Chapitre 1

Matthias


Où est-il ? Il fait si sombre. Il ne sent plus son corps. Il a l'impression de flotter dans le vide. Un vide immense où la pesanteur n'existe plus. Quelle drôle de sensation. Se sentir léger, au point de ne plus revoir la terre ferme. Il se si sent bien. Mais quelque chose le dérange. Il ne sent plus battre son cœur. Il essaye de prendre son pouls, mais ses bras ne répondent plus, comme le reste de son corps. Son esprit est lui aussi embrouillé. Qui est-il ? D'où vient-il ? Aucune réponse ne lui vient en tête. Il panique. Plus rien ne fonctionne. Plus aucun organe ne répond. Seuls ses paupières semblent bien vouloir se laisser faire.

Alors, il ouvre le yeux. Le noir disparaît.

Le sol est loin. Il vole. Il vole dans ce ciel aux nuages gris, parmi les flocons de neige. Le souffle du vent lui caresse le visage, comme une amie, et fait voler ses cheveux blond. Des oiseaux tournent autour de lui, piaillant gaiement. Un doux sourire se dessine sur ses lèvres.

Il regarde en bas. En dessous de lui se trouve son pays, son royaume du Nord, là où il avait grandit, il s'en rappelle. Les montagnes se dressent à l'horizon. Un joli fleuve traverse les forêts et les prairies enneigés. Au bord de ce cour d'eau, il voit un petit village, dont les maisons de bois bruns et rouges sont recouvertes d'une belle couche de cristaux de neiges. Il veut le rejoindre, ce village, où la joie vivre se dessine sur le visage de tous ses habitants. Mais il ne sait comment avancer. Un courant d'air le porte. La fumée s'échappant des toits se rapproche.

Il redescend petit à petit. Ses membres se décident enfin à répondre. Il touche le sol, et se dégourdit les jambes.

Un délicat fumet arrive à lui. Il sent la bonne odeur du pain sortant du four. Dans la boulangerie juste à côté, un homme gras prépare des petites pâtisseries. Sa femme s'occupe des clients juste à ses côtés. Elle sourit.

Dehors, des enfants jouent. Leurs parents discutent non loin, jetant des coups d'œils furtif à leurs rejetons. Ils ont l'air heureux, ces gens. Toujours le sourire aux lèvres. Pas un ne fait la grimace, sauf pour faire rigoler un bébé à la bouille ronde.

Un ballon roule à ses pieds. Il essaye de le renvoyer aux gamins. Mais son coup traverse l'objet sphérique.

Qu'est ce que cela signifie ?

Il réessaye. Le résultat reste le même. Un des enfant cour vers lui, se penche pour récupérer son ballon, et le traverse, comme si il n'existait pas.

Serait-il invisible ? Un fantôme ?

Il regarde autour de lui. Personne ne semble le voir. Il essaye d'attirer l'attention de quelqu'un. Il saute dans la rue, appel à l'aide. Il essaye même de poser sa main sur l'épaule d'une jeune fille. Rien ne se produit. Pas même un regard. La panique l'envahi. Il est seul, au milieu de tous ces gens qui ne peuvent sentir sa présence. Il tombe à genoux, et se met à sangloter. Non ! Il ne veut pas être seul !

Sa vision se brouille. Les maisons et les habitants du village deviennent de plus en plus flou, puis disparaissent. Tout autour de lui change. Sauf la neige. Cette neige qu'il a toujours connu.

Enfin, tout redevient normal. Il titube. Il a la tête qui tourne, les jambes engourdies. Il essaye tant bien que mal de regarder où il est.

La forêt aux grands pins se dresse devant lui. De l'autre côté brille le fleuve, couvert d'une fine couche de glace, reflétant le soleil. Et sur la rive opposé , un château, entièrement de pierre, dont les étendards flottent au gré du vent mordant. En dehors de ces murs se trouve un bourg et des fermes, où l'on distingue quelques bêtes, bravant le froid de l'interminable hiver du Nord.

Il entend des rires enfantins provenant du bois. Il se sent attiré.

Il marche, évitant quelques branches sur son chemin. Les voix des gamins se rapprochent. Il accélère le pas.

Enfin, il les vois. Cinq petits. Cinq blonds. Deux grands à peine âgés d'une dizaine d'année se battent dans la neige, soulevant un tas de poudreuse. L'un, dont la chevelure défie la loi de la gravité, rigole aux éclats. L'autre, plus froid, et dont les lunettes peinent à rester sur son nez, l'envoie pour la énième fois rencontrer le sol neigeux. Les trois autres assistent au spectacle, au pied d'un arbre. Le plus petit aux cheveux couleur platines se colle à son voisin plus mystérieux dans l'espoir de recevoir un câlin. Câlin qu'il ne tarde à obtenir. Seul le dernier semble vraiment s'amuser, clamant le nom du binoclard à tue-tête :

« Tu peux le faire, Berwald ! »

Ce nom, il le connaît. Il lui semble l'avoir toujours connu. Berwald… Berwald… Mais oui ! Il se souvient. Ces enfants… c'est lui, et ses frères. Lukas, qu'on prénommait le magicien. Les deux bâtards, Tino par la mère, et Berwald par le père. Ces deux là qui ressemblaient à un couple. Et puis, il y a Emil, le petit dernier, le plus timide, toujours collé à ses frangins.

Des larmes lui monte aux yeux. La joie l'envahi. Il se rappelle de son enfance, ce lien qu'il avait avec ses frangins. Ils étaient unis comme les cinq doigts de la main. Si l'un d'eux faisait une bêtise, les quatre autres le couvrait pour lui éviter les punitions. C'était l'époque de la liberté, des balades à poneys, des jeux dans la neige, des leçons d'escrimes. C'était aussi l'époque où Lukas avait appris la magie. Quel belle période que celle de l'enfance.

Mais il a peur de se souvenir du reste. Pourquoi ? Il ne sait pas. C'est comme ci quelque chose de tragique c'était déroulé, sans qu'il le sache.

Tout disparaît une nouvelle fois. Les enfants ne sont plus que des ombres. Puis plus rien. Le vide revient. Le noir l'encercle.

Que va-t-il se passer ensuite ?

Il tremble de frayeur. Il est scarifié par cette lugubre noirceur.

Un nouveau décor se dessine. Une grande salle, aux murs argentés richement décorés. Au centre de cette salle un trône d'or et de velours d'un bleu majestueux. Sur ce trône, il se voit, portant la couronne du royaume du Nord. Ses frères sont à ses côtés, au début souriant. Puis, ce sourire s'efface, laissant place à un air grave.

À ses pieds gisent des cadavres de serviteurs et d'hommes de la ville venus graisser la patte du souverain.

Le nombre de corps augmente. Des homme importants se rajoutent. Ainsi que des prostituées, des enfants de bouchers, des chevaliers. Rien n'échappe au roi fou de ce pays.

Sa hache devient de plus en plus rouge.

Il ferme les yeux. Ce spectacle est trop horrible. Comment avait-il put tuer tant de monde ! Ces gens n'avaient pourtant rien fait de mal !

La folie l'avait transformé. Il était devenu paranoïaque. Quiconque osait s'approcher de lui finissait entaillé. La folie… il ne se rappelait pas avoir été fou. Ses derniers souvenirs remonte au couronnement. Puis le vide dans sa tête, comme si la suite avait été rayé. Ce qu'il voit ne lui appartient pas. Mais alors, à qui sont ces images de son passé?

Il regarde une dernière fois. Ses frères ont disparu. Ils ne sont plus aux côtés de son ancien lui.

Mais où sont-ils ?

Il les cherches du regard, tandis que le roi ne bouge pas. Les dernier membres de sa famille viennent de de volatiliser, mais rien ne le fait broncher. Il est assis, regardant s'agrandir ce tas d'hommes et de femmes inertes avec délectation.

Alors, il décide de partir à leur recherche. À quoi bon, cela ne sert, puisque personne ne le verrait. Mais son instinct lui dit de les trouver, comme si son destin en dépendait.

Une voix lugubre résonne dans sa tête, remplie de folies, et d'amusement. Une voix toute aussi mielleuse qu'effrayante.

Les bâtards ne sont pas admis à la table du roi. Ils doivent périr ! Que tombent leurs têtes de coquins sur le sol souillé par la bâtardise !

Soudain, il en voit un. Tino se trouve face à lui. Mais son frère est différent. Ses yeux prennent une teinte rouge. Une grimace défigure son doux visage angélique. Il ne le reconnaît plus. Ce n'est plus le gentil bâtard qu'il a devant lui, mais un monstre démoniaque assoiffé de sang et de vengeance.

Il court. Il essaye de s'échapper de cette vision d'horreur.

Dans sa course folle, il se cogne contre quelque chose de dur. Une armoire à glace se tenait devant lui : Berwald.

Le binoclard lui sourit. Un sourire de démon. Ses iris aussi prennent une teinte écarlate. Un nouveau frisson parcourt son corps. Il a peur, peur de ses frères qu'il chérissait.

Il essaye de s'enfuir une nouvelle fois de cet enfer. Mais une nouvelle fois, la voix mielleuse se fait entendre, tout aussi sadique que la fois précédente.

Tous les magiciens sont des démons. Il doivent périr ! Brûlez-les ! Mais le prince sorcier doit avoir la tête coupé ! Apportez-moi ma hache !

Partir. Il doit partir ! Malheureusement, il tombe nez à nez avec Lukas.

Ce dernier le fixe. Son regard est dur, comme la pierre qui fait le château. Ses lèvres semblent prononcer quelque chose. Mais il n'entend que le vent de l'hiver qui fait tourbillonner les flocons de neiges à l'extérieur. Des larmes envahissent les yeux du magicien. Première fois qu'il voyait Lukas pleurer. Son visage se referme à toutes expressions, tandis que le rejoignent les bâtards.

Ses trois frères se rapprochent de lui, l'encerclent. Ils le touchent presque. Il ne peut plus partir. Il est emprisonné.

Leur voix se met à résonner dans sa tête, comme celle de tout-à-l'heure. Mais les mots sont plus durs, plus cru.

Ta folie nous as tous mené à la mort.

Regarde maintenant dans quel état nous sommes.

Par ta faute, Emil a perdu sa famille.

Il est temps pour toi de payer.

Que tous tes souvenirs te hantent à jamais.

Il crie, à s'en déchirer les tympans.

Il a honte de ce qu'il a fait. Le pouvoir l'a rendu aveugle. Il a sacrifié ses frères pour son désir personnel. Il s'effondre sur le sol, et se met à pleurer. Ses larmes coulent en abondance. Sa vue se brouille. Ses joues deviennent rouges de colère. Pourquoi avait-il laisser faire une chose pareil ? Pourquoi ils étaient morts ? Pourquoi… POURQUOI ?!

Il se met à se frapper, d'abord le visage, puis le crâne, le torse, les bras, les jambes. Il arrache ses cheveux comme un dément. Et ses larmes ne cessent de rouler sur ses joues. Il s'en veut. Il ne peut le supporter. Il veut se suicider.

Mais il est déjà mort.

Il aurait voulu voir son esprit disparaître en même temps que son corps. Sentir son âme se déchirer. Sentir la douleur que ses frères avaient ressenties. Mais il est destiné à errer, ce poids pesant lourdement sur ses épaules.

Il arrête de se flageller. Il a mal. Des bleus apparaissent sur son corps. Il ferme les yeux, et se laisse sombrer dans le noir le plus complet.


Le sol était froid.

Il ouvrit les yeux doucement. Il faisait très sombre. Cet horrible cauchemars lui avait donné la nausée. Il s'était vu devenir fou. Il s'était vu tuer des innocents. Pourtant, il a toujours était quelqu'un de sage et de raisonné, ainsi qu'un grand-frère exemplaire. Enfin, il l'avait été, avant de monter sur le trône à seize ans, juste après la mort de ses parents, assassinés dans leur chambre. Pendant deux ans, il devait remplir ses devoirs de souverains, et malheureusement il avait du délaisser ses frères. Et puis il y a eut son dix-huitième anniversaire...

Une fois que ses yeux s'habituèrent à l'obscurité, il se rendit compte qu'il se trouvait dans une crypte.

Il regarda par réflexe ses mains, ses bras, ses jambes, et se rendit compte qu'elles étaient devenu transparentes. Un spectre. Il était devenu un spectre.

En face de lui, il vit ses trois frères défunts. Ils parlaient, comme si Matthias n'était pas présent. Puis Lukas se retourna et le fixa, réjouit à la vue de son aîné. L'ancien magicien s'avança jusqu'à lui, et lui tendit chaleureusement la main. Il la contempla pendant un moment. Il fini par la saisir sans une once d'hésitation.

Les deux autres les rejoignirent pour donner l'accolade au nouveau spectre. Ce câlin de retrouvaille dura longtemps. Assez longtemps pour que tous les quatre puissent pleurer de joie aux retrouvaille de leur vrai Matthias, et non au fou qui avait dirigé le royaume du Nord.


Voilà, fin du chapitre.

- Rappel :

Mathias le tyran : Danemark

Berwald: Suède

Tino: Finlande

Lukas : Norvège

Emil : Islande

- Pour le prochain chapitre, de nouveaux personnages apparaissent. Mais qui ? Surprise !

- Et sinon, je sais, le titre n'est pas très recherché. Mais bon...