Chapitre 2

Je me réveillai en sursaut. Non pas à cause d'un cauchemar, non. Enfin, c'est tout comme, et pour le coup, j'aurai largement préféré me faire réveiller par une des mes éternelles terreurs nocturnes.

"Ara ara, aurai-je réveillé Bitch-chan? Nfufu~."

En effet, me faire réveiller par cet idiot de pervers en train de me lécher le cou, ce n'est vraiment pas quelque chose que j'apprécie. C'est dégoûtant.

"Ne me touche pas." sifflai-je d'une voix glaciale en le fusillant du regard, me relevant d'un coup sec en lui dégageant la main qu'il avait posée sur le bas de ma jambe et tentait de faire remonter jusqu'à ma cuisse.

"Allez, tu ne pourras bientôt plus résister à mon charme, Bitch-chan~."

Je l'interrompis dans sa tentative d'approche en sautant hors du lit aussi rapidement que je le pus, et lui fis une clé de bras à l'instant où il posa son bras droit sur le mur se trouvant derrière moi en tentant de me couper toute porte de sortie. Le vampire aux yeux émeraude lâcha au passage un cri de douleur assez peu discret lorsque j'appuyai sur son dos avec mon pied, pour m'assurer de ma sécurité provisoire.

"Aïe!"

Je faillis d'ailleurs relâcher ma prise sur le vampire aux yeux émeraude lorsque la porte s'ouvrit en un bruit violent, laissant apparaître le jumeau de mon prisonnier. Ayato nous scruta Laito et moi du regard, l'incompréhension qui régnait en son fort intérieur quant à la position dans laquelle nous étions se lisant très facilement dans ses yeux maintenant écarquillés de surprise et ses sourcils légèrement froncés. Il reprit contenance rapidement, et m'interrogea d'un ton qui voulait dire "j'exige des réponses, et tu vas me les donner".

"Oi, c'est quoi tout ce boucan, Pancake?!"

Laito et moi le regardions dans le blanc des yeux sans jamais prendre la parole, ne sachant pas quoi dire, et ne voulant pas expliquer ce qu'il s'était passé: Laito ne voulait pas sembler ridicule, et moi, je ne voulais pas m'attirer d'ennuis.

"Vous allez me répondre, oui ou non?!" commença-t-il à s'énerver.

"Haha, c'est que.." commença Laito.

"Que quelqu'un m'explique ce qu'il s'est passé immédiatement." nous interrompit Reiji en remontant ses lunettes d'un air agacé.

Il nous jaugeait du regard d'une manière plus que méprisante, comme s'il était avec des moins-que-rien. Ce petit air suffisant qu'il prenait à chaque fois qu'il parlait, en particulier lorsque je faisais partie des personnes auxquelles il s'adressait me donnait envie de le lui faire ravaler, peu importe la manière de laquelle je devais faire usage pour y parvenir.

"C'est de sa faute." répondîmes Laito et moi d'une même voix, ne voulant sous aucun prétexte admettre nos torts. Techniquement, je ne mentais pas : s'il n'avait pas décidé de me réveiller ainsi et de tenter sa petite aggression sur moi, à aucun moment il ne se serait retrouvé dans une telle position.

Il tourna la tête vers moi, tentant de m'assassiner du regard et je lui retournai son regard sans attendre.

"Vous deux..." commença le vampire aux yeux rosés d'une voix menaçante.

Je suis trop jeune pour mourir!

Reiji arborait un air dédaigneux, regardant à tour de rôle Laito puis moi. Malheureusement pour moi, cet abruti de rouquin pervers décida d'insister.

"Je n'ai rien fait, j'ai juste essayé de réveiller Bitch-chan, puis elle m'a agressé...~" dit-it en affichant un semblant de moue triste.

"C'était de la légitime défense!" rétorquai-je, tentant tant bien que mal de me défendre et d'assassiner le rouquin qui se trouvait sous moi du regard.

Ayato souriait jusqu'aux oreilles tandis qu'il lâchait par moments de petits gloussements. Il faisait de son mieux afin de supprimer son rire, en vain.

"Bwahahaha!" finit-il par exploser, riant à gorge déployée.

Dépassé par la situation, la seule réponse de Reiji fut de fermer les yeux et de souper fortement en se massant la tempe droite avant de reprendre la parole au moment où je crus m'en sortir saine et sauve, en me jaugeant du regard :

"Toi, j'ai plusieurs choses à te dire."


Les garçons venaient de quitter ma chambre. Reiji m'avait donné mon uniforme et m'avait ordonné d'être en bas et prête dans 10 minutes, sans oublier de me passer un savon pour mes actes au passage - mais je dois admettre que ce qu'il m'avait dit était rentré par une oreille et ressorti par l'autre. Je me préparai en vitesse, ne souhaitant pas être confrontée une nouvelle fois au vampire aux cheveux noirs. Une fois arrivée en bas, Reiji me regarda d'un air hautain.

"Au moins, tu es à l'heure."

Une fois les cinq frères manquant à l'appel arrivés, nous nous installâmes dans la limousine qu'ils possédaient afin de nous rendre au lycée. C'est bien évidemment un silence pesant qui régna dans la voiture durant le trajet. Un peu avant de descendre de la voiture, Reiji ne se priva pas de m'avertir.

"Tu es dans la même classe que moi. Interdiction de faire quoi que ce soit de déplacé, aucune insolence, rien. Tiens-toi à carreau, je t'ai à l'oeil."

"Oui, oui, t'en fais pas maman." marmonnai-je dans ma barbe. On donne des ordres, on se sent exister.

Le regard tueur qu'il me lança me fit comprendre que me taire aurait été une meilleure idée, et qu'il ferait probablement de son mieux pour faire des deux prochains jours un enfer pour moi afin de prendre sa petite revanche.

"Je te demande pardon?" me demanda-t-il l'air de dire "réponds et je t'en colle une".

"J'ai rien dit." répondis-je en arborant un sourire faussement angélique.

Voyons, jamais je n'oserai, ricanai-je en mon for intérieur d'une voix méprisante à souhait.

Nous descendîmes de la limousine, enfin arrivés au lycée après ce qui m'a semblé être une éternité. Je suivis Reiji, la tête baissée et les yeux rivés au sol de manière à ce que mes cheveux puissent cacher mes yeux. Je n'ai aucun doute quant au fait que mes yeux bicolores retiendront l'attention de certains, alors autant me faire discrète aussi longtemps que possible. Attirer les regards sur moi, c'est bien une des dernières choses que je souhaite, surtout en ce moment. Cependant, mon désir de passer inaperçue fut vite stoppé lorsque cet abruti de professeur me demanda de me présenter ; "pour mieux m'intégrer" qu'il disait. Je relevai la tête, inspectant du regard mes camarades de classe. Je lâchai un rapide "je m'appelle Asulia Teikushite et j'ai 19 ans" avant de foncer m'asseoir tout au fond de la classe, à côté de la fenêtre, à l'abri de la plupart des regards qui m'auraient scrutés si je m'étais assise devant (heureusement pour moi, il n'y avait plus de place). Le regard de mes nouveaux camarades se faisaient de plus en plus persistents.

Je ne vais pas supporter ça longtemps.

Même si je l'aurai espéré, aucunes de leurs paroles ne m'échappa. "T'as vu ses yeux?" disait l'un, "Elle est trop bizarre" disait l'autre. La norme, quoi. C'est pour ça que je n'aime pas traîner auprès de leur quasi-totalité: les humains sont méprisables et méprisants.


Je ne me fis pas prier et sortis immédiatement de la salle de classe lorsque la sonnerie qui signalait la pause retentit. A croire que les heures de cours passent vite quand on dessine, mais pas assez. Comment Reiji fait-il pour ne pas s'ennuyer, sans déconner? Je grimpai les marches des escaliers assez rapidement mais pas trop de manière à ne pas pouvoir m'étaler dans les marches, dans le but d'atteindre le toit du lycée le plus tôt possible. J'espère que je pourrai avoir la paix pendant au moins la moitié de la pause.

J'admirais tranquillement le ciel sombre de minuit, perdue dans mes pensées, la froide brise automnale me fouettant les joues, qui ne laissaient pas apparaître la moindre rougeur. Comme quoi, avoir des pouvoirs en rapport avec le froid, ça sert.

Une nouvelle présence ne m'étant pas inconnue se fit tout à coup sentir derrière moi. Je connais cette odeur...

Je me retournai en un éclair, créant une longue et fine lame de glace que je pressai fermement contre la gorge de mon agresseur, qui lui me pointait une arme à feu sur la tempe.

Alors, c'est bien lui.