CHAPITRE 1

Cela faisait trois mois.

Trois mois que je suis coincé dans le passé, incapable de trouver le moindre renseignement sur Hermione ou Harry, trois mois que je fouille tout comme un malade, que je parle avec n'importe qui en espérant que la personne, aussi effrayante, aussi sale et aussi tordue qu'elle soit aurait le moindre renseignement à leur sujet.

Je vis dans une cité universitaire, officiellement je suis en fac de psycho, même si je n'y ai jamais mis les pieds et que je ne compte pas y aller un jour. De toute manière, j'ai même pas l'âge, heureusement que je suis grand et que je fais vieux, sinon je ne serais même pas crédible avec mes connaissances du monde moldu...

Je passe mes journées au phélétone (péléphone ? Téléphone ? Je sais jamais...), et à faire trainer mes oreilles dans les commissariats de toutes les villes de la région. Je suis retourné là où on avait atterri tous les trois, mais il n'y avait aucune trace, ni de notre apparition, ni du combat, rien !

Quand à Rogue, je l'ai un peu espionné chez lui mais il semble n'avoir aucune séquelle de notre rencontre. Il est même passé juste devant moi, dans la rue, sans m'accorder le moindre regard.

Les oubliators, sans aucun doute.

Il est maintenant retourné à Poudlard, et je n'ai rien trouvé de mieux à faire que de venir dans une putain de suite universitaire que je dois partager...

Je crois que c'est le pire, en fait, parce que ces deux types, Chad et Matthieu, n'arrêtent pas de vouloir me taper la discute !

En général, les griffondors sont plutôt d'un naturel social, et je n'ai jamais été en reste pour une bonne rigolade.

Mais bon, faut aussi que les circonstances aillent avec ! Me marrer avec ces cons en pleine puberté alors que mes deux meilleurs amis ont disparu, c'est comme si on me demandait de chier dans le coin de forêt où vit Aragog ! Elle a beau être morte et enterrée, il y a toujours sa descendance qui glande là-bas et j'ai une sainte horreur des araignées !

-salut, Raph', bien dormi ?

Je ne réponds pas à Chad (intrus numéro 1) et me serre un jus de fruit sans accorder un seul regard au truc dormant misérablement sur la table de la cuisine (l'intrus numéro 2) en essayant de se réveiller en fixant sa tasse de café.

Chad soupire, pas étonné pour un sou que je ne lui prête pas la moindre attention.

Faut dire que la seule fois où il m'a vu accorder de l'attention à quelqu'un, c'était à une fille qui essayait de me draguer depuis des heures (ou des minutes, qu'importe, longtemps quoi !) et que j'ai, je l'avoue, un peu malmené verbalement.

Mais c'est pas de ma faute si les moldus sont si sensible émotionnellement !

Enfin, le fait qu'ils n'aient pas connu la guerre doit aussi influencer...

Bref !

Je sens mon portable sonné dans ma poche et après avoir posé mon verre, je m'éloigne un peu pour décrocher.

-ouais ?

« C'est toi qui a cherché à contacter Tonny ? »

Oula... alors, Tonny, c'est le détective ou le mec qui bosse sur les trucs machins temporels.

-ça se pourrait, répondis-je, évasif. Vous êtes qui ?

« Son secrétaire, il veut te rencontrer dans le début de l'après-midi, c'est faisable ?

Je passe mon doigt sur l'arrête du nez, réfléchissant.

-possible, où ça ?

« Derrière l'industrie de boucherie, tu viens seul et pas d'embrouilles, ok ? »

-on verra ce que ton patron aura pour moi.

Ron raccrocha, ça sentait les emmerdes, son machin.

Et Tonny, c'était pas le mafieux qui n'arrête pas d'éliminer tous les macs qu'il croise ?

Mouais, mieux vaut prendre la baguette et peut-être une ou deux armes dissimulées par magie, au cas où.

-hé, Raph, c'était qui au téléphone.

« Hé, Raph ! » je t'en foutrais, des « hé Raph » moi ! Il peut pas me lâcher l'insecte là ?

Ma mère ne m'a jamais éduqué dans le mépris de l'autre, surtout qu'il vaut mieux éviter avec un père aussi tordu (et adorable) que le mien. Mais bon, la fidélité et la persévérance ont fait partie de mon éducation, et comme je ne suis pas trop intelligent, je me focalise sur un seul objectif à la fois.

Là, mon objectif c'est « retrouver Ry et Mione avant qu'ils soient dans une merde pas possible, ou alors les rejoindre dans leurs emmerdes », et non pas « socialiser aimablement avec la pauvre tache qui me serre de coloc ! ».

C'est marrant, depuis qu'ils avaient été séparés, Ron se sentait d'humeur vulgaire...

Mais tant que ça reste en pensée, ça va...

.

Assis sur un tabouret contre le bar, Ron sirotait tranquillement sa bière en observant la rue.

Il n'avait aucun préjugé sur les boissons moldues, mais pour être sincère, la bière n'était vraiment pas une boisson extra.

C'était un liquide basique, moins doux que la bièraubeurre et pas aussi fort que le Whisky pur feu, ça laissait vraiment à désirer... Mais bon, inutile de le faire remarquer à haute voix, parce que vu le gabarit du barman, et son visage taillé au marteau, ça risquerait de ne pas être trop agréable à vivre...

Enfin, pas de préjugé non plus sur les gros mecs dont le bras faisait la taille de son torse, hein, mais même Victor Krum ne l'impressionnait pas autant. Et Ron n'aimait pas spécialement être impressionné, vu son habitude à se retrouver confronté à plus fort que lui.

Il jeta un coup d'œil à l'horloge murale, et commanda quelque chose à manger.

-tu veux quoi ? Demande monsieur muscle.

-vous avez quoi ?

-pas grand chose, mais la patronne peut te faire une omelette, mon gars.

Pourquoi les moldus appellent tout le monde mon gars ? Je suis pas ton gars, je te connais même pas bordel ! C'est quoi ces putains de manières d'être familier, qui t'as dit qu'on a élevé les véracrasses ensemble mon gros ?!

-je prendrais ça, répondis-je calmement.

Alala... quelle misère de devoir m'aplatir devant un simple moldu alors que j'ai tenu tête à des mangemorts un bon paquet de fois !

C'est assez horrible de me souvenir avec une telle précision de tous mes combats, de toutes les fois où j'ai dû ramener Harry en sang ou Hermione en pleurs après une énième confrontation.

D'une certaine manière, on a eu énormément de chance qu'il n'y ait pas eu plus de morts que ça...

Ils s'en rendent pas compte, eux, parce que Ry a perdu son parrain et qu'il en était très proche, et que Mione n'a jamais connu la guerre que dans les livres...

Mais ma mère a perdu ses deux frères pendant la guerre, elle s'est marié de peur qu'elle n'en ait jamais l'occasion car son amant serait mort entre temps ; ma tante (vous savez, celle qui put et qui a mauvais caractère !) a vu un véritable génocide de moldus juste devant ses yeux. Et moi, je me suis souvent réveillé dans la nuit parce que papa se mettait à hurler à cause d'un cauchemar venu de ses souvenirs de la guerre d'avant...

Ou plutôt, de maintenant en fait, vu qu'on est pile-poil à la bonne période pour connaître la montée en puissance de Voldemort.

Joie...

-et bah mon gars, je sais pas ce qui se passe dans ta vie, mais ça a pas l'air très joyeux.

Je sursaute, le barman dépose une assiette devant moi et retourne vers ses autres clients sans plus me regarder.

Bah, ça veut dire qu'il y a au moins un moldu sur terre qui sait s'occuper de ses affaires, c'est déjà ça.

Je finissais tout juste mon omelette (qui s'était avérée plutôt bonne) quand je vis des hommes louches se diriger vers l'arrière d'une boucherie.

Enfin, louche de mon point de vue puisque physiquement ils n'ont rien de spécial (les lunettes noirs passent inaperçues avec ce soleil qui me pète les yeux) mais j'ai développé une sorte de détecteur de truc bizarre depuis que je traîne avec le grand Harry Potter.

Et mon radar est rarement en panne.

-combien je vous dois ?

Le prix me fait grimacer. Faut vraiment que je fasse gaffe, la monnaie des moldus m'induit bien trop souvent en erreur et je risque de bientôt plus pouvoir manger tranquille si je continus à tout dilapider...

Je paie sans un mot, avec un sourire que monsieur gros-bras ne me rend pas, et je sors du bar.

.

-salut, c'est toi Fabien?

Oui, je sais, c'est le troisième nom, mais faut pas tout mélanger non plus !

Il y a ma véritable identité (Ronald, vous l'aurez sans doute remarqué), ma couverture (Raphaël) et mon... heu... nom de code ? Pseudo ? Truc : Fabien.

-et toi tu es... ?

-le secrétaire de Tonny, répond-t-il.

-de toute évidence...

Il est grand, plus grand que moi (pourtant je ne suis pas considéré comme petit en temps normal) et il a un teint basané comme s'il passait sa vie à bronzer sur la plage.

Chose facilement démenti par sa musculature de « je passe mes journées dans des salles de sports » même si c'est apparemment que de la gonflette...

Les trois autres qui sont là n'ont pas l'air d'être supérieur hiérarchiquement, donc j'en déduis que monsieur le mafieux a préféré rester bien au frais plutôt que se prendre un coup de soleil en se baladant dehors par un temps pareil.

-et pourquoi il n'est pas venu me voir en personne ?

L'autre me regarde avec dédain, comme si j'étais un SDF demandant de partager les chiottes de la reine. La comparaison est, certes, assez bizarre, mais c'est l'impression que j'ai eu.

-et tu te prends pour qui pour demander un tel privilège ?

C'est sûr que niveau fric, j'ai jamais assuré et encore moins depuis que je vis de moi-même dans une jungle sans magie. Mais à côté de ça, je peux être utile. C'est d'ailleurs ce que je lui dis :

-pour un mec qui peut lui être sacrément utile si jamais il me donne ce dont j'ai besoin... À condition qu'il remplisse sa part de contrat, je pourrais lui rendre des sacrés bons services.

-je vais te dire quel est le contrat, moi !

Le secrétaire leva alors la main et je me suis retrouvé comme un con entouré de trois jolies armes à feu

Je suis pas expert en arme moldu... non, en fait je ne m'y connais pas du tout, mais les machins noirs dont les canons me visent sans équivoques n'ont pas l'air d'être des joujoux.

À côté de ça, les bonhommes qui me visent sont des crottes de chien à côté des mangemorts que j'ai affronté, donc je ne bronche même pas.

-tu arrêtes de te mêler des affaires de mon boss, et en échange il t'accorde la vie sauve. T'en pense quoi ?

Je hausse les épaules.

C'est, je dois l'avouer, assez stupide vu que les trois guignols pourraient prendre ça pour un feu vert pour me trouer de balles, mais on est au beau milieu de la journée en pleine ville, et je ne pense pas que les quelques murs entre nous et la rue bondée cache efficacement le son d'un coup de feu.

Mais après tout, j'en sais rien, il existe peut-être des machins qui ne font pas de bruit en tirant, qu'est-ce que j'en sais moi ?

-écoute, dit à tes amis de ranger leurs bidules, parce que si Tonny est assez peureux pour ne pas oser venir à ma rencontre, c'est pas mon cas, et je sais qu'il ne serait pas déçu par ce que j'aurais à lui apporter. Après, c'est à vous de voir.

L'autre ne change pas d'un iota, puis sa main se baisse, les trois types autour de moi hésitent, et le basané déclare :

-on verra bien si t'as assez de courage pour. On reviendra dans une semaine voir si tu n'as pas changé d'avis comme n'importe quel étudiant le ferait. T'es peut-être un peu jeune pour crever comme un rat derrière un entrepôt, tu crois pas ?

Je réponds pas, et ils partent.

Ouf...

Pas que j'ai eu réellement peur, mais faut avouer que l'adrénaline peut jouer des sales tours parfois, et j'aurais été malin si j'avais lancé un sort par réflexe !

Je secoue la tête pour me ressaisir et décide de retourner au bar pour reprendre de l'omelette, parce que c'est vachement bon ce truc !

.

-ah, te voilà de retour, toi ? Tu n'as pas été long.

-l'omelette a été si bonne que j'en voulais encore, il en reste ?

Il me regarde avec suspicion, mais j'ai faim. Et quand j'ai faim, j'ai la (mauvaise) habitude de faire des grands sourires plein de dents qui me donne, d'après Hermione, l'air passablement con.

Avec un therme dix fois plus scientifique, bien sûr, mais bon, ça revient au même.

Il me commande une autre assiette et va pour passer un coup de chiffon sur le bar.

Il n'y a pas grand monde à cette heure là : trop tôt pour les soirées et trop tard pour la pause de midi, je me sens tranquille.

- un gamin comme toi n'a pas cours à cette heure là normalement ?

Je lève les yeux et observe monsieur-muscle qui a parlé sans me regarder, même si ça ne fait aucun doute que c'est à moi qu'il s'adresse.

-si, sûrement, mais je ne vais pas en cours donc bon...

Il dépose une bière devant moi.

-j'ai pas commandé ça.

-c'est la maison qui offre, alors discute pas.

Ok, ok, on reste calme, je la prends ta bière !

-et qu'est-ce que tu fais de ta vie alors ? Tu bosses déjà ?

Les questions personnelles auraient pu me hérisser... Je pense même qu'en temps normal je n'aurais pas hésité à l'envoyer bouler.

Mais bon, j'ai le droit de me relâcher un peu de temps en temps, non ?

-pas vraiment. Je cherche des amis qui ont disparus il y a trois mois. Et ça me prend toutes mes journées, donc je n'ai pas vraiment le temps de bosser ou de faire des études, vous voyez ?

Il hoche la tête.

-et pourquoi c'est toi qui t'en occupe, c'est pas le job de la police, ça ?

Je fronce les sourcils, contrarié.

-ce sont mes amis. Donc c'est mes affaires ! Je ne veux pas de l'aide de personnes qui n'ont d'intérêt que leur salaire à la fin du mois.

Il sourit, un petit sourire de gros malabar, et je trouve ça bizarre ce sourire dans son visage carré...

-je comprends, tiens, mange.

.

-salut Raphaël, tu es déjà rentré ? S'étonne Mathieu en rentrant dans l'appartement.

-de toute évidence, me contentais-je de répondre.

Pourquoi il dit un truc pareil, sincèrement ? C'est évident que je suis rentré vu que je suis face à lui !

Je suis resté un petit peu dans le bar en silence avec le mec baraqué (et sans prénom vu qu'il ne me l'a pas dit) je lui ai laissé de la monnaie et je suis rentré.

Oui, je sais, j'ai déjà dit que je devais faire attention à mon fric ici... Mais j'ai le droit à des exceptions, et puis ça ne marche pas dans les circonstances actuelles !

-t'as toujours eu un drôle de sens de l'humour, hein Raph ?

« Hein Raph » répéta mentalement Ron avec une grimace.

Pas toujours, Chad, c'est surtout depuis que je dois vivre avec deux ramassis de fœtus incarnés que je suis comme ça !

-ouais, un drôle d'humour, c'est clair...

Il jeta son verre en plastique dans l'évier vide et se passa une main lasse dans ses cheveux.

Allez allez... encore une journée de finie, ça voulait dire une journée en moins à vivre dans un monde sans magie !

Fight, Ronny, fight...