Chapitre un

Je le regarde lui sourire et, malgré moi, je me dis à nouveau que cet homme est un imbécile. Un imbécile heureux, même. Il est là, à un pas de l'emploi de ses rêves, et il sourit à la personne qui l'empêche systématiquement de l'obtenir ! Je m'étais promis de faire tout mon possible pour que sa vie ressemble à son rêve le plus doux et cette horrible femme m'en empêche ! Après tout ce qu'il a souffert, après tout ce qu'il a fait pour nous, ici même au château, héros de la Dernière Guerre… Je ferais tout pour lui. Je trahirais. Je volerais. Je mentirais.
Je tuerais…

« Miss Abott, pardon de vous avoir négligée. Entrez, entrez, je vous en prie !'
Entrer là-dedans ? Certainement pas ! Je ne mets déjà pas les pieds dans la petite serre de notre maison, ce n'est pour revenir dans celle qui me laisse tant de mauvais souvenirs de l'école !
« Vous savez bien que Hannah n'a jamais beaucoup aimé la présence des plantes dangereuses, Professeur, lui répond Neville. Et vous oubliez le plus important… »
Il me prend la main et m'attire près de lui.
« … C'est Mrs Longbottom à présent. »
Je lui rends son sourire mais il s'est déjà détourné vers elle.
« Je ne m'y ferai jamais. Je vous vois toujours tous comme ces enfants de onze ans que vous étiez quand vous êtes pour la première fois venus dans mon cours. Je n'arrive pas à vous imaginer adultes, avec un emploi… »
Ça dépend pour qui !
« … mariés, parents même pour certains ! A ce sujet, Neville, toujours rien à annoncer ? »
Mais de quoi elle se mêle-t-elle donc ? Mon époux se contente de rire.
« Toujours rien, Pomona. Mais ne vous inquiétez pas, vous serez dans les premières à savoir. »
Ben tiens ! Comment peut-il aimer autant cette femme, je ne me l'explique pas !
« Si vous me disiez plutôt à quelle raison je dois le bonheur de votre visite ? »
Et pourquoi me traîne-t-il toujours avec lui pour la voir ? Je ferais mieux de retourner à l'auberge, où j'ai du travail. Tom se fait vieux et je n'aime pas le laisser seul. Il pourrait essayer de trop bien faire et se blesser.
« … quant à l'utilisation du terreau de Calédonie, c'est peu sage pour cette espèce particulière. Ou alors, si vous pensez à bien prendre du…
– Mon cœur, interromps-je. Je crois que je vais rentrer à Londres. J'ai du travail.
– Bien sûr, bien sûr, répond-il en me déposant un rapide baiser sur le front. Fais bon voyage ma chérie. Je te vois ce soir. Mais vous savez comme la terre particulière du Kilimandjaro est difficile à se procurer ! J'ai même l'impression que le Département de la Coopération Magique Internationale songe à en interdire l'importation. Il faudrait que j'en touche deux mots à… »
Je reprends le chemin de la sortie, sans que l'un ou l'autre ne me remarque.

C'est drôle comme la Tête de Sanglier peut être à la fois si semblable et si différent du pub d'autrefois ! Depuis que Ronald Weasley est « venu donner un coup de main au vieil Aberforth », la grande salle est reluisante de propreté, ainsi que la vaisselle. La nourriture s'est également sensiblement améliorée, probablement grâce à l'elfe de Harry Potter qui travaille aux cuisines.
Mais Aberforth se tient toujours derrière le bar certaines tables sont toujours cachées dans la pénombre des transactions de toutes sortes se négocient toujours dans les recoins et la mode du capuchon tiré jusqu'aux yeux n'est pas prête de passer.
J'entre malgré tout sans hésitation et je me dirige vers le bar devant lequel Ron se tient en grande discussion avec un jeune elfe à la mine anxieuse.
« Miss Hannah ! Miss Hannah ! » s'écrie la petite créature en me voyant. Et j'ai le temps de reconnaître Tickle, l'elfe de maison du vieux Tom.
« Que se passe-t-il, demandé-je, soudain inquiète. Que fais-tu ici Tickle ? Je t'avais demandé de rester auprès de ton maître.
– Il y a eu un accident, Hannah, réponds Ron à la place de l'elfe. Apparemment, ils ont emmené Tom à St Mungo**. Tickle est venu ici pour te prévenir et j'allais envoyer quelqu'un de chercher à Hogwarts***.
– Que s'est-il passé ?
– Duel ! grogne Aberforth*. Le vieil imbécile… »
Je me retiens de lui rappeler que lui, Aberforth Dumbledore, est son aîné d'une bonne trentaine d'années.
« Apparemment, un sorcier qui cherchait les ennuis a provoqué Tom et l'a stupéfié alors que ton patron sortait sa baguette. A son âge ! Les clients du Chaudron ont bien sûr réagi et le sorcier est à présent sous bonne garde de la Brigade. Mais le mal était fait.
– Mais Tom ! Comment va-t-il ? »
Les deux sorciers se regardent un instant tandis que Tickle se cache la tête entre les mains et se met à gémir en se balançant d'avant en arrière.
« Tomas Sewhill est décédé il y a vingt minutes, dans le hall d'entrée de l'hôpital… »

Dans son testament, le vieux Tom m'a légué le Chaudron Baveur, ainsi que Tickle.
Mais aujourd'hui, l'auberge est fermée et la plupart de ses habitués peuvent être trouvés ici, dans le petit cimetière de Mould-on-the-Wold, le village natal de mon ex-patron. Neville me tient la main pour me réconforter tandis que la lourde pierre tombale tombe sur le trou noir dans la terre.
« Si seulement j'étais restée là… Nott n'aurait jamais osé lever la main sur lui en ma présence…
– Ce n'est pas ta faute, ma chérie. »
Neville a raison. Ce n'est pas ma faute. C'est la faute de ce frustré de Théodore Nott. Et c'est la faute de ce sale professeur de botanique qui me vole mon mari.
Ils paieront. Ils paieront tous les deux !

* Aberforth Dumbledore ~ Abelforth Dumbledore
** Saint-Mungo ~ Sainte-Mangouste. Mungo est le surnom de Saint Kentigern, saint patron de Glasgow. La cathédrale de Glasgow se nomme justement Saint Mungo.
*** Hogwarts ~ Poudlard