A/N : Voilà la suite ! Bon, je crois que je me suis laissée un peu emporter par la joie d'écrire à nouveau... Vous me direz, si c'est trop long !
Je m'excuse s'il y a quelques fautes ou problèmes de traduction (je n'ai lu les HG qu'en anglais, donc c'est pas évident de trouver la façon dont les choses ont été traduites en français), je prendrais le temps de rectifier plus tard.
Les dialogues sont littéralement de Suzanne Collins, à quelques mots près, puisque c'est ma traduction perso.
Bonne lecture !
Il a fallu du temps à Katniss pour revenir à elle.
J'ai passé de longues minutes à réchauffer ses doigts, crispés sur ses oreilles au point que les jointures de ses mains étaient blanchies. J'ai pris d'infinies précautions pour ne pas l'effrayer. J'ai déposé un baiser sur chacune de ses phalanges au fur et à mesure qu'elles se décrispaient. J'ai caressé ses cheveux et les ai débarrassé des brindilles et feuilles mortes. J'ai laissé mes doigts effleurer les muscles tendus de ses épaules et de ses bras.
Je ne savais pas ce que faisaient les autres et à vrai dire, je ne pensais même plus à eux. Il n'y avait plus que Katniss pour moi. Par chacun de mes gestes, j'avais tenté de la ramener à la vie. Pendant des minutes qui semblaient chacune contenir une éternité, mon front appuyé contre sa joue, j'avais attendu que sa respiration se calme, que son visage reprenne des couleurs et que la rigidité quitte ses muscles. Et enfin, ses yeux s'étaient rallumés.
Plusieurs heures plus tard, nous sommes assis sur la plage, dans la pénombre. Nous avons pris le premier tour de garde, Katniss face à la mer et moi guettant la jungle. Le poids des geais moqueurs se fait lourd sur nos épaules. L'air est humide et épais, le silence étouffant. Du coin de l'œil, je vois les formes des autres, allongées sur le sable, tâchant de se noyer dans l'oubli du sommeil pour quelques heures. Les jambes de Finnick sont raides et ses bras serrés contre lui, en une position douloureuse. Je vois bien qu'il n'arrive pas à dormir et que si jamais il arrive à atteindre ces ténèbres tant désirées, il n'y verra que visions d'horreur.
Katniss est tout contre moi, je ressens tous les imperceptibles tremblements qui parcourent son corps. Dans l'acier de ses yeux, je peux apercevoir la plaie béante qu'ont ouverte les geais. Ils perdent parfois leur focus et elle doit secouer la tête pour se sortir des cauchemars qui la menacent, amassés au bord de ses paupières, prêts à l'envahir dès qu'elle baissera la garde. Sa respiration se prend dans sa gorge de temps en temps. Mais elle se remet. Elle combat les effets du choc émotionnel et jusqu'ici, s'en sort plutôt bien.
Le ciel est noir de jais mais nous sommes chanceux : les Juges nous ont donné des étoiles, elles brillent faiblement entre les nuages. Les bruits de la nuit s'installent doucement. Les insectes s'éveillent en bourdonnant et les animaux sortent de leur tanière et se glissent comme des ombres entre les troncs des arbres. La vie reprend peu à peu le dessus. Et dans ce calme entre deux tempêtes, je sens mon inquiétude s'affaiblir et mes muscles se détendre.
Katniss pose doucement sa tête sur mon épaule. Je lui ai beaucoup parlé pendant l'attaque des geais. Je lui ai dit de nombreuses choses, admis de nombreuses vérités profondément enfouies, confessé des secrets enfermés à triple tour dans les battements de mon cœur. J'ai commencé à crier tout haut mes sentiments pour Katniss à partir de la Moisson des premiers Jeux, au moment même où j'ai compris que le temps qui nous restait était compté. J'avais passé dix ans de ma vie étouffé par mon amour, sans jamais oser réunir le courage qu'il me faudrait pour lui parler. Et à la seconde où Effie a prononcé nos noms, il ne me restait plus que quelques jours, heures, secondes dans le même monde qu'elle. A l'instant où je me suis retrouvé face à elle sur l'estrade, mon cœur s'est mis à enfler, jusqu'à toucher le soleil blanc du mois de Mai, et une litanie de « je t'aime » assourdissait mes oreilles, quand mes yeux ont rencontré les siens. Je ne pouvais plus me taire. Je ne pouvais plus passer une seule fraction de seconde sans qu'elle ne sache l'étendue de mes sentiments. J'avais saisi chaque occasion pour répéter inlassablement mon amour.
Mais maintenant que je lui ai confié tous mes secrets, et j'ai la conviction infaillible qu'elle l'a ressenti malgré la barrière, j'ai la sensation que mon cœur ne m'étouffe plus autant qu'avant. Il est toujours aussi gigantesque, il m'est impossible de l'ignorer mais ses battements sont moins désespérés. C'est comme si j'avais fait la paix avec lui et qu'il devenait une présence rassurante. Il ne me pressait plus à souffler quoi que ce soit à Katniss.
Alors je lève simplement la main et emmêle doucement mes doigts dans ses mèches folles. Elles taquinent ma joue et le creux de mon cou. Son souffle berce mes oreilles. Et à ce moment précis, il n'existe plus que nous. Je me laisse submerger par la douceur infinie de cet instant. Je n'ai plus conscience de mes membres endoloris, des coupures qui me tirent la peau et de la fatigue immense qui pèse sur mes paupières. Je ne sens plus que sa hanche contre la mienne, la peau de sa joue contre mon épaule et la sensation de mes doigts dans ses cheveux. Je suis plus serein que je ne l'ai jamais été de toute mon existence, malgré la perspective des prochaines horreurs qui nous attendent.
Mais je la sens plus nerveuse que moi et de légers mouvements trahissent les coups d'œil fréquent qu'elle me jette. Je sais pourquoi elle ne baisse pas sa garde, pourquoi elle tente de faire bonne figure et de se remettre de l'épisode des geais moqueurs le plus vite possible. Je ne suis pas idiot et même si Katniss fait son possible pour masquer ses émotions, parfois, elle m'apparaît aussi claire qu'un livre ouvert. Je souris tristement à cette idée. Elle veut me protéger. Car c'est ce que nous faisons, selon elle. Car c'est ce qu'elle a fait depuis les premiers Jeux, épongeant mon sang, risquant sa vie pour me maintenir en vie, prête à se suicider pour ne pas décocher une flèche dans mon cœur. J'ai osé voir dans ces gestes l'amour qu'elle portait pour moi et lorsque j'ai compris l'effroyable vérité, j'y ai laissé un morceau de mon cœur.
Je me tourne vers elle :
-Katniss, ça ne sert à rien de prétendre que nous ne savons pas ce que l'autre essaie de faire.
Ses yeux croisent brièvement les miens. Je ne la laisse pas continuer :
-Je ne sais pas quel genre d'accord tu as passé avec Haymitch. Mais à moi aussi, il m'a fait des promesses. Je suppose donc qu'il a menti à l'un d'entre nous.
Après avoir entendu le discours du Président Snow pour les Jeux de l'Expiation, je m'étais jeté sur ma porte, l'avais ouverte à la volée pour me précipiter chez notre mentor. A son habitude, Haymitch était affalé dans son canapé défoncé, la main crispée sur une bouteille d'alcool. Malgré le fracas que j'avais produit en enfonçant pratiquement sa porte, il n'avait pas relevé les yeux de l'écran de télévision, qui continuait de diffuser l'émission spéciale sur l'Expiation
-Elle doit survivre.
Je ne lui ai pas laissé le temps de me contredire :
-Vous me le devez. L'année dernière, c'est elle que vous avez décidé de sauver. Et je n'ai rien fait pour contrecarrer ce plan, j'ai même donné toute ma force pour qu'il réussisse. Cette année, c'est moi que vous devez choisir. Vous me le devez. Je retournerai dans l'arène avec elle. Et vous ferez tout ce qui est en votre pouvoir pour la faire survivre depuis l'extérieur.
J'ai répété une dernière fois, en tâchant d'être le plus ferme possible :
-Vous me le devez.
J'ai tourné les talons avant même qu'il ne puisse ouvrir la bouche. Je n'avais jamais été aussi convaincu de mes décisions et je n'avais sûrement jamais parlé à qui que ce soit de cette façon. Mais pas une seule once de peur ne m'habitait, mon esprit restait concentré sur l'unique chose qui pouvait encore compter pour moi. Je ne me suis jamais leurré en pensant que Katniss n'avait pas fait de même de son côté. Je savais qu'elle préférerait mourir plutôt que de devoir quoi que ce soit à quelqu'un d'autre et surtout sa vie. Je m'en étais convaincu, c'était la seule raison pour laquelle elle m'avait protégé. Cependant, j'osais espérer qu'Haymitch n'imaginerait pas une seule seconde trahir la promesse qu'il m'avait faite. Je ne m'étais jamais formalisé du fait qu'il avait préféré sauver Katniss, c'est ce que je m'étais efforcé de faire tout au long des premiers Jeux, mais il me devait de me choisir cette fois-là. Et ma décision était de suivre Katniss dans l'arène.
Katniss se tourne vers moi :
-Pourquoi tu me parles de ça maintenant ?
Son ton est dur, probablement pour cacher les tremblements qui commencent à l'agiter.
-Parce que je veux que tu comprennes à quel point nos situations sont différentes. Si tu meurs et que je survis, il n'y a rien qui m'attend de retour au District 12. Tu es toute ma vie. Je ne pourrais plus jamais être heureux à nouveau.
Je lui dis tout ça le plus calmement possible, les yeux fixés sur les profondeurs de la jungle. Je suis en paix avec ma décision. Je sais qu'elle va protester. Je me tourne vers elle et mes yeux s'accrochent au sien. Ses sourcils sont froncés et ses lèvres s'entrouvrent. Je lève la main et y dépose mon index doucement :
-C'est différent pour toi. Je ne dis pas que ce ne sera pas difficile. Mais tu as des gens pour qui vivre.
Moi, ça fait bien longtemps que mon seul espoir ne réside qu'en toi, je finis dans ma tête. Même si nous avions toujours eu à manger, les conditions difficiles du District et les Jeux ont achevé de taillader tous les liens qui me retenaient à ma propre famille. Bien sûr, cette pensée semblait creuser un trou béant dans mon flanc. L'idée que le Capitol ait pu s'en prendre à ma famille m'avait presque achevé il y a quelques heures. Mais ces sentiments n'étaient plus que brûlures devenues rares, leurs braises alimentées par des souvenirs révolus depuis bien longtemps. Je savais depuis que j'étais descendu du train de retour du Capitol que je ne serais plus qu'une menace pour ma famille. Je savais que je devais couper les liens pour leur propre bien. La vieillesse qui s'était accumulée sur le visage de mon père et les rides qui s'étaient creusées dans les traits tirés de ma mère n'avaient fait que confirmer. Je leur avais apporté bien plus de malheur que de bonnes choses.
Ma main attrape la chaîne dorée qui pend à mon cou. D'un geste, j'ouvre le pendentif, qui découvre une photo de Prim, de sa mère et de Gale. Je sens la nervosité commencer à monter. C'est ma dernière carte, ma dernière chance de la convaincre. C'est le dernier ressort du plan que j'ai fomenté il y a plusieurs semaines de ça. Pendant que ses yeux se posent sur les photos, j'étudie ses réactions. Tout d'abord, elle reste impassible et son regard bouge rapidement le long des portraits. J'espère qu'elle n'est pas en train de les fixer aussi intensément pour leur dire au revoir afin de se sacrifier pour moi. Puis ses traits s'adoucissent et sa carapace se craquelle. La lueur de détermination dans ses prunelles vacille. Je la sens sur le point de craquer et j'en profite pour enfoncer le clou :
-Ta famille a besoin de toi. Personne n'a besoin de moi.
Je m'en veux de profiter de sa vulnérabilité et de la manipuler mais elle doit sortir de cette arène vivante et je ne reculerai devant rien pour que ce soit le cas.
Elle lève soudain la tête et plante ses yeux dans les miens. J'y vois brûler une flamme que je ne parviens pas à déchiffrer.
-Moi. Moi, j'ai besoin de toi, me coupe-t'elle de court.
Mes yeux s'écarquillent et ma respiration cesse. A cet instant précis, j'ai le vertige et j'ai peur de replonger comme au temps des premiers Jeux, où j'ai cru qu'elle partageait mes sentiments. Une infime brûlure traverse mon cœur, au souvenir de cette discussion à bord du train de retour, où une partie de mon monde s'est effondré. Mais je me reprends. Il ne s'agit pas de moi, mais d'elle. Je me prépare à la contredire et à utiliser tous les arguments les plus retors et inimaginables pour la faire plier, tout en me détestant d'avance.
Mais je n'ai pas le temps de prendre une inspiration que sa bouche s'écrase sur la mienne. Et pendant quelques secondes, je me noie, avec délice, dans cette chaleur. Puis mon cerveau se remet en place et je tente de la repousser, au prix d'un immense effort contre ma volonté. Mais Katniss ne l'entend pas de cette oreille et enroule ses bras autour de mon cou pour se presser contre moi. Une bataille infernale se déclenche en moi, entre mon cerveau qui me hurle de la repousser pour la convaincre et tout le reste de mon corps qui n'envisage plus de vivre une seule seconde sans les lèvres de Katniss sur les miennes. Nos lèvres se goûtent, se savourent et notre respiration ne fait plus qu'une. Ses bras enserrent mes épaules, mes mains se perdent dans ses cheveux et dans le creux de ses reins et je ne sais plus où je finis et où elle commence. Je ne sais même plus où je suis ni le jour ni l'heure, je ne vis plus que dans un monde formé de ses lèvres, de ses mains, de ses caresses. Nous n'avons même pas besoin de respirer, nous sommes notre propre oxygène. Mon esprit déraille et s'emballe, et je la serre toujours plus fort contre moi.
Le coup de tonnerre qui annonce minuit et midi retentit et nous fait sursauter. Nous nous séparons, le souffle court. Ses joues sont rougies et elle détourne le regard, feignant de prêter attention au groupe endormi plus loin. De très loin, me parvient le cri de surprise de Finnick. Mais je ne prête attention qu'à Katniss, qu'à la légère teinte qui colore ses pommettes olivâtres, qu'à la ligne solide de ses sourcils, qu'à la façon dont ses cils caressent sa peau lorsqu'elle baisse les yeux. J'ai l'envie irrépressible de parcourir chaque centimètre de sa peau de baisers. J'ai l'envie irrépressible de sentir à nouveau mon cœur s'emballer, ma respiration se calquer sur la sienne et l'afflux de chaleur et de sang sous ma peau.
J'ai l'envie irrépressible de me sentir à nouveau vivant.
Ouf... Quel plaisir indescriptible de me relancer dans l'écriture, et surtout du point de vue Peeta.
Il est vraiment le personnage de je préfère de toute la série, j'imagine qu'étant un artiste et plutôt bon parleur, il a beaucoup de recul sur ce qu'il vit et l'exprime avec ...poésie ?
Bon en tout cas, j'espère que ça vous a plu. Merci pour les reviews que j'ai reçus pour le moment, sachez que je le prends le temps de répondre à chacune d'entre elles, d'aller faire un tour sur vos profils et de me lancer avec plaisir dans vos fictions si vous écrivez aussi ! Je suis notamment assez friande des fictions décrivant la reconstruction de Katniss et Peeta après la fin de la guerre et je n'en ai pas beaucoup lu en français !
Je sais que tout le monde ne laisse pas forcément un petit mot, mais je vois déjà vos visites, et ça me fait chaud au coeur (alors vous imaginez si vous me laissiez une petite review ;-) ?)
Pour revenir sur des informations plus pragmatiques :
-si vous souhaitez récupérer la fiction en PDF, envoyez moi un DM et je vous transmets ça
-je vous donne rendez-vous très vite pour un petit OS de réflexion sur Katniss et Peeta, mais du point de vue de Thom ; et par la suite, le temps de les planifier un peu, ma propre version de la convalescence de Peeta au Capitol et son retour au District 12.
Des bisous et à très vite,
Bergdorf.
