1-Le témoin essentiel
Les détectives Donald Flack Jr et Jessica Marteens observaient Dean Callum, étrangement confiant et souriant, derrière le miroir sans teint et s'interrogeaient sur cette attitude…plus qu'inhabituelle pour un suspect. Pourquoi semblait-il aussi sûr de lui ? Sa situation n'était pas des plus enviables : il avait été pris en flagrant délit de vente de cocaïne… Pourquoi ne se sentait-il pas plus inquiété ?
Jessie (les bras croisés, fixant leur suspect) : Hey, Donnie Boy !
Don (sortant de ses pensées sans quitter des yeux Callum) : Oui ?
Jessie (faisant des guillemets avec ses doigts) : C'est quoi son « scoop » pour toi ?
Don (fronçant les sourcils et soupirant) : Si je le savais…
Jessie poussa alors à son tour un énorme soupir las, s'appuyant contre la vitre tout en continuant son intense observation de leur suspect, comme si elle voulait que la réponse jaillisse du corps du dealer par son simple regard vert ambré. Et il y avait autre chose, un sentiment d'angoisse qui la travaillait…Mais pourquoi ? Avec les charges qu'ils avaient contre lui, Callum ne pourrait pas s'en sortir cette fois…Pourquoi ce mauvais pressentiment ne voulait-il pas la quitter ?
Flack observa sa partenaire pensive et s'en inquiéta. Ce n'était pas une bonne chose de la voir comme ça…Son attention fut momentanément attirée par le passage d'un jeune rookie qui les observa quelques instants, interloqué, avant de détaler comme un lapin et le jeune lieutenant ne put empêcher un petit sourire de s'esquisser sur ses lèvres…Il était vrai que tous deux offraient une étrange image…
Pour un observateur extérieur au Central de la police de New York, ces deux détectives étaient comme le jour et la nuit. Don Flack Jr incarnait le policier sérieux et bien sous tous rapports avec son costume bleu nuit impeccable, sa chemise blanche immaculée et sa cravate bleue pâle tandis que Jessie Marteens, comme elle voulait qu'on l'appelle, était l'excentricité personnifiée. Un pantalon moulant de cuir rouge vif, tenu par une ceinture à la boucle en forme de menottes, un T-shirt noir Death Note au décolleté intéressant offert par sa sœur, une veste cintrée blanche avec de la fourrure de même couleur sur le col et les poignets des manches et des baskets noires. Des baskets qui faisaient maintenant partie de la « légende » de Jessie Marteens et qu'on ne pouvait plus dissocier du personnage. Certains se demandaient combien de paires possédaient la détective, car elle semblait en avoir de tous les genres et de toutes les couleurs possibles. Mais cette excentricité affichée ne s'arrêtait pas seulement à l'aspect vestimentaire, au grand damn de son partenaire. Si seulement…
Arrivée de Los Angeles il y a presque un an, Jessie s'était faite remarquer dès son premier jour. Donnant des surnoms à à peu près tout le monde, faisant tout ce qui lui passait par la tête et disant ce qu'elle pensait tout haut, elle avait maintenant une sacrée réputation que ce soit dans la police ou dans la rue. Et cette extravagance semblait parfois gagner certains de ses collègues…Même lui !
Mais son caractère extraverti, franc et direct lui avait aussi amené un groupe de véritables amis, principalement composé de l'équipe scientifique du lieutenant Mac Taylor et de quelques inspecteurs de la brigade criminelle. En fait, il existait deux réactions face à elle : soit on l'adorait, soit on l'évitait. Ce n'était pas automatiquement de la haine mais elle pouvait rendre une situation tellement embarrassante par son franc parler que certains ne craignent certaines foudres ou d'autres révélations involontaires… Elle semblait tout savoir et tout connaître sur tout le monde !
Il faut aussi dire qu'elle aimait un peu trop parler avec ses poings, provoquant à plusieurs reprises quelques sueurs froides et des semblants de crises cardiaques à son pauvre partenaire…Mais aujourd'hui, tout le monde s'y était habitué. Enfin, ceux qui la côtoyaient depuis ses débuts du moins…
Jessie (se tournant vers Flack, les sourcils froncés) : J'pense pas qu'il s'agisse de Sunfield…
Don (tournant son regard bleu vers elle) : Je sais. On l'a déjà interrogé plusieurs fois à son sujet et il a toujours nié. Je ne pense pas qu'il ait décidé du jour au lendemain de le balancer. Non, son scoop concerne autre chose…
Jessie (levant les yeux et se tapotant le menton de l'index) : Ouais. Mais quoi ? Qu'est-ce qui pourrait être plus costaud qu'une sale petite ordure politicienne malsaine ?
Don (souriant face au langage fleuri de sa partenaire, haussant les épaules et retournant à son observation) : Va savoir…
Jessie (soupirant une nouvelle fois) : Ouais, ben, on va bien avancer avec des « j'sais pas »…
Flack ne préféra pas répliquer à cette remarque acerbe. Il comprenait la frustration de sa partenaire. Il en était au même point. Tout comme les autres enquêteurs s'occupant de cette sordide affaire…
Cela faisait des mois qu'ils essayaient d'arrêter Jack Sunfield mais il n'avait jamais réussi à avoir une quelconque preuve entre les mains, uniquement des soupçons ou des témoins instables qui soit disparaissaient dans la nature, soit se rétractaient soudainement. Jack Sunfield semblait intouchable…
C'était un homme riche, arrogant et il briguait une place au Sénat. Il avait les moyens et le bras suffisamment long pour éviter tout problème. Alors comment arrêter ce cercle vicieux ? Les soupçons de la police ne semblaient pas suffire à le discréditer aux yeux de la société. Pourquoi ?! Il était tout de même soupçonné de pédophilie et de meurtres sur de très jeunes enfants, tous orphelins ou provenant de la rue. Ce dernier fait semblait d'ailleurs avoir profondément touché le lieutenant Stella Bonasera, la compagne de Flack et l'une des CSI s'occupant de cette affaire. Lors de l'interrogatoire, quelques instants plus tôt, elle était sortie de ses gonds, surprenant ses deux collègues. Du moins, avec plus de recul, Flack avait compris sa réaction. Elle-même orpheline, elle éprouvait toujours une grande compassion envers les enfants délaissés. Alors que l'on s'attaque de cette façon à l'un d'entre eux… Comme s'ils n'avaient pas subi assez de malheurs dans leur courte vie !
Mais Stella avait été si virulente… Ça ne lui ressemblait pas…Ou c'était plutôt extrêmement rare… Flack ne savait vraiment pas quoi faire pour réconforter sa petite amie et ce sentiment d'impuissance le tuait !
Semblant lire dans ses pensées d'ailleurs, Flack le soupçonnait vraiment, Jessie s'approcha de lui et sauta pour s'accrocher littéralement à son cou, le câlinant comme un nounours, les pieds ballant dans le vide. Sa manière toute personnelle de le rassurer…
Jessie (plaçant son menton au creux de l'épaule de Flack) : Tu penses encore à Stel' ?
Don (souriant, rassurant, essayant, comme toujours, de la déloger de ses épaules, plus amusé qu'autre chose maintenant) : Oui. C'est rare qu'elle perde son sang froid comme ça…
Jessie (frottant gentiment sa joue contre la sienne): J'sais. Elle est où, au fait ?
Don (avec un petit sourire inquiet) : Dans la salle de repos…Je crois…Elle avait besoin de retrouver son calme.
« Et surtout de se remettre de notre 'trahison' » ajouta Flack dans sa tête. Elle semblait tellement en colère contre eux quand elle était sortie de la salle d'interrogatoire. Le jeune détective comprenait mais ça faisait si mal…Il détestait la blesser…Mais c'était la seule décision à prendre, Jessie en avait convenu, même si elle avait bien fait comprendre son dégoût à traiter avec ce sac d'immondices, comme elle l'avait gentiment surnommé, parmi d'autres noms d'oiseaux plus colorés…
Jessie (reportant son regard vers Callum) : Alors ? On appelle le bureau du proc' ? Ils vont peut-être réussir à tirer quelque chose de ce tas d'merde.
Don (levant les yeux devant son adorable langage) : Oui. Mais ça serait bien qu'un certain koala de ma connaissance me libère pour que je puisse atteindre mon portable.
Riant et lui tirant puérilement la langue, Jessie descendit de son perchoir vivant et se posta au seuil de la salle d'observation, l'attendant. Flack sortit son portable puis la rejoignit, tapant le numéro du bureau du procureur. Ils sortirent dans le couloir et se dirigèrent vers leurs bureaux pour préparer le dossier. Ils ne devaient omettre aucun détail, aussi insignifiant qu'il soit. Callum ferait peut-être enfin une erreur, à force de faire le malin.
Cependant, pour une raison qu'elle ignorait, Jessie sentait son mauvais pressentiment se renforcer. Elle se tourna alors vers Flack, actuellement en ligne, et remarqua immédiatement qu'il avait toujours son pli soucieux entre les sourcils. C'était à la fois adorable et inquiétant…Il était tellement amoureux de sa Stella…
Jessie (lançant un dernier regard en direction de la salle d'interrogatoire, inquiète) : Qu'est-ce qui t'a pris, Stel' ?
oOo
Dean Callum n'avait pas pu s'empêcher de sourire en voyant les expressions dépitées, frustrées et colériques des trois flics qui l'avaient interrogé. Et cette Bonasera… Comme si une bonne femme en colère et menaçante allait le faire pisser dans son froc…Vraiment hilarant !
Ces flics voulaient des infos ? Ils en auront…Et elles allaient avoir l'effet d'une énorme bombe, éclaboussant ce petit monde bien propre sur lui. Et lui, il serait bien peinard et retrouverait bientôt la liberté. Monsieur Sunfield le payait très bien et était plus que ravi de ses services. Callum était sans doute l'un de ses meilleurs rabatteurs et Monsieur Sunfield faisait très attention à ses excellents investissements. Alors, il ne risquait strictement rien. C'était une affaire de quelques heures, c'est tout…
Se détendant sur sa chaise, plaçant ses mains derrière son crâne rasé, Callum fut soudain sorti de ses pensées par le grincement de la porte de la salle d'interrogatoire. Les substituts étaient déjà là ? A moins que ces trois flics ne reviennent à la charge…
Un individu entra et Callum ne distingua pour le moment qu'une silhouette sombre. Qu'est-ce que… ? Soudain, ses yeux s'agrandirent de terreur. Non. Non…
L'individu dirigea tranquillement vers lui le canon d'un pistolet muni d'un silencieux et lui lança un regard plein de colère et de haine.
L'individu (à voix basse mais intelligible) : Tu n'auras plus jamais l'occasion de parler.
Callum (d'une voix aiguë et terrifiée, suppliant) : Non ! Ne fais pas ç…
Et une détonation silencieuse le fit taire à tout jamais.
oOo
Bien. Le problème est réglé. Enfin, presque…
