Quelques petites minutes plus tard, la vieille dame était installée loin du cadavre. Shawn se rapprocha de Gus, surexcité.
— C'est trop bien ! Toi tu sais comment faire pour me distraire en attendant que le train arrive !
— Shawn, je ne suis pas responsable de cette histoire.
— Heureusement, sinon, je serais obligé de te faire mettre en prison. Mais d'abord, résolvons cette affaire.
— Il n'est pas question que j'en fasse plus. Et je te rappelle que mon dos n'est pas un marche pieds pour personnes âgées.
— Enfin mais t'as fini ton numéro, oui ? Il fallait bien aider cette pauvre vieille dame à s'extraire de son siège sans qu'elle touche au monsieur complètement décédé qui était à côté d'elle. Tu n'allais quand même pas la faire sauter par dessus en croisant les doigts pour qu'elle ne casse pas tous les os de son pauvre corps si vieux et si fragile.
— Ton dos aurait aussi bien pu faire l'affaire.
— Tu sais bien que non, bonhomme. Ton dos est tellement parfait. On voit bien que tu prêtes attention à ton apparence, et ton maintien est tellement fier et solide. Il n'y a que ton dos qui pouvait faire l'affaire.
Gus, flatté, se redressa imperceptiblement.
— Et puis il fallait bien que je tienne sa main. Je me voyais mal salir ma chemise avec ses chaussures si sales. D'ailleurs, tu as vu toute la boue qui était collée sous ses chaussures ? C'est une honte qu'une dame soit aussi négligée ! ponctua Shawn en s'éloignant de son ami.
Ce dernier affichait maintenant une grimace horrifiée et tentait de voir le dos de sa chemise pour évaluer les dégâts.
— Shawn ! appela-t-il. Shawn !
— Du calme, Gus, je plaisantais.
Le détective médium avait repéré que le contrôleur déverrouillait l'une des portes du wagon.
— Attendez, monsieur le Contrôleur ! Où allez vous comme ça ?
— Hé bien, je vais chercher mon responsable. Il doit être un peu plus loin. C'est à lui de prendre le relais maintenant.
— Il n'est pas question que vous sortiez d'ici, monsieur.
— Mais... il n'est pas loin.
— Tsss tsss tsss, je ne veux rien savoir. Ici, c'est moi qui dirige maintenant et je vous demande de ne pas sortir.
Le contrôleur semblait perdu et son regard cherchait le soutien des autres passagers du wagon.
— On va utiliser ceci, sourit Shawn en sortant son portable de sa poche et en levant les sourcils. J'imagine qu'on vous en a déjà parlé ? Une sorte de système ingénieux permettant de communiquer avec les gens qui ne sont pas au même endroit que vous. Et en plus, vous avez de la chance, nous connaissons très bien des inspecteurs qui pourront nous aider à mettre les menottes aux bonnes personnes. Appelons-les tout de suite.
Pendant que Shawn composait le numéro, Gus s'approchait du contrôleur pour lui tendre un objet brillant. Lorsque le démarcheur en produits pharmaceutiques s'éloigna, l'homme d'affaire pris le contrôleur à part et sembla se disputer à voix basse avec lui. Le médium les ignora pour se concentrer sur son appel.
— Bonjour Juju ! Tu vas bien ?... cool ! Dis, que penses-tu des muffins au chocolat blanc ? J'ai trouvé un boulanger qui en faisait et je les trouve pas mal. Tu voudras que je t'en rapportes la prochaine fois que je viens te voir ?... bien sûr, je sais que tu es au travail, Juju... bon ben je vais te laisser alors... au fait, si tu sais pas quoi faire, tu devrais faire arrêter le train 9202 pour L.A. Il y a eu un meurtre dans le wagon numéro 3. A tout à l'heure, ma Juju.
Lorsqu'il eu raccroché, Shawn se dirigea enfin vers le cadavre pour l'inspecter de plus prêt, Gus sur ses talons.
— Ils viennent bientôt ?
— Je leur donne moins de cinq minutes pour arrêter le train et une heure pour le rejoindre. On a donc ce temps-là pour résoudre l'affaire.
— Très bien, alors qu'est-ce qu'on a ?
— Si tu arrêtais de me poser des questions, j'aurais peut-être déjà fini l'enquête.
— Arrête de faire ton intéressant Shawn, il n'y a que moi qui t'entende pour le moment et je sais très bien que tu as déjà largement eu le temps d'inspecter ce corps.
— Oui, tu es content ? s'énerva faussement Shawn. Oui, j'ai vu tout ce que je voulais voir, ça te va ? Mais il me manque le super renifleur, alors approche toi un peu plus et viens me dire ce que tu trouves sur ce mouchoir.
Le médium désignait un mouchoir froissé au pied du cadavre.
— Il n'est pas question que je m'approche à plus de trois mètres d'un mort.
— Allez, fais pas ton yucca allergique aux épisode de Malcolm. Approche et sors le super renifleur !
— Non, Shawn.
— Si.
— Non.
— Si.
— Non.
— Si.
— Non.
— Non.
— Si.
Shawn poussa un énorme soupir et secoua la tête, faussement résigné.
— Puisque tu insistes, vas-y.
— Quoi... ?
— Le mouchoir est juste là, aux pieds du monsieur tout mort.
— Mais...
Gus se maudit et trépigna sur place. Il s'était encore fait avoir. Surmontant sa nausée grandissante, il ferma les yeux et se dirigea au jugé vers le cadavre.
— Non, tu vas trop loin... un peu plus à gauche...
— Shawn, je te préviens, si j'atterris le nez dans la cravate du cadavre, je ferais en sorte que Juliet retrouve deux cadavres au lieu d'un seul.
— Ouh ! Que de mauvaises ondes je perçois de ton côté, singea Shawn.
Gus soupira encore et se résolut à ouvrir les yeux afin d'éviter la catastrophe. Il repéra rapidement le mouchoir et se pencha au-dessus. Il se concentra sur son odorat et réussit à percevoir un arôme particulier. Il sourit et se redressa. Malheureusement, il était toujours trop près du corps et son estomac commença à donner des signes de rébellion. Il s'éloigna à grand pas pour se retrouver face à une porte verrouillée. Les toilettes se trouvaient désespérément de l'autre côté. Pendant une seconde, il crut qu'il allait pleurer de frustration mais son meilleur ami, qui était aussi le pire casse-pied qu'il connaisse, était sur sa trace et commençait à lui rabattre les oreilles de questions.
— ...nelle ? Du rhododendron ?
— Quoi ? s'énerva Gus.
— C'était quoi ? Je suis sûr que c'était du rhododendron. J'aime bien dire rhododendron. C'est bizarre comme mot, hein ?
— Non, Shawn, juste de la vanille. Un parfum à la vanille.
— Génial ! Maintenant, tu n'as plus qu'à trouver qui met du parfum à la vanille.
— Non.
— Allez, vas-y, bonhomme, ça ne te prendra qu'une seconde. Et puis, ils ne sont pas morts, les autres, donc tu peux facilement les approcher, non ?
— Non, je le sais déjà. Et je veux aller aux toilettes.
— Quoi ? Tu le sais déjà ! Alors, c'est qui ? La voisine ? La femme russe ? L'homme d'affaire ! J'étais sûr qu'il avait un penchant pour les trucs un peu féminin !
— Non, trouves les clefs et laisse-moi aller aux toilettes.
— Bonhomme, tu vas devoir te retenir parce qu'on ne pourra pas sortir avant que les flics ne soient là. Et puis c'est quoi cette obsession des toilettes ? Ça devient malsain, tu sais.
Gus grogna et se retourna vers le wagon et les autres passagers, tous occupés à discuter dans leur coin.
— C'est la belle jeune fille, là-bas, désigna Gus d'un signe de tête.
Pendant un court instant, Shawn en resta bouche bée.
— Tu es sûr ?
— Évidemment, le super renifleur ne se trompe jamais.
— Mince, marmonna son ami. Ça commence à faire beaucoup trop de suspects, là.
A ce moment-là, le train stoppa net, envoyant voler tout le monde vers l'avant du train.
— C'est gentil de t'inquiéter pour moi, ma Juju mais je vais très bien. Gus a un très léger bobo et il a pleuré comme un bébé abandonné mais il va mieux maintenant. Et toi, tu vas bien ? Vous êtes en route ?... oh, le corps...
Shawn s'approcha du cadavre qui avait glissé sur le sol du wagon et fit la grimace.
— Disons qu'il n'est plus tout à fait le même mais ça ne s'arrange pas pour lui : il est toujours mort. De toute façon, j'avais déjà capté tout ce qu'il me fallait avec lui donc ce n'est pas si grave... Je peux t'assurer que ni moi ni Gus n'avons touché au corps, promis ! S'il a bougé, c'est seulement à cause de l'arrêt d'urgence... D'accord, à tout à l'heure Juju. Dis bonjour à Lassie pour moi.
Shawn raccrocha avec un sourire et se tourna vers son meilleur ami.
— Elle est tellement adorable quand elle s'inquiète pour moi.
Gus le regarda de travers.
— Ils seront là quand ?
— Quelle odeur avait le mouchoir ?
— Quoi ? Mais je te l'ai déjà dit.
— Je croyais que tu voulais jouer à et si on posait des questions auxquelles on a déjà les réponses.
Gus haussa les épaules, contrarié.
— Bon, on commence par quoi ? demanda-t-il.
— On va voir ce que tu caches de bon dans ton sac parce que j'ai un peu faim, puis on fera une partie de morue chinoise pour savoir qui aura droit à la plus grosse part. Pour finir, on va interroger chaque personne dans ce wagon.
— On dit une partie de mourre chinoise, plus couramment appelé le jeu de chifumi.
— Les trois se disent.
— Tu dis n'importe quoi. Allons-y, répondit Gus.
