- Votre Altesse ! Votre Altesse ne doit pas descendre dans les jardins sans l'autorisation de sa Majesté ! S'écria le droïde protocolaire avec inquiétude.
Se précipitant dans les escaliers aussi rapidement que le lui permettait ses jambes mécaniques, Z4-PX5, droïde de protocole argenté aux yeux bleutés tenta de rattraper la petite princesse qui riait en s'élançant au milieu des bassins recouverts de jacinthes d'eau aux couleurs blanches et bleus. Portant une robe vert émeraude en velours ceinturée sous la poitrine par un épais ruban de satin rouge, cachée sous un ample manteau d'une teinte plus sombre que sa robe et recouvert de broderies dorées, Leïa regarda amusée le droïde se lancer à sa poursuite et se cacha derrière une imposante statue en marbre en tentant de maîtriser ses éclats de rire. PX5 était adorable bien sûr, mais elle n'était vraiment pas très futée ! Songea la petite fille en replaçant une de ses épaisses boucles brunes derrière son oreille, bien vite elle s'éloigna un sourire aux lèvres. Elle arrivait toujours à la semer si facilement ! Au moins les droïdes du capitaine Antilliès étaient bien plus amusants. 3PO avait peur de tout et passait son temps à la sermonner comme PX5 mais il était malgré tout gentil et surtout très beau avec son revêtement doré qui brillait au soleil. Mais la petite fille de quatre ans préférait R2 qui la suivait toujours dans toutes les aventures qu'elle entreprenait de vivre dans les vastes jardins du palais royal d'Aldeeran.
- Princesse Leïa ? Princesse Leïa ! Sa majesté la Reine sera très contrariée de vous voir désobéir, revenez princesse, il faut rentrer vous devez suivre vos leçons d'initiation à la politique ! S'alarma la pauvre droïde en errant entre les plans d'eau et les bosquets surchargés de fleurs.
- Je n'irai pas ! Rétorqua Leïa de mauvaise humeur en s'engageant à toutes jambes dans le labyrinthe végétal, Mère peut bien dire ce qu'elle voudra, je n'irai pas !
Leïa eût un moment d'hésitation avant d'entrer dans le labyrinthe, après tout elle n'avait pas le droit d'y aller. Père le lui avait défendu et il avait été très sévère. Pinçant ses lèvres fines, la petite fille plissa les yeux et réfléchit un instant à la situation. Si elle entrait dans le labyrinthe elle serait certainement grondée, mais d'un autre côté, si elle faisait demi-tour maintenant, elle devrait suivre PX5 jusque dans la bibliothèque du palais et supporter Maître Correl qui lui raconterait comment les institutions politiques d'Aldeeran se sont progressivement mises en place. Aucun intérêt…
La petite fille n'aimait pas qu'on lui impose ce qu'elle devait faire. Avec une lueur de défi dans ses grands yeux bruns, la princesse s'engouffra dans le labyrinthe. Elle n'avait peur de rien, et surtout pas de la colère de Mère. Au loin elle entendit PX5 l'appeler à grands cris, mais s'en soucia comme d'une guigne. Elle n'avait pas besoin que l'on veille sur elle, Leïa était suffisamment forte pour s'occuper d'elle-même.
La reine Breha d'Alderaan écoutait distraitement le gouverneur de Dilaya, la planète voisine d'Alderaan, faire son rapport sur les bénéfices apportés par la nouvelle politique sociale décidé par le Haut Conseil qu'elle présidait. Assise à son bureau, elle faisait face à tous les membres du conseil qui s'étaient une fois de plus réunis, pour évoquer le changement politique amorcé depuis le début de l'année. Une idée de son mari, Bail, qui s'avérait éminemment profitable aux Alderaaniens vivant sur la planète. Pourtant, cette nouvelle ne réjouit pas vraiment la reine, qui songeait avec inquiétude à ce qui était arrivé sur Naboo. Appuyant sa menton sur sa main, elle secoua la tête, le regard vague en songeant aux méthodes de l'Empereur et à son bras droit. Que fallait-il faire pour préserver Alderaan de cette folie ? Y'avait-il un moyen de secourir les Naboos survivants ? La reine soupira en songeant à toutes ses victimes.
- Votre Majesté, intervint le capitaine Antilliès en la regardant inquiet avant de s'approcher d'elle, y'a-t-il quelque chose qui vous préoccupe ?
Soudain arrachée à ses sombres pensées, la reine resta un instant surprise avant d'adresser un sourire qu'elle espérait rassurant à l'adresse du capitaine de sa garde. Antilliès, était un homme profondément bon et respectueux de son devoir. Ce qui le rendait aux yeux de la famille royale, incroyablement précieux. Les yeux verts du capitaine d'une trentaine d'années trahir un soulagement avant qu'il ne reprenne sa place. Néanmoins, tous, semblaient partagés les préoccupations de la reine et depuis le début de la réunion, chaque échange s'était fait à mi-voix, celui qui prenait la parole, paraissant s'excuser de troubler le silence de la grande salle d'audience du palais. Le sénateur Organa, le front barré d'un pli soucieux, s'approcha alors et pris la parole d'une voix étouffée, pour exprimer ce qui hantait les pensées de tous les membres présents à la réunion.
- Je pense que nous savons tous ce qui préoccupe sa majesté, commença-t-il tristement en regardant le capitaine, car cela nous affecte tous. Vous avez appris, tout comme moi, le terrible sort réservé à nos amis de longue date, le peuple Naboo qui a payé de la plus atroce des manières, le fait d'avoir accordé l'asile à des Jedis.
- Une horreur sans nom, marmonna Gans Peeter, le gouverneur de Dilaya avec peine.
- Il semblerait que l'Empire soit bien décidé à exterminer tout ce que la République a construit durant mille ans, déclara la reine, et les Jedis sont maintenant des proscrits ! Mais je n'aurai jamais imaginé qu'un peuple entier puisse être condamné par la décision de son dirigeant.
- Il voulait faire un exemple votre majesté, affirma Antilliès avec écœurement, ce Vador frappe vite et fort il tient à marquer les esprits pour dissuader les systèmes de tenter une quelconque rébellion.
Breha regarda son mari qui approuva les paroles du capitaine. Elle soupira en songeant au monde dans lequel elle vivait à présent. Fallait-il donc en arriver à prendre les armes contre l'Empire ? Oui, certainement…mais quelles seraient les conséquences pour son peuple si elle se déclarait officiellement ennemie de l'Empire ?
- Majesté, si je puis me permettre, glissa la voix inquiète de Maître Correl, le grand Intendant et Régent de l'Université d'Alderaan, il faut dans cette nouvelle organisation politique rester prudent et ne pas se lancer dans une révolte contre l'Empire qui pourrait entraîner de terribles conséquences pour Alderaan et son peuple.
- Que suggérez-vous ? Demanda la reine intriguée par la déclaration du vieil homme.
Se levant à son tour de son siège, Correl Leev prit place au côté du sénateur Organa. En dépit de son âge avancé, Breha reconnaissait une autorité en cet homme, et étudia avec attention la longue tunique d'un mauve sombre, uniforme des maîtres de l'université, qui portait le blason de la famille royale, brodé par les fils d'argents. Ses longs cheveux blancs ondulés faisaient ressortir les yeux bleus brillants d'intelligence au milieu d'un visage mince et sec. Attendant que l'attention soit focalisée sur lui, Correl prit la parole sur un ton grave en fixant la reine droit dans les yeux.
- Sans ignorer la souffrance que subissent les Naboos, je crois qu'il serait plus sage pour Alderaan de se préserver d'une querelle avec Coruscant. Notre planète a contribué à fonder la République il y a de cela plus de mille ans et la démocratie est une de nos caractéristiques. Aux yeux de la Galaxie toute entière nous sommes le Monde des Lumières, ce qui fait de nous sinon des ennemis naturels de l'Empire, du moins un objet de suspicion pour l'Empereur.
- Et que voulez-vous que nous fassions ? Interrogea Bail Organa, c'est notre héritage qui nous pousse à résister au totalitarisme de Palpatine et la politique de la terreur menée par Vador, il est de notre devoir de nous y opposer.
- Certes, reprit le sage en regardant le sénateur d'un œil amusé, mais nous pouvons le faire d'une façon moins risquée.
- Expliquez-vous Correl, exigea la reine soudain intéressée.
Prenant une profonde inspiration, le vieil homme regarda tour à tour Bail et Breha Organa avant de reprendre son exposé, d'une voix profonde, en choisissant habilement chacun de ses mots.
- Alderaan doit avant toute chose donner à l'Empereur la certitude qu'elle ne se rebellera pas contre lui. Si nous voulons préserver notre peuple, il est vital que chacun puisse croire que nous sommes en accord avec l'Empire et que nous en respectons ses principes.
- Et comment pouvons-nous justifier une telle position aux yeux de nos alliés ? Demanda le capitaine Antilliès surpris.
- En respectant la parole du Sénat, répondit le vieil homme, l'Empire est après tout la création du Parlement et en tant que démocrates, il nous est difficile d'ignorer une décision des systèmes unis. Ce qui ne veut pas dire que nous devons renoncer à lutter contre lui. Mais nous pouvons le faire de façon plus discrète. Servir les intérêts de l'Empire en apparence, nous permettrait d'occuper une place privilégiée afin de recueillir des informations que nous pourrions ensuite transmettre aux rebelles.
- Vous proposez que les politiciens d'Alderaan jouent un double jeu ?
- Pas tous les politiciens, précisa Correl, un suffira.
L'idée est intéressante songea Breha en interrogeant son mari du regard. De toute évidence, la proposition de Correl Leev le séduisait également. Le sourire rusé qu'il adressait au vieil homme en était la preuve. Cependant, le régent de l'université toussa légèrement pour réclamer à nouveau l'attention et lorsqu'il s'exprima, sa voix était plus hésitante et il n'osa pas regarder la reine dans les yeux en exposant la suite de son plan :
- Il nous faudrait bien sûr songer, à former cet agent double et à le rendre insoupçonnable aux yeux de l'Empereur mais plus encore aux yeux de son terrible bras droit.
- Poursuivez, intima la reine qui ne voyait pas où il voulait en venir.
- Cet espion devra être en mesure d'assurer sa propre sécurité et celle d'Alderaan et je pense qu'il faudrait le former dès l'enfance, à résister à tous les moyens de torture que peut disposer l'Empereur. Entraîner aussi bien son esprit que sa résistance physique.
- Vous avez déjà arrêté votre choix sur un candidat potentiel ? Demanda Gans Peeter qui s'était abstenu de faire le moindre commentaire jusqu'à présent.
- Je pensais…à la princesse Leia, conclut Correl en dévisageant le sénateur Organa qui pâlit tandis que la reine retint un cri de surprise effrayée.
Leia était très fière d'elle. Non seulement elle avait semée PX5 mais en plus elle avait réussi à trouver la sortie du labyrinthe végétal qui bordait les jardins royaux tout autour du palais. La petite fille eût un sourire ravi en voyant la petite clairière où elle était arrivée. Elle se retourna et contempla le palais derrière elle. Le labyrinthe permettait de sortir de l'enceinte de l'imposant édifice sans être appréhendé par les gardes, ce qui était une découverte fascinante. Ravie d'être prise dans cette nouvelle aventure, la petite fille, étudia la clairière au milieu des montagnes où elle venait d'arriver. En contre-bas se trouvait une rivière qui n'était pas encore prise par les glaces en dépit de la fraîcheur de cette fin d'automne. Bientôt tout serait enseveli sous la neige et le passage par où elle était sortie serait sans doute impraticable. « Tant mieux ! » songea-t-elle en s'éloignant, ainsi Mère e Père ne pourraient pas la contraindre à suivre les leçons de vieux gâteux de maître Correl. Elle n'aurait pas besoin d'étudier la politique et pourrait peut-être devenir enfin ce qu'elle avait toujours eu envie : une astropilote.
Plusieurs fois, elle avait demandé au capitaine Antilliès de lui apprendre à piloter, mais à chaque fois Leia avait essuyé un refus doux et poli, le capitaine lui rappelant que ce n'était pas là la place d'une princesse. Et bien soit, se dit-elle en suivant le sentier qui longeait la rivière, elle trouverait bien quelqu'un pour lui apprendre, entre devenir pilote et être une princesse, son choix était fait. Elle rêvait de pouvoir avoir sa propre nef et de parcourir toute la galaxie. Tous les soirs, avant de se coucher, la petite fille contemplait les étoiles. Quand les suivantes de sa mère voulaient teinter les vitres de sa chambre, la princesse les arrêtait en les suppliant de la laisser dormir sous ses étoiles.
Une fois, que Dame Ellée avait refusé d'entendre les récriminations de la petite fille et avait aveuglée la baie vitrée de sa chambre, Leia avait crié si fort que cela avait alerté Père. Inquiet il était arrivé dans la chambre de sa fille et lui avait demandé la raison de tant de larmes.
- Dame Ellée…elle…elle a caché le ciel, avait-elle pleurniché, je…je ne peux pas les voir.
- Qu'est-ce que tu ne peux pas voir Leia ? Avait-il demandé avec douceur alors que la suivante baissait la tête honteuse.
- Les…les étoiles !
- C'est donc si important pour toi ? S'était étonné Père en désactivant la teinte des vitres.
- Oui, avait-elle simplement répondu en plongeant son regard dans l'immensité, un jour je les connaîtrais toutes, je les visiterais toutes, avait-elle déclaré avec le plus grand sérieux. Je passerais toute ma vie dans le ciel !
Elle avait été sérieuse en disant cela, pourtant Père ne l'avait pas cru et avait préféré rire de ce qu'il croyait être une lubie de sa fille. Pourtant Leia était on ne peut plus décidée. Et tandis que le souvenir s'estompait, la petite fille accéléra le pas.
- Vous êtes fous ! S'exclama Breha en regardant le vieil homme, Leia n'est qu'une enfant !
La reine avait congédié les membres du Conseil et faisait à présent les cent pas dans son bureau pour contenir sa colère. Assis sur l'un des fauteuils en face d'elle, Bail Organa méditait la proposition du conseiller et ami de la famille Organa. Celui-ci gardait le silence et observait les allées et venues de la reine qui ne décolérait pas.
- Mais elle est loin d'être une enfant ordinaire, souffla Correl en observant la reine qui se figea à cette déclaration, vous le savez…n'est-ce pas ?
- Ça ne change rien, s'empressa de répondre Breha, Leia est une enfant, je refuse d'adhérer à ce projet.
- Au contraire ça change tout, murmura Bail à la surprise générale.
Breha regarda son mari effarée. Il était rare qu'ils soient en désaccord, mais pourtant, le sénateur Organa n'hésita pas une seule seconde à donner raison à Correl. Le précepteur de la petite princesse avait raison, la fillette était tout sauf une enfant ordinaire, et la reine le savait. Mais une partie d'elle refusait d'admettre ce fait, d'une part parce qu'elle avait espéré un enfant pendant de nombreuses années, d'autre part parce que Leia représentait le seul espoir qu'il lui restait. Elle feignait d'ignorer les exceptionnelles aptitudes de l'enfant, car au fond d'elle, Breha avait peur. Cette petite fille apparut il y a quatre ans dans des circonstances mystérieuses, l'inquiétait, voire l'angoissait. Elle avait beau l'aimer de tout son cœur, la reine sentait bien que Leia restait étrangère à cette affection et refusait de la voir comme sa mère. Elle n'avait rien d'une enfant, songea la reine en regardant douloureusement son mari, tout au contraire. Leia était une adulte en miniature, et ne paraissait pas le moins du monde intéressée par les activités des jeunes enfants de son âge.
- Majesté, reprit Correl sur un ton conciliant, nous savons que son altesse possède des dons et une intelligence qui dépasse largement celle des enfants de son âge. Elle a des aptitudes physiques et psychiques au-delà de la normale, son regard se fit plus insistant alors qu'il marquait une pause pour étudier les époux, puis-je me permettre de demander à sa majesté qui sont les parents biologiques de cette enfant ? Se risqua-t-il à demander.
Breha suffoqua sous le coût de la surprise. Elle dévisagea Correl choquée tandis que Bail regardait le régent de l'université arboré une mine perplexe. Visiblement il ne lui avait pas fallu bien longtemps pour comprendre la supercherie organisée par la reine d'Alderaan. Avec angoisse, quant aux éventuelles autres découvertes du vieil homme, Bail souffla avec inquiétude :
- Depuis quand le savez-vous ?
- Depuis le jour où vous m'avez confié la charge de son éducation sénateur, confessa le vieil homme, j'ai été le précepteur de tous les membres de la famille royale, se justifia-t-il en regardant la reine amicalement, je connais votre famille aussi bien que vous Majesté, et cette petite fille, en dépit de la mise en scène que vous avez orchestrée pour faire croire à la galaxie toute entière que vous l'aviez enfantée, n'est pas de votre sang. Ses aptitudes sont dignes des Jedis, et à ma connaissance il n'y a jamais eu de membre de la famille royale ayant développé pareille affinité avec la Force.
- Il y a un début à tout, s'entêta Breha en reprenant sa place à son bureau.
- Oui, sourit-il, sauf que cette petite fille ne possède aucun de vos traits ou ceux de vos aïeux. Ne démentez pas Majesté, se serait faire insulte à votre ancien professeur. De plus, je suis bien placé pour savoir que votre famille arbore une tâche de naissance particulièrement reconnaissable. Durant notre leçon sur le traitement chimiques des eaux, j'ai emmené la princesse sur l'usine de Deer'na se trouvant à la bordure Est de CastleLand afin de lui explique les tenants et les aboutissants de notre politique écologique. Son caractère emporté l'a naturellement poussée à retirer son gilet pour plonger ses mains dans l'eau. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir sur son avant-bras droit l'absence de tâche de naissance héréditaire de votre famille. Mais cela confirmait ce que je soupçonnais depuis longtemps…à savoir que Leia n'est pas votre enfant.
- Elle est notre enfant, affirma Bail.
- Oui, bien sûr, concéda Correl, mais elle n'est pas de votre sang.
La respiration de Breha devint heurtée alors qu'elle assimilait les révélations de son conseiller. Bail fut peiné de voir l'état de son épouse, mais une part de lui, en dépit de l'angoisse qu'impliquait la proposition de Correl admettait que cette formation particulière était probablement la meilleure solution pour la petite Leia. Elle serait sans doute éloignée de sa famille, et recevrait un entraînement qui lui permettrait de se protéger des attaques des mercenaires de l'Empire. Poussant un soupir de résignation, Bail regarda sa femme avec impuissance :
- Breha, Correl a raison. Les capacités de Leia la mettent en danger, tu n'es pas sans savoir que l'Empereur a ordonné l'extermination de tous les enfants susceptibles de développer des aptitudes de Jedis. Vador traque les derniers chevaliers dans toute la galaxie. Si nous voulons protéger notre fille, le meilleur moyen est de l'éloigner de nous et de la confier à Correl, afin qu'il la prépare à devenir une politicienne hors pair et développe ses capacités.
- Tu veux que je me sépare de l'enfant que j'ai attendu pendant des années ? Demanda la reine d'une voix tremblante, j'ai attendu de devenir mère toute ma vie et maintenant que je le suis tu veux que je renonce à voir ma fille grandir ? Pourquoi Bail ?
- Pour Leia, répondit-il tout simplement aussi malheureux que son épouse.
Leur conversation ne dura guère davantage, alors que les portes du bureau de la reine s'ouvraient brusquement et que Dame Ellée et que le droïde protocolaire Z4-PX5 faisaient brutalement irruption dans la pièce en appelant la reine et le sénateur à grand cris. Leia s'était enfuie du palais.
Leia était fatiguée. La petite fille avait faim et ses jambes étaient douloureuses. Depuis combien de temps marchait-elle ? Elle ne le savait pas vraiment, mais le palais royal avait disparu et la petite fille se retrouvait maintenant au beau milieu des montagnes, sans trouver âme qui vive. La petite rivière qu'elle avait suivie s'était transformée en torrent, et la fureur de l'eau émettait un bruit assourdissant qui aurait suffi à terrifier n'importe qui. Mais pas elle. Leia était bien trop obstinée pour renoncer à un défi qu'elle s'était lancée, ou avouer qu'elle avait peur. Elle poussa un soupir éreinté en contemplant les cascades furieuses d'écumes se précipiter dans le vide et s'assit sur un rocher. Il fallait juste qu'elle se repose un peu, elle était à bout de souffle, mais son ventre ne lui laissa pas de répit.
Affamée la petite fille regarda autour d'elle la vaste forêt de résineux. Difficile de savoir s'il y avait quelque chose de comestible ici, pesta Leia, en s'enfonçant dans les bois à la recherche de quelque chose à manger. La petite fille contempla les arbres gigantesques et soupira. Comment faire maintenant ? La voix de Maître Correl envahit sa mémoire et lui dit sur un ton docte qu'il serait sans doute plus sage de rentrer en palais. Avec amertume, la petite princesse du se rendre compte que c'était la seule chose à faire. Elle fit demi-tour et rebroussa chemin vers ce qui lui semblait être la rivière, mais elle ne parvint pas à identifier des points de repère. Leia déglutit. Non ce n'était pas possible. Le bruit du torrent était partout autour d'elle, mais la petite fille ne se laissa pas impressionner, elle avança au milieu des arbres gigantesques, masses sombres et menaçantes, et arpenta le sol inégal de la forêt. Mais plus elle avançait et plus elle semblait perdue. Leia ne reconnaissait pas les lieux qu'elle traversait, mais incapable de renoncer, refusant d'admettre sa peur, la petite fille poursuivit sa progression dans les bois silencieux.
Sa respiration s'accéléra alors qu'elle s'enfonçait de plus en plus dans la forêt et que le bruit de l'eau s'assourdissait. Ou était-elle ? Que se passait-il ? Leia ne savait pas. Elle se mit à courir droit devant elle, aussi vite qu'elle le pouvait, en espérant que ce cauchemar prenne fin bientôt. La princesse ne s'arrêta que quand son cœur, au bord de l'explosion, cogna si douloureusement contre ses côtes qu'elle en perdit le souffle. Leia, essaya de maîtriser sa respiration alors qu'elle venait d'entrer dans une clairière tapissée de bleuets. Un grand arbre trônait au centre de ce jardin sauvage à la beauté sans pareille. Oubliant son angoisse, la princesse resta éblouie devant tant de beauté et s'approcha de l'arbre. Celui-ci était en fleurs, ce qui était étonnant étant donné la saison, et était même surchargé de fruits blancs aux reflets nacrés, s'approchant davantage, Leia reconnut des pommes. Des pommes ! Des pommes à foison, souriante, la princesse se précipita dans l'arbre et tenta d'en cueillir une. Elle mourrait littéralement de faim, bénissant le ciel, elle se dit que finalement les choses finissaient par s'arranger.
Pourtant, si Leia avait déjà un caractère d'adulte, elle n'en gardait pas moins la taille d'une enfant. Elle eut beau tendre le bras, elle demeurait encore trop petite pour cueillir le moindre fruit. Frustrée, mais refusant de s'avouer vaincu, la princesse, essaya de grimper dans l'arbre. Mais aucune branche ne lui fournit un appui suffisamment sûr et elle tomba lourdement sur le sol, sans déchirer la robe offerte par Mère.
- J'ai faim et je veux une pomme, pesta la petite butée en tournant autour de l'arbre, je veux une pomme ! Insista-t-elle en foudroyant l'arbre du regard.
Mais l'arbre n'accéda pas à sa requête. Sentant la colère montée en elle, la petite fille croisa résolument les bras sous sa poitrine et s'appuya contre le tronc noir de l'arbre. Jamais les fruits ne lui avaient faits autant envie. Levant les yeux vers l'un d'entre eux, la petite fille fixa ses grands yeux bruns sur lui comme pour lui intimer de tomber immédiatement au sol. Combien de temps resta-t-elle ainsi, elle n'en savait rien, mais elle ouvrit de grands yeux surpris en voyant lentement le fruit bouger et se détacher de la branche avant de tomber à ses pieds. Elle resta un instant interdite devant ce spectacle. Ce n'était pas la première fois que ce genre de choses étranges arrivait. Mais elle avait trop faim pour réfléchir à ce qu'il venait de se passer. S'emparant avec avidité du fruit, la petite fille croqua à pleine dent dans la chair juteuse, avant de relâcher son butin. Le jus, pourpre comme le sang, avait un goût douceâtre écœurant, mais avant qu'elle ait pu recracher son maigre repas, Leia s'effondra sur le sol de la clairière.
Elle dormit longtemps. Du moins c'est ce qui lui sembla, car quand elle ouvrit les yeux, il faisait grand jour sur la clairière. Leia se redressa lentement et fut surprise de ne pas sentir la fraîcheur du matin. Elle aurait dû pourtant grelotter, perdue au beau milieu des montagnes, un matin d'automne. Mais au contraire, il semblait que le temps était aussi doux et agréable qu'une matinée d'été. Assise dans la clairière la petite fille essuya son menton tâché du jus répugnant du fruit qu'elle avait goûté. Avec une moue résignée, elle regarda sa robe emplie de tâches. Mère n'allait pas appréciée… fronçant les sourcils, la petite fille prit la pomme entre ces mains et l'inspecta. Le fruit blanc à l'extérieur, cachait une chair à la couleur écoeurante, mélange de pourpre et de mauve qui suintait un jus couleur de sang. Mais qu'est-ce que c'était ?
- Pose-le Leia, intervint une voix douce qui lui parut familière, c'est du poison.
Surprise, la petite fille relâcha aussitôt le fruit et se tourna vers la jeune femme qui s'approchait d'elle dans la clairière. Elle était incroyablement belle et arracha un soupir d'admiration à la petite princesse. Leia observa avec attention la longue chevelure brune aux boucles soyeuses, le visage rond et délicat aux traits fins et réguliers, les lèvres douces et lippues. La jeune femme était petite et très mince. Elle portait une robe élégante qui s'évasait à partir de la taille, au plastron en velours mauve, dont les manches volantes en soie étaient retenues par des fins anneaux d'argents finement sculptés. Avec grâce la silhouette s'approcha et s'assit aux côtés de l'enfant. C'est là que Leia la remarqua. La profonde tristesse qui emplissait ses yeux si semblables aux siens.
- Qui êtes-vous ? Demanda la petite fille aussi inquiète qu'éblouie par cette apparition.
- Quelqu'un qui veille sur toi depuis longtemps, musa la silhouette en lui offrant un sourire doux et tendre.
- Est-ce que vous êtes un ange ? Interrogea la petite fille stupéfaite.
- Non, rit doucement la jeune femme, non pas vraiment, mais je veille sur toi, tu es quelqu'un de très important.
Et, avec une infinie douceur, la jeune femme replaça une mèche de cheveux de la petite fille derrière son oreille. Ce contact électrisa Leia qui lança un regard émue à l'apparition. Elle aurait voulu se jeter dans ses bras, mais quelque chose la retenait. Comme si elle craignait de la voir disparaître par ce simple geste. Alors la princesse resta assise là, à côté de cette présence rassurante et la regardait, elle aurait pu passer toute sa vie ici, tant elle avait l'impression qu'elle n'aurait jamais suffisamment de temps pour mémoriser chacun des traits délicats de la jeune femme.
- Tu es si petite…soupira-t-elle avec tristesse, ce n'est pas encore le moment.
- Le moment pour quoi ? Demanda Leia sans comprendre.
Mais elle ne répondit pas. La jeune femme contempla le fonds de la clairière, avant de se lever et de s'éloigner. Paniquée à l'idée de la perdre, Leia se leva prestement et emboîta le pas à la jeune femme qui s'approchait de la lisière sombre qui marquait l'entrée des bois. La fillette eut un mauvais pressentiment en la voyant s'approcher ainsi de l'obscurité et l'appela plusieurs fois, sans que celle-ci ne daigne se retourner. Alors l'enfant la suivit et s'enfonça dans les bois à sa suite. Leia sentit soudain une intense chaleur l'envahir alors que le paysage semblait prendre feu. La petite fille cligna brièvement les yeux alors qu'une explosion sourde se faisait entendre et que de la lave en fusion semblait jaillirent du bas d'une colline. La jeune femme s'approcha encore au risque de se brûler et se tourna vers elle, des larmes de tristesse coulant sur son visage délicat. Lentement Leia la rejoint. L'enfant retint un hoquet de frayeur en voyant en contrebas une rivière de lave au bord de laquelle un jeune homme horriblement blessé hurlait de douleur en tentant d'échapper aux flammes. Horrifiée la petite fille la regarda avant de reporter son attention sur le visage de l' homme qui leur lançait des appels muets désespérés. Il fallait l'aider…il fallait le sauver…
Mais avant qu'elle n'ait pu faire quoi que ce soit l'homme glissa vers la rivière de lave et s'enflamma. La fillette hurla de terreur face à ce spectacle et cacha son visage dans la robe ample de sa nouvelle amie qui passa une main distraite dans ses cheveux, absorbée dans la contemplation de ce triste spectacle.
- Tu es si petite, regretta-t-elle avec tristesse en caressant avec douceur ses boucles brunes, si petite encore…
Levant les yeux vers elle, Leia la regardait sans comprendre. C'est alors qu'une lumière au loin attira ses prunelles sombres. Le jeune homme dans la fosse ne faisait plus le moindre mouvement, mais en face d'elle, de l'autre côté de la rivière de lave, Leia vit un petit garçon qui l'observait en souriant. Il portait d'humbles vêtements en lin, et ses cheveux blonds en bataille tombaient gracieusement de part et d'autres de son visage rond. Il regardait Leia avec de grands yeux bleus curieux. La fillette était certaine qu'ils avaient le même âge, et ils devaient certainement faire la même taille. Il y avait quelque chose d'étonnement familier dans ce visage doux et confiant, comme une vague ressemblance avec la jeune femme à ses côtés. Un profond apaisement envahit la petite fille tandis qu'elle contemplait ce visage gracieux et rieur, le spectacle atroce s'estompa lentement et petit à petit, Leia se détacha de la robe de la jeune femme pour s'approcher et observer plus à son aise l'enfant.
Elle sourit au garçon quand soudain, sa vision se troubla et que peu à peu les silhouettes de cette si belle femme et de l'enfant s'estompent avant de disparaître. Paniquée, Leia tenta d'agripper la robe de l'apparition qui la regardait toujours avec tristesse, mais autant tenter d'emprisonner de l'air entre ses doigts. Dans un dernier sourire mélancolique, la jeune femme caressa sa joue et murmura d'une voix lointaine :
- Tu devras le trouver, il n'y a qu'ensemble que vous pourrez ranimer ce qu'il y a de bon en lui.
Mais déjà, la voix n'était plus qu'un lointain écho. Leia résista, refusa de quitter la présence douce et aimante. Elle se débattit autant qu'elle le put mais elle fut comme aspirée loin de cette femme si belle qui tendait les bras vers elle. Furieuse et profondément triste, la petite fille ferma les yeux pour refouler ses larmes et poussa un grognement de frustration.
- Elle revient à elle ! Cria la voix familière du capitaine Antilles.
- Ramenez-là immédiatement au palais, rétorqua la voix de Père avant de s'emparer de la petite main de la fillette, Leia ? Leia tu m'entends ? Une nacelle vite ! Ordonna-t-il sèchement.
La petite princesse ouvrit faiblement les yeux pour voir le visage flou de Père penché sur elle. Elle grimaça en sentant les mains fiévreuses toucher son front et caresser son visage. Que s'était-il passé ? Ou était l'ange qui l'avait sauvée ? Père l'aida à s'asseoir dans l'herbe et l'enveloppa dans son manteau. La fillette regarda la clairière. Le capitaine Antilles et plusieurs gardes escortaient Père, tandis que C3-P0 et R2-D2 se tenaient près de la nacelle. PX5 totalement affolée courait derrière Maître Correl qui l'observait avec un mélange de terreur et de fascination, comme s'il cherchait à comprendre ce qui avait bien pu se passer. Dans la nacelle Dame Ellée et Dame Clérie l'épouse du capitaine Antilles semblaient totalement paniquée. Au loin, le vrombissement de la nacelle royale, annonçait l'arrivée imminente de Mère. En voyant tous ces visages inquiets, la petite fille eut honte et se cacha dans le manteau de son père. Elle n'avait pas pensé un seul instant aux conséquences de ses actes.
- Leia, demanda Père d'une voix grave en la soulevant comme si elle eut été plus légère qu'une plume, peux-tu me dire pourquoi tu es partie du palais ?
- Je…je voulais devenir astropilote, marmotta-t-elle en la tête baissée.
Elle cacha son visage dans le cou de Père qui soupira avant de la conduire vers la nacelle royale. Mère la prit alors dans ses bras et la serra de toutes ses forces avant de se diriger vers l'arrière de la nacelle. Leia bredouilla des excuses avant de se taire, honteuse de voir la peine qu'elle avait causé. Mais alors qu'elle s'asseyait à côté de Mère, la petite fille entendit Maître Correl s'approcher du capitaine Antillès qui l'observait avec effarement et lui chuchoter sur un ton quasi-inaudible :
- Ne vous avais-je pas dit qu'elle serait parfaite pour ce rôle ?
- Maître, chuchota le capitaine ahuri, comment cette enfant a-t-elle pu survivre ? Le Lycren est le poison le plus virulent de toute la galaxie, un simple toucher peut tuer un homme en moins d'une heure et la princesse…elle…elle en a avalé une pleine bouchée.
Le capitaine Antillès semblait totalement perdu et ne parvenait pas du tout à comprendre comment les choses avaient pu se dérouler. Leia, confuse, regarda ses pieds, alors que la nacelle décollait pour retourner au palais.
