Le Regard de l'Albinos

OoO

Par MlleGanou

oOoOo

Résumé : Post-Poudlard. Un petit garçon -presque- comme les autres observe longuement sa mère. Son corps se cache sous de stricts vêtements noirs. Mais lui il voit la vérité et l'horreur que cela dissimule : la tristesse, la violence et la faiblesse. Alors il clôt ses yeux malades, joint ses mains d'une blancheur extrême et prie pour que quelques un aide la triste Hermione.

Disclamer : Les personnages appartiennent à Joe Rowling et je lui emprunte seulement.

Couple : Théodore Nott / Hermione Granger et dans ce cas précis un très grand amour maternelle entre Hermione et son fils.

Genre : De l'amour, de la haine, bref tout ce qu'on adore !

Rating : M -Des éventuelles scènes de violence et peut être un brin d'étreintes.

Note de l'auteur : Voici un nouveau chapitre !Tout d'abord merci beaucoup pour vos reviews enthousiastes ^^ Ca m'a vraiment fait très plaisir ^^

Note de la bêta : Je crois que pour un auteur, l'une des plus grandes joies est de recevoir ce qu'ici on appelle review. Et je suis heureuse de voir que Ganou en reçoit de si merveilleuses. Car son histoire l'est tout autant que vous l'êtes.

OoOoOoO

Maman a découvert qu'il manquait une photographie. Mauvais timing. Un couple dont le mari travaille avec Papa est venu diner hier soir. Comme d'habitude, les hommes ont parlé dividende, bourse et capital alors que les femmes se sont extasiées sur les enfants.

Mrs Kimbel -c'est son nom- est enceinte, d'où le baveux habituel qui accompagne ce genre d'événement. Je suis un enfant qui déteste les bébés. Surement parce que les peu de contacts que j'ai eu avec eux ont été catastrophiques : un vomissement, une couche percée et un œil au beurre noir dû à un lancer de tétine.

Bien sur, Maman était dans son élément. Je me demande parfois pourquoi elle n'a jamais eu d'autres enfants, parce que elle, elle les adore.

Du coup, c'est sans hésitation qu'elles ont bavées en cœur sur les albums familiaux et plus particulièrement sur mes fesses blanches. Ô Joie.

Mon instinct m'avait malheureusement conduit à fuir les deux femmes pour me consacrer au débarrassage de la table. D'habitude Maman le faisait avec moi, mais pour une fois qu'elle avait une « amie » qui lui rendait visite … Certes, Papa gagnait assez d'argent pour employer des femmes de chambres, de ménage et des cuisinières mais je crois que Maman n'aime pas cette idée. Elle n'aime pas décharger ses responsabilités sur les autres.

J'étais en train de faire tremper les casseroles quand Papa entra dans la cuisine avec un air interrogatif.

« Gwendal ? Ta mère n'est pas avec toi ?

- Non Papa, elle est avec Mrs Kimbel. L'instinct maternel leur font faire des choses étranges. S'extasier devant des photos de moi tout nu, par exemple.

- Mmh, je vois.

- Pourquoi tu la cherchais ? Lui demandais-je en descendant de la petite marche en plastique qui me permettait d'accéder au lavabo.

- Je voulais qu'elle nous fasse des cafés.

- Je m'en occupe, lui avais-je proposé avec gentillesse.

-Tu es sur ? Tu vas y arriver ? S'interrogea le père avec un air peu confiant.

- C'est moi qui le fait à Maman tous les midis.

-Très bien. Conclut-il en disparaissant dans la salle à manger »

Je m'activai alors, préparant également des tasses pour les deux absentes. Le timing fut parfait. Lorsque j'arrivai dans la salle à manger avec le plateau, ma mère et Mrs Kimbel sortaient de la bibliothèque. Ma mère était légèrement plus pâle mais elle ne semblait pas mal à l'aise lors de la discussion autour du breuvage sombre.

Puis ils étaient partis.

Maman ne m'en parla que le lendemain matin.

« Gwendal, pourquoi tu as pris une de mes photos ?

- Pardon ? M'étonnais-je

- Ne me mens pas ! Je ne t'ai pas éduqué ainsi ! S'emporta-t-elle brusquement.

- Je … commençais-je sans savoir quoi répondre, tellement la colère brutale de ma mère m'étonnait. Je vais la chercher… »

J'avais grimpé les marches quatre à quatre. Je frissonnais encore de ce que j'avais vu dans le regard de ma mère : de la colère et de l'inquiétude. Cette photo l'angoissait, c'était indéniable. Ce fut à contre cœur que je lui tendis le cliché, m'interrogeant sur la source d'un tel emportement.

Mais ce ne fut rien comparé à quand je la vis la déchirer avec force. Elle avait détruit le papier glacé du bout des doigts, comme si il s'agissait de quelque chose de particulièrement affreux.

« J'aurai dû les faire disparaître depuis bien longtemps. Le passé est le passé, il doit rester loin de moi. »

C'était son passé cette image ! Pourquoi la rejetait-elle ainsi ?

J'observai longuement ce visage que je n'avais jamais vu. A cet instant, ce n'était plus ma mère. Elle en était presque effrayante. Une autre part d'elle venait de se manifester.

Puis elle disparu. Ses traits redevinrent normaux comme si elle prenait conscience de ce qu'elle faisait. Elle croisa mon regard apeuré et sembla réagir. Elle se mit à bafouiller des excuses. Elle était désolée. Puis elle s'éclipsa, un air perdu encore accroché à son visage.

Cela se confirmait. Maman dissimulait son passé et c'était la source de son état ! Mon père devait connaitre cette partie de sa vie, elle avait bien dû lui dire. Je devais l'interroger, même si une autre de mes théories le plaçait comme un suspect. Mais j'avais envie de croire à un passé douloureux, c'était plus simple à résoudre que des pressions familiales… Je ne suis qu'un enfant après tout. Mon idéal est un couple de parents amoureux.

Sauf que j'étais un enfant intelligent. Alors je voyais que ma mère feintait d'être totalement heureuse. L'instinct m'avait soufflé que ses tenues dissimulaient un mal plus grand. Or la seule personne qui avait accès aux parties cachées de son corps était mon père.

les mains gantées de Maman nous coupaient la vue de ses cicatrices. Peut-être avait-elle été blessée durant le passé ? Un accident avant ma naissance. Ses vêtements stricts étaient un moyen de ne pas me faire peur.

Oui. C'était tout. La voir pleurer m'avait fait croire que mon père était responsable. Complexe d'Œdipe. J'étais en plein dedans et j'extrapolais beaucoup trop. Je voyais mon père comme une menace pour ma mère. La psychologie expliquait ce sentiment. Voilà, j'étais piégé dans la pseudo science de ce bon vieux Sigmund.

Tout était dit. J'avais jugé mon père trop vite, sous une impulsion d'enfant effrayé. J'avais fait une énumération de tous mes doutes et je n'avais pas à soupçonner son père. Il avait toujours été bon avec moi, admettant mon intelligence. Certes il avait plus de mal avec l'albinisme de son fils mais je lui pardonnais. Avoir son fils unique malade n'était pas évident pour un père. Surtout quand l'on était habitué à tout contrôler.

Restait le problème de mon plan fou pour retrouver les inconnus de King's Cross. J'aurais pu y renoncer mais je voulais savoir. Il me restait un peu moins d'une semaine pour m'organiser, pour parler avec ces sorciers. Peut-être pouvaient-ils m'expliquer ce qui aurait pu arriver à ma mère il y a presque 20 ans de ça.

J'entendis ma mère m'appeler depuis la bibliothèque qui me servait de salle de cours. Je lui répondis que j'arrivai dans deux secondes. Et durant ce laps de temps, je ramassai les restes déchirés de photos, les glissai dans la couverture de l'album de famille. En le refermant, mon doigt buta sur une page. Sur le feuillet, on pouvait voir ma mère, souriante, qui me tenait bébé, dans son lit de la clinique privée où j'étais né. Sur la page jumelle, mon père -surement- avait capturé sur le papier ma mère qui jouait du bout des doigts avec mes mains.

Ses doigts nus. Ses mains sans gants. Le dos de celles-ci vierges de toutes zébrures cicatricielles.

Mon regard se figea. Huit ans plus tôt, Maman n'était pas blessée.

Je me lassai tomber au sol, mon idéalisme d'enfant laissant place au doute œdipien.

OoO

J'ai tout planifié pour le Premier Septembre. Une après-midi, alors que Maman faisait les salles de bains, je me suis glissé dans le jardin.

Il est séparé du square voisin que par un muret. Or il y a un endroit, dissimulé par les arbustes, où il y a une ouverture. Je la traverse facilement. Cela sera mon moyen de m'échapper sans que ma mère ne le sache. Pour l'instant, il me sert à aller acheter ce qu'il faut. Mais le premier septembre, je passerai par là pour prendre le métro qui me mènera à King's Cross.

J'ai de la chance, j'habite aux abords de la Piccadilly Line. C'est donc direct pour moi quand je marche jusqu'à Green Park. J'adore me promener dans le parc. Les touristes s'étonnent toujours, passant par le parc pour aller voir la Reine, que les écureuils soient si peu farouche. Quand une bande de bonhommes aux lunettes-casquettes-appareils-photos vous tendent de la bouffe toute la journée, il n'est pas étonnant de ne les pas voir s'enfuir … Quoi que vu la tête de certains …

Mais je m'égare.

J'ai donc disparu durant une petite demi-heure pour recharger mon Oyster Card avec les sous de mon anniversaire. Pourquoi avoir de l'argent de poche quand il faut éviter de sortir ?

Une dame me bouscule. J'y suis surement pour quelque chose. Je ne me suis jamais rendu compte de la célérité avec laquelle le peuple anglais se déplace dans le métro. Ma gavroche était totalement de travers du coup. J'ai dû la remettre correctement. Sauf que comme toujours une demi douzaine de personne m'a regardé avec les yeux en soucoupe. Leurs sous de tasse oculaire s'étaient posé sur mes cheveux blancs.

Un soupire ? Je n'ai même plus envie d'en gâcher un. Alors je leur souris. Du moins, je réponds au sourire d'une fillette d'environ quatre ans. Je crois que je la fascine. Mais sa mère tire sa main pour qu'elle détourne le regard. « Laisse ce pauvre petit garçon ! Ton regard le gène, c'est mal poli »

C'est vrai que c'est tellement mieux d'être inexistant dans la foule… Je crois que c'est le seul avantage de mon albinisme : On me voit. Je ne suis pas une ombre. Les gens ont des réactions lorsqu'ils me croisent. Un sourire, un mouvement de recul, de la pitié, de l'intérêt, un fou rire, une grimace. Certaines me plaisent plus que d'autres, c'est normal. Mais je suis toujours inquiet quand on ne me voit pas.

Je ne veux pas être oublié. Je ne veux pas que la blancheur de ma peau fasse de moi un fantôme. La pire de chose ? Ma crainte profonde ? L'ignorance.

Je veux qu'on me reconnaisse, qu'on voit que j'existe.

Sauf que personne ne me connait. Je n'ai pas d'amis et mon plus grand confident est ma mère. Dans ce monde, je n'existe que pour deux personnes : Mes parents. Pour les autres je suis ce garçon tout blanc qui attend devant un guichet.

« Petit ? Hé oh Petit ! »

La voix de la dame de l'accueil me sortit de mes pensées. Dans son guichet, on dirait un poisson rouge. Elle a des pommettes plates et des yeux qui pétillent. Un sourire apparait sur son visage lorsqu'elle voit une de mes mèches. Et il n'est pas empli de pitié, juste de sympathie.

« Bonjour Mademoiselle -elle rayonne à cette formule- serait-il possible que je recharge ma carte ? J'ai vingt livres sterling.

- Mais bien sur mon bonhomme. Mets tout ça dans cette trappe. »

Je m'exécutai et observai les mouvements de la femme. Ecoutai le bruit des pièces qui s'entrechoquent lorsqu'on ouvre le tiroir caisse. S'amusai des pianotements sur le clavier. Sursautai lorsque la trappe revint vers lui avec ma carte pleine.

« Merci beaucoup. Bonne journée.

-Merci, toi aussi. »

Et je m'enfui vers la maison où Maman n'allait pas tarder à s'interroger sur mon silence. Et pour cause, je n'étais plus à la maison. Or ça, il ne fallait pas qu'elle le découvre.

Je traversai mon petit square, passai par la faille. Il avait commencé à pleuvoir. Mes chaussures étaient un peu boueuses et mon manteau trempé. Je me glissai dans la cuisine sur la pointe des pieds quand la voix de ma mère me parvint, avant que je ne la voie passer sans qu'elle ne m'aperçoive. Le temps qu'elle se rende compte que j'étais dans la cuisine (C'est-à-dire quelques secondes) une bouffée d'air chaud me traversait.

Ma veste était complètement sèche. Mes chaussures intactes de toute présence de terre. J'en étais presque trop propre. Je retirai ma gavroche en vitesse et passa ma main dans les cheveux pour décoiffer cette tignasse ondulée.

Comme par magie, j'étais immaculé lorsque ma mère réapparu après avoir fait volte face.

« Ah tu es là ! Je me suis inquiétée, tu aurais dû me répondre.

- J'avais la bouche pleine.

- Drôle de façon d'avouer qu'il est l'heure du thé, s'amusa ma mère avec un sourire tendre. Je me change et j'arrive. Profites-en pour nous préparer un petit festin. »

Et elle m'embrassa sur le front avant de disparaitre de nouveau dans le couloir.

La magie m'avait sauvé la mise. Je restai quelques secondes avant d'observer ma veste. C'était décidément … magique.

Puis je mis la bouilloire à chauffer.

Après tout, le thé n'attend pas.

OoO

Mon réveil sonne. Un mouvement rapide de ma main arrête le grésillement désagréable avant que toute la maison ne soit alertée. 5h45 du matin. A cette heure, tout le monde dort encore. Même mon père qui part, d'après mes approximations, vers 7h45.

Je me glisse en dehors de la couette, revigoré par l'idée d'aller à King's Cross.

Aujourd'hui nous sommes le 1er Septembre 2020 et je vais chercher de l'aide auprès des sorciers.

J'enfile mes vêtements que j'avais déjà préparé la veille. Ma main passe rapidement dans mes cheveux pour leur donner un peu de forme, en vain. Puis j'ouvre doucement la porte de ma chambre. Comme je le pensai, le couloir est vide. Je m'y engage et descends les escaliers en silence. J'atterris immédiatement dans la cuisine. Je mets en marche la machine à café. Pendant que celui-ci coule, je prépare des toasts beurrés et des œufs brouillés. Un peu de jus d'orange et mon plateau déjeuner pour ma mère est presque près.

Il me manque le somnifère à mettre dans le café. Je me maudis intérieurement. Le cachet que j'ai volé dans la pharmacie est dans ma chambre. Idiot. Crétin ! Je me serais frappé tellement je suis tête en l'air !

J'attrape alors le plateau et le monte dans les escaliers. Je le pose devant ma chambre pendant que je récupère la petite gélule. J'ouvre l'enveloppe plastique et verse la poudre dans le café. J'allais attraper la cuillère pour mélanger quand un bruit sourd me fit sursauter.

Il provient de la chambre de mes parents. Sont-ils déjà debout ? Je me hâte de finir ce que je faisais lorsqu'un nouveau « BAM» sourd résonna dans la maison.

Le bruit est trop fort.

BAM.

Et beaucoup trop répétitif pour que ce ne soit que mon père qui fasse tomber quelque chose par accident.

BAM.

Mes mains tremblent. Que se passe-t-il dans cette chambre ?

BAM.

J'ai peur. Pour mes parents, aussi pour moi. Pourtant je m'approche de la porte. Y a-t-il quelqu'un de trop dans cette maison ? Un voleur ?

Ce bruit ? Qu'est-ce que c'était ? Il n'y a plus de bruit de chute. Juste des bruits de coups. Mon oreille posée sur la porte entend des râles. Des respirations saccadées.

Je rougis. Suis-je entrain de surprendre mes parents en train de … Je suis bête. Je me suis inquiété pour rien. Je fais volte face et avance de quelques pas. Mais m'arrête brusquement.

Etait-ce un cri étouffé ? Ce n'avait rien de plaisant dans ce gémissement. Je frissonnais. Cela ressemblait un cri de douleur qu'on ne voulait pas laisser sortir.

La peur m'envahit de nouveau. Mes mains tremblèrent jusqu'à la poigné de la porte. Je devais savoir. Si je n'ouvrais pas, je le regretterai toujours. La réponse était-elle tout simplement là ?

Et je poussai la porte avec douceur et silence.

A cet instant je devrais fermer les yeux. Oubliez le visage de ma mère. Rayez de ma mémoire le corps de mon père, pris d'une frénésie diabolique.

Pourquoi n'hurles-tu pas ta douleur ? J'ai vu dans tes yeux que tu avais mal alors pourquoi ne dis tu rien ?

Je voudrais lui crier d'arrêter de te frapper. Je devrais hurler pour que tu ne sois plus rouée de coups. Mais aucun son ne sort de ma bouche. Je suis aussi muet que toi à cet instant.

Je n'arrive plus à détourner les yeux de ce macabre spectacle dont tu es la victime.

Voilà donc la source de toutes tes marques. Ces cicatrices, c'est Papa qui te les a faites en te frappant. Pourquoi le dissimuler au lieu de demander de l'aide ?

Question stupide. Tu voulais me protéger. Tu es seule face à lui. Seule pour protéger ton enfant d'un homme si puissant. Et puis si tu t'étais plainte à la police, il aurait payé son amende et tout aurait recommencé… Du moins dans ce monde là. Pourquoi ne pas être retourné dans le monde de ton enfance, celui de la magie ?

Mes doigts tremblent sur la poigner de la porte. Dois-je avancer vers eux pour arrêter mon père ? Je n'ai pas peur de prendre des coups à ta place. Je ferai tout pour te protéger. Et puis, l'avantage d'être albinos, c'est qu'on voit mieux les bleus. Quelqu'un le remarquerai plus sur moi que sur toi. Alors, les autorités t'aideront. Parce qu'on aide toujours plus les enfants que les mères. C'est la société qui est ainsi je crois.

Je fais un pas en avant. Mon estomac se contracte et manque de se révulser quand je le vois son pied martelé ton ventre. Il doit cesser.

Ton regard tombe sur moi. Je me stoppe comme un enfant en faute.

Ses yeux me font peur. Pas parce qu'ils sont remplis de douleur et de tristesse. Non. Ma simple présence semble lui faire plus mal que mon père qui l'empoigne. Car maintenant, elle sait que j'ai vu sa souffrance. Elle sait que j'ai vu, donc son regard exprime sa détresse. Celle d'une mère qui n'a pas pu sauvegarder l'être le plus cher de son existence.

Alors je fais un pas en arrière. Pas pour fuir. Mais pour avancer.

Je ferme la porte derrière moi, attrape le plateau et descend les escaliers en un clin d'œil. Il est inutile de laisser des preuves de mon réveil matinal. Avant que je ne fasse un geste pour débarrasser, les éléments de ce fourbe petit déjeuner disparait. Encore la magie. Si je n'avais pas été aussi mal, j'aurai souri.

Mais la seule marque de sentiments sur mon visage, ce sont ces larmes silencieuses qui n'arrête pas de couler.

J'attrape mon sac et ma gavroche. Je glisse mes pieds dans mes souliers avant de faire le passe-muraille.

J'ai couru tout du long. Je n'ai pas poser un regard sur Buckingham. Les écureuils n'ont pas retenu mon attention. Les touristes encore moins. Je cours. Je bouscule les gens d'ordinaire plus pressé que moi.

Deux personnes s'agacent de mon comportement. Deux autres s'étonnent de voir un enfant dans le métro à cet heure. Une remarquera mes yeux rougies par mes larmes, mais détournera les yeux. Dix se rendent compte que je suis albinos et tournent la tête. « Il doit avoir des problèmes mentaux, regardez sa peau » disent vos yeux. L'incompréhension me fait une nouvelle fois face. Je baisse les yeux.

Je ne veux pas y penser. J'aimerai effacer ces souvenirs de ma tête pour moins souffrir. Mais je ne peux pas. Tout d'abord, ma mémoire n'est pas une clé USB où l'on peut sélectionner une donnée puis faire Suppr. Et puis, si je l'effaçai, je n'aurai plus de raison pour aider Maman. Et elle en a besoin.

Le nom de la station se fait entendre. Je me glisse à travers la marée humaine. Je monte les escalators, suivant les femmes en tailleur qui ont troqué leurs talons aiguilles pour des baskets pour être plus rapide.

Et je suis dans la gare. Beaucoup trop tôt. Et j'ai faim. Ne devrais-je pas être dégouté ? Surement. Mais la faim est immuable et universelle, même lorsque l'on découvre que son père bat sa mère.

J'attrape mon porte monnaie dans ma poche et m'approche d'une sorte de buvette. La caissière me regarde d'un œil pressé. Pas de Bonjour. Un maigre au revoir. Les serveuses de Gare voient trop de monde pour pouvoir être familière. Une fois mon chocolat chaud et ma brioche en main, je marche jusqu'à la voie 10. Le quai est désert. J'essaye de me remémorer vers où se trouvait les deux hommes. Je continue d'avancer. Finalement, je m'assois sur une série de porte bagage vers la moitié du quai.

Je fixe l'extrémité. Je dois avoir un drôle d'air avec mes yeux rouges, ma peau blanche et mes cheveux en batailles. Je souris malgré moi. Mes yeux Doublement rouges serait plus approprié.

Une heure passe. Puis une nouvelle. Enfin 10h sonne. Une bonne de vingtaine de train se sont échappés vers le nord du pays durant ce temps.

Enfin les premières familles étranges arrivent. La première est un couple d'une quarantaine d'année qui tient la main à une fillette d'une dizaine d'année. A coté d'elle, un jeune homme brun. Ils passent devant moi avec leurs charriots couverts de grosses malles. Une seconde famille passe. Une troisième et ainsi de suite. Je ne les suis pas du regard. L'observation que j'en ai fait jusqu'à ce qu'ils viennent à la moitié du quai où je me trouve me suffit pour savoir ce qu'ils sont : Des Sorciers.

Il y toujours ces détails qui ne trompent pas. Les animaux étranges (Hiboux, Crapaud, Rat, Chat…), le vocabulaire incompréhensif pour le commun des mortels(« Moldu ») et leur manière singulière de mélanger les styles de vêtements.

10h30.

Le soleil se couvre.

Et ils apparaissent.

Je vois tout d'abord un ado qui doit être entre 13 et 14 ans. C'est ces cheveux blonds qui m'ont mis sur la piste. Ils sont comme ceux de son père qui marche derrière lui. A ses cotés, sa femme et l'homme aux yeux. Bleus.

Je ne sais pas pourquoi mais je me mets à pleurer. Réaction totalement enfantine. Comment vont-ils me comprendre si je baragouine dans ma morve ? Je crois qu'être un enfant rationnel n'est pas toujours une qualité. Alors pour une fois, je laisse agir mon instinct.

Et je cours vers eux.

Je passe devant le garçon sans le voir et me jette dans les jambes du brun. Je crois que cela l'a un peu désarçonné.

Malgré mes sanglots, j'entends la voix du blond empli d'étonnement qui demande qui je suis à son ami. Il répond qu'il l'ignore.

« Hé, petit, ca va ?

- Aidez-moi … S'il vous plait …

- Théo, on va être en retard.

- Dray… Tu ne vois pas que je suis occupé.

- Tu devrais vraiment te dégoter une copine.

- Avancez avec Astoria, je vous rejoins dès que je peux.

- D'accord, murmura la femme d'une voix douce avant de continuer, suivit par son mari qui me jetait toujours un regard interrogateur.

- Bon, bohomme. Raconte moi ce qui ne va pas.

- Je … Je vous ai reconnu.

- On s'est déjà croisé ?

- Il y a trois ans. Jour pour jour. Ma mère me portait dans ses bras. Ma casquette est tombée. Vous me l'avez ramassé.

-Oh je vois. Qu'Est-ce que tu fais là ?

- Ma mère. Il faut l'aider.

- Je voudrais bien petit mais je ne te connais pas, répliqua le brun l'air embarrassé

- Maman vous connais. Elle aussi c'est …commençai-je en regardant autour de moi avant de me mettre à chuchoter… une sorcière. »

Je vis dans son regard qu'il était surpris. Il devait entrain d'interroger sa mémoire. La question qui suivit me le confirma.

« Ton père semblait être un Moldu pourtant.

- Un Moldu, c'est un non-sorcier, c'est ça ?

- Tu ne connais pas notre Monde ? S'étonna-t-il de nouveau.

- Maman n'utilise jamais la magie. Papa n'est pas un sorcier. J'en suis sur.

- Tu m'as dis que ta mère me connaissait ? Tu veux dire que nous nous sommes déjà croisé ou elle me connait en tant que sorcier ?

- Elle s'est retourné en vous voyant. Durant que vous parliez, elle n'a pas levé les yeux. Elle doit vous connaitre personnellement.

- Quel est son nom ? Finit-il par demander avec un drôle d'air.

- Hermione. Son nom de jeune fille est Granger je crois.

- LA Hermione Granger ? S'exclama-t-il. Bon sang. Mais pourquoi elle a besoin d'aide ? Hermione Granger ! Bon sang ! »

Je ne comprenais pas. Il avait l'air… Perdu ? Déconcerté ?

Je l'entendais marmonner dans sa barbe inexistante. « Granger a un fils », ou encore « Bon sang, elle ne fait plus de magie ! » Ou un « Quand je pense qu'on ne l'a pas reconnu ! », « Weasley et Potter ne doivent pas le savoir. » et finalement « Pourquoi a-t-elle besoin d'aide ? »

Je ne pu attendre plus longtemps.

« Mon père la bat. »

Le silence tomba comme le couvercle d'un cercueil sur la conversation. Le regard de l'homme se fit perçant. Je soutins son regard, mes yeux rouges dans ses orbes bleues.

« Je ne crois pas être la personne adéquate pour aider ta mère. Nous ne faisions pas parti de la même maison. En fait nous étions même dans des camps opposés… Mais je ne vais pas t'en parler tu ne peux pas comprendre.

- J'ai compris que vous étiez un sorcier, que vous connaissiez ma mère et que je pouvais vous trouvez ici le Premier Septembre. Je suis plus intelligent que j'en ai l'air. Je suis malade, pas ignare.

- Virulent comme un Gryffondor. Aussi intelligent que ta mère… Enfin, par le passé. Parce qu'il faut vraiment être en pleine détresse pour envoyer son fils chercher un Serpentard au lieu qu'un de ses amis…

- Elle ne sait pas que je suis ici. J'ignore même qui sont ses amis… »

Je le vis soupirer. Il se redressa sur ses jambes. Il finit par me tendre la main, un léger sourire aux lèvres.

« Quand Drago va savoir qui tu es … »

Il avait l'air d'être amusé. Et je crois que cela me rassura pleinement.

J'ai réussi. J'ai trouvé de l'aide.

OoO

Il m'a vu. Mon fils m'a vu. Comment puis-je le protéger maintenant.?

Il est parti de la maison. Je ne sais pas où il est.

J'ai peur. Tellement peur pour lui. Pour nous deux. Que va-t-il se passer ce soir quand Wenceslas va rentrer que Gwendal ne sera pas là ? J'ai peur pour moi mais tellement plus pour lui.

Il n'y a qu'une manière de le protéger. Lui faire oublier ce qu'il a vu. Mais pour cela je dois rouvrir cette boite.

Revenir en arrière pour qu'il puisse avoir un futur. Repartir dans l'enfer de la guerre pour qu'il ne souffre pas d'un futur sanglant.

Moi ? Ce n'est pas grave si j'ai un peu plus mal. Cela disparaîtra quand son sourire fera rayonner son visage épargné.

OoO

Il m'a raccompagné jusqu'au square. Je crois qu'il n'avait jamais pris le métro. On aurait dit un enfant. Emerveillé de tout. J'aurai pu lui faire visiter les coins « Moldus » de Londres.

Sauf que nous ne pouvions pas.

Nous avions parlé durant de longues heures à King's Cross. Drago- le blond- et sa femme Astoria était revenu sans le garçon -Scorpius. Théodore m'avait expliqué pourquoi ils se réunissaient ici chaque année. Il me parla de Poudlard, des maisons.

Je m'étais sentit happé dans le monde de la magie. Je dévorai chacune de leurs paroles. Même celle de Drago qui s'amusait à dépeindre ma mère comme une Miss Je Sais Tout insupportable. Il avait quand même conclut en disant qu'il était ravi de me connaitre.

Le couple blond les avait laissés et Théodore avait continué à l'interroger. Comment s'appelait-il, qu'Est-ce que sa mère était devenu, …

Un tourbillon de questionnement qui nous avait conduit à se translater jusqu'à la maison. Il m'avait lâché devant la faille en me glissant un morceau de papier dans la main.

« Mon adresse. S'il y a un problème entre temps. Je t'enverrai un hibou d'ici une quinzaine de jour. D'ici là, tiens le coup. Pour ta mère et pour toi. »

Je l'avais remercié, une nouvelle fois avant de disparaitre à travers la faille du mur.

Un vent glacial me traversa brusquement dès que mes deux pieds furent dans le jardin. Le silence régnait lorsque j'entrais dans la maison. Je traversai la cuisine. Personne. Mes pas me dirigèrent jusqu'au salon. Elle était là. Dans un salon que les rideaux tirés rendaient sinistre. Je frissonnai. Elle se leva. Ses yeux étaient aussi rouges que les miens. Ses cheveux étaient broussailleux, pas totalement détaché, pas totalement libre. Elle avait presque l'air malade.

« Maman … commençai-je.

- Je suis désolée Gwendal…

- Ce n'est pas de ta faute. J'ai …

- Pardonne moi … Je t'aime mon bébé.

- Maman … Pourquoi tu parles comme ça, murmurai-je, la peur au ventre. »

Alors je vis ce qu'elle tenait dans la main. Une longue tige de bois. Sa baguette. Un sanglot résonna dans la pièce suivit de ce que je devinai être une formule magique.

« Oubliettes »

Et ce fut le vide.

OoO

Et voila ce chapitre est terminé ^^ J'espère que ca vous a plu.

Merci encore pour vos reviews et n'hésiter pas à en remettre :p