CHAPITRE 1 :
- MERLIN !
La voix d'Arthur venait de raisonner dans tout le château. Quiconque de nouveau aurait été là aurait été étonné de voir le Roi chercher son serviteur, et non l'inverse. Mais pour les habitants du château, habitués à ce genre de scènes comiques, c'était la routine. Aussi, personne ne posa de questions au Roi, qui déambulait dans les couloirs, l'air agacé.
Il entra dans les appartements de Gaïus.
- Où est Merlin ?
- Je l'ai envoyé chercher des herbes hier en fin d'après-midi Sire. Je pensais qu'il était revenu, répondit Gaïus, les sourcils froncés.
- La taverne, marmonna Arthur, il a dû passé la nuit à la taverne après être parti chercher vos herbes.
Gaïus s'abstint de répondre que la taverne n'était qu'un prétexte pour couvrir Merlin.
- Et s'il n'y était pas ?
- Qu'il y soit ou pas, cet idiot va m'entendre pour ne pas être à son poste ce matin.
Il partit des appartements de Gaïus, sans se douter un instant que quelque chose de plus sérieux pouvait être arrivé à son serviteur.
- Arthur ? Tu es prêt ? demanda Guenièvre.
Arthur répondit par un grognement. Merlin n'étant pas là, il avait dû s'habiller seul, ce qui avait bien fait rire Guenièvre, amusée. Ils avaient programmé une balade à cheval aujourd'hui, rien que tous les deux, décidant de laisser un peu le Royaume de côté pour ce jour-là.
Finalement, son mari se montra. Mise à part que ses vêtements étaient un peu froissés du fait d'avoir été tournés et retournés, il était bien habillé. Elle prit sa main et ils descendirent aux écurie, où deux chevaux étaient prêts.
Arthur aida sa femme à monter, et s'exclama, perché sur sa propre monture :
- Allons-y !
Ils s'engagèrent donc pour une longue balade, durant laquelle ils parlèrent de nombreuses choses. Guenièvre songea que cela faisait du bien de s'éloigner un peu de tous ces devoirs pour une fois. Etre Reine était bien, mais parfois fatiguant. Elle devait s'efforcer de montrer le bon exemple et de s'occuper du pays.
Ils décidèrent de faire une petite course jusqu'à la rivière. Ils galopèrent, traversèrent la forêt, avec des éclats de rire insouciants. Ce fut Arthur qui gagna la course.
- Quel est mon prix ? demanda-t-il en aidant sa femme à descendre.
Celle-ci sourit malicieusement.
- Parce qu'il y a un prix ?
- Bien-sûr qu'il y en a un. C'était une course, répondit Arthur avec un léger sourire.
- Un baiser serait-il suffisant comme prix ?
- Amplement, lui assura-t-il.
Elle offrit donc son prix au vainqueur, avec un sourire. Ils s'installèrent ensuite par terre, pour pic-niquer.
- Je n'arrive pas à croire que ce soit toi qui ai dû allée aux cuisines chercher notre repas. Merlin était censé faire ça.
- Ce n'était pas très dur, répliqua-t-elle, le repas était déjà prêt, il suffisait de se servir, sans subir le courroux de la cuisinière !
Arthur s'apprêta à répondre, mais soudain, une voix enfantine l'en empêcha.
- Euh... pardon ? Vous avez pas vu ma maman ?
Guenièvre et Arthur se tournèrent vers la source de la petite voix timide, surpris. Ils le furent encore plus, en découvrant un petit garçon brun, qui avait exactement la même allure de Merlin, et qui portait les mêmes vêtements, rétrécis à sa taille. La Reine fut la première à se ressaisir, et lui sourit gentiment :
- Comment tu t'appelles ?
- Merlin, répondit-il.
L'annonce ne la surprit même pas. La ressemblance était frappante, sa question n'avait été que pour vérifier. Arthur en revanche, regardait le petit avec des yeux ronds.
- Très bien Merlin. Quel âge as-tu ?
- J'ai sept ans.
- Et est-ce tu peux me dire ce dont tu te souviens ?
- J'étais avec maman dans Ealdor, on se promenait et puis je crois que je me suis endormie. Mais quand je me suis réveillé, elle n'était plus là, répondit-il de sa voix enfantine.
Guenièvre ne sut quoi dire cette fois. Que répondre à un enfant de sept ans, qui était censé en avoir une vingtaine de plus, qui cherchait sa mère, qui était loin d'ici ?
- Ta maman a décidé que tu partirais en vacances pour quelque temps, répondit Arthur d'une voix rauque, pas tout à fait remis.
Guenièvre le regarda, surprise. Il avait toujours une tête qui n'en revenait pas, mais avait réussi à se reprendre suffisamment pour prononcer une excuse.
- Oui, c'est ça, confirma-t-elle en voyant Merlin froncer des sourcils, elle nous a dit que tu avait été très sage alors elle a voulu te faire une petite surprise.
- Sans me dire au revoir ? dit-il d'une petite voix.
Elle fit un sourire tremblant.
- Eh bien, c'était une surprise, tu comprends. Mais elle nous a dit te dire qu'elle t'aimait très fort, et qu'elle reviendrait bientôt te chercher.
Merlin hocha la tête, pas sûr.
- Mais vous êtes qui ?
- Je suis Gwen, répondit-elle, et lui c'est Arthur. Nous... sommes des amis de ta mère.
- Ah... bonjour.
Arthur regardait toujours Merlin, n'en revenant toujours pas.
- Pourquoi tu n'irais pas caresser les chevaux un moment Merlin ? proposa-t-elle, ils sont gentils tu vas voir.
- D'accord.
Il trottina jusqu'à eux, l'air pas rassuré. Quand elle fut sûre qu'il était assez loin, elle se retourna vers Arthur.
- C'est Merlin, dit-il.
- Oui, répondit-elle patiente.
- Notre Merlin.
- Oui.
- Merlin mon idiot de serviteur.
- Oui.
- Merlin mon idiot de serviteur transformé un en enfant de sept ans.
- Oui.
- Comment est-ce possible ? La magie a fait ça ! Mais pourquoi est-ce qu'on l'a transformé en un gosse ? Il ne se souvient plus de rien ! s'exclama Arthur.
C'était la petite explosion qu'elle attendait. Le moment où il réalisait enfin que Merlin était redevenu un enfant.
- Je ne sais pas pourquoi on a fait ça, mais arrête de crier, et de le regarder comme ça, tu vas finir par le rendre plus effrayé qu'il ne l'est déjà !
Arthur regarda Merlin, qui caressait les chevaux, l'air inquiet. Il leur lançait du coin de l'oeil des regards méfiants. Il prit une grande respiration.
- Que fait-on ?
- On le ramène à Camelot avec nous, répondit Gwen, et on demande des explications à Gaïus... il s'y connaît dans... dans ce genre de choses...
Arthur hocha la tête et un petit sourire triste se forma sur son visage.
- J'imagine qu'on ne sera jamais tranquille pour un moment de libre.
Guenièvre laissa échapper un petit rire.
- Nous avons passé un bon moment, et puis nous avons tout notre temps pour en profiter de d'autres.
Ils se relevèrent, et s'approchèrent de Merlin et des chevaux.
- Nous rentrons au château, tu es prêt ? demanda Gwen avec un sourire.
- Le château ? répéta Merlin, impressionné avec des yeux ronds.
- Oui, le château ! Tu vas voir c'est très grand, rit-elle.
Guenièvre se tourna vers Arthur, tandis que Merlin souriait, tout excité de découvrir un château.
- Tu le prends avec toi ?
- Oui.
Elle se retourna vers Merlin.
- Tu vas faire le trajet avec Arthur, c'est chouette non ?
Le petit brun eut une moue moins enthousiasmée, et hocha vaguement la tête. Il jeta un regard incertain au blond, qui fit semblant de ne rien voir. La Reine enfourcha sa monture, tandis qu'Arthur porta Merlin et le mit sur le cheval avant de le rejoindre. Il se mit juste derrière lui pour ne pas qu'il tombe, et de façon à bien manœuvrer les rênes avant de partir au trot, puis au galop.
Durant tout le trajet, Merlin se tint tranquille, se contentant de regarder le paysage. Arthur en fut un peu étonné. Un enfant de sept ans n'était pas vraiment censé être aussi calme. Lui, en tout cas, en profitait souvent pour rire, et courir... Il se dit que c'était parce que le petit devait être timide.
Ils arrivèrent alors à Camelot. C'est là qu'il commença à s'agiter. Il se mit à regarder partout autour de lui, comme s'il n'en revenait pas, avec des yeux émerveillés. Son regard se posa alors sur le château et il ne put retenir une exclamation. Arthur rit de sa réaction, mais Merlin continua à dévorer le paysage des yeux.
Ils descendirent de leur chevaux dans la cour, et les donnèrent à un serviteur avant de se diriger vers les appartements de Gaïus. Arthur remarqua avec un peu de jalousie que Merlin préférait rester à côté de Gwen, et qu'il ne lui parlait pas.
Ils entrèrent dans les appartements de médecin. Gaïus au début ne vit pas Merlin.
- Sire... ma Dame...
Le petit garçon avança d'un pas, de façon cette fois à ce que le médecin le voit. Celui-ci poussa d'ailleurs une exclamation de surprise et les regarda, l'air inquisiteur :
- Qu'est-il arrivé ?
- C'est ce que nous aimerions savoir, répondit Arthur, nous l'avons trouvé comme ça dans la forêt.
Merlin, à ce moment là, avec la joie et l'insouciance d'un enfant s'exclama :
- Et j'ai retrouvé ça dans ma poche !
Il sortit le contenu de sa poche en question, et Gaïus se frotta les yeux, l'air fatigué.
- Les feuilles de libio.
- Vous êtes qui ? demanda d'un air curieux Merlin.
- Je suis Gaïus, répondit-il avec un sourire, je suis docteur.
Merlin eut l'air impressionné.
- Maman dit que les docteurs sauvent les gens !
- Ta maman a raison, sourit Guenièvre, Gaïus a déjà sauvé beaucoup de personnes.
Tandis que le petit s'extasiait devant cette révélation, Gaïus s'adressa aux deux autres :
- Il est évident que c'est l'oeuvre de la magie.
- Mais.. c'est ridicule ! Pourquoi aurait-on utilisé la magie sur Merlin ?
Merlin, qui l'avait entendu, le regarda, l'air sérieux et... presque tendu. Il avait l'air terriblement adulte en ce moment-là.
- Je ne sais pas, répondit Gaïus, mais je propose que je commence mes recherches et que l'on en parle plus tard. Dès que j'aurai trouvé une solution, je vous préviendrai.
- Une solution à quoi ? demanda Merlin.
- A un problème, répondit Arthur, bon eh bien dans ce cas... nous allons vous laisser.
- Je ne peux pas garder Merlin avec moi, déclara Gaïus.
Le Roi le regarda, surpris.
- Pardon ?
- Je ne peux pas garder Merlin avec moi, répéta-t-il, adulte je le pouvais, mais enfant... c'est un laboratoire ici, et il y a pleins de choses dangereuses pour un garçon de cet âge là ! De plus, si mes patients sont contagieux, Merlin pourrait attraper quelques unes de ses maladies !
- Je vois... dans ce cas nous lui attribuerons une chambre, répondit Arthur.
- Nous le mettrons près de la nôtre, assura Guenièvre.
- Pourquoi ? demanda Arthur.
- Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, lui dit-elle doucement, Merlin est un enfant ! Il a besoin qu'on le surveille ! On ne peut le laisser se débrouiller seul, il n'est pas ton serviteur !
- Oui. Oui, bien-sûr, répondit-il.
- J'aimerais en revanche dire un mot à Merlin avant que vous ne partiez.
- Bien-sûr.
Gaïus emmena Merlin dans sa petite chambre, à l'écart. Il se mit difficilement à sa hauteur et dit :
- Je suis un ami de ta maman. Elle t'a bien dit de ne pas utiliser ta magie en présence d'inconnus ?
Merlin pâlit légèrement, en découvrant que l'homme savait. Le médecin le rassura tout de suite :
- Ne t'inquiète pas, je ne dirai rien à quiconque. Ta mère me l'a dit dans une lettre. Mais Arthur et Gwen, eux ne le savent pas, alors tu n'utiliseras pas ta magie ici, d'accord ?
Merlin hocha vigoureusement la tête, et répondit :
- Promis.
Gaïus lui sourit et passa sa main dans ses cheveux.
- Bon garçon.
Merlin sourit, puis retourna docilement auprès de Guenièvre, qui lui tendit la main avec un sourire attendri. Il la prit, enchanté,et la suivit. Il jeta un coup d'oeil à Arthur. Il était bizarre, et la manière dont il avait parlé de la magie ne lui plaisait pas. Il lui faisait du coup un peu peur.
Ils finirent par arriver devant une porte. Gwen lâcha sa main, et l'invita à ouvrir la porte en question. Il s'exécuta, et s'avança de quelques pas dans la pièce, avant de réaliser brutalement. C'était une chambre, oui. Mais une chambre immense ! Un grand lit trônait au milieu de la pièce, couvert par des draps et couvertures rouges, ayant l'air douillet, confortable. D'autres meubles étaient posés dans la chambre, mais le lit fut le seul qui retint réellement son attention. Il dut se retenir pour aller sauter dessus, et se retourna vers Gwen.
- Merlin, voici ta chambre, lui annonça-t-elle d'un air bienveillant.
Il ouvrit de grands yeux, étonné. Pour lui ? Tout ça était pour lui ?
- Mais c'est gigantesque ! s'exclama-t-il.
Il vit clairement l'air moqueur d'Arthur, et se renfrogna.
- Quoi ? s'exclama-t-il, mécontent.
Le blond se rendit compte que c'était à lui qu'il parlait et répondit sans pouvoir cacher son sourire :
- Rien, rien. Profite juste de... ta gigantesque chambre.
Merlin le foudroya du regard et courut en direction de son lit, avant de sauter joyeusement dessus. Gwen se mit à rire, et lui proposa :
- Maintenant que tu connais ta chambre, tu veux voir la nôtre ?
Merlin hocha la tête, et la rejoignit, attrapant tout de suite la main qu'elle lui tendait. Il l'aimait bien, elle était gentille. Ils sortirent de sa chambre, pour aller à celle d'à côté, à quelques mètres de la sienne.
Comme la première fois, il ouvrit la porte et pénétra le premier dans la pièce. Leur chambre était encore plus grande que la sienne, avec des paravents, et autres choses de ce genre.
- C'est.. commença-t-il.
- Gigantesque ! compléta sournoisement Arthur pour lui.
Merlin se retourna vers Arthur et lui tira la langue. Il n'obtint pour réaction qu'un rire de sa part.
- Aller Merlin, ne fais pas attention à lui, il aime bien rigoler, dit Guenièvre, tu veux aller visiter le reste du château ?
- Oui ! répondit-il avec excitation, mais sans lui !
Il montra Arthur du doigt. Non, il ne l'appréciait pas. En obtenant un regard étonné de la part du blond, il rougit. Sa mère lui disait qu'on ne montrait pas les gens du doigt, et encore moins les nobles. Il supposait que ce Arthur l'était. Après tout, il semblait riche ! Pour Gwen, c'était une autre histoire. Elle était si gentille et avait si peu de manière caractéristique des nobles que ça le poussait à croire qu'elle était comme lui, mais sa robe lui indiquait le contraire.
Finalement, au lieu de s'énerver, comme il le redoutait, Gwen se contenta de baisser sa main encore levée, et lui demander gentiment :
- Et pourquoi sans lui ?
- Parce qu'il n'est pas gentil ! répondit-il avec force.
C'était vrai. Au début de sa rencontre avec eux, il l'avait regardé très bizarrement, et n'arrêtait pas de se moquer de lui. De plus, il ressentait un drôle de sentiment vis à vis de lui, ce qui le poussait à ne pas lui faire confiance. Gwen s'apprêta à répondre, mais Arthur ne lui en laissa pas le temps :
- C'est bon, ça ne fait rien, répondit-il tranquillement, j'ai des affaires royales à traiter de toute façon. Tu n'as qu'à t'occuper de lui faire visiter le château, tu le connais bien.
Merlin retint le mot « royales ». Alors comme ça, il était même plus que les nobles ?
- Vous êtes Roi et Reine ? demanda-t-il, surpris.
- Oui, répondit-il, je suis le Roi de Camelot, et Guenièvre est ma Reine.
Merlin afficha une moue perplexe. Comment un idiot tel qu'Arthur pouvait-il diriger un Royaume ?
Il nota mentalement de ne plus montrer du doigt le Roi comme ça, mais ne se promit pas pour autant de ne plus lui faire de remarques.
Guenièvre l'entraîna hors de la chambre, et commença à lui faire visiter le château.
