Un nouveau chapitre. Dérangeant au minimum, même si c'est loin d'être le pire.
Merci à tous mes reviewers et bonne lecture !
Chapitre 2 :
Gibbs était à peine arrivé à l'aéroport qu'Abby l'appelait pour lui annoncer qu'ils lui avaient fait une réservation pour le prochain vol en partance pour Cleveland et qu'une voiture de location l'attendrait à l'arrivée.
Tony et ses accompagnateurs avaient à peine quelques heures d'avance sur lui mais c'était quelques heures de trop ! Gibbs aurait dû réagir plus rapidement ! Il aurait dû être là pour accompagner son agent depuis le début. Il ne laisserait personne le lui prendre. Encore moins une espèce de psychopathe d'agent du FBI qui l'avait déjà torturé et avait tué devant ses yeux son meilleur ami. Gibbs ne savait que trop bien ce que devait ressentir Tony à ce sujet. En plus de l'horreur des souvenirs, de la douleur et de la peur, il devait se sentir coupable. Coupable d'être en vie. Tony se sentait toujours coupable même, et surtout, quand il était le seul à n'avoir rien à se reprocher, quand il était celui qui avait permis d'empêcher les choses de finir plus mal qu'elles ne l'avaient fait…
Il était près de cinq heures du matin quand Gibbs atterrit enfin à Cleveland. Il n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Comment aurait-il pu alors que restaient imprimées sur sa rétine les photos du corps martyrisé de son agent ? Personne n'avait le droit de faire souffrir son agent ! Et peu importe qu'à l'époque il n'eût pas encore été son agent. Quelque part, Gibbs pensait que Tony et lui étaient destinés à se rencontrer. Si ces propos remontaient jusqu'à Abby, Gibbs nierait les avoir prononcés même si sa vie en dépendait.
Gibbs était parti un peu précipitamment… d'accord très précipitamment, aussi il n'avait pas la moindre idée de l'endroit exact où avait été conduit son agent. Si ce Lekusky de malheur devait être exécuté dans deux jours, alors il y avait de grandes chances qu'il se trouvât actuellement dans le couloir de la mort d'une prison de Cleveland, non ? Le téléphone sonna. Gibbs répondit avec sa brusquerie habituelle et raccrocha, moins de cinq minutes plus tard, sans le moindre avertissement. McGee était habitué. Apparemment, Lekusky avait été conduit dans les bureaux de Cleveland du FBI. Gibbs trouvait très étonnant, et vraiment très imprudent, d'avoir sorti cet homme de prison. Que cherchaient-ils ? L'aider à s'évader ? Peu importait. Gibbs utilisa la fonction GPS de son téléphone, programmée à distance par McGee et Abby. Un léger sourire ourla ses lèvres. Gibbs se sentait rarement plus fier que lorsque son équipe devançait ses ordres ou ses besoins. Il devrait peut-être le leur dire. Un jour…
Un agent tenta d'empêcher Gibbs de pénétrer plus avant dans les bureaux du FBI mais Fornell intervint avant qu'il ne pût comparer l'humeur de Gibbs à celle d'une ourse qu'on aurait séparé de son petit.
« Tu as braqué un avion ? demanda l'agent du FBI en regardant sa montre.
_ Où est mon agent ? »
Fornell soupira et l'entraîna vers les salles d'interrogatoire.
« Faites passer l'argent ! s'exclama l'agent du FBI alors qu'ils entraient dans une salle d'observation attenante à une salle d'interrogatoire. »
Plusieurs personnes s'y trouvaient. Un technicien, un casque sur les oreilles qui ne semblait leur prêter aucune attention, les deux personnes qui avaient accompagné Fornell au NCIS et trois autres hommes en costume – Gibbs supposa qu'il s'agissait d'agents du FBI. A l'écart, le regard fixé sur la vitre de séparation, se tenait Dinozzo, l'air fragile et malade.
Gibbs se fraya un chemin à travers les hommes qui passaient en soupirant des billets à Fornell. Gibbs était parfaitement conscient que les termes du pari devaient être en lien avec sa présence mais il s'en fichait. Tout ce qui lui importait était son agent.
Gibbs s'arrêta à côté de Tony, juste assez près pour l'effleurer, mais resta silencieux. Il observa à son tour l'autre côté de la vitre. Un homme était assis, les mains et les pieds menottés, dans une combinaison orange de prisonnier. Il devait avoir dépassé la cinquantaine de plusieurs années mais semblait dans une étonnante forme physique et une certaine élégance transparaissait malgré son hideux costume. Il se tenait droit, exsudant de confiance en soi, les yeux fixés sur la vitre, comme s'il voyait à travers le miroir sans tain, un petit sourire aux coins des lèvres. Son attitude était en complet contraste avec celle de son agent et c'était pourtant lui qui était menotté, dont l'exécution était proche.
« Tu n'es pas obligé de faire ça, murmura-t-il, posant une main réconfortante sur l'épaule de Tony. Personne ne t'en voudra…
_ Si. Moi… »
Tony prit une profonde inspiration et se redressa, tentant d'apparaître plus confiant qu'il ne l'était. Gibbs lui serra légèrement l'épaule. Tu n'es pas seul.
L'ancien marine observa son agent marcher à contre-cœur vers la porte. Il ne le quitta pas des yeux avant que la porte ne lui bloquât la vue.
« Qu'est-ce que vous espérez ? cracha Gibbs à la ronde. Ce fumier ne dira jamais rien et vous le savez ! Tout ce qu'il veut c'est satisfaire son sadisme une dernière fois…
_ Nous devons tout essayer, répondit l'agent du FBI qui était venu chercher Dinozzo au NCIS. Pour les familles des victimes… »
Gibbs chassa la remarque d'un geste de la main.
« Et pourquoi vous le dirait-il ? Pour apaiser sa conscience ? Ce connard n'a pas de conscience… »
Gibbs était furieux. Il dut se forcer à se calmer. S'il continuait sur ce chemin, il allait finir par écraser son poing contre quelque chose.
« Ne sous-estimez pas Anton. »
Gibbs se retourna brutalement vers l'homme qui venait de parler. C'était le policier qu'il avait vu au NCIS et qui semblait connaître Tony.
« Nous n'avons pas été présenté. Je suis le commissaire Desbois…
_ C'est vous qui…
_ … qui suis allé chercher Anton et Will dès leur sortie de l'académie de police et qui en ai fait des inspecteurs au bout d'à peine trois mois, répondit l'homme d'un air triste.
_ Vous allez le briser ! Pourquoi lui imposer une telle épreuve alors que…
_ Il l'a déjà fait une fois. Il l'a déjà confronté, explicita le commissaire Desbois.
_ Et vous voulez lui refaire subir ça ?
_ Je tiens autant à Anton que vous, agent Gibbs ! »
Gibbs lui jeta un regard noir, clairement peu convaincu. L'autre homme lui renvoya un sourire triste.
« Il est fort. Probablement l'homme le plus fort que j'ai rencontré… Il réussira. Et il a besoin de le faire. Il a besoin de savoir ce qu'il a fait du corps de Will…
_ Et si vous vous trompez ?
_ Vous êtes là pour ça, non ? »
Gibbs grogna, s'apprêtant à lui répondre vertement.
« Je déteste autant que vous cette situation, murmura le commissaire. Mais Anton a besoin de faire ça… »
L'homme se tut alors que Dinozzo venait d'entrer dans la salle d'interrogatoire. Il se tenait droit et marchait d'un pas ferme mais Gibbs le connaissait assez pour voir que toute sa belle assurance était fausse. Dinozzo tira la chaise en face de Lekusky qui lui renvoya un sourire qui avait quelque chose de sadique. Gibbs vit Tony frémir et il savait qu'il serrait le dossier de la chaise presque assez fort pour la casser. Il s'assit cependant, les mains bien à plat sur la table qui le séparait de l'homme qui l'avait torturé et avait assassiné son meilleur ami devant ses yeux.
« Salut, Anton. Ça fait un bail…
_ Demetrius Lekusky, je suis l'agent spécial du NCIS Anthony Dinozzo et je…
_ Anton, Anton… Pourquoi tant de formalités entre nous ? Alors que nous avons de si beaux souvenirs ensemble… »
Les mains de Dinozzo se crispèrent sur la table, ses ongles s'enfonçant dans le bois.
« Je suis ici pour… tenta à nouveau Tony.
_ Ai-je bien entendu ? Agent spécial du NCIS ? Tu n'es plus policier alors… Et toi qui pensais tant de mal des agents fédéraux… Comment disais-tu déjà ? Ces planqués de feds ? Tu es un planqué de fed maintenant, Anton ? »
Les dents de Dinozzo grincèrent assez fort pour être entendues de l'autre côté de la vitre. Gibbs se rappelait que Tony lui avait dit ne pas vouloir devenir agent fédéral lorsqu'il lui avait proposé un job la première fois. Bon, il avait utilisé des termes bien plus fleuris. Gibbs comprenait pourquoi désormais.
« Vous avez demandé à me parler, reprit Tony. Vous auriez des choses à me dire…
_ Est-ce que tu te souviens ? demanda l'homme, en fixant l'agent comme s'il voulait le dévorer. Est-ce que tu te souviens du bruit de tes os que je brisais un à un ? Est-ce que tu te souviens de ta peau qui se déchirait sous la lame de mon rasoir… »
Gibbs devait se forcer à rester immobile et silencieux alors que la liste des blessures de son agent était égrainée dans un sourire sadique. La seule chose qui le retenait était l'attitude de Tony. Son agent n'avait pas bougé d'un millimètre, il n'avait même pas cillé, se contentant de fixer dans les yeux son ancien bourreau.
« De si jolis dessins… Et le sang. Ce sang qui coulait pur et libre sur ta peau… Sauf quand il entrait en contact avec le cigare. Tu te rappelles le grésillement alors ? Et l'odeur… »
L'homme fit mine de humer une odeur particulièrement plaisante, le nez relevé, les yeux clos et le sourire aux lèvres. Gibbs vit Tony frémir, les narines dilatées comme s'il sentait à nouveau l'atroce odeur de chair brûlée.
« Craaac, un os brisé à coup de batte. Sheeee, sheeeeeee, deux coupures, parfaitement nettes. Pseeee, une brûlure toute ronde. Et craaac, un autre os ! La chair brûlée, l'odeur du sang et de la peur…
_ Je n'ai pas peur !
_ Vraiment ? Tu sais ce que je ferais si j'étais libre ? Je ferais des lamelles de ta peau que je brûlerais quand elles ne tiendraient plus que par un bord à ton corps. Et ça grésillerait, la peau formerait des cloques qui éclateraient et des bulles de sang qui…
_ Vous avez dit que vous alliez me dire où vous avez mis les corps ! le coupa Tony. »
L'homme sourit mais continua comme si Tony n'avait rien dit.
« Et les cris. Tu te souviens des cris ? Tu ne criais pas beaucoup mais Will si. Tu les entends ? »
Tony se releva brusquement, faisant tomber sa chaise dans sa précipitation.
« Il criait, suppliait, pleurait. Douce musique… »
Tony sortit précipitamment de la pièce et Gibbs le récupéra juste avant qu'il ne s'effondrât, les mains plaquées sur ses oreilles comme pour empêcher les souvenirs de le hanter.
Gibbs le tenait plaqué contre le mur, une main serrant son épaule dans un geste réconfortant.
« Doucement, gamin, doucement. Ça va aller… »
Tony se força à respirer calmement, se focalisant sur de longues inspirations suivies de longues expirations, le tout à un rythme régulier jusqu'à ce que les battements de son cœur retrouvassent un tempo normal et que l'humidité de ses yeux se fût asséchée. Ses traits se décrispèrent peu à peu et Gibbs le sentit qui se relâchait. Sa prise sur son agent s'adoucit et il accompagna sa glissade le long du mur.
« Hé ! l'appela-t-il alors que le regard de son agent semblait se perdre à nouveau dans un cauchemar éveillé.
_ Ça va… Juste des souvenirs. De mauvais souvenirs… Je crois que je ne m'attendais pas à ce qu'ils reviennent aussi forts. Aussi… vivants.
_ Tu devrais faire une pause, manger quelque chose…
_ Non ! Je dois… Ça va aller, maintenant. Je sais à quoi m'attendre. Je crois que je suis prêt…
_ Tu crois ? Gibbs leva un sourcil, peu convaincu.
_ J'en suis sûr patron ! affirma Tony d'une voix qui avait retrouvé sa fermeté. »
Gibbs pouvait sentir derrière eux les regards des agents du FBI et du commissaire Desbois. Gibbs espérait qu'ils auraient l'intelligence de s'éclipser avant que Tony ne s'aperçût de leur présence. Il l'espérait pour eux !
Tony se releva, défroissant ses vêtements de quelques tapes qui lui permirent de reprendre une certaine contenance alors que leur public faisait mine d'être occupé à n'importe quoi d'autre que les observer.
Tony esquissa un léger sourire, forcé, redressa les épaules et jeta un regard gêné vers Gibbs.
« On va pas le laisser gagner ! J'crois que j'ai le droit à un autre tour… »
Gibbs lui tapota affectueusement l'épaule avant de le laisser retourner dans la salle d'interrogatoire, toujours peu convaincu du bien fondé de faire subir cela à son agent.
