Bonjour tout le monde !
Eh bien, je ne pensais pas avoir déjà autant de reviews pour un premier chapitre si peu explicatif, je suis bien contente ! ^^ Vous êtes tous au taquet ou quoi ?
: Journal des Reviewers :
Tif : Personne ne peut rien ! XD Kiss et merci !
Gwadakiss : Mais si elle avait dit non, ça n'aurait pas été marrant. XD
Moyoko : Ca fait plaisir, ça ! Merci beaucoup !
Dreamaw : Mdr. Naru & Mai power aussi. XD
Anaë : Je l'espère qu'elle vous paraitra intéressante. Je fais de mon mieux en tout cas. ^^ Kiss et merci !
Memelyne : Qui peut lui refuser quelque chose ? Personne, il est trop fort ! XD Kiss et merci !
Allez, on pose les bases !
File 2 : Et c'est reparti pour un tour !
Suite à ces retrouvailles-éclair avec Naru, les choses s'enchaînèrent avec une telle rapidité que Mai en eut le tournis. Le temps pour elle d'aller récupérer quelques affaires chez elle – Naru l'avait prévenue qu'ils seraient logés le temps de leur enquête – et d'appeler les anciens partenaires de la SPR, la jeune fille se retrouva à aider Rin pour charger tout le matériel dans la petite camionnette.
En parlant des anciens, Mai ne s'étonna pas des réactions surprises de ses collègues au téléphone. Visiblement, tout le monde était certain que Naru n'allait pas revenir au Japon et encore moins les rappeler pour remettre le couvert. Au moment d'appeler Masako, Mai fut tentée de ne rien faire. De joyeux souvenirs empreints d'une rivalité certaine avec la jeune médium lui étaient revenus en tête, accompagnés d'une petite voix qui lui répétait « Pas de quartier pour la rivalité ! Moins il y a d'adversaires, mieux c'est ! ». Mai n'avait pas oublié l'attirance de Masako pour le ténébreux chef de la SPR et les nombreuses tentatives de dénigrement que la jeune fille en kimono multipliait à son égard pour la déstabiliser. Malgré tout, Masako était quelqu'un de gentil et Mai en avait fait une amie après qu'elle eût été sa meilleure rivale. Et puis, les talents parapsychiques de la médium les avaient aidés de nombreuses fois par le passé, ils en auraient de nouveau besoin.
_ De l'eau a coulé sous les ponts ! avait fini par se dire notre amie avant de contacter Masako. C'est de l'histoire ancienne.
John avait répondu à l'appel, bien entendu. Il était toujours prêt à aider et apprendre le retour de Naru semblait lui faire plaisir. Là où les réactions se firent moins enthousiastes, ce fut du côté de Bô-san et d'Ayako. Tous deux avaient leur fierté et Mai n'avait pas pu s'empêcher de sourire quand elle entendit l'un et l'autre lui répondre « Ah oui ? Il nous snobe pendant un an et nous demande de l'aider quand ça lui chante ? C'est trop facile ! ». Ils avaient eu souvent des différends mais au fond, ils se ressemblaient beaucoup.
Finalement, tout le monde répondit « présent », que ce fût pour aider à la résolution d'une nouvelle affaire ou voir comment avait évolué le déserteur d'y il a un an. Le point de rendez-vous avait été fixé directement au domicile des clients. Ceux-ci devaient vivre plus que confortablement car d'après Naru, le maître de maison qui l'avait contacté avait convié l'équipe à s'établir dans son manoir pour enquêter.
Durant le trajet, Mai se retrouva plutôt mal à l'aise, coincée entre Naru et Rin qui avaient autant de conversation qu'une porte de frigo. Elle était un peu perdue entre ses pensées résolues prises après le départ du jeune homme et son enthousiasme de reprendre du service.
Assise à la banquette arrière, l'adolescente épiait du coin de l'œil le garçon assis à l'avant à la place du passager. Il fixait le paysage droit devant lui, les bras croisés sur sa poitrine et le visage enfermé dans sa concentration. Beaucoup de choses se bousculaient dans la tête de Mai. La situation avait quelque chose de bancal.
Après un certain temps, Naru fit glisser son œil gauche vers l'arrière du véhicule.
_ Pourquoi me fixes-tu ainsi ?
Mai sursauta, prise en flagrant délit de contemplation trop appuyée.
_ Pour rien du tout. Je songeais… répondit-elle d'un air dégagé.
Naru ne la lâcha pas des yeux, attendant visiblement qu'elle lui dise à quoi elle pensait. Elle s'accouda contre le rebord de la vitre et observa le paysage de la campagne défiler.
_ En fait… Je t'en veux toujours, avoua-t-elle d'une voix lointaine. J'ai peut-être accepté de t'aider comme avant, mais je n'oublie la façon dont tu es parti. C'est ignoble.
Après un silence, Mai finit par se tourner vers lui d'un air offensé.
_ Tu es parti comme un voleur, Kazuya Shibuya ! s'emporta-t-elle sans faire attention au fait de l'appeler par son nom entier. Enfin quoi, tu es tellement fier qu'un simple « Au revoir » en était pénible ? Et sans nous donner de nouvelles pendant tout ce temps ! Tu n'es qu'un égoïste.
Le jeune homme la fixa pendant encore quelques secondes puis reporta son attention sur la route. Toujours à fuir ou à éluder. Ce garçon était le roi de la dérobade. Cependant, une question la titillait.
_ Pourquoi tu…
_ Nous y sommes.
L'adolescente se tut et leva les yeux vers la route avant de pousser une exclamation de stupeur non-dissimulée. Avant même de s'en apercevoir, la voiture avait pénétré l'immense parc d'une propriété toute aussi imposante et se dirigeait à présent vers un luxueux manoir qui semblait sortir tout droit d'Europe. Le groupuscule remonta une longue allée de graviers bordée de buissons taillés en sphère puis s'arrêta aux pieds du porche de l'entrée. Mai sortit la première, curieuse de savoir qui pouvait vivre dans cette demeure aussi impressionnante que celle qui avait abrité le démon à la baignoire de sang. Auraient-ils encore affaire avec une personnalité politique ?
Il était près d'une heure de l'après-midi, le soleil était bien haut dans le ciel et commençait à taper dur. Entre deux pensées qui la félicitaient d'avoir pris des vêtements plus estivaux, notre amie se demanda si son boss allait survivre avec ses vêtements sombres. C'était bien connu, la lumière aimait les couleurs foncées. Elle serait curieuse et amusée de le voir transpirer à grosses gouttes, tiens.
Tandis que Naru et Rin sortaient à leur tour de la camionnette, un homme venait de quitter le manoir pour accueillir les arrivants. La quarantaine encore dynamique et vêtu d'un costume griffé d'une grande marque italienne, nul doute qu'il s'agissait du maître de maison. Comme bien d'autres clients auparavant, il se dirigea naturellement vers Rin avec un sourire accueillant.
_ Bienvenue, Shibuya-san. Je suis content que vous…
_ Je suis Kazuya Shibuya, rectifia Naru avec une inclinaison de tête polie à l'adresse de l'homme. Voici mes assistants, Rin Kôjo et Mai Taniyama. D'autres personnes ne sauraient tarder pour m'aider dans votre affaire, Yamagoe Norikazu-san.
Entendre de nouveau Naru la présenter comme son assistante procura une étrange sensation à la concernée. Monsieur Yamagoe, parut d'abord déstabilisé de voir que la personne qu'il avait engagée était encore un adolescent. Cette réaction amusait toujours Mai. Si les clients savaient tout ce que Naru avait déjà accompli…
_ Soyez sans crainte, Shibuya-san est extrêmement compétent. Votre cas est entre de bonnes mains, intervint-elle avec un mouvement de main tranquillisant.
_ A-Ah… Très bien. Entrez donc, je vous en…
Le vrombissement d'un moteur de voiture et le crissement de graviers couvrirent la fin de la phrase de monsieur Yamagoe. C'était les deux taxis qui amenaient le reste de l'équipe. Un premier homme descendit de voiture, habillé en décontracté, remontant ses lunettes de soleil dans ses cheveux mi-longs champagne foncé et rejoignit les premiers arrivés, accompagnée d'une jeune femme de son âge aux longs cheveux auburn et au regard plein d'assurance.
_ Tiens tiens, ne serait-ce pas un revenant ? railla gentiment Bô-san avec une tape amicale sur l'épaule de Naru. Oula, sans doute, vu le regard glacial qu'il a…
_ Oh, Naru… Tu es drôlement plus beau avec les cheveux comme ça ! s'exclama Ayako avec surprise.
Mai manqua de s'écrouler face à ce commentaire. Parfois, cette miko avait une répartie qui la dépassait. Quoiqu'elle lui donnait entièrement raison sur cette remarque mais ça, Mai ne l'admettrait pas de vive voix.
Puis ce fut au tour de Masako et de John de se joindre au groupe.
_ Shibuya-san, cela faisait longtemps, salua le prêtre avec un sourire et son accent si particulier du Kansai. Heureux de vous revoir et en forme.
Arrivée derrière lui et enveloppée dans un kimono léger couleur lilas orné de grosses fleurs prunes, Masako promena son regard mystique sur le ténébreux de l'assemblée. Mai devinait un sourire en coin empli de contentement dissimulé derrière la manche qui couvrait le bas du visage de la jeune fille.
_ C'est un réel plaisir, Shibuya-san, dit-elle de sa voix posée. Il me tardait de vous revoir et de pouvoir retravailler avec quelqu'un d'aussi doué que vous.
Mai en avait la mâchoire par terre tellement elle n'en croyait pas ses oreilles. Le wasabi lui monta au nez avec une telle vitesse que son visage rougeoya en une seconde. Mais ce n'est pas vrai !? Elle était en train de lui faire du rentre-dedans en bonne et due forme ! Qu'est ce que c'était que cette minauderie de collégienne ? « De l'eau avait coulé sous les ponts », hein ? Et cet imbécile de Naru qui répondait qu'il était aussi heureux de collaborer de nouveau avec elle !
_ Tu perds rien pour attendre, petite mijaurée !! fulmina silencieusement notre amie, retenue par Bô-san qui connaissait bien le caractère explosif de sa protégée.
_ Tu repars si vite en guerre ? soupira-t-il en levant les yeux au ciel. Je croyais que tu avais tiré un trait.
A ces mots, la jalousie dévorante de Mai s'essouffla. Oui. C'était ce qu'elle pensait aussi. On dirait bien que les vieux réflexes avaient perduré.
Une fois qu'il sentit la colère de la jeune fille calmée, Bô-san la relâcha et se tourna vers Naru avec une légère méfiance.
_ Alors, tu reprends du service ? Je suppose que tu ne nous diras pas la raison d'une si longue absence sans la moindre nouvelle ? Je m'inquiétais, moi. Après l'affaire Yoshimi…
Mai nourrit pendant une infime fraction de seconde l'espoir qu'il lui répondrait. Elle aussi aurait aimé savoir pourquoi il était parti comme cela et surtout, ce qu'il avait fait durant tout ce temps. Hélas, comme elle le redoutait, Naru avait déjà sa réponse toute prête spéciale détour :
_ Je suis ici, non ? rétorqua-t-il calmement. Après, si tu ne veux pas m'aider, tu peux toujours rentrer. Tu n'es forcé à rien.
Le moine fit une moue grinçante. Pourtant, il aurait dû être habitué à cela, pas vrai ? Naru n'avait décidément pas changé du tout. Toujours aussi franc-tireur même s'il appelait souvent les autres à la rescousse.
Moins affectée par la fierté sans borne du garçon, Ayako voulut calmer les tensions et s'enquit de savoir quelle était la nouvelle affaire qui allait faire revivre la SPR.
_ Laissons notre hôte nous l'exposer, dit Naru en désignant Monsieur Yamagoe. Nous vous suivons.
L'homme opina du chef et convia ses invités à entrer. Une fois à l'intérieur, tous apprécièrent la fraîcheur qui régnait entre les murs de pierre naturelle. La décoration était riche : tapis, tableaux, meubles de bois raffinés… Mai fut curieuse de savoir qui était Monsieur Yamagoe pour jouir d'un tel confort. Le boudoir sur la droite n'avait pas de porte, il s'ouvrait directement par une arcade en plein-cintre aux colonnes travaillées et l'on y devinait un magnifique mobilier en cuir vert émeraude ou encore une bibliothèque bien remplie. Si chaque pièce était aussi bien dotée, le poids financier de leur hôte avait de quoi faire tourner les têtes.
Alors que l'homme invitait le groupe à passer au petit salon dans la pièce adjacente, une voix de femme se fit entendre depuis l'étage.
_ Chéri ? Shibuya-san est arrivé ?
Mai et Masako qui étaient en queue de peloton se retournèrent vers l'escalier en pierre qui menait au palier supérieur, imitées par le reste de la bande. Une très belle jeune femme d'environ trente-huit ans guettait depuis le petit balcon en fer noir les personne au rez-de-chaussée. Elle avait attaché ses cheveux café en un chignon qui rappelait celui des geiko, dégageant ainsi son visage frais et mettant en valeur le noir de ses yeux et le rouge de ses lèvres. Elle portait un sublime kimono aubergine piqueté de motifs délicats blancs et aux manches courtes comme il le fallait quand on était une femme mariée. Mai ne sut dire si c'était la jeunesse ou l'habit de la femme qui la rendait si belle. On aurait dit une poupée.
Monsieur Yamagoe approuva d'un hochement de tête et fit signe à la femme d'approcher.
_ Oui, à l'instant avec toute son équipe. Shibuya-san, permettez-moi de vous présenter mon épouse, Fusae.
Avant même que cette dernière se fût arrivée en bas, Masako s'inclina profondément devant elle.
_ C'est un privilège de vous rencontrer, Fusae-san. J'admire votre travail depuis toujours.
Ayako ouvrit de grands yeux, abasourdie.
_ Yamagoe… Yamagoe… Hu ? Non ! Vous êtes LA Fusae Yamagoe ? Oh mon dieu, je n'y crois pas ! s'enthousiasma la miko en venant lui serrer les mains avec énergie. Vous êtes si talentueuse ! Je vous adore !
Restée entre Naru et Bô-san, Mai observait la scène avec incrédulité. Qu'est-ce que c'était que cette effervescence ? Pour que Masako s'incline ainsi devant quelqu'un, ce devait être parce que cette personne était exceptionnelle.
_ Dites… Qui est cette dame ? souffla-t-elle à voix basse aux autres.
_ Fusae Yamagoe est communément appelée « la Maitresse du Kimono ». Elle est la référence ultime en terme de création de kimonos. Ils s'arrachent à prix d'or dans tout le pays. Et son époux n'est autre que son premier vendeur, expliqua placidement Naru, les bras croisés sur sa poitrine.
Ayant entendu la conversation, Masako eut un regard accusateur à l'adresse de Mai.
_ Il n'y a que les incultes qui ignorent qui est cette femme, lui lança-t-elle avant de se tourner de nouveau vers cette dernière. Je ne jure que par vos créations.
_ Je reconnais ce modèle, sourit Fusae avec un sourire touché. Merci beaucoup.
Le terme « inculte » resté en travers de la gorge et des envies de meurtres plein la tête, Mai se contenta de serrer très très fort le poing pour éviter de faire un massacre. La guerre venait de reprendre semblerait-il, ça allait faire mal. Très mal. Et pas que pour elle.
_ Mai, comment peux-tu ne pas la connaître ? insista Ayako sans comprendre. Tu as sûrement déjà vu ses modèles, Masako ne porte que ça.
Une vexation battante vint tordre le visage de l'adolescente avec une grimace fâchée.
_ Désolée de ne pas avoir les mêmes moyens que vous deux pour m'acheter des kimonos de créatrice de renommée.
Sensible à la mauvaise humeur de la jeune fille, Madame Yamagoe lui sourit avec bienveillance.
_ Ce n'est rien, Mai-san. Si tu acceptes, je me ferai un plaisir de te faire essayer quelques uns de mes derniers modèles. Tu serais certainement très mignonne.
Ce compliment eut le don de faire rougir Mai jusqu'aux oreilles au point de ne pouvoir ensuite bafouiller que de vagues remerciements timides pendant que les deux autres jeunes femmes se révoltaient de ne pas avoir droit à cet honneur alors qu'elles étaient des admiratrices de la première heure.
Du côté des garçons, on se taisait. Les filles et les chiffons –même de grande qualité…
_ Norikazu-san, si nous allions droit au but ? interrompit Naru qui souhaitait passer aux choses sérieuses.
_ Oui, veuillez m'excuser. Par ici, je vous prie.
Accompagnés des époux Yamagoe, nos amis se rendirent dans le salon et se laissèrent asseoir avec volupté dans le froid du cuir des canapés tout en appréciant la composition originale de la décoration environnante. Le mobilier était européen mais tout le reste appartenait à la plus pure tradition nippone, que ce fût avec des poupées kokeshi alignées sur une étagère ou des calligraphies accrochées aux murs. La demeure pouvait d'ailleurs s'identifier à ses maîtres de maison : l'un ressemblait à un cadre occidental alors que l'autre avait nombreux attributs traditionnels.
Un domestique entra et vint apporter des rafraîchissements pour tout le monde, chose que Mai apprécia avec un grand plaisir.
_ J'ai eu de la chance de vous avoir, Shibuya-san, se félicita Norikazu Yamagoe en savourant le parfum du thé que l'on venait de lui apporter. Votre agence était fermée il y a encore peu. Voyage d'affaires ?
_ En quelque sorte, répondit le jeune homme en croisant les mains sous son menton.
Mai plissa légèrement les yeux en entendant cela. Un voyage d'affaires signifiait qu'il y avait un rapport avec la profession. Naru se serait donc rendu en Angleterre pour quelque chose qui concernait la SPR ? Pour quoi donc ? Elle mourrait d'envie de le savoir.
En promenant son regard un peu partout, la jeune fille se demanda quel genre de choses étranges pouvait secouer une maison aussi imposante. Une malédiction lancée par des concurrents jaloux de l'opulence des époux Yamagoe ? Des restes d'un fantôme particulièrement coriace ?
_ Hu… ?
Elle abaissa sa menthe à l'eau de son nez, interpellée par une photo qui trônait sur une étagère voisine. C'était un portrait de famille pris à l'ombre d'un saule pleureur dans un jardin. Agé d'une vingtaine d'années bien entamée, Monsieur Yamagoe était au centre, assis sur un banc, son élégante épouse se tenait à sa droite, vêtue d'un kimono rose pastel décoré sur les pans par un patchwork coloré et à la gauche de l'homme se tenaient deux enfants. C'était deux petits garçons de six ou sept ans aux cheveux sombres comme leur papa et le sourire discret comme leur maman. Ils se ressemblaient comme un miroir en plus d'être terriblement mignons dans leur petit uniforme outremer. Des jumeaux…
_ Veuillez nous expliquer votre problème.
La voix impérieuse de Naru éjecta Mai de ses pensées. Elle sursauta un peu et reporta son attention sur la réunion avec un grand intérêt.
Fusae baissa les yeux sur ses genoux et son mari se passa la main dans les cheveux avec nervosité.
_ Eh bien… Depuis près de deux mois maintenant, notre manoir devient le logis de phénomènes étranges. La nuit, nous entendons des bruits de portes qui s'ouvrent et qui se referment et ce parfois derrière quelqu'un. Des objets se déplacent. Je sens de temps à autre une présence près de moi comme une main sur mon épaule ou un courant d'air qui me frôle la nuque. Il y a eu aussi des accidents…
Mai déglutit.
_ Des accidents ?
Fusae confirma par un signe de tête, l'air mal à l'aise.
_ Oui. Des objets situés en hauteur ont failli nous tomber dessus à plusieurs reprises. Des vases, des statuettes… Et j'ai… j'ai déjà été attaquée par un pan de tissu que j'utilise pour mes créations. Il s'enroule autour de moi et m'immobilise. J'ai eu tellement peur… murmura-t-elle, prise d'un tremblement dans la voix. J'ai cru qu'il allait chercher à m'étouffer…
Instinctivement, Mai porta sa main à son cou, le teint livide. Etouffée par un bout de tissu, quelle horreur. Ayako et Masako devaient se dire la même chose si l'on en jugeait leur expression figée.
Rin reportait consciencieusement les données dans son ordinateur portable tandis que Naru gardait un silence religieux et l'œil alerte. Rien qu'avec cela, Mai devinait par avance que l'affaire l'intéressait.
_ Vous avez été aussi victime d'une agression, Norikazu-san ? questionna-t-il.
_ Oui. Quelque chose m'a fait trébucher et j'ai failli tomber dans les escaliers. Une chance que je me sois retenu avant de basculer.
_ Un esprit pas très sympa, en somme… résuma Bô-san en tapotant ses doigts sur le bras du canapé.
Naru ferma les yeux en signe d'approbation. Oui, c'était plus que probable.
_ Ces phénomènes… Les agressions et les présences, êtes-vous les seuls à être visés ?
Les époux se consultèrent d'abord du regard puis secouèrent la tête.
_ Non, répondit Fusae. Certains domestiques ont aussi été victimes d'accidents. Mais à ce que nous sachons, seuls moi et le reste de ma famille avons ressenti ces « présences » près de nous.
Naru jeta un coup d'œil à Rin pour s'assurer qu'il avait bien pris en note ce détail, ce à quoi l'homme lui répondit par un faible hochement de tête. Face à cette information, Mai ne put se retenir d'intervenir :
_ « Le reste de votre famille »… Vous voulez dire vos fils ?
Le couple redressa la tête vers elle avec une expression étrange sur le visage qui fit comprendre à notre amie qu'elle avait été indiscrète. Même ses collègues la regardaient de travers, étonnés de constater qu'elle ignorait qui était Fusae Yamagoe mais pas qu'elle avait des enfants et deux fils de surcroit.
Prise de panique, l'adolescente agita les bras en direction du petit cadre photo de l'étagère.
_ J'ai vu cette photo complètement par hasard, je ne voulais pas faire la curieuse ! débita-t-elle à toute vitesse, rose de honte. J'ai vu ces petits garçons près de vous, j'en ai déduit qu'il s'agissait de vos fils, pardon si je me suis trompée !
Monsieur Yamagoe secoua la tête avec un triste sourire.
_ Non, non, vous avez raison Taniyama-san. Ce sont nos fils, Hatsuki et Hisuaki. D'ailleurs…
Il se tut. Il paraissait submergé par l'émotion tout comme son épouse qui vint poser sa main sur la sienne en signe de réconfort et de soutien.
_ D'ailleurs… ? insista Naru avec intérêt.
_ D'ailleurs, nous pensons que derrière tout cela se cache l'esprit de notre aîné qui est mort, Hatsuki.
Un fantôme dans le manoir ? Oh oh… Si ce n'était que ça…
Prochain chapitre : On prend ses marques !
