Merci beaucoup pour les reviews.
Merci à tous ceux qui s'intéressent à cette fiction.
A special thought to the readers from USA and Australia.
Chapitre 2
Phryne vérifie son pistolet et le met dans son sac à main. Elle fixe ensuite la dague à sa jarretelle puis elle se précipite à la cuisine au rez-de-chaussée. Sans prendre le temps de s'asseoir, elle avale en vitesse une petite tasse de café puis attrape le panier repas que Dot lui a préparé. Une délicieuse odeur de scones s'en échappe. « Monsieur Butler s'est encore surpassé » se dit-elle.
Au volant de son Hispano Suiza, écharpe au vent, elle parcourt rapidement la distance pour rejoindre les quais. Sans s'en rendre compte, tout en conduisant, ses pensées la ramènent vers Jack. Elle se dit, mi-amusée, que s'il était là, il ne manquerait sûrement pas de lui faire remarquer qu'elle dépasse la vitesse autorisée…
Elle l'imagine lui dire de sa voix grave : « Miss Fisher ! »
Phryne sursaute légèrement tant cette évocation lui semble réelle…
Finalement elle se ressaisit et s'exclame avec force : « Est-ce que vous m'espionnez commissaire ? Sachez qu'il y a urgence ! »
« Oui, quelqu'un réclame mon aide… mais… qui ? » s'interroge-t-elle aussitôt après.
Selon Dot, il s'agirait d'un homme. Apparemment, il connaîtrait ce mot, celui qu'elle a déjà entendu prononcer à une époque où tout n'était que chaos, confusion et horreur.
Pendant le reste du trajet, Phryne essaie de rassembler ses souvenirs. Elle repense aux terribles heures vécues sur le sol français durant la Grande Guerre.
C'était en avril 1917, à Bullecourt, dans le Pas-de-Calais, région du Nord de la France. Les Alliés avaient pour objectif de rompre la ligne Hinderburg, cette ligne de fortifications érigée par les Allemands. Elle était constituée de tranchées, de bunkers et de barbelés.
Mais le mauvais temps avait retardé les chars qui devaient appuyer l'assaut. Quand finalement ils étaient arrivés, ils s'étaient révélés inefficaces pour repousser l'ennemi. La Division Australienne qui participait à cette attaque subit de lourdes pertes et fut contrainte au repli.
Les cris de douleur des blessés résonnent encore aux oreilles de Phryne. Son travail d'infirmière l'amenait souvent à accompagner les dernières minutes de ses compatriotes mortellement touchés.
Mais dans cette guerre, les soldats n'étaient pas les seuls impliqués. Tout un réseau d'espions renseignait les militaires sur les mouvements de l'ennemi. Les Australiens n'étaient pas de reste. Phryne se souvient maintenant de l'un d'entre eux. Il était grand et mince, le visage ovale encadré d'une vigoureuse chevelure brune.
L'homme était grièvement blessé aux deux jambes, probablement à cause des éclats d'une grenade. Il avait été transporté sous la tente de l'infirmerie. C'est elle, Phryne, qui lui avait dispensé les premiers soins, nettoyant ses blessures et lui appliquant des compresses fraîches sur le front.
Mais l'homme était agité. Quelque chose semblait le préoccuper au plus haut point. Phryne avait essayé de le rassurer. Finalement, il avait désigné une poche de sa chemise. Elle y avait trouvé un papier avec quelques mots écrits, des séquences de lettres qu'elle n'avait pas comprises. Ce devait être un message codé. Phryne savait que les Allemands utilisaient un système de chiffrement pour transmettre leurs informations. Cependant c'était la première fois qu'elle voyait un document de ce genre!
Avec difficulté l'homme blessé avait ensuite articulé : « Lonsdale… vite … général » puis s'était écroulé sur la civière, épuisé par les efforts fournis.
Phryne se revoit quitter précipitamment la tente, et courir le cœur battant, pour remettre le précieux papier au commandant du camp.
Le mot « Lonsdale » avait aussitôt alerté les militaires. C'est ainsi qu'elle avait appris qu'il s'agissait du nom de code pour une mission de renseignements. Ce mot, quant à elle, lui avait fait penser à Point Lonsdale, une ville de la péninsule Bellarine, au sud de Melbourne.
Phryne ne sut jamais la teneur exacte du message. Mais elle avait eu le sentiment d'accomplir ce jour-là une action de la plus haute importance. Ces informations changeraient peut-être le cours de la guerre et sauveraient des vies… s'imaginait-elle, dans son nouveau rôle « d'espionne ».
Quelques instants plus tard elle était revenue sous la tente de l'infirmerie, impatiente d'apprendre à cet homme blessé que le message avait bien été transmis. Mais à sa grande surprise, elle constata qu'il n'était plus là !
Qu'avait-il bien pu lui arriver ? Était-il mort ou avait-il été transporté ailleurs pour être opéré... Elle n'en sut rien.
Cependant, en arrangeant les draps sur la civière, elle découvrit un autre petit papier, tout aussi intriguant, sur lequel était simplement écrit « le Phare ».
Jamais plus elle ne revit "l'espion" blessé, jamais elle n'eut de ses nouvelles.
Se pourrait-il que cet homme ait finalement survécu ? Que ce soit lui qui appelle à l'aide maintenant ? Si tel était le cas, comment l'avait-il retrouvée ?
Phryne n'a pas le temps de s'interroger davantage. Elle se trouve maintenant non loin du quai numéro 5.
Elle se gare discrètement à quelques mètres puis s'approche prudemment.
Il n'y a personne près de l'entrepôt mais sur le sol elle remarque des traces. Phryne s'agenouille. Un examen plus rapproché lui confirme qu'il s'agit de traces de sang ! « Quelqu'un a été blessé! » conclut-elle aussitôt avec stupeur. « Il faut prévenir Jack ! »
Phryne se relève rapidement mais elle ne peut se retourner : un objet froid et dur lui heurte l'omoplate. « Miss Fisher ! Merci d'être venue si vite ! Ne vous retournez pas ! Vous allez entrer dans l'entrepôt. Par ici s'il vous plaît » lui commande une voix masculine.
Phryne avale avec difficulté sa salive puis s'exécute en silence…
