Yami Flo présente

Lettres Mortes : Chevaliers

Tears of the Stars

Résumé : Deux siècles après la dernière Guerre Sainte, une autre se profile à l'horizon. Athéna a ressuscité, elle est en sécurité au Sanctuaire. Enfin, c'est ce que l'on croit, car ce ne saurait être l'exact vérité. Dans l'ombre, une autre attend aussi l'aboutissement de sa destinée. Et tandis que le temps passe et que l'enfant-déesse et son ombre grandissent, une nouvelle génération de chevaliers doit faire ses preuves et se tenir prêt à défendre la vie de leur déesse…

Genre : Futur, basé sur l'idée « et si Athéna se réincarnait dans des jumelles ? ». Nombreux OCs. Fic écrite en 2004, quand j'étais encore dans ma pleine période Saint Seiya. J'ai complètement décroché du fandom depuis.

Petit résumé de « Qui est Qui ? » :

Chiara, réincarnation officielle d'Athéna. Possède l'essentiel de son pouvoir, mais peu de souvenirs de ses vies antérieur ou de sa divinité…

Sibel, Prophétesse, sœur aînée de Chiara, Karen et…

Karen, demi-sœur de Sibel, Chiara et…

?, jumelle inconnue de Chiara

Calchas, un devin aux mystérieuses ambitions

Meredith, Grand Pope

Saphir, chevalier des Gémeaux et frère de Rubis.

Irina, chevalier du Scorpion. Descendante des Polaris.

Kendra, Chevalier de la Balance

Amalthée, Chevalier du Capricorne

Cyran et Rubis, apprentis chevalier en compétition pour la même armure

Narcisse, Chevalier du Cancer

Dhani, Chevalier du Bélier

Valerian, Chevalier du Taureau

Pyrrhos, actuel Chevalier du Lion et Léandre, ancien Chevalier du Lion

Khaled, chevalier de la Vierge, et son frère Nidhal, Chevalier du Sagittaire

Rowan, chevalier des Poissons

Ganymède, Chevalier du Verseau

Iouri, un garde du Sanctuaire…

Mimir, Grand Prêtre d'Odin

Solveig, Princesse d'Asgard, nièce de Mimir

Chapitre 1 : Le Cercle de la Vie

Les arènes du Sanctuaire étaient bien agitées ce matin là. Plusieurs gardes et quelques chevaliers s'étaient assis dans les gradins, tandis que deux gardes étaient venus prendre place de part et d'autre d'une boîte grise située sur un promontoire.

Tout en haut des gradins, le Pope Meredith se tenait droit, avec, à ses côtés, une petite fille d'environ quatre ans, aux épais cheveux roux et aux yeux verts. Plusieurs chevaliers s'étaient rassemblés autour d'elle et jetaient des coups d'œil suspicieux à quiconque la regardait un peu trop longtemps.

-Quatre ans déjà, songea une jeune fille âgée d'une douzaine d'années en secouant la tête, et, par la même occasion, ses boucles blondes. Chiara ressemble vraiment à une petite poupée…Dire que sous ses airs si fragiles se cache la pire ennemie des forces du mal…

-Eh, Irina !

L'adolescente releva la tête à son nom, et, bien que personne ne pu le voir à cause de son masque, elle se mit à sourire au jeune garçon qui venait dans sa direction.

Il s'agissait d'un autre adolescent, aux longs cheveux noués en catogan, et au regard couleur saphir, vêtu d'une tunique blanche et d'un pantalon brun. Il souriait grandement, tout en faisant de grands signes de la main à une jeune fille un peu plus jeune que lui, se tenant au centre de l'arène.

-Bonjour Saphir. Il est bien rare de te voir quitter la maison des Gémeaux depuis que tu as obtenu ton armure.

-C'est valable pour toi aussi, chevalier du Scorpion. Mais je ne pouvais pas rester dans la troisième maison un jour aussi important qu'aujourd'hui !

-C'est vrai que Rubis fait partie des deux adversaires pour cette armure d'argent. Je lui souhaite de réussir.

-Je te trouve bien loquace aujourd'hui, Irina. Tu es soucieuse ?

-Je dois voir le Pope après le tournoi pour l'armure.

-Hein ? Tu as fait une bêtise ?

-Non, non, pas du tout. Mais j'ai besoin de son accord pour quitter le Sanctuaire. Je dois retourner dans mon pays pour quelques temps.

-Mais pour qu…

-Chut ! Le Pope commence son discours.

En effet, Meredith avait descendu quelques marches, et d'un geste, avait exhorté tout le monde au silence.

-Aujourd'hui, nous allons voir la naissance d'un chevalier. Cyran et Rubis ! Avancez-vous dans l'arène !

Aussitôt, deux adolescents, un garçon de quatorze ans, musclé, aux yeux et aux cheveux noirs, et une fille de dix ans, aux longs cheveux rouges coiffés en deux nattes, et dont le visage était caché par un masque blanc décoré de deux traits bleus verticaux sur chaque joues, vinrent s'agenouiller devant le Pope.

-Chacun d'entre vous a, avant de livrer ce combat, vaincu six adversaires. Celui d'entre vous qui remportera le combat d'aujourd'hui remportera l'armure et obtiendra le titre de chevalier sacré de la déesse Athéna. Elle est présente parmi nous aujourd'hui, ajouta-t-il en désignant d'une main la petite Chiara, sagement assise sur les gradins, aussi, donnez le meilleur de vous-même, et respectez votre adversaire. Montrez nous que quelque soit le gagnant du tournoi, vous serrez toujours deux vaillants défenseurs d'Athéna.

Des applaudissements éclatèrent dans les tribunes, ainsi que des cris d'encouragement. Mais Irina, tout comme Saphir, nota qu'ils étaient surtout pour Cyran. Quelques moqueries envers Rubis firent serrer les poings au jeune Saphir, mais Irina posa une main ferme sur son épaule, l'incitant au calme.

Du reste, la jeune fille gardait les yeux fixés sur le duel qui se déroulait sous ses yeux.

Cyran avait l'avantage de la force et de la taille, mais jusqu'à présent, Rubis, plus agile, avait évité tous ses coups. Elle ne faisait aucun geste pour riposter, se contentant d'éviter les assauts les uns après et les autres, et de parés ceux qu'elle ne pouvait évité.

Irina sourit en comprenant la technique employée par l'autre fille. Elle comptait laisser son adversaire utiliser ses forces, afin de pouvoir l'affaiblir et d'ensuite riposter sans mal à ses assauts, tout en contre-attaquant. Cependant, Cyran n'avait pas l'air stupide, et il semblait se rendre compte de ce que désirait sa rivale.

Il cessa brusquement ses attaques, et pris une position de défense. Face à lui, Rubis l'imita. Pendant un moment, aucun des deux ne bougea. Tout deux cherchaient dans la défense de l'autre une faille qui lui aurait permis d'attaquer. Ils restèrent ainsi de longues minutes, totalement figés.

-Pourquoi ne se battent-ils plus ?

-C'est vrai, ils semblaient près à s'égorger il y a une minute, et maintenant plus rien.

-Si ça se trouve, ils sont tout deux morts de peur.

-Imbéciles, fit Irina d'un ton polaire et maître de soi. Ils savent tout deux que la moindre erreur de jugement, le moindre mouvement hasardeux, leur ferait perdre le combat.

-Rubis et Cyran sont dans une position où ils peuvent à la fois se défendre ou attaquer, pour cela il suffit qu'ils modifient légèrement leur position, continua Saphir, les bras croisés. Ils sont tous les deux conscients que s'ils bougent, l'autre en profitera pour attaquer. C'est une sorte de guerre des nerfs. Le premier qui craquera, perdra.

Personne n'osa lui répliquer. Irina était, après tout, un chevalier d'or, l'un des plus puissants de la chevalerie, même si c'était une femme. Et Saphir bénéficiait d'une certaine notoriété en tant que chevalier.

Dans l'arène, le combat se poursuivait. Sans doute las d'attendre, Rubis avait attaqué la première, utilisant ses poings, dont quelques coups n'avaient pas pu être paré par Cyran. Rubis attaquait d'une manière assez imprévisible. Elle ne suivait pas d'enchaînements particuliers, elle semblait simplement frapper de manière aléatoire.

Cependant, Cyran réussit à la saisir par le bras et par l'envoyer, après l'avoir frappé au ventre, à plusieurs mètres de distance. Rubis se releva pourtant sans problèmes, et eut un petit rire. Cyran se jeta sur elle, et commença à la rouer de coups de poings et de pieds, qu'elle para tant bien que mal. Cela dura plusieurs minutes, durant lesquels Rubis parut en net désavantage. Cependant, alors que Cyran faisait mine de la frapper à la tête, elle lui attrapa le poignet et commença à le serrer.

Cyran tenta tant bien que mal de se dégager en la frappant, mais rien n'y fit. Comme sourde à la douleur, Rubis continuait de serrer fermement le poignet de son adversaire. Un bruit atroce retentit alors, en même tant qu'un cri de douleur. Cyran se jeta en arrière, la main gauche crispée sur son poignet droit.

Irina déglutit. Elle ne s'était pas tromper. C'était bien le son des os du poignet de Cyran entrain de se briser qu'elle avait entendu. Le jeune garçon semblait très pâle, et jetait des regards furieux à sa rivale, qui époussetait sa tunique d'un geste nonchalant.

-Espèce de peste ! Tu vas me le payer !

-J'en doute beaucoup. Tu ne représentes plus une menace sérieuse maintenant que ton poignet droit est brisé.

-Qu'est ce que tu an sais ! Je suis toujours capable de te battre.

-Je t'ais bien observer, Cyran. Pendant tout le combat, tu n'as cessé de te servir de ton bras droit, délaissant l'autre bras ainsi que tes jambes. Et chaque fois que tu me frappais, j'ai constaté que tes coups les plus les plus violents venaient de ce poing ci.

-Comment ! Tu veux dire que depuis le début, tu t'es laissée faire seulement pour déterminer mon point fort ?

-C'est exact, afin de mieux pouvoir le détruire. Dès que je t'ai vu, j'ai compris que physiquement je ne faisais pas le poids. Alors j'ai mis en pratique un vieux conseil de mon maître : quand ton adversaire est plus fort que toi, ne l'attaque pas sans réfléchir, et cherche son point fort. Si tu parviens à le détruire, tu seras en mesure de le vaincre. Et c'est exactement ce qui t'arrive, Cyran. Avec un bras cassé, tu es comme un lion qui aurait perdu ses crocs.

-Rubis est très maligne, murmura Saphir. A présent, sa victoire ne fait plus aucun doute.

- Comme si tu n'avais jamais eu le moindre doute, ricana Irina.

-Cyran ! Je vais te laisser une ultime chance de te retirer ! Abandonne le combat maintenant et laisse-moi l'armure !

-Abandonner l'armure ! Pauvre folle ! Ce n'est pas parce que j'ai un bras un moins que je ne serais pas capable de te battre !

-Malheureusement, tu n'en seras pas capable, à moins d'avoir déjà senti l'univers en toi.

-Grr…Mêles-toi de ce qui te concerne !

-Hum, selon ta réponse, on dirait bien que non. Je dois en conclure que tu n'es pas digne d'être un chevalier.

-Comment oses-tu !

-C'est ainsi. Tant que tu n'auras pas ressenti l'univers en toi, tu ne pourras pas me battre, pas plus que tu ne pourras endosser l'armure. Car la vraie force d'un chevalier provient de son cosmos et de sa foi envers celui ou celle à qui il a juré fidélité. Ce n'est seulement valable pour nous, les Saints d'Athéna, mais pour tous les combattants de cette planète. Alors pour la dernière fois, je te le redis : abandonnes, tu n'as plus aucune chance de gagner.

-Hors de question !

-Alors tant pis pour toi, murmura-t-elle avant de joindre les mains au dessus sa tête, comme pour former une jarre.

Irina fronça les sourcils. Elle reconnaissait parfaitement cette position. C'était celle de l'Aurora Execution employée par les chevaliers du froid.

Ou du moins, la pose était semblable. Mais au lieu d'une jeune femme portant une jarre, ce fut une sorte d'immense boule de lumière qui sembla se former derrière Rubis. Irina réalisa en un éclair ce dont il s'agissait : le Soleil. Un halo de lumière sembla entouré les bras de Rubis. Irina fronça les sourcils, se demandant ce qui allait encore arriver.

D'un geste sur, Rubis abattit les bras, tout en criant :

-Light Crushing !

Un rayon lumineux très large quitta alors ses bras joints et fonça sur Cyran, qui n'eut pas le temps de l'éviter. Atteint de plein fouet, il fut soulevé dans les airs, projeté en arrière sur plusieurs mètres et se retrouva à terre, inconscient. Des brûlures se faisaient voir sur ses bras et son visage.

Alors, Rubis se tourna vers l'urne contenant l'armure. Cette dernière s'ouvrit et, dans un flash aveuglant, vint la recouvrir. Rubis posa alors un genou à terre devant le Pope et Athéna.

-Moi, Rubis, je jure fidélité à la réincarnation d'Athéna, et promet de ne porter cette armure que pour défendre la justice et la paix sur terre, comme l'ont fait ceux qui m'ont précédé.

-Relève-toi, chevalier, fit le Pope.

Il se tourna alors vers l'ensemble des gens installé dans l'arène.

-Aujourd'hui, Athéna a accueilli parmi les siens un nouveau chevalier. Désormais, nous avons un nouveau chevalier d'argent: Rubis, chevalier de la Coupe.

Brusquement, il y eut des chuchotements dans la foule. Irina leva les yeux vers le haut des gradins et vit Chiara qui s'était relevée, l'air digne, et qui venait se placer auprès du Grand Pope. Elle fit un sourire radieux à la nouvelle femme chevalier.

-Chevalier Rubis, dit-elle une petite voix, j'espère que tu ne manqueras jamais à ta parole et que tu deviendras, à l'image de tes pairs, un grand défenseur de la justice.

Des exclamations retentirent dans les gradins, et plusieurs personnes vinrent féliciter le nouveau chevalier, tandis que le Pope s'éclipsait avec la princesse Athéna, toujours accompagnée de sa garde.

Saphir se leva brusquement, et, suivit d'Irina, s'approcha de Rubis. Cette dernière se jeta dans ses bras en pleurant de joie sous son masque.

-J'ai réussi grand frère ! J'ai enfin réussi ! Je suis chevalier moi aussi !

-Je suis très fier de toi, Rubis. Tu méritais de gagner, et tu as fait un très beau combat.

-Félicitation Rubis, fit également Irina en lui tendant une main. Tu viens de prouver à tous que les hommes ne sont pas les seuls à pouvoir obtenir une armure.

-Je ne suis pas la première, Irina.

-Dans la classe de l'argent, c'est le cas. Franchement, je commence à croire que les hommes ne nous feront jamais confiance. Tous dans l'arène disaient que Cyran remporterait le combat, pas un n'imaginait qu'une femme pourrait le battre.

-C'est comme ça. Si vous voulez bien m'excuser, je dois rejoindre mon maître. J'aimerais lui annoncer ma victoire.

-Pourquoi n'est-il pas venu ? Demanda Saphir, légèrement inquiet.

-Il est gravement malade. Les médecins disent qu'il n'en a plus pour longtemps à vivre. Tu sais, grand frère, si aujourd'hui je me suis battue, c'est pour lui, pour lui prouver que son enseignement n'a pas été vain et que je lui suis reconnaissante pour tout ce qu'il m'a apprit au cours de ces quatre années d'entraînement.

-Je te reconnais bien là, Rubis. Allez, je vais t'accompagner. Cela fait bien longtemps que je n'ai pas eu l'occasion de le revoir, moi aussi. Tu viens avec nous, Irina ?

-Non. Je dois déjà regagner le palais du Pope. Mais on se reverra plus tard.

Elle s'éloigna d'un pas rapide, sans se retourner. Elle se sentait incroyablement fière de Rubis, la petite sœur de son meilleur ami. Ce n'était encore qu'une enfant, mais on devinait déjà qu'elle deviendrait un fervent défenseur de la justice. Athéna elle-même semblait l'avoir constater en lui parlant. Pour le peu qu'Irina l'avait déjà vu, Chiara parlait rarement à ses chevaliers. Rubis pouvait se sentir honorée d'avoir sa confiance.

Perdue dans ses pensées, elle ne s'aperçut pas immédiatement qu'elle était arrivée au pied des douze maisons du zodiaque. Un bref instant, elle laissa son regard dérivé sur les constructions de marbre, tentant de se souvenir de la première fois où elle les avait vu, il y a de cela si longtemps, alors qu'elle quitté pour la première fois les neiges éternelles qui recouvraient sa patrie. Elle se souvenait clairement avoir été malade à cause de la chaleur, et cela avait continué pendant de long mois au tout début de son entraînement. Mais aujourd'hui, elle supportait sans problèmes les températures élevées de la Grèce.

Secouant la tête et se sermonnant intérieurement pour se laisser aller au sentimentalisme, Irina entreprit l'ascension des marches qui menaient à la première maison.

Tranquillement assis sur les marches, Dhani, le chevalier du Bélier, lisait un vieux livre. Il releva légèrement la tête à son arrivée, non sans lui faire un petit sourire. Irina décela une certaine fatigue dans ses grands yeux bruns, et sans s'avoir pourquoi, s'en inquiéta légèrement. Elle n'était pas particulièrement proche du gardien de la première maison, mais elle l'appréciait pour sa franchise, qualité que ne possédaient malheureusement pas tous les chevaliers qu'elle connaissait.

-Bonne lecture, Dhani ?

-Si tu appelles un livre sur la façon de reconstruire des armures détruites une bonne lecture, alors oui. J'aimerais que mon maître soit là, soupira-t-il.

-Il doit rester à Jamir, Dhani, et tu le sais. C'est à toi seul de te débrouiller, maintenant.

-Quand même Irina, j'aurais espérer qu'il m'aiderait ne serait-ce qu'un peu à travailler les armures. Je sais réparer des armures de bronze, parfais celles d'argent, mais je ne peux pas faire plus.

-Tu as seulement quinze ans, Dhani. C'est normal, après tout.

-Peut-être, peut-être pas. Mon maître savait déjà réparer les armures d'or lorsqu'il avait mon âge, mais moi, j'en suis incapable.

-Je suppose qu'il ne s'agit que d'une question de temps. Cela fait seulement trois mois que tu as ton armure, tu ne peux pas déjà maîtriser ton plein pouvoir en tant que chevalier.

-Nous verrons bien. Je ne vais pas te retenir plus longtemps, je sais que tu as une entrevue.

Irina ne répondit pas et reprit l'ascension des marches. Elle songeait à Dhani.

Dhani était originaire des Indes, mais rien dans son physique ne permettait de le savoir. Ses longs cheveux bleus aussi clairs que le ciel et sa peau d'une grande pâleur, en effet, ne trahissaient en rien ses origines.

C'était un garçon franc et volontaire, un peu impétueux parfois, et qui détestait plus que tout l'inaction. Cela expliquait un peu son détachement coutumier et son manque d'attention pour les livres qu'il devait étudier. Depuis des siècles, le peuple de Dhani avait la charge de réparer les armures, et l'actuel chevalier du Bélier n'échappait pas à cette règle. Seulement, il manquait de confiance en lui pour ce travail, ainsi que de conviction pour le faire.

Mais Irina était persuadée qu'il pouvait faire ce que l'on attendait de lui.

Elle venait déjà d'atteindre la deuxième maison, mais ne s'attarda pas plus dans celle-ci, s'arrêtant à peine pour faire un signe de la main au chevalier du Taureau, Valérian. Ce dernier ne fit pas un geste pour lui rendre son salut, mais cela n'étonna pas Irina outre mesure. Valérian avait la réputation d'être un solitaire, et à l'exception de Saphir des Gémeaux et du chevalier du Verseau, Ganymède, aucun de ses pairs d'or n'avait eu l'occasion d'avoir une vraie discussion avec lui.

Valérian avait le même âge qu'elle, soit douze ans, et se remarquait facilement pour sa taille. Il atteindrait facilement les deux mètres arrivé à l'âge adulte, mais sa stature actuelle était déjà impressionnante. Les traits de son visage étaient anguleux, et sa mâchoire fort carrée. Il n'inspirait pas franchement la sympathie.

Irina n'avait jamais su quoi penser à son sujet. Saphir lui disait souvent qu'il ne fallait pas juger les gens sur leur apparence, mais avec Valérian, rien n'était moins sur.

La maison des Gémeaux était vide, comme on pouvait s'y attendre, aussi elle ne s'y attarda pas et passa directement à la maison du Cancer.

Narcisse, le chevalier en charge de la protection de la quatrième maison, était absent, mais cela n'étonna pas Irina. Le jeune garçon passait en effet le plus clair de son temps à s'entraîner dans les coins les plus reculés du Sanctuaire. Il était bien rare de le croiser dans son temple, mais personne ne s'en formaliser.

Il avait seulement onze ans, et, tout comme Dhani, avait récemment obtenu son armure. Il était l'un des plus jeune chevalier d'or, avec le chevalier du Sagittaire.

Narcisse était grec, et était doté d'une grande beauté, surtout avec ses cheveux lavandes et ses yeux clairs comme l'eau, mais il s'en moquait. Cultivé, raffiné, un peu moqueur, mais pas méchant, voilà en quelques mots la définition qu'en donner Irina.

Dans la maison du Lion, elle croisa Pyrrhos, qui venait d'être sacré chevalier d'or un an auparavant. Elle ne savait pas soutenir son regard. Chaque fois qu'elle le regardait dans les yeux, elle avait l'impression de se retrouver face à deux brasiers près à la consumer. Pyrrhos était calmement assis à l'ombre d'une colonne, et il caressait tranquillement un jeune chat qui en ronronner de contentement.

Aux yeux du chevalier du Scorpion, malgré ses yeux étranges, Pyrrhos était sans doutes le plus humain des chevaliers d'or. Il était sensible, un peu naïf, et accordait un peu trop facilement sa confiance. Pyrrhos avait en horreur la violence et la cruauté gratuite, et plusieurs chevaliers ne voyaient en lui qu'un faible indigne de porter l'armure d'or.

Mais pas elle. Elle savait que Pyrrhos croyait fermement en un monde débarrassait de la guerre et des forces du mal, et qu'il ferait n'importe quoi pour qu'une ère de paix durable puisse s'ouvrir sur le monde. Dans le fond, c'était un pacifiste et un utopiste.

D'autre disait qu'il était un démon, mais ça non plus, elle ne le croyait pas. Après tout, un homme qui pouvait se voir accorder la confiance de n'importe quel animal ne pouvait pas être mauvais.

Dans la maison de la Vierge, elle trouva Khaled, le gardien, en grande conversation avec son frère, le chevalier du Sagittaire, Nidhal.

Physiquement, les deux garçons se ressemblaient énormément : la même peau sombre, les mêmes cheveux vert émeraude, et les mêmes yeux orangés. Leur taille les différenciait à peine.

Mais mentalement, ils étaient de parfaits opposants : Khaled était aussi calme que son frère était agité, aussi patient qu'il était empressé,…

Presque tous les opposés. Sans leur étonnante ressemblance physique, personne n'aurait pu dire qu'ils faisaient parti de la même famille, et encore.

Khaled, âgé de quinze ans, était l'aîné, et devait souvent calmer la nature trop emportée de Nidhal, de quatre ans son cadet. Ils passaient leur temps ensemble, et ne se séparaient presque jamais. Irina jalousait un peu leur relation, tout comme celle que Saphir entretenait avec sa sœur Rubis.

Irina avait également une sœur aînée, mais elle ne la voyait jamais, et les responsabilités qui leur avaient échues à chacune lors de leur jeunesse ne les avaient pas rapprochées. Pourtant, parfois, Irina se prenait à rêver à leur enfance, alors qu'elles parcouraient ensemble les steppes enneigées à cheval, l'aînée apprenant à sa cadette, avec un plaisir non dissimulé et une grande patience, le nom des lieux et des petits animaux qu'elles croisaient. Et tout avait changé un matin, peu de temps après les neuf ans de son aînée…

Non ! Elle ne voulait pas y repenser ! Pas maintenant ! Plus jamais !

Mais, revenir dans sa patrie, retourner au palais, n'était-ce pas se retrouver face à ces souvenirs qu'elle cherchait désespérément à enfouir au plus profond d'elle-même ? Et ce que seulement elle en aurait la force ?

-Tu as cette force en toi, chevalier du Scorpion.

Irina sursauta violemment en entendant cette petite voix s'immisçait dans son esprit. Elle leva un regard courroucé vers la septième maison du zodiaque, avant de se mettre à courir pour la rejoindre. Odin, comme elle haïssait la manie du chevalier de la Balance à n'utiliser que la télépathie et à se servir de son empathie.

-Oui, ta force morale est grande, fille du Nord. Tu l'ignores, simplement. Ton âme est tourmentée, ma sœur. Quelle est donc cette ombre qui plane sur ton cœur et dans ton esprit ? Ouvre moi les portes de tes pensées, Irina du Scorpion, partages donc tes doutes, et ils ne te feront plus souffrir.

-Mêles toi de ce qui te regarde, Kendra de la Balance ! Je n'ai pas besoin de tes conseils !

-En es-tu sur ?

Irina jeta sous le masque un regard furieux à celle qui se tenait assise en tailleur sur le seuil de sa maison, sa cosmo énergie irradiant de calme et de douceur. Ses cheveux d'un noir de jais, plats et luisant comme les ailes des corbeaux, s'arrêtaient au niveau de ses épaules, alors que sous son masque, Irina sentait qu'elle avait fermé les yeux pour se mettre en « harmonie avec la nature. »

Kendra de la Balance, un véritable mystère vivant que cette enfant, arrivée un beau jour en plein milieu du Sanctuaire, sans maître, maîtrisant déjà le cosmos, et empreinte de sagesse et de bonté. Personne n'avait jamais entendu le son de sa voix, si bien qu'on la disait muette. Et peut-être était vrai, après tout.

Kendra et Irina avaient une relation très étrange. Elles passaient d'amies à ennemies en l'espace de quelques secondes, selon leurs opinions, et une fois de plus, la dispute couvait dans leurs échanges. Elles ne se haïssaient pas, loin de là, mais Irina était plus qu'agacée par cette patience d'archange et cette manie de lire dans les esprits comme dans un livre ouvert. Kendra était maître en psychokinésie, et ses pouvoirs, disait-on, rivalisaient dans ce domaine avec ceux des chevaliers du Bélier.

-Kendra, cette histoire ne te concerne pas, cesse de vouloir t'introduire dans mon esprit !

-Tu te trompes, Irina, je ne lis pas dans ton esprit, mais dans ton cœur. Tu es troublée, envahie par la peur et le remord. Que t'arrive-t-il donc, fier chevalier du Scorpion, pour que toi, l'imperturbable, laisses ainsi éclaté ce mur qui retient tes émotions ? Est-ce l'idée de retourner au royaume d'Asgard qui te trouble à ce point ?

-Kendra…

-Je n'insisterais pas. Je ne veux pas me brouiller avec toi pour une histoire qui visiblement, doit être déterrée des sables du passé pour être réglé une bonne fois pour toute.

-Merci…

Irina quitta vite le temple de la Balance, laissant derrière elle une Kendra bien songeuse. L'âme d'Irina était bien trop tourmentée. Si les blessures de sont âme ne guérissaient pas, jamais elle ne pourrait participer aux futures batailles et s'en sortir vivante.

-Elle court droit à l'autodestruction ainsi, n'est-ce pas, fit une voix dans l'ombre de la maison ?

-Pourquoi ne te montres-tu pas, Rowan ? Viens donc, que je vois ton visage.

Le jeune adolescent, vêtu de l'armure d'or des Poissons, moins le casque, vint s'asseoir près de sa sœur d'arme, secouant ses cheveux couleur de sang avec nonchalance.

-Elle refuse toujours de nous dire ce qui la tracasse ?

-Malheureusement oui. Irina est vraiment difficile à cerner en ce moment. Je sens chez elle une joie immense, mais en même temps, une peine infinie, de la honte et du remord. De la crainte aussi, parfois. Je ne comprends pas toutes ses émotions.

-J'ai entendu dire qu'elle n'avait pas remis les pieds à Asgard depuis qu'elle nous a été envoyée à l'âge de sept ans. On dit que cela aurait un rapport avec sa famille.

-Les Polaris sont pourtant tous morts, non ? Qu'aurait-elle à craindre d'eux ?

-Va savoir. Mais on dit, on murmure que la mort des membres de cette famille est due à une sottise d'une de leurs filles…on dit que c'est la raison de la mort des deux châtelains et d'un de leurs enfants.

-Tu sembles bien informer, Rowan. Serais-je indiscrète en te demandant tes sources ?

-Oh, il n'y a rien de bien exceptionnel. Disons simplement que les gens parlent beaucoup, et que les murs ont des oreilles.

-Je croirais presque entendre Ganymède, avec sa manie de dire « vigilance constante ». Ce garçon est un paranoïaque…

-Au son de ta « voix », dois-je en déduire que tu ne l'aimes pas ?

-Il est étrange. Plus qu'Irina. Lui n'émet aucune émotion. C'est…comme si je me retrouvais brusquement face à une tombe ou à un mur plus solide que les cercueils de glace dans lesquels agonisent ses victimes.

-Hum, je te comprends. Pour en revenir aux Polaris, on parle d'un assassinat, d'un gigantesque piège dans lequel se seraient jetés à corps perdu les châtelains. On parle aussi d'une histoire d'enlèvement, et de bien d'autres choses encore. Le résultat est le même : on les a retrouvés gisants dans une mare de sang, leur petite fille en état de choc, continuant à fixer les cadavres sans les voir, et murmurant sans cesse, comme une litanie : « c'est ma faute, c'est ma faute,… »

-Irina ?

-Je n'en sais rien. Ce qui est sur, c'est qu'il n'y a plus que deux membres de la famille toujours en vie, Irina et sa sœur, Frieda. Donc, on peut logiquement en conclure que c'est l'une des deux sœurs. Irina se reproche amèrement quelque chose, et sa douleur la consume peu à peu. Mais, en même temps, elle ressent de la joie à retourner au pays des neiges éternelles. Mais elle ne sait pas comment vont réagir ses proches quand ils la reverront. Alors elle ne sait quoi penser.

-Savais-tu qu'elle a songé à ne pas partir ? C'est d'ailleurs pour cela qu'elle veut voir le Pope. Elle a besoin de ses conseils. Doit-elle ou non accepter de partir ?

-Ca, Kendra, seul l'avenir nous le dira.


Assis sur son trône, l'air pensif, Meredith regardait la jeune femme chevalier agenouillée devant lui, la tête baissée en signe de soumission et de respect.

Ses pensées dérivèrent dans le passé, à l'époque où pour la première fois, il avait posé les yeux sur la jeune noble du royaume d'Asgard, une si petite enfant, aux yeux si tristes et au sourire inexistant. Une enfant trop jeune pour faire face aux réalités de la vie.

Et aujourd'hui, c'était une adolescente masquée, fière et loyale, qui se tenait devant lui. Le temps passait si vite. Il avait parfois du mal à réaliser combien les enfants qu'il avait considérés comme les siens hier étaient devenus grands et forts.

Mais l'heure n'était plus aux souvenirs.

-Irina du Scorpion, tu m'as demandé cette audience pour parler de ton futur voyage à Asgard. Je t'écoute, chevalier. Dis moi ce qui te préoccupes.

-Je vous remercie, Grand Pope.

Elle se tut quelques secondes, cherchant ses mots.

-Je…je ne sais pas si je dois retourner là-bas.

Bien sur. Il s'y était attendu. Irina était très sensible.

Au Sanctuaire, pourtant, on la surnommait l'imperturbable : froide, jamais surprise, toujours enfermée dans son temple. Irina était une très bonne actrice, et elle savait paraître de glace face aux étrangers. Mais pas face aux siens. Pas face à son peuple.

Toutefois, Meredith jugea bon d'avoir une sérieuse explication. Ingénument, il reprit la parole.

-Et pourquoi cela ?

-Parce que…parce que j'ai peur de la réaction de Frieda si jamais elle me voit revenir au palais. Nous ne nous sommes pas quittées en très bons termes, et vous en savez probablement les raisons.

-Je connais les grandes lignes, c'est exact. Je sais que tes parents sont décédés, ainsi que ton jeune frère, encore un bébé à l'époque. Mais que redoutes-tu chez Frieda ?

-Quand…quand ils ont été enterrés, il y sept ans, je…je me suis retrouvée seule avec elle pendant un instant, et…elle m'a regardé avec une telle haine dans les yeux…je ne reconnaissais plus ma sœur…elle…elle disait sans cesse que c'était de ma faute s'ils étaient morts, que j'étais une meurtrière…et qu'elle ne voulait plus jamais me revoir de sa vie !

Des larmes coulaient librement sur ses joues, à présent. Irina se sentit confuse. Curieusement, si elle savait rester de glace devant ses pairs, elle n'hésitait jamais à épancher sa souffrance sur l'épaule du Pope. La présence du vieil homme la tranquillisait plus que tout, et elle savait qu'elle pouvait compter sur sa compréhension.

-Chevalier, je sais que cela doit t'en coûter, mais ta présence est souhaitée par le prêtre d'Odin lui-même. C'est sa nièce qui lui a demandé cette faveur. Elle tient absolument à ce que tu assistes aux fêtes données pour la naissance de son fils.

-Le roi Mimir et la princesse Solveig ? Mais…

-Oui, la princesse Solveig, la jeune princesse prétendante au titre de prêtresse du Seigneur Odin. Elle tient à ce qu'un représentant du Sanctuaire vienne assister aux célébrations, pour renforcer les liens d'amitié qui nous unissent. De plus, Irina, n'oublies pas que tu fais toi-même partie de la famille d'une ancienne prêtresse d'Odin, donc de la noblesse d'Asgard. Ta présence là-bas est obligatoire.

-Mais je ne pourrais jamais faire cela ! Jamais je ne pourrais retourner au palais, en sachant que Frieda sera là-bas ! Je ne peux pas, je ne peux pas…

De plus, même si j'y vais, que penserons les gens ? Je n'ai pas remis les pieds à Asgard depuis l'âge de sept ans, et au palais depuis mes cinq ans, et à l'époque, personne ne connaissait mon désir de devenir un chevalier d'Athéna.

-Tu te trompes, Irina. Solveig et son oncle savaient. Ils ont directement envoyé la convocation ici. Pendant des années, ils n'ont cessé de demander de tes nouvelles. Tu es quelqu'un de précieux à leurs yeux, mon enfant.

Tes parents et ton frère…Ce qui est arrivé n'était pas de ta faute, chevalier. Tu n'étais alors qu'une enfant trop jeune pour comprendre les dangers de ce monde.

Mais ne parlons plus de cela. Ta sœur Frieda sera là-bas, c'est certain, mais tu dois y aller, malgré tout. Depuis quand te préoccupes-tu du regard de tes semblables ? Jamais, depuis ton arrivée dans l'enceinte du Domaine Sacré, tu n'y as porté attention. Alors, pourquoi le faire maintenant ?

-Si…si je me rend à Asgard…ce sera en temps qu'Asgardienne, pas en tant que chevalier, et si cela arrive…je devrais enlever mon masque. Ce masque qui dissimule aux yeux du monde mes émotions…

Ses yeux…le vrai problème d'Irina. Si son visage pouvait rester de glace, ce n'était pas le cas de son regard. Meredith songea un instant à ce qu'il avait pu y voir, bien des années auparavant, tant chez ses adversaires que chez ses alliés.

De façon presque mécanique, il reprit la parole, se souvenant encore de ce que lui disait son propre maître autrefois.

-Les yeux sont comme un miroir qui révèle notre nature la plus profonde. On peut y lire comme dans un livre ouvert, pour celui qui sait les observer avec attention. Pourtant, il n'y a pas de honte à les montrer. Bien que je n'aie pu revoir ton visage depuis que tu as pris le masque, je me souviens encore des tiens. Deux billes de cristal, claires comme l'eau des ruisseaux de ta terre natale.

-Mais je ne peux pas l'ôter ! Ce serait au-dessus de mes forces ! Je ne veux pas qu'ils trouvent une faille en moi, et ce masque est pour moi le seul moyen d'y parvenir !

-Dissimuler ton visage pourrait également être pris comme une marque de faiblesse, chevalier. Je comprends ton point de vue. J'ai autrefois connu une femme comme toi, Irina du Scorpion. Une femme qui du choisir entre ce que son cœur voulait et ses obligations envers son rang. Elle était d'une sensibilité rare, et se devait d'agir avec une froideur sempiternelle. Elle aussi dissimulait ses émotions derrière un masque. Un masque de colère et de mépris, se donnant l'air d'une guerrière farouche et insensible. Mais un jour, un jeune garçon su voir le visage de son âme, et, des années après, lors d'un combat, il la démasqua à nouveau.

-Qu'est-il arrivé à cette jeune femme, Majesté ?

-Eh bien…connais-tu la loi concernant le masque des femmes chevalier ?

-Oui, Majesté. Le masque d'une femme chevalier est le symbole de son renoncement à son statut de femme, et lorsque quelqu'un voit son visage, c'est pour elle une terrible humiliation, pire encore que d'être vue sans ses vêtements. Face à cette situation, la femme chevalier a deux choix : tuer celui qui l'a démasqué, ou en tomber amoureuse.

-C'est exact. Cette femme eu à choisir parmi ces deux conditions. Son cœur balançait, d'un côté son devoir, de l'autre ses sentiments. Elle tenta plusieurs fois de le tuer, sans succès. Alors, elle décida de choisir la seconde solution, même en sachant que son amour ne serait probablement jamais réciproque, et elle en vint à risquer sa vie pour le protéger dans les batailles qu'ils durent livrés. Elle a perdu sa réputation de femme insensible et de guerrière meurtrière, mais elle a gagné le respect et l'amitié de cet homme, à défaut de son amour, parce qu'elle a su faire face à ses craintes.

Irina, comprends-tu ce que je veux te dire au travers de cette histoire ?

-Je…je ne suis pas sure, mais…je crois que par là, vous voulez me dire que je ne dois pas avoir peur de montrer mes sentiments et mes émotions, même si cela doit changer la façon dont les autres me regardent.

-Tu as parfaitement compris, Irina. Alors, que vas-tu faire, chevalier ?


Des rires. Des murmures. Des exclamations. Le martèlement des sandales sur le sol. Les cris des instructeurs sur leurs apprentis. Des conversations dans les coins. Les patrouilles qui défilaient à intervalle régulier.

Tout cela formait la vie du Sanctuaire durant le jour. Mais, durant la nuit, rien ne subsistait, sauf les patrouilles, plus nombreuses encore que le jour. Dans quelques coins, des feux avaient été allumés, et des groupes de cinq ou six soldats surveillaient les alentours, parfois assistés par un chevalier de bronze en mal d'attendre un sommeil qui ne venait pas.

Parmi les ombres solitaires, allant d'un feu à un autre, un jeune garde d'environ seize ans, aux cheveux bleu-vert mi-longs et aux yeux bruns.

Tranquillement, il marche, les yeux perdus dans le vague. Il repense encore à ce qu'il a vu durant l'après-midi, alors qu'il venait de quitter son tour de garde aux abords des appartements d'Athéna.

Flash Back.

Comment avait-il fait pour se perdre dans le palais ? Il n'en savait rien. Il se flattait d'en connaître les plus infimes recoins, mais jamais encore il n'avait vu cette salle.

C'était-il réellement perdu, ou alors une force mystérieuse l'avait-elle appelée jusqu'ici pour qu'il contemple de tous ses yeux les urnes devant lui ? Il n'aurait su le dire.

Jamais encore il n'avait vu de telles armures. Il émanait d'elles une sensation de puissance et de supériorité, mais en même temps, d'affection et de douceur. Il regarda machinalement les dessins sur les côtés.

Phénix. Dragon. Cygne. Andromède. Pégase.

Elles semblaient vivantes.

-Que fais-tu ici, Iouri ?

Il se retourna brusquement, et s'agenouilla en se rendant compte de l'identité de celui qui venait de le surprendre.

-Grand Pope, je…je suis désolé…la porte était ouverte, et…

-Ne te justifie pas, mon garçon. Mais ne parles jamais à personne de ce que tu as vu ici. Ni de ce que je vais t'apprendre.

-Mais…

-Je sais comment tu es, Iouri. Ta curiosité t'amènera sans doutes à faire des recherches, et qui sait ce qui arriverait si quelqu'un de mal intentionné en entende parler.

Saches, mon garçon, que ces armures furent autrefois portées par les plus fervents défenseurs d'Athéna. Elles portent en elles son sang.

-Alors… ce sont des armures divines ? Murmura le jeune garçon en se remémorant les légendes qu'on lui racontait autrefois.

Sous son masque Meredith lui lança un regard indéchiffrable.

-Oui. Depuis des siècles, nul homme n'a pu s'accorder avec l'une d'entre elles. On prétend que les âmes de leurs anciens porteurs sont restées liées à leurs armures, et ce depuis des siècles. Elles protégeraient les descendants de ces derniers, et ceux qu'elles jugeraient dignes d'un jour les revêtir pour retourner au combat aux côtés de notre déesse.

-Et…est-ce que c'est arrivé ?

-Un jour, oui. J'étais encore un apprenti, mais je m'en souviens parfaitement. Iouri, à par moi, Athéna, et quelques uns des chevaliers d'or, nul ne sait que ces armures sont ici. Tâches de rester muet à leur sujet, car nous ne pouvons risquer qu'un être maléfique ne s'en empare. Elles sont bien trop importantes pour que nous puissions risquer de les perdre.

-Bien Grand Pope. Je vous obéirais.

-Tu es un bon garçon, Iouri. Maintenant, pars.


Deux hommes, dans les ombres d'une chambre, discutaient entre eux. L'un d'eux porte le masque du Pope. L'autre semble être un homme dans la quarantaine, vêtu d'une vieille tenue d'entraînement.

-Et vous l'avez laissé partir, comme ça ? Pardonnez moi, Grand Pope, mais vous avez pris de grands risques. Vous auriez mieux fait d'effacer ce souvenir de sa mémoire.

Mentalement, il ajouta pour lui :

-Mais, je sais aussi que ce n'est pas votre genre. Tous, ici, quel qu'il soit, tous, vous les avez vu grandir. Chacun de vos chevaliers et de vos soldats restent à vos yeux un enfant que vous avez connu dès son jeune âge, et je sais que beaucoup d'entre eux, parmi les plus jeunes, voient en vous une sorte de figure paternelle. Je suppose qu'à vos yeux, s'aurait été une trahison de lever la main sur l'un d'entre eux

Le Pope, face à lui, secoua légèrement la tête en signe de négation.

-Non, Léandre. C'était inutile. Il a découvert cette salle de la même façon que deux autres personnes avant lui.

-Vous voulez dire…

-Oui, Léandre. Je suis certain que les armures les appellent. Je me doutais un peu de la découverte de Iouri. Ce garçon, même s'il avait été destiné à l'armure de la Licorne par son maître, n'en avait pas l'esprit. Il a l'esprit du sacrifice.

-Ainsi, seul deux de ces armures n'ont pas fait leur choix. Pourtant, la guerre se rapproche. Ce n'est plus qu'une question d'années. Je commence à regretter de m'être retiré de l'ordre de la chevalerie pour former des disciples.

-Ton choix était compréhensible, Léandre. Mais pourquoi avoir des regrets ? Crains-tu pour la vie de ton élève ?

-Pyrrhos n'est encore qu'un enfant ! Jamais il ne pourra…

-Il n'est pas le premier chevalier possédant une telle mentalité, Léandre. Souviens toi de l'époque ou tu es devenu chevalier : à l'époque, le chevalier de la Vierge suivait cette voie.

-Le chevalier Laël…oui, je me souviens de lui. Je ne l'ai pas beaucoup connu. Il a rendu son armure moins de deux ans après que je sois devenu chevalier, et il s'est retiré dans un monastère en Inde. Je crois d'ailleurs que Khaled, l'actuel chevalier en poste, est un de ses disciples.

-C'est exact. Mais Laël n'est pas le seul. Durant la dernière Guerre Sainte, ce fut également le cas du chevalier d'Andromède. N'oublie pas non plus que l'armure d'Andromède s'éveille pour celui près à faire le sacrifice de sa vie pour la protection des autres.

-Iouri serait le futur Andromède ?

-C'est possible. Seul le temps nous le dira. Mais j'ai de légers doutes. Il y a d'autres personnes qui s'accordent à l'armure, mais aucunes d'entre elles ne semble l'entendre. Mais il y plus urgent, mon ami. Les nouvelles qui me viennent d'Asgard sont préoccupantes. Le prêtre d'Odin va bientôt rendre son dernier soupir, et je crains qu'une lutte de pouvoir ne s'engage. Le royaume risque d'être mis à feu et à sang.

-Et, comment va Irina ? Avez-vous pu la convaincre de se rendre à Asgard ? Car vous comptez sur elle pour calmer les choses, n'est-ce pas ?

Meredith eut un sourire mystérieux, et se contenta de murmurer calmement.

-La tempête qui souffle sur le royaume du Grand Nord devrait bientôt cesser de tourbillonner.

Il se détourna un instant, et fixa son regard vers le ciel. Des yeux, il chercha une étoile particulière. Une étoile double symbolisant sa déesse.

-Ainsi, elle est toujours là. Quatre ans que les étoiles doubles brillent l'une et l'autre de ce même éclat. J'aimerais comprendre pourquoi…Jamais la seconde n'aurais du apparaître. Est-ce un mauvais présage ? Jamais encore je n'avais pris la peine d'y réfléchir, mais, sait-on jamais. Je ne vois que deux personnes capables de m'aider…

-Léandre, j'aimerais que tu fasses quelque chose pour moi.

-Bien sur. Quelle est la mission ?

-Je veux que tu te rendes à Jamir, porter un message à Jason.

-Jason ? Le vieux sage ? Cet homme n'est pas chevalier…

-Il a néanmoins formé le chevalier d'or du Bélier. Avec succès, d'ailleurs. J'ai besoin de ses compétences en astrologie et en légendes. Il se passe des choses que je ne m'explique pas, et lui seul pourra peut-être m'apporter une réponse. D'autre part, je veux qu'un messager parte pour les Indes, voir le chevalier Laël. J'aimerais faire rapatrier ici toutes les armures possibles, et il est l'un des rares à connaître leurs localisations. Je pense que Rowan des Poissons sera parfait pour cette mission.

-Pardonnez moi, Majesté, mais pourquoi Rowan ? Khaled me semblerait plus adapté à cette mission, et il s'agit de son propre maître…

-Khaled ne peut pas retourner là-bas tant qu'il n'est pas près pour la dernière épreuve que veut lui imposer son maître. Une épreuve où il risquera sa vie. Nous ne pouvons nous permettre de perdre un chevalier de cette envergure alors que le temps des batailles approche.

Rowan, lui, a besoin de voir le monde. Ce garçon est curieux de nature, le départ d'un de ses congénères ne ferait qu'évoquer pour lui un risque majeur. Je le surveille de très près, vois-tu. Il en sait déjà bien plus sur chacun de ses frères d'arme que la moitié du Sanctuaire n'en a appris en dix ans. J'ai cependant confiance en son jugement.

-Sur quoi est basée cette confiance ?

-Quand il a su l'origine de Ganymède, il ne s'est pas jeté sur lui pour l'étrangler, comme nous l'aurions craint. Il s'est juste contenté de lui dire que « les fautes de nos parents ne sont pas les nôtres. Laissons le passé où il est ».

-Il sait pourtant que la famille de Ganymède est responsable de la perte de son clan…

-Ganymède n'a pas choisi sa famille. C'est certes un garçon froid et quelque peu asocial, mais je ne crois pas qu'il représente une véritable menace.

-Il fait néanmoins parti d'une caste d'assassins !

- « Faisait » serait plus exact, Léandre. Ganymède est spontanément venu se placer sous notre protection. Jamais il n'a repris contact avec les siens. Il est fidèle à Athéna, et l'un de nos plus dévoués chevaliers. Je ne veux plus rien entendre sur lui. Maintenant, part chercher Rowan.

-Bien Majesté. Je vais le faire convoquer immédiatement.

Léandre se tourna vers la sortie. Au moment où il allait passer la porte, Meredith sembla émerger de ses réflexions et l'apostropha.

-Oh, Léandre, comment s'appelait ce vieil homme…cet ermite qui lisait dans les étoiles et se prétendait devin ?

-Calchas.

-Oui, c'est cela. Sais-tu ce qu'il est devenu ?

Léandre prit une minute pour réfléchir. Quand avait-il vu Calchas pour la dernière fois ? Voyons…Au Sanctuaire ? Non, il n'y avait pas mis les pieds depuis vingt ans. A Asgard, lors d'une mission diplomatique ? Non, il l'avait revu plus tard. La soirée célébrant la naissance de l'héritier de la famille Solo ? Ce n'était pas cela non plus. Calchas n'y avait fait qu'une brève apparition, auprès du père de l'enfant, un petit garçon qui devait avoir maintenant dans les huit ans. Léandre ne s'était rendu à cette soirée que sur ordre du Pope, pour une raison qu'il ignorait encore.

Après…où avait-il revu Calchas ? En Grèce, à Rodorio ? Peut-être…non, ce n'était pas là non plus. Finalement, il secoua la tête en signe d'abandon.

-Je suis navré, Grand Pope. Je ne peux pas m'en rappeler.

Il sortit sans se retourner, et ne vit jamais le drôle de regard que fixa sur lui Meredith, de plus en plus soupçonneux.


C'est d'abord la chaleur qui frappe. Puis, c'est la voix. La voix qui jamais ne s'arrête, monocorde, triste, mais pourtant sure d'elle.

-Le temps passe à une incroyable vitesse. La vie est courte à l'échelle du temps, même si elle semble longue à l'échelle des hommes. Mais il est des gens pour qui le temps ne compte plus, car ils ont acquis l'immortalité. Ces hommes sont les Dieux.

Telles sont les paroles qui s'échappent des lèvres d'une jeune fille, encore une enfant, à la chevelure couleur de sable, assise dans la position du lotus sur le parvis d'un temple, ses yeux clos, comme refusant d'affronter la vision du monde.

Autour d'elle, une dizaine d'enfants l'écoutent, fascinés. Mais les adultes ne partagent pas leur point de vue. Plusieurs emmènent leurs enfants avec eux, sourds à leurs cris de protestation et à leurs larmes. Ils veulent les éloignés de cette folle.

Cependant, imperturbable, elle continue de parler.

-Les fleurs naissent puis fanent. Les étoiles brillent et un jour s'éteignent, même la Terre, le Soleil, notre galaxie et l'univers tout entier…un jour viendra où ils disparaîtront. La vie d'un homme, comparée à cela, ne représente qu'un battement de cils. Pendant cet infime laps de temps, l'homme naît, aime quelqu'un, en hait une autre, il rie, pleure, se bat, se blesse, est heureux et malheureux, et enfin tombe dans un sommeil éternel appelé la mort.

Notre temps sur cette terre est bien infime.

Mais déjà plus personne ne l'écoute. Seul deux enfants, âgées de moins de cinq ans, sont restées à ses côtés. L'une a de troublants yeux verts. L'autre, de doux yeux bruns. Celle qui semble l'aînée est à demi endormie. L'autre a les sourcils froncés, et regarde avec curiosité l'autre fille.

-Grande sœur, pourquoi les gens ont peur de toi, murmure-t-elle pour ne pas réveiller l'autre enfant ?

-Parce qu'ils ont peur de ce qui est différent, c'est tout. Ils ne veulent pas comprendre que nous sommes tous pareils, quelque soit la couleur de notre peau, notre façon de penser ou d'agir. Alors ils rejettent ceux qui ne sont pas comme eux, et ferment les yeux devant leur détresse.

-Je ne comprends pas très bien, Sibel. Toi, tu leur ressembles.

-Physiquement, c'est vrai, je ressemble à tous les enfants, mais mentalement, je n'en suis pas une. Et c'est de cela qu'ils ont peur.

-Dis Sibel, ce que tu as dit…c'est le monsieur aux cheveux blonds qui te l'a raconté ?

-…Oui. Tu l'as vu ?

-Il est resté à côté de toi tout le temps. Il garde les yeux fermés, et il est assis en tailleur. Sibel, qui c'est ?

-C'est un ami, rien qu'un ami. Allons, réveilles ta sœur, nous devons partir, maintenant.

La fille de neuf ans se releva, bientôt suivie par ses deux petites sœurs. Enfin, sa vraie sœur et leur demi-sœur. Elle adressa un sourire fier à la première. La clairvoyance des divinités se révélait en elle. Elle venait de voir l'ombre d'un ancien chevalier, un chevalier de la dernière Guerre Sainte.

-Dis Sibel, fit l'une des deux fillettes, où on va maintenant ?

-En Chine, Karen. Nous allons en Chine.


La vie est ainsi faîtes. Tous les protagonistes de l'histoire vont et viennent, et vivent chacun de leur côté ces derniers jours d'une Ere de paix.

La réincarnation d'Athéna grandit dans les entrailles de son domaine, tandis que deux enfants encore mystérieuses apprennent la vie et la compréhension du monde aux côtés de leur sœur aînée, plus étrange encore que ses sœurs.

Des chevaliers, des quatre coins du monde, s'en vont au Sanctuaire, attendant patiemment l'heure du premier sang versé pour la cause en laquelle ils croient, heure funeste qui marquera l'entrée dans une nouvelle Ere de Chaos.

Alors qu'un garçon aux cheveux bleus regarde la mer depuis le Cap Sounion, d'étranges ombres noires semblant veiller sur lui depuis un passé mythique le surveillent,

veillant à sa sécurité et à sa santé. Son réveil marquera le début d'une nouvelle bataille, mais contre qui ?

Au Japon, une enfant vient de perdre ses parents, se retrouvant héritière d'une des plus puissantes fondations économiques du monde. Les yeux noyés de larmes, elle apprend à dissimuler l'existence des chevaliers sacrés, comme l'ont fait avant elle ses prédécesseurs. Elle ne se doute pas des projets que l'avenir a pour elle.

En Asgard, une jeune princesse vient de donner naissance à son premier et unique enfant. Elle pleure déjà son époux décédé, et sait qu'elle devra bientôt pleurer son oncle qui l'a toujours éduqué. Elle est prête à prendre les rênes du pouvoir, mais bien des obstacles se dressent dans l'ombre.

Des gens s'interrogent, vivent leur vie sans savoir ce qu'elle peut bien encore leur réserver. Ils vivent et se croisent au gré du hasard, aiment, haïssent, se battent et font la paix, et, un beau jour, meurent. Ils suivent, sans s'en apercevoir, le Cercle de la Vie.