L'Atlantis naviguait à travers l'espace depuis maintenant une semaine, et Seira n'avait toujours pas été découverte. Mais il faut dire qu'elle ne quittait pas la cale, où son vaisseau était arrêté. Et elle était encore loin d'avoir fini les réparations de son propulseur arrière. C'était plus compliqué que prévu, et le jeune femme n'avait pas les qualités requises pour réparer rapidement et sans erreurs. Erreurs qui l'obligeaient à recommencer certaines manœuvres, augmentant ainsi son temps à bord de l'Atlantis et donc ses chances de se faire repérer.
Chaque jour, Johnny apportait à son amie de l'eau et un repas, tout en espérant que personne ne remarquerai qu'il cuisinait maintenant pour quelqu'un en plus. Cela dit il y avait peu de risques vu que l'équipage comptait un bon nombre de pirates. Alors faire à manger pour 43 au lieu de 42...
Aujourd'hui ne dérogea pas à la règle, et le jeune cuisinier trouva Seira allongée sur une planche de skateboard, sous le fameux propulseur. Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'était une méthode assez... rudimentaire.
-Euh... Seira ?
L'interpellée fit rouler la planche et réapparut à la lumière.
-Salut gamin !
Son visage était couvert de suie, tout comme ses mains et sa combinaison. Elle remarqua aussitôt les deux bols fumants que son ami tenait dans les mains.
-Hum... Qu'est-ce qu'on mange ?
Car depuis l'arrivée de la jeune femme, Johnny prenait ses repas avec elle au lieu de manger seul, après avoir servi tout l'équipage.
-Riz, annonça-t-il en souriant.
Les deux amis s'installèrent en tailleur et s'attaquèrent aux assiettes de nourriture. Ils discutèrent de tout et rien avec animation, oubliant pour un temps leurs situations et leurs buts. Ils ne remarquèrent donc pas la petite silhouette à lunettes qui les écoutait, dissimulait derrière une caisse de matériel.
Alfred avait en effet quittait la salle de commandes il y a déjà plusieurs minutes pour se rendre à la cuisine. Bien qu'il ait mangé il y a moins d'une heure, il avait un petit creux et espérait que Johnny pourrait lui préparer quelque chose. Car tout le monde savait que si le professeur était un brillant ingénieur, il était nul en cuisine. Le meilleur ami du Capitaine Albator n'avait bien entendu pas trouvé le petit cuisinier, et s'était donc lancé à sa recherche à travers le vaisseau. C'est ainsi qu'en ratissant le sous-sol -Johnny y était peut être, après tout c'est là qu'on entreposait les provisions-, Alfred avait surpris une conversation entre deux personnes. La première était Johnny et la seconde une jeune femme dont il était sûr qu'elle n'était pas membre de l'Atlantis.
Le professeur les avait écouté pendant quelques minutes avant de rejoindre la salle de commandes. Le petit cuisinier était arrivé peu de temps après lui pour proposer une tournée de café, et n'avait pas vu les regards étranges que lui jetait le petit homme à lunettes. Ce qui n'était pas le cas du Capitaine, étonné du comportement de son ami. Il l'attrapa au moment où ils partaient tous se coucher, laissant le vaisseau sous la surveillance de Mima.
-Qu'est-ce qui se passe avec Johnny ? demanda-t-il de but en blanc comme lui est Alfred fermaient la marche.
-Mais... rien. Qu'est-ce que tu vas imaginer ?
-Arrêtes ; avec moi ça ne marche pas.
Albator s'était planté devant le professeur, qui fuyait son regard. C'est qu'il ne voulait pas dénoncer le gamin...
-Alfred...
L'interpellé soupira. Il connaissait ce ton.
-Je crois, révéla-t-il finalement à voix basse, que nous avons une passagère clandestine.
Le Capitaine haussa le sourcil de son œil valide.
-Mais quel rapport avec Johnny ?
En voilà un qui ne perdait pas le nord !
-Le rapport c'est que cette jeune femme est une amie de notre cuisinier ! Je les ai entendu discuter tout à l'heure, dans la cale... et il y avait près d'eux un vaisseau rouge que je n'avais jamais vu !
Son ami réfléchit un instant.
-Hum... Notre dernière escale date de la planète Palma. Elle a du monter à bord à ce moment là.
-Donc ça fait une semaine que nous transportons une inconnue et on vient seulement de s'en rendre compte ! Il va falloir que je revois mon système de caméras...
Albator eut un petit sourire en voyant l'air déconfit de l'inventeur de l'Atlantis avant d'appeler le jeune garçon :
-Johnny !
Ce dernier qui discutait avec Lydia, revint vers eux en courant.
-Oui Capitaine ?
-J'aimerais que tu nous accompagnes jusqu'au sous-sol. Je dois y vérifier quelque chose et comme tu veux toujours être au courant de tout ici...
-Oh, euh... oui, bien sûr Capitaine.
Mais au fur et à mesure qu'ils descendaient, Albator pouvait voir l'air de plus en plus nerveux de son cuisinier. Alors qu'ils n'étaient plus qu'à quelques mètres du Rebel, ce-dernier tenta quelque chose :
-Euh... Vous savez Capitaine, il n'y rien par là...
-Je n'en suis pas aussi sûr que toi.
D'un geste ferme il écarta le garçon qui tentait faiblement de lui barrer la route et dépassa la caisse qui lui masquait l'appareil inconnu et sa conductrice.
Seira se trouvait toujours allongée sous son vaisseau quand elle entendit un bruit de pas accompagné d'un cliquetis métallique. Comprenant qu'elle était découverte, elle s'enjoint au calme.
-Tiens, bonjour Capitaine ? C'est seulement maintenant que vous venez me voir ?
Albator parut surpris un court instant. Mais avant qu'il ait eut le temps de répondre, le jeune femme jura dans une langue qui lui était inconnue.
Seira venait en effet de se coincer un doigt entre sa clé à molette et un boulon qu'elle revissait pour la troisième fois consécutive. D'un coup de pied rageur elle quitta sa « cachette » et tomba nez-à-nez avec le fameux Capitaine, un Johnny visiblement mal à l'aise et celui qui devait être le professeur.
-Gamin. Bob, les salua-t-elle avec un geste de la tête en suçant sa blessure.
-Sauf votre respect mademoiselle, je ne m'appelle pas Bob. Mais Alfred.
La jeune femme comprit qu'elle l'avait vexé mais n'en tint pas compte et continue, avec un soupir d'exaspération. Fallait-il toujours tout expliquer ?!
-Vous êtes bien celui qui a construit ce vaisseau, ainsi que le mécanicien ou technicien en chef ?
-Euh... et bien... oui.
-Alors vous êtes Bob.
Alfred répéta bêtement : Bob ?
-Oui Bob. Bob le Bricoleur, vous ne connaissez pas ? C'est pourtant très célèbre sur Terre.
Et sans plus de cérémonie elle se leva et pénétra à l'intérieur de son appareil.
-Vous inquiétez pas professeur, tenta Johnny, elle est comme ça avec tout le monde.
-Eh gamin ! lança Seira depuis la seconde pièce du Rebel. Heureusement que tu m'a pris à bord ! J'ai presque plus de café, conclut-elle en passant la tête par la porte arrière de l'habitacle. Le jeune cuisinier secoua la tête d'un air navré :
-C'est normal, tu fonctionnes au café...
-Je te signale que quand on se trouve sur un vaisseau incognito, il est conseillé de rester sur ses gardes.
-Mais enfin qui êtes-vous ?! s'exclama finalement Alfred, qui ne possédait pas la même patience que son capitaine.
-Seira. Et ne me dites pas « vous », je déteste ça !
Face à ce trop plein d'informations, Albator prit la parole.
-Que fais-tu à bord de ce vaisseau ?
-Je répare mon appareil Capitaine. Il a été endommagé par les humanoïdes et au lieu de me laisser mourir de faim et de soif sur Palma, le gamin m'a proposé de monter.
-Ainsi, tu luttes contre les humanoïdes ?
Le professeur semblait maintenant intéressé.
-Mais évidemment ! s'écria Johnny, outré. Sinon je l'aurai pas prise à bord !
La jeune femme adressa un petit sourire moqueur au trio.
-Rassurez-vous, je repartirai dès que j'aurai fini les travaux. Ça prend un peu plus de temps que prévu, mais bon...
Elle haussa les épaules.
-Je vais me dépêcher, je décollerai bientôt.
-Inutile.
Cette fois c'est Seira qui fut étonnée.
-Maintenant que tu es là...
Johnny n'en crut pas ses oreilles.
-Oh merci ! Merci Capitaine !
Puis il se tourna vers son amie.
-Tu entends ?! Tu peux rester !
Pourtant celle-ci affichait toujours le même air détaché.
-J'apprécie votre offre Capitaine, mais je préfère être débarquée tout de suite plutôt que de m'éterniser et servir sous vos ordres. Un froid suivit cette déclaration. Johnny était inquiet des réactions du Capitaine, Alfred bouche bée et ledit Capitaine pensif.
-L'Atlantis est le vaisseau de la liberté, dit-il finalement. Tu es libre à bord et tu débarqueras lors de notre prochaine halte. Puis il tourna les talons, sa cape volant derrière lui.
