Ce voyage-ci fut plus long que celui fait pour parvenir aux rivages Est de l'Alagaësia. Il dura un mois et demi. S'ils n'avaient pas pris de nourriture en plus dans le cas où d'autres personnes se seraient jointes à eux - ce qui n'était pas le cas- ils seraient morts de faim.
La mer paraissait sans fin. Eragon commençait à douter des affirmations de Saphira quand une mince ligne noire se profila à l'horizon.
"Je vois une île! s'écria-t-il, au comble du bonheur.
-Ce n'est pas une île, Argetlam, sourit Lupusänghren. Ce doit être, vu sa taille, un continent."
Un continent! Eragon prêta de nouveau foi aux propos de la dragonne.
En trois ou quatre jours, l'équipage vit apparaître des falaises abruptes, frappées par les vents.
"Longeons la côte, proposa Saphira. Vous trouverez sûrement un endroit où amarrer.
-Si le continent est habité, nous trouverons peut-être un port, dit Eragon. Nous pourrions chercher de l'eau et des vivres.
-Et si les habitants du port sont hostiles? s'inquiéta Ilyassarë, une elfe. Nous serions chez eux, ils penseraient que nous voulons les attaquer.
-Je ne pense pas qu'ils soient hostiles, contra Lupusänghren. Ils vivent dans un port, ils ont vu beaucoup d'étrangers, beaucoup plus qu'une poignée d' elfes. Mais nous devrions nous montrer vigilants quand à Saphira. Un dragon créerait sans doute la panique."
Saphira monta plus haut pour se cacher dans les nuages et le bateau continua sa course. Eragon, qui suivait la cheminement de sa dragonne par la pensée, la sentit soudain s'éloigner, jusqu'à ce qu'il perde la trace des son esprit.
"Lupusänghren, avertit le dragonnier, je ne perçois plus la présence de Saphira."
L'älpha s'enfonça dans ses pensées, puis émergea lentement, avant de déclarer:
"Elle revient."
Effectivement, une ombre bleue colora à ce moment un nuage.
"J'ai trouvé une ville! entendit le jeune homme dans son esprit. Ses emblèmes sont un bateau et un cygne, comme les nefs des elfes."
-Bien! s'exclama Eragon. Nous pouvons nous y arrêter?
-Non, désapprouva Lupusänghren. Saphira risquerait de les effrayer. Trouvons une plage à proximité."
L'équipage ne trouva pas de plage avant la ville. Ils furent donc obligés de passer devant la cité, bâtie sur une île d'après le constat d'Eragon. Une citadelle de pierre se dressait sur un promontoire rocheux, dominant la cité. Là où il se trouvait le dragonnier pouvait voir des saisonniers décharger des marchandises et les remonter jusque dans la ville, des pêcheurs ramener les produits d'une journée de travail, et des cavaliers descendre la colline sur laquelle était perchée la forteresse. Cette ville avait l'air très vivante.
Un voilier passa soudain à proximité. Les membres de l'équipage, surpris de voir un bateau étranger à leurs souvenirs, s'agitèrent et firent accélèrer leur embarcation.
"C'est bizarre, on a jamais vu de bateau comme celui-là dans les parages! s'exclama un homme.
-Nous sommes étrangers à votre ville, répondit Eragon. Nous cherchons un endroit où accoster.
-Venez au port! Vous aurez un emplacement pour quelques pièces!
-Nous... nous n'avons pas d'argent."
C'était mieux que de leur révéler la présence d'un dragon à quelques toises au-dessus d'eux.
L'homme réfléchit, puis proposa:
"Il y a une plage à quleques lieues. Vous pourrez amarrer votre bateau aux rochers. Puis-je monter à bord?
-Biensûr...si vous y arrivez, approuva le dragonnier.
-Je suis sur la mer depuis ma naissance, jeune homme, rit le pêcheur. Je pense pouvoir éxécuter ce geste de débutant."
Le marin donna à ses subordonnés les ordres nécéssaires pour que le voilier se rapproche. Là, il put franchir sans problème la distance qui séparait les deux embarcations. Quand il fut sur le pont il demanda:
"D'où venez-vous? Je ne vous ai jamais vu ici.
-Parce que nous ne sommes jamais venu, déclara Lupusänghren. Nous vous l'avons déjà dit."
L'homme se figea, les yeux écarquillés. Lupusänghren n'était pas la meilleure personne à voir pour s'assurer que tout était normal. Il essaya de plaisanter, nerveux:
"Non, c'est sûr. Je m'en serais souvenu. Je... je m'appelle Alarin. Et... et vous?
-Je me nomme Eragon, l'informa le dragonnier. Voici Lupusänghren. C'est un elfe... comme tout l'équipage.
-Je... j'avais compris pour tous les autres... bien que ce soit étonnant. Mais... vous êtes vraiment un elfe?"
Alarin s'était adressé à Lupusänghren.
"Je suis bien un elfe, confirma ce dernier. Seulement, j'ai subi quelques modifications physiques, de mon plein gré.
-Ah... bon, je vous montre cette plage, je remonte dans mon voilier... et je ne vous dérange plus."
Eragon offrit un sourire gêné à leur aide, puis lui fit signe d'avancer au gouvernail. Alarin dirigea le bateau tant et si bien qu'ils arrivèrent sur une plage déserte. Les vagues léchaient le sables doré. Des centaines de coquillages nacrés attendaient qu'on les admire.
"C'est magnifique, murmura le jeune homme.
-Là, peut-être. Mais attendez de la voir en été, leur conseilla Alarin. Elle est digne des plus belles côtes des Terres Immortelles, celles décrites dans les légendes."
Eragon n'avait aucune idée de ce que pouvaient être les Terres Immortelles, mais le marin en parlait comme s'il s'agissait du royaume des dieux.
Le dragonnier fit un tour sur la plage. Le ciel bleu lui donnait l'envie de se s'envoler avec Saphira, de pouvoir enfin sentir la caresse du vent tandis qu'il filait à une vitesse incroyable à travers les nuages.
