Un peu à l'écart des autres maisons d'un village montagnard, l'on pouvait trouver, si l'on cherchait bien, un amas massif de cailloux et de bois. On aurait pu croire à une vieille cabane que même les animaux alentours ne voudraient pas prendre pour abri tant la poussière empestait le lieu et tant les murs s'effritaient grossièrement. Pourtant les rires joueurs qui en émanaient vinrent dissiper notre croyance précédente. Ils provenaient de deux enfants qui s'amusaient au milieu de la saleté et de la puanteur. La robe de la petite fille tombait en lambeau, ses mains et ses pieds étaient noirs et dévoilaient des ongles mal coupés. Elle tentait, en agitant un bâton qui lui servait d'arme, de percer la solide défense de son grand frère. L'énorme touffe de cheveux emmêlés et trop secs du frère et de la sœur volaient en tous sens durant le jeu.

« Hinata, Natsu !

-Ah ! Izumi tu es là ! »

La dénommée Natsu courut dans les bras du nouvel arrivant qui l'accueilli d'un caresse protectrice. Cela faisait une semaine que le lycéen n'avait pu se libérer de ses obligations et il commençait à manquer grandement à la cadette.

« Tu es venu pour jouer ?

-Haha non Natsu, j'ai pas mal de devoirs... je voulais juste vous passer le bonjour et parler un peu à Hinata.

-D'accord, bon je vous laisse, je vais voir maman alors. »

Une fois l'enfant éloignée, les deux camarades de classes se rendirent devant le pallier de la maison des Shoyo, habitude qu'ils avaient pris lorsqu'ils avaient à parler de sujets sérieux.

« Alors c'est fini, tu viens vraiment plus en cours ?

-Bah oui je t'avais déjà expliqué... je préfère rester m'occuper de Natsu, de tout façon vue mes notes je pense pas que ça me servirait à grand-chose de continuer.

-Oui mais tout de même ! Arrêter l'école c'est peut-être pas une très bonne idée. »

Un silence s'installa entre eux; à leur âge il était difficile de savoir comment agir face à la gravité d'une telle situation. Mais, tout à coup, le sérieux laissa place à la surprise et à l'effroi lorsqu'un objet indéterminé s'immisça dans le paysage. Hinata écarquilla les yeux ; au loin, une tâche sombre s'étendait, prenait de l'importance, menaçait d'engloutir l'horizon. Il bégaya un «m-mais c'est quoi ça ?! » alors que ses sens semblaient se jouer de lui. En effet il crut d'abord que les extraterrestres avaient enfin décidé d'envahir la planète terre car l'ombre qui s'approchait ne ressemblait à rien qu'il connaissait. Puis il imagina que la forme inconnue représentait une sorte de Dracaufeu à crête sur une moto. Enfin il reconnut la silhouette d'un homme qui abandonnait son véhicule et se dirigeait dans sa direction. Les deux adolescents frissonnèrent lorsque l'individu arriva à leur hauteur. Il était immense, entièrement vêtu de noir, et le plus étonnant restait le casque de moto qu'il n'avait pas enlevé, casque biscornu duquel dépassaient de longues piques de cheveux noirs. Alors, lorsque l'homme qui ressemblait à un délinquant plein de mauvaises intentions pointa du doigt Hinata en lui demandant de le suivre, le refus de ce dernier fut tout à fait compréhensible.

Et, Kuroo, car c'est ainsi que le motard s'appelait, dû donc s'en retourner d'où on l'avait envoyé, les mains vides. Le pauvre était d'ailleurs en train de subir les remontrances de ses collègues.

« Il n'a pas voulu venir ? Est-ce qu'au moins tu lui as expliquer de quoi il s'agissait ?

-Euh...

-Non je suis sûr que tu n'as même pas mentionné le nom du restaurant ! Toi qui as été embauché pour tes capacités d'éloquences, on ne peut pas dire que tu sois très digne de ta réputation...

-Mais...

-C'est vrai que ce n'est pas très professionnel...

-Je...

-Si j'étais à ta place j'y retournerai de ce pas, ça reste tout de même un ordre du chef !

-Ça va, ça va ! J'y retourne... »

Aussitôt dit, aussitôt fait ; et Kuroo enfourcha cette fois-ci son camion de livraison, l'air pensif... et blasé. Malheureusement il ne put apprécier la beauté des paysages nocturnes du village qu'il traversait car les critiques de ses compagnons lui revenaient en tête : il devait se concentrer sur sa mission. Et, pour la seconde fois de la soirée, la maison des Shoyo se tenait devant lui. Par chance il tomba tout de suite nez à nez avec celui qu'il cherchait à savoir Hinata Shoyo !

« Hey, le petit, tu as une minute ?

-Encore toi ? Désolé mais j'ai des choses plus importantes à faire que de parler à des inconnus à tête de coq, je dois sortir les poubelles là...

-Tu n'as pas ton mot à dire petit, les ordres sont les ordres, ne m'en veux pas ; je ne fais que les appliquer... »

Et ainsi, sans écouter ses protestations, Kuroo souleva d'un bras le plus jeune pour l'enfermer dans un carton habituellement utilisé pour ses livraisons, et reprit, fière de lui, le chemin du retour jusqu'au restaurant où il travaillait. Lorsqu'il fût arrivé, considérant sa mission accomplie, il oublia le kidnappé dans le coffre du poids lourd et se hâta vers une autre des tâches urgentes qui l'appelaient. Hinata, lui, s'était évanoui à cause de la peur. Au bout d'un moment, à moitié conscient, il entendit vaguement une voie s'élever et se sentit de nouveau soulever.

« Qu'est qu'il est lourd ce carton... hop je le pose dans la réserve avec les autres marchandises... je m'en occuperai plus tard. »

Le bruit de la porte de la réserve se refermant réveilla alors totalement l'infortuné qui commença à appeler à l'aide. Il fallait qu'il sorte du carton. Il ne voulait pas mourir d'une manière aussi grotesque alors qu'il avait sauvé un suicidaire quelques jours auparavant : il voulait vivre et continuer de voir le visage de sa petite sœur chaque jour...

Ce fut un beau jeune homme au visage angélique et aux cheveux argentés entendant sa détresse après un temps indéterminé qui vient remplacer les ténèbres de l'intérieur du carton par le plus splendide des sourires.

« Bonjour. Je m'excuse pour les conditions du voyage, c'est toujours comme ça ici... mais bon le plus important c'est que tu sois arrivé à bon port non ?

-Euh... mais je suis où en fait ?

-Comment ? Kuroo ne t'as rien dit ? Tu as été choisi pour travailler avec nous : à partir de maintenant nous serons collègue ! Bienvenu parmi nous à « Après l'Orage ».