Laisser-aller
Après avoir administré les premiers soins à Thomas, les trois immunes quittèrent la pièce, le cœur serré à l'idée de laisser Newt seul, se défouler contre les parois du grand placard.
Près de quatre heures passèrent et Thomas reprit petit à petit ses esprits. Lui qui fût si heureux d'échapper au WICKED était accablé de tristesse de voir son ami sombrer dans la folie. Mais personne n'osait avouer à voix haute cette dure réalité.
Peu de mots furent échangés depuis l'incident, un silence pesant s'était installé et s'accrochait à eux pendant les longues heures durant lesquelles Thomas ne pouvait se sortir Newt de la tête.
Il espérait qu'il ne s'agissait que d'un mauvais moment à passer, que Newt redeviendrait le garçon chaleureux et sarcastique qu'il avait tant aimé avoir à ses côtés au bloc. Et que le Newt qui souhaitait sa mort disparaisse à tout jamais. Il voulait tellement revoir son sourire.
Thomas se leva, résolu à aider son ami qu'il le veuille ou non. Il s'empara de la part du dîner qui était destiné à Newt -une boîte de petits pois, miam- une cuillère et partit en direction de l'entrepôt, ignorant les regards interrogateurs braqués sur lui. En marchant, Thomas se posa une série de questions : est-ce qu'il ouvrirait la porte de l'armoire ? Newt lui sautera-t-il à la gorge ? Qu'allait-il lui dire pour l'aider ? Il s'était levé, déterminé, mais en réalité il ne savait pas du tout ce qu'il allait faire. Il frotta sa main moite contre son pantalon pour faire cesser ses tremblements.
Il ouvrit la porte du petit entrepôt où régnait un silence de mort. Thomas pouvait entendre ses propres battements de cœur s'accélérer au fur et à mesure qu'il approchait l'armoire parfaitement immobile. Il était effrayé. Et de ce fait, il se sentit le plus piètre ami que cette terre est connue.
Il s'agenouilla devant le meuble et posa la boîte de nourriture près de lui. Il déglutit, puis toqua sur le bois.
- Newt ? C'est Thomas. Je t'ai apporté de quoi manger, tu dois mourir de faim.
Le brun crût entendre un reniflement puis la voix de Newt, si douce et faible qu'il aurait pu la confondre avec celle d'un enfant.
- Tommy ?
En entendant cette voix étranglée, Thomas n'hésita pas une seconde. Il se précipita sur le verrou, tourna la poignée et ouvrit la porte en vitesse.
Newt était assis, les jambes repliées contre son torse. Il fermait les yeux, ébloui par la forte lumière. Lorsqu'il les rouvrit, il dévoila des yeux gonflés et rougis.
En remarquant les vestiges des larmes amères, Thomas se sentit ridicule d'avoir eu peur. Plus que ça, il s'écœurait de ne pas être venu plus tôt. Ils se regardèrent longtemps sans bouger, Newt cligna plusieurs fois des yeux, comme s'il ne croyait pas à la présence de Thomas. Puis il se jeta hors de sa prison et se blottit au corps de ce dernier.
Thomas ne réfléchit pas, il l'entoura de ses bras et le serra fort contre lui, tandis que Newt présentait des excuses sans fin. Le blond était pris de secousses incontrôlables dans ses bras alors il lui caressa les cheveux d'une main en le rassurant. Le cœur de Thomas chauffa sous sa poitrine : Newt était revenu.
Ils restèrent un moment ainsi, dans les bras réconfortants de l'autre, savourant la sécurité et la chaleur que cette étreinte leur procurait.
Puis Newt se décolla de son ami en reniflant, et s'assit en tailleur devant lui. Il garda ses yeux rivés sur les mains qui entouraient fermement les siennes et les pouces qui caressaient sa peau. Thomas attendit un moment, savourant la chaleur des paumes de Newt, avant de lui indiquer qu'il avait de quoi manger. Newt s'efforça de sourire, puis il s'empara de la petite boîte de conserve et de la cuillère.
Thomas l'observa manger ses petits pois en silence. Newt était affamé, il se fourrait d'immenses cuillères de nourriture dans la bouche, et mâchait à peine avant d'avaler et de reprendre une bouchée.
- Ça sert à rien de manger si c'est pour tout recracher ensuite, alors va moins vite ou tu vas te faire faire mal au ventre.
- Oui maman. Ironisa Newt, un sourire en coin.
- Et on ne parle pas la bouche pleine c'est malpoli. Continua Thomas.
Newt leva les yeux au ciel et appliqua sagement ses conseils.
Thomas remarqua que le visage du blond s'assombrissait au fil des minutes. Il aurait tout donné pour connaître ses pensées. Il souhaitait tellement que Newt se confie, mais il le connaissait et il savait que le blocard était du genre à garder ses problèmes pour lui. Newt laissait passer les autres avant lui-même, Thomas l'admirait pour ça.
Un goût affreusement amer se créa au fond de sa bouche. Pourquoi devait-il être l'un des rares à ne pas être immunisé ? Il ne méritait pas ce qu'il lui arrivait. Il se surprit même à vouloir échanger son immunité avec lui s'il le pouvait.
Thomas ne s'était pas rendu compte à quel point il tenait à Newt.
Perdu dans ses pensées, il sursauta lorsque le blond s'adressa à lui d'un ton froid et distant :
- Merci, c'est gentil de ta part d'avoir pensé à moi. Maintenant tu devrais rejoindre les autres.
Puis sans un regard il replongea dans l'armoire.
- Quoi ? Non ! S'écria le brun en bloquant la porte du meuble que Newt tentait de refermer.
- Laisse-moi seul Thomas, vaut mieux pour toi.
- Non, Newt je t'en prie je peux t'aider.
- Je ne veux plus te faire de mal, tu comprends ça ? S'agaça-t-il.
Ayant plus de force, Thomas réussit à agrandir assez l'entrée pour se faufiler lui aussi à l'intérieur du meuble avant de fermer la porte dans un bruit sourd, les plongeant tous les deux dans l'obscurité. Newt en resta bouche bée.
- Je rêve, tu n'écoutes jamais ce qu'on te dit hein ? Très bien. Si tu veux crever dans cette armoire parce que je t'aurais étranglé dans un élan de folie, c'est ton choix.
Thomas put voir la tête agacée de son ami grâce aux rayures lumineuses que la porte de l'armoire délabrée laissait filtrer dans toute sa longueur. Le placard était long mais pas très large, les deux blocards étaient côte à côte, assis en tailleur face à l'entrée. Aucun des deux garçons ne décrocha un mot pendant de longues minutes ou une tension électrique ne faisait que s'accroître.
Ne pouvant plus supporter ce silence, Thomas se décala légèrement vers son vis-à-vis, appuyant sa cuisse contre la sienne et il se jeta à l'eau :
- Parle-moi Newt.
Le garçon se tortilla légèrement mais garda son air renfrogné.
- Tu ne me fais pas assez confiance ?
- Ce n'est pas ça. Tu as déjà des problèmes. Je peux gérer les miens tout seul.
- Oui. C'est ce que j'ai vu tout à l'heure. Lança durement Thomas qui devait absolument le faire réagir.
Newt ne répondit pas, il leva les yeux au plafond pour empêcher ses larmes de couler.
- Ça me rend malade de voir mon meilleur pote comme ça, qu'est-ce que tu ferais à ma place ? Putain je veux t'aider Newt. Dit Thomas avec force, la voix vibrante.
D'abord un silence, puis le malade souffla « D'accord ».
La noirceur ambiante l'aida à avouer ce qu'il ressentait. Newt parla lentement avec de nombreuses coupures afin que sa voix ne se brise pas lamentablement. Thomas l'écoutait attentivement sans l'interrompre, le laissant parler à son rythme.
- J'ai peur. J'ai peur de tellement de choses Tommy. Je commence à dérailler sec je le sais. (Il fait une pause et prend sa tête entre ses mains) Je sens … des trucs… comme des fourmis. C'est terrifiant. Et lorsque je vois ce que cette foutue maladie me fait faire…
Plus Newt parlait, plus sa voix devenait faible et tremblante. Un chuchotement complètement détruit par l'effroi brisa le cœur de Thomas :
« J'ai peur de moi ».
Puis en percevant la respiration saccadée de son ami, le brun comprit qu'il pleurait.
Ça faisait trop longtemps que Newt s'était montré fort.
Thomas ne se souvenait pas avoir autant souffert, même quand il s'était pris une balle dans la Terre brûlée. Son cœur se serrait comme jamais et ceci faisait encore plus mal qu'une blessure physique. Il voulait tellement lui venir en aide. Il serra les dents pour ne pas pleurer à son tour.
Honteux de se montrer si faible, Newt tenta désespérément de s'éloigner du brun. Il appuya son dos contre la largeur du placard et détendit ses jambes dans la longueur, tout près de la hanche de Thomas. Il se sentait minable de sangloter comme un gosse, alors sa main vint étouffer les sons de sa bouche et ses paupières closes empêchèrent l'eau salée de s'écouler.
Soudain il entendit des coups légers dans le bois qui fît s'ébranler l'armoire. Bien que sa vue soit trouble, il vit Thomas ramper jusqu'à lui. L'étroitesse du meuble l'obligea à se mettre à califourchon sur les cuisses du blond, pour le prendre dans ses bras. Au début Newt s'était figé, puis une bouffée de chaleur détendit ses muscles, il passa ses bras au-dessus des épaules du brun et s'accrocha à lui comme si c'était la dernière chose qui le maintenait en vie. Ce n'était peut-être pas si faux. Il nicha son nez dans le cou de Thomas et ne tenta plus de contenir ses sanglots.
Newt était secoué par sa respiration chaotique, tant bien que l'autre garçon pensait qu'il l'étouffait. Par précaution, il desserra sa prise et se recula pour voir le visage du blond. Les lueurs tamisées filtrées par la porte dénonçaient ses joues rougies et humides, ainsi que la terreur ancrée dans ses pupilles.
Newt admira les traits fins du brun, illuminé par une fine bande de lumière qui lui traversait le visage. La main de Thomas passa sous ses mèches blondes qui lui tombaient sur les yeux, comme s'il prenait sa température, puis il les ramena en arrière pour dégager son front. Enfin il se pencha lentement pour lui baiser le front avec douceur. Les lèvres frôlant sa peau, il susurra : « Respire. Respire profondément. Essaie de te calmer ».
Newt ferma les yeux et prit de grandes bouffées d'air. Il tenta de ralentir le rythme de sa respiration tandis qu'une main vint cajoler son visage et qu'un pouce caressait sa joue en signe d'encouragement. En posant son front contre le sien, Thomas sourit et dit : « Voilà, c'est ça ».
Entre ses bras, ces baisers sur ses tempes, sa paume dans la sienne. Newt se sentit en sécurité, important aux yeux de son ami et il lui sembla que c'était la première fois qu'il ressentait une telle sensation.
Cependant, l'incident passé lui revint en tête comme une gifle et la culpabilité lui noua une nouvelle fois la gorge. Les mots sortirent tout seuls de sa bouche asséchée : « Pardonne-moi Tommy, la Braise … c'était la Braise». Mais Thomas ne voulait plus l'entendre, il ne voulait plus réfléchir. Il ne savait même pas comment sa bouche s'était retrouvée sur la sienne. Mais Newt n'hésita pas une seconde pour agripper sa nuque et répondre à son baiser désespérément. Puis tout s'enchaîna à une vitesse fulgurante.
Thomas appuya ses mains sur le bois, encadrant la tête blonde, il profita d'un gémissement pour approfondir l'échange et venir jouer avec sa langue. Guidé par le désir qui l'embrasait, Newt s'agrippa à la hanche droite de son vis-à-vis d'une main, tandis que de l'autre il caressait la cuisse à sa gauche. Il le voulait encore plus proche de lui. Toujours plus.
L'air devenait lourd et chaud dans leur petit espace. Newt étouffa un soupir des plus obscènes contre les lèvres de Thomas lorsque le bassin de celui-ci se frotta contre le sien, faisant affluer son sang vers son bas ventre. C'est à cet instant que Newt réalisa. Il réalisa quelque chose qui le poussa à arrêter tout de suite ce qu'ils faisaient.
- Tommy. Arrête. Murmura Newt d'un ton qui se voulait autoritaire, mais qui en réalité, semblait seulement plus suppliant au plaisir.
Thomas sentit que le blond se raidit contre lui et que ses lèvres ne bougeaient plus contre les siennes. Mais lui il le voulait encore, il refusait de se détacher, même lorsque Newt tenta de le repousser en mettant ses deux paumes sur son torse, il continua à l'embrasser férocement, jusqu'à que le blond se décide à détourner sa tête une bonne fois pour toute. Néanmoins, Thomas insista, et tout en mordillant son cou, il demanda :
- Pourquoi tu veux que je m'arrête ? Ça te plaît pourtant. Dit-il d'une voix envoûtante.
Pour appuyer ses propos, il pressa encore plus son bassin contre l'érection naissante du blond qui geignit instantanément.
- Je t'en prie, arrête. Laisse-moi partir. Haleta Newt.
Mais il ne fut pas assez convaincant pour Thomas, qui continua inlassablement à lui suçoter la peau, tout en laissant balader ses mains sous son tee-shirt, chatouillant ses côtes frêles. Newt essaya de se dégager, il gigota sous le corps oppressant du brun mais celui-ci le bloquait fermement contre la paroi de l'armoire. Sa mâchoire fût soudainement saisie puis une bouche accapara la sienne avec possessivité. Le malade s'efforça de garder sa bouche bien fermée, ce qui valut un grognement de la part de Thomas qui mordit la lèvre inférieure pour forcer l'entrée.
Newt n'avait pas envisagé de frapper son ami, jusqu'au moment où il sentit que l'on déboutonnait son pantalon. A ce moment-là, la réaction fût immédiate. Le blond le cogna à la tête, visant consciencieusement sa blessure. L'autre garçon cria en grimaçant, il recula assez pour que Newt puisse se dégager de son emprise. Il sortit en vitesse du placard et de sa chaleur accablante. Newt fût légèrement aveuglé en sortant, mais préféra ne pas perdre de temps à s'habituer à la lumière.
Thomas quant à lui gémit de douleur, recroquevillé sur lui-même, toujours dans l'obscurité.
Malgré la douleur lancinante, il sortit à son tour du meuble. Comme il l'avait deviné, Newt était parti.
Peut-être qu'il n'appréciait pas Thomas autant que lui, pourtant Newt avait bel et bien répondu à son baiser. Mais alors qu'est-ce qu'il lui avait fait changer d'avis ? Il ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer. Perdu, le brun toucha son crâne avec prudence.
Il ne l'avait pas loupé ce tocard.
Voilà pour le chapitre 2 :D J'avoue avoir un peu peur pour cette partie, alors dites vous ce que vous en pensez.
A très vite pour le chapitre 3 !
