit du même genre. Eh bien, pour être honnête, cette fille m'intriguait. Je n'avais jamais vraiment fait attention à elle à l'école, mais sa manière de se battre, la façon dont elle avait vengé son abruti de frère, son redoutable sortilège Chauve-Furie… Je voulais en savoir plus sur elle. C'était plus fort que moi . Je sais, cela ne me ressemble pas du tout.

Une nuit, je me suis réveillé avec l'étrange impression que quelque chose ne tournait pas rond. Me dirigeant silencieusement vers la lisière du bois, j'épiais à travers la dernière rangée d'arbres le cimetière de la Lumière, situé entre leur camps et les grands chênes parmi lesquels j'avais trouvé refuge.

Tout d'abord, je crus que ce n'était qu'une autre personne endeuillée qui venait dire bonsoir à un être cher. C'était bien une personne en deuil, mais pas n'importe laquelle. Vous l'avez deviné : c'était Weasley. Elle s'était agenouillée devant les sept tombes de sa famille, figée et silencieuse. Son dos n'était pas secoué par les sanglots et elle ne baissa pas la tête dans ses mains. Elle restait simplement là, immobile.

J'étais sur le point de retourner dans la forêt et la laisser tranquille, m'étant convaincu que mon mauvais pressentiment n'était dû qu'au fait d'avoir entendu ses pas sur les feuilles, quand elle a finalement bougé. Elle mit la main sous sa cape et en ressortit un objet qui scintilla à la faible lueur de la lune. Pendant un moment je fus incapable de bouger, hypnotisé, ne saisissant pas vraiment ce qu'il se passait. Quand elle pointa résolument le couteau vers sa poitrine, le déclic se produisit.

Avant que je n'aie pu vraiment réfléchir à ce que je faisais, j'avais sorti ma baguette et murmuré « Wingardium Leviosa ». Le poignard s'est échappé de sa main et a volé jusqu'à moi. Je l'ai attrapé agilement par la garde. Elle s'est tournée dans ma direction, les yeux écarquillés.

J'avais compté sur sa peur de l'inconnu (ou sa crainte que je sois Mangemort, ce que j'étais plus ou moins) pour contrer sa curiosité, mais apparemment j'avais eu tort. Elle a dégainé sa baguette et traversé le cimetière désert en un clin d'œil. Je ne pouvais pas transplaner vers ma clairière ; il y avait probablement des sorts de détection pour cela, comme pour les Sorts Impardonnables (la raison pour laquelle, je suppose, elle n'avait pas essayé de se tuer avec sa baguette, ce qui aurait été beaucoup moins douloureux. Quoique peut-être était-ce la douleur qu'elle recherchait). Je me suis lancé un nouveau sort de désillusion (je passais plus de temps invisible que visible ces derniers temps, pas vrai?) et me suis aplati contre le large tronc d'un chêne alors qu'elle franchissait la lisière du bois à quelques pas de moi.

Naturellement, c'est à ce moment qu'une brindille sèche a craqué sous mon pied. Elle a tourné brusquement la tête en direction du son, sa baguette suivant le mouvement. Je retenais ma respiration alors que le point de lumière avançait, lentement mais sûrement, vers ma poitrine. Son visage parsemé de taches de rousseur était éclairé par la lueur de la baguette et ses grands yeux bruns étaient plus sombres que je ne les avais jamais vus auparavant. Je ne l'avais jamais regardée de près depuis… eh bien, jamais, en fait, en tout cas pas depuis Poudlard.

Sa chevelure typique des Weasley était coupée court, juste au-dessus de son menton, et tombait dans ses yeux en mèches inégales. Je fus étonné à la vue de l'effet que la guerre avait eu sur elle. De larges cernes s'étiraient sous ses yeux foncés; il était clair qu'elle n'avait pas dormi correctement depuis longtemps. Elle était plus maigre qu'elle ne l'avait jamais été à Poudard ; je pouvais m'en rendre compte même avec mes vagues souvenirs de ce à quoi elle ressemblait dans le temps. Elle avait toujours eu une silhouette fine et athlétique, assez grande pour une fille, mais maintenant elle avait juste l'air en mauvaise santé. Ses joues étaient creuses, le poignet de la main qui tenait sa baguette si mince que j'aurais facilement pu le casser de mes mains nues.

J'avais fait ces observations en quelques secondes, mais j'avais l'impression que de longues minutes s'étaient écoulées. Je retenais toujours ma respiration et ma baguette était sortie, prête à me lancer un bouclier si elle pensait à murmurer un « Finite Incantatem ». Mais elle ne l'a pas fait. Elle a reculé, brandissant toujours sa baguette dans ma direction approximative, avant de s'enfuir en courant vers son camp. Je l'ai regardée disparaître puis j'ai examiné son poignard à la lumière de la lune. La lame était aiguisée et portait le sceau des Prewett. Il venait donc de la famille de sa mère. La garde plaqué or n'était pas incrustée de pierres précieuses, comme la mienne, mais le poignard était tout de même bien ouvragé. Elle serait contrariée de le perdre. Je l'ai mis dans la poche intérieure de ma cape noire et suis retourné dans mon propre petit campement.

Le lendemain matin j'ai surveillé l'entrée de sa tente jusqu'à ce que sa mère en sorte, laissant Ginevra seule à l'intérieur. J'ai percé une ouverture juste au-dessus de son lit et j'ai posé le poignard sur son oreiller, accompagné d'une note, avant de refermer l'ouverture. Quelque part au milieu de tout cela, Weaslette était devenue Ginevra, sans que je ne sache trop comment c'était arrivé.

Ginevra,

Pense à quel point cela serait égoïste. Je garderai un œil sur toi, au cas où.

Tu peux m'appeler Silver.

J'avais été tenté de me faire appeler dragon (j'avais toujours bien aimé mon prénom ; une des rares bontés de Lucius envers moi, je suppose), mais c'était trop évident. Elle aurait deviné.

Cela étant fait, je fis une visite rapide dans la tente de Rogue du côté du camp des Ténèbres. Je savais qu'il aurait des potions de sommeil sans rêves, et je ne fus pas déçu. Je subtilisais sa réserve au complet et j'étais de retour chez la Lumière en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. La potion se retrouva elle aussi dans la tente avec une nouvelle note.

Pour l'amour de Merlin, dors un peu. Je sais que tu n'as aucune raison de me faire confiance, mais tu es intelligente ; tu dois bien connaître les incantations pour déceler les traces de poison dans une potion. Au pire, tu peux toujours la tester sur un elfe de maison.

Silver

Je l'ai observée plus tard. Elle a bu la potion sans faire un seul test. J'aurais dû m'en douter ; après tout, elle désirait mourir.