Disclaimer: Ni l'auteure ni moi ne possédons House.
Auteure : Cardio Necrosis que je remercie encore pour m'avoir permis de traduire son histoire !
Traductrice : Saturne
A New Divide
Chapitre Deux
Mes yeux s'ouvrirent brusquement lorsque mon réveil se mit à hurler et je grognai avant de fermer mes yeux le plus fort possible. J'avais mal au crâne et l'estomac retourné, et je reconnus immédiatement mes symptômes – une gueule de bois. Ça n'avait pas vraiment de sens, puisque je n'avais pas bu tant que ça, mais après tout, des choses plus étranges que ça m'étaient déjà arrivées. La dernière fois que j'avais été assez bourré pour avoir une telle gueule de bois c'était quand j'avais quitté House, ce que je ne lui avouerais jamais : j'avais dû me saouler plus d'une fois parce que j'étais trop déprimé pour fonctionner sans lui.
Bon dieu, je ne valais vraiment pas mieux que lui.
J'ai toujours détesté boire quand je suis triste ou énervé parce que ça ne fait que me rendre encore plus déprimé et pathétique que je ne l'étais à la base, mais ça engourdit juste assez la peine pour me donner envie de le faire. Cependant j'ai toujours été prudent – je ne voulais pas finir alcoolique. Des gens dépendaient de ma sobriété. Mais House avait dit qu'il savait toujours quand mes relations ou mes mariages échouaient parce que j'avais tendance à boire un peu plus.
Peut-être que Noël avait mis quelque chose dans ma bière quand je ne regardais pas, puisqu'une pinte n'était pas suffisante pour me rendre aussi malade. Je ne vois pas ce qu'elle aurait pu me donner puisque hier soir je ne m'étais pas senti particulièrement différent, mais c'était une possibilité.
J'ai roulé sur le lit et éteint l'alarme avant de m'asseoir en me frottant les yeux avec mes paumes de main. La sensation nauséeuse dans mon estomac ne fit qu'empirer maintenant que j'étais dans une position assise. J'émis un nouveau grognement et grimaçai.
Je retirai mes mains de mes yeux et jetai un œil dans ma chambre plongée dans l'obscurité. Bien que ma chambre soit noyée dans une mer noire, je pouvais tout de même sentir que quelque chose n'allait pas.
Je repoussai les couvertures et me levai, soudainement envahi par ce vertige qui me prend à chaque fois que je me lève trop vite. Je chancelai avec lassitude vers la porte et plaquai brusquement ma main contre l'interrupteur. Ce n'est que lorsque la chambre fut baignée de lumière que je remarquai que l'oreiller de Amber avait disparu. Il n'était pas sur le sol à côté du lit, je ne l'avais donc pas fait tomber dans mon sommeil.
Je fronçai les sourcils et me dirigeai vers le lit, me mettant à quatre pattes. L'oreiller n'était pas sous le lit non plus. Huh. Je me relevai et parcourus le matelas avec mes paumes de main, puis secouai la tête, m'imaginant que j'avais dû le déplacer en dormant. Je n'avais plus fait de somnambulisme depuis mes dix ans, et même à l'époque, c'était assez rare et n'arrivait que quand je n'avais pas assez dormi. Bon, ce n'était pas la chose la plus incroyable qui puisse m'arriver, vu mon état de stress dernièrement. Il faudrait probablement que je le dise à ma psychiatre.
Génial. Comment réussirait-elle à blâmer House cette fois ? Et plus pénible encore, à quel point aurait-elle raison ?
Soupirant, je me dirigeai vers le salon sans prendre la peine d'allumer trop de lumières. Je regrettais déjà d'avoir allumé la lumière de ma chambre à cause de la douleur cuisante sous mes paupières, mais je savais qu'il me faudrait bien surmonter ça pour pouvoir aller au travail. Mais tout de même, quelque chose n'allait pas – quelque chose d'anormal à propos de l'appartement, mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Si j'étais House j'aurais sûrement deviné immédiatement ce dont il s'agissait, mais je n'étais pas lui, alors je me contentai de me diriger vers la cuisine, confus.
Je pris quatre ibuprofen et les avalai avec du jus d'orange avant de chanceler vers la douche. C'était peut-être les conséquences de l'alcool, mais même le fait de prendre une douche ne semblait pas normal – comme s'il manquait quelque chose, ou comme si j'avais oublié quelque chose d'important et ne pouvais me rappeler ce dont il s'agissait.
Lorsque j'entrai dans l'hôpital, Cuddy se dirigea vers moi, ses talons claquant sur le lino. Elle portait un haut rose décolleté avec quelques fanfreluches autour du col, et sa jupe noire n'était pas si serrée ni trop courte, mais je savais que sa tenue allait quand même illuminer la journée de House.
"Tu t'es bien amusé hier soir ?" demanda-t-elle.
"Pas autant que ce que ma gueule de bois voudrait me faire croire," marmonnai-je en me pinçant l'arête du nez. Elle se contenta de soupirer et secoua la tête, semblant un peu plus détachée que d'habitude. "J'ai appris pour le bébé. Félicitations," j'ajoutai rapidement, voulant changer le sujet.
"Oh, tu as appris ?" Elle eut l'air confus, sans que je comprenne pourquoi.
"C'est dommage pour la mère, par contre," dis-je, et m'avançai pour poser une main réconfortante sur son épaule.
Elle fronça ses fins sourcils et jeta un œil à ma main avant que je la retire. Quelque chose dans son comportement n'allait pas, mais je n'arrivais pas à savoir quoi exactement. "Comment as-tu su tout cela ?"
"House me l'a dit ," révélai-je, bien que ça n'ait probablement rien de si surprenant.
"Vraiment ?" Elle avait l'air encore plus confus qu'elle ne l'avait été quelques secondes plus tôt, sans que je ne puisse vraiment comprendre pourquoi. Bien entendu que j'étais au courant pour la patiente de House. "Vous n'étiez pas ensemble hier, que je sache."
"De l'eau dans le gaz," commentai-je d'un ton neutre, repensant à ma colère démesurée de la veille à propos du fiasco du cadeau jamais ouvert. La première déception passée, je pouvais maintenant y repenser et réaliser qu'il n'y avait vraiment pas de quoi en faire tout un plat. De plus, voir la gueule de son équipe quand je leur ai parlé de 'Irene Adler' en avait largement valu la peine. Je n'avais pourtant pas réalisé que c'était si manifeste, si même Cuddy avait compris que j'étais de mauvaise humeur.
Elle cligna des yeux. "Bien sûr..." Elle tendit quelques dossiers de clinique et eut un sourire indifférent. "Le bordel habituel du lendemain de Noël. Ça m'embête de me décharger sur toi, mais..."
"Personne d'autre ne les prendrait."
Elle acquiesça. "Essaye de ne pas trop t'amuser," dit-elle avec un sourire et s'éloigna. Je contemplai un moment son arrière-train (qui était vraiment imposant – désolé, commentaire d'homme) puis ouvris le premier dossier, prêt à commencer une longue journée de gueules de bois, accidents alcoolisés et disputes de famille ayant mal tourné. Au moins je n'aurai plus à m'en occuper avant le Nouvel An.
Cela faisait des années que Wilson avait raccroché au nez de son frère, mais à chaque fois qu'il voyait un clochard, il le dévisageait, ou ne pouvait s'empêcher de lui donner un ou deux dollars, ou le reste de son repas s'il s'était acheté quelque chose à manger. Mais il avait beau scruter les visages, ce n'était jamais lui.
Depuis la fois où il avait vu Danny et avait quitté précipitamment la table du restaurant où il mangeait, il n'avait pu se le sortir de la tête. S'il avait levé les yeux ne serait-ce que quelques secondes plus tôt, il aurait pu l'attraper. S'il n'avait pas fixé, sous le choc, l'homme de l'autre côté de la fenêtre, peut-être qu'il ne l'aurait pas manqué. S'il avait été plus observateur, il aurait pu repérer de quel côté son frère était parti.
Il avait dit à sa mère à quel point il se sentait coupable d'avoir raccroché au nez de son frère, et même s'il avait senti qu'elle était en colère contre lui, elle ne l'avait jamais blâmé (ou du moins, pas ouvertement ni face à lui), mais après son divorce et après qu'elle ait dû lui payer la caution pour le sortir de prison, elle était loin d'être ravie. Son père et elle avaient eu une grosse dispute, et les choses allaient mal. Donc alors qu'il cherchait du travail vers Princeton, il buvait du whisky. Pas tout le temps, et pas assez pour être bourré, mais juste assez pour engourdir la douleur d'avoir perdu son frère deux fois. Il aurait dû savoir que demander à ses parents de payer la caution et s'occuper des questions légales était trop. Ce n'est pas qu'ils étaient pauvres, mais ils avaient quelques problèmes financiers et ont eu des soucis avec leurs dettes depuis lors. L'avocat n'avait pas été bon marché, et Wilson avait insisté comme quoi ce n'était pas nécessaire, mais ils l'avaient fait quand même, et maintenant à chaque fois qu'il parlait avec sa mère et qu'elle lui demandait s'il avait trouvé un travail, il entendait la désapprobation dans sa voix quand il lui répondait que non. Sa vie était assez difficile comme ça sans que sa mère lui rappelle par inadvertance la stupide erreur qu'il avait commise il y avait quelques mois, et que son père lâche des sous-entendus comme quoi il était un raté, pas foutu de rester marié.
Mais il avait enfin trouvé un emploi, près de l'endroit où il avait vu son frère pour la dernière fois, dans l'hôpital de Princeton-Plainsboro. Quelqu'un avait démissionné après quelques semaines seulement, à cause de problèmes personnels avec le chef du département des diagnostics. Parmi toutes les personnes qui avaient passé l'entretien, seules trois avaient rappelé pour dire qu'elles étaient toujours intéressées. La doyenne de médecine, une femme attirante et plus jeune que ce à quoi il s'attendait, nommée Lisa Cuddy, lui avait dit qu'elle ne l'engageait pas uniquement pour ses diplômes prestigieux ou son assiduité presque parfaite, mais parce que lorsqu'un trou du cul aux yeux bleus et aux cheveux clairsemés (qui semblait étrangement familier, mais Wilson avait supposé qu'il avait déjà dû le croiser en ville auparavant) s'était précipité dans la pièce de l'entretien et avait commencé à l'insulter non seulement elle, mais Wilson aussi, il lui avait répondu sarcastiquement sans s'enfuir ni le regarder bouche bée d'un air offensé.
"Si vous venez travailler ici, je vous garantis que vous aurez régulièrement affaire à lui," avait-elle dit en se pinçant l'arête du nez pour son premier jour, faisant un geste vers l'homme qu'elle avait présenté comme étant Gregory House, qui était assis sur l'une des chaises de la salle d'attente, portant des lunettes de soleil, un large chapeau, les espionnant en jetant des coups d'œil par-dessus un journal qu'il tenait à l'envers. "Le seul bureau disponible dont nous disposons est adjacent au sien, et vous êtes la seule personne qui n'a pas réagi... eh bien, comme l'auraient fait la plupart des gens – avec peur."
"J'ai deux frères," avait-il répondu sèchement, tout en essayant de se rappeler où il avait déjà vu House auparavant. Il vivait à Princeton depuis qu'il avait vu Danny près de ce restaurant et il avait dû quitter sa première femme à cause du divorce, et c'était la ville la plus proche avec des hôtels raisonnables, alors peut-être qu'il l'avait croisé dans un magasin. Après tout ça faisait plusieurs mois qu'il traînait dans les environs.
Docteur Cuddy lui souhaita bonne chance et s'en alla, sûrement pour rejoindre son bureau.
House, puisque maintenant Wilson connaissait son nom, jeta son journal et se dirigea vers lui sans se presser tout en virant ses lunettes. "De la chair fraîche ?" demanda-t-il gaiement, ses yeux bleus étudiant son corps.
"Et je suis casher, aussi," répliqua-t-il (même si en fait il ne l'était pas) et s'éloigna, sans même attendre un commentaire de House.
House passa le mois suivant à envoyer des patients qui n'avaient manifestement aucun cancer à son bureau 'juste pour être sûr' et contestant son diagnostic pendant au moins cinq minutes juste pour l'emmerder. Il avait laissé des messages bruyants et obscènes dans son téléphone de bureau et fait fuir deux de ses assistants. Ce n'est que quand Wilson n'eut aucune réaction face au sac explosif de chocolat et de beurre de cacahuète que House finit par se lasser et cessa ses tentatives, quel qu'en ait été le but.
House ne s'était pas pointé pour lancer quelque chose de grotesque en guise de salutation (comme 'ta cravate est hideuse' ou 'nourris-moi') lorsqu'il avait fini par se traîner au boulot. En fait, il ne m'avait même pas dit ce qu'il voulait pour le déjeuner. C'était inhabituel qu'il ne dise rien, mais pas suffisamment pour que je m'en inquiète. Alors je ne l'avais pas cherché ni ne m'étais inquiété à son sujet alors que je descendais péniblement vers la cafétéria.
Cela ne me surprit pas qu'il entre dans le réfectoire en s'appuyant lourdement sur sa canne, à peine une minute après que j'aie commencé à faire la queue. Il n'y avait que quelques personnes devant moi, et House se plaça derrière moi, ses yeux bleus jetant un rapide coup d'œil à mon corps.
"Tu étais debout jusqu'à quelle heure hier soir ?" demandai-je en me rappelant qu'il ne m'avait pas appelé à trois heures du matin pour me demander de l'emmener à un dîner nocturne. J'espérais ne pas l'avoir énervé hier soir – la dernière fois que nous avions laissé tomber le dîner du lendemain de Noël c'était lorsque Tritter... compliquait les choses.
Il cligna des yeux et me fixa. "Pas aussi tard que toi, visiblement," commenta-t-il en indiquant d'un geste mes yeux. J'avais vu les valises sous mes yeux quand je m'étais brossé les dents. Soit j'étais en train de tomber malade, soit je me faisais vieux. Aucune des deux options ne me rassurait vraiment.
"Pas aussi tard que tu pourrais le penser," promis-je, puis je saisis trois éclairs au chocolat – un pour lui et deux pour moi, ce qui je le savais deviendrait plutôt deux pour lui et un pour moi, sauf s'il était de bonne humeur, auquel cas ce serait un et demi pour chacun.
"Le Grand Tombeur de Princeton est allé se coucher tôt pour Noël ? Je suis stupéfait," répondit-il un peu plus méchamment que je ne l'avais anticipé. Il avait probablement eu une dure nuit. Maintenant que j'y pensais, il semblait s'appuyer un peu plus sur sa canne que d'habitude. Ça expliquerait pourquoi il n'avait pas daigné m'appeler au milieu de la nuit.
"Oui, eh bien, je ne peux pas trop user de mon charme. Je risquerais de tout utiliser avant d'avoir trouvé ma quatrième épouse," marmonnai-je en levant les yeux au ciel.
"T'en prévois déjà deux ? Consécutivement ou simultanément ? Parce que à moins d'emménager dans l'Utah..."
Eh bien, ça n'avait pas tellement de sens. Pas du tout, même. Consécutivement ? Je secouai la tête et remplis mon assiette de nourriture, faisant bien attention à prendre aussi tout ce que House voudrait manger. Je remarquai que House remplissait lui aussi son assiette de nourriture, mais la couvrait avec de la laitue bon marché en jetant des regards aux alentours pour vérifier que la dame de la restauration ne le voyait pas faire.
La dame n'enregistra que mon plateau. Bizarre. Elle avait appris depuis longtemps à enregistrer le sien aussi. "Je paye pour lui aussi," lui rappelai-je, en tâchant de ne pas avoir l'air aussi confus que je ne l'étais.
Elle regarda derrière moi, acquiesça, et enregistra le nouveau prix. Je payai et récupérai ma monnaie, la fourrant dans mon portefeuille.
Quand je me retournai vers House, il avait déjà traversé la moitié du réfectoire, avec un boitement prononcé que je ne lui avais pas vu depuis très longtemps. Sachant que sa douleur était souvent psychosomatique, je me demandai si le fait que Cuddy ait enfin un enfant (bon, et puis leur tension sexuelle manifeste) le perturbait plus que ce qu'il voulait bien montrer. Je savais qu'il acceptait mal de ne plus être le seul dans la vie de quelqu'un, et je ravalai ma jalousie tout au fond de mon estomac.
Il choisit une table dans le coin le plus éloigné de la cafétéria et je m'assis en face de lui, posant un éclair au chocolat sur son plateau. Je tournai mon assiette pour que les frites soient de son côté.
Ses yeux firent quelques aller-retour, puis se posèrent sur nos assiettes. "Qu'est-ce que tu fais ?" demanda-t-il.
"Je déjeune."
"Et je suis un enfoiré arrogant et égocentrique." Je fronçai les sourcils. Mais où voulait-il en venir ? Il eut ce faux rire pompeux et son sourire était bien trop faux pour être vrai. "Oh, pardon, j'ai cru qu'on jouait à se balancer des évidences."
"Ben, alors pourquoi tu as demandé ?"
"Puisque tu me l'offres, je vais pas m'en plaindre," dit-il d'un air désinvolte, puis prit une large bouchée de son éclair au chocolat. Il gardait son regard verrouillé dans le mien, les yeux légèrement plissés.
Je me penchai en avant et ouvrit son hamburger pour retirer les cornichons. "Donc je suis allé au bar la nuit dernière," commençai-je, ignorant sa main qui se stoppa avant d'atteindre sa bouche, la crème tombant goutte à goutte de la pâtisserie. Je plaçai les cornichons dans mon hamburger et soupirai. "J'ai rencontré une fille trop bizarre."
"Sérieusement, Wilson, qu'est-ce que tu fous ?" demanda-t-il en reposant l'éclair au chocolat dans son assiette sans y avoir mordu une seconde fois.
"Tu n'aimes pas les cornichons," lui rappelai-je, comme s'il l'avait soudain oublié. Honnêtement, qu'est-ce qu'il avait aujourd'hui ? Je ne faisais rien de différent de ce que je faisais d'habitude. Est-ce qu'il se focalisait sur quelque chose de complètement pitoyable sur moi que je n'avais pas remarqué ? Est-ce que je portais une cravate verte ? Je jetai un coup d'œil à ma cravate – rayée bleue et jaune.
Il fronça les sourcils et regarda à nouveau nos assiettes. Je vérifiai si mon stylo ne fuyait pas dans la poche de ma chemise. Non, rien à signaler.
"Ouais, je sais ça. Qu'est-ce qu'il se passe ?" demanda-t-il avec méfiance.
"House, tes devinettes sont très amusantes, mais je ne suis pas sûr de suivre."
"Eh bien tu sais ce qu'on dit sur l'alcool. Ça rend complètement stupide. Ça tue toutes les cellules de ton cerveau et tout. C'est ta façon d'enterrer la hache de guerre ?"
"Oui, House, c'est exactement comme ça que je pardonne tout le monde pour tous les crimes qu'ils commettent – en leur payant le déjeuner et en prenant leurs cornichons." Je levai les yeux au ciel et pris une frite, la trempant dans le ketchup. "Honnêtement, il n'y a pas de quoi en faire tout un plat. J'ai eu une réaction disproportionnée. Je l'admets. On pourrait zapper la danse du 'je te l'avais bien dit' et passer directement à la discussion sur le haut rose de Cuddy ?"
"Premièrement, je ne te l'avais jamais 'bien dit' donc il n'y aura pas de danse. Deuxièmement, il y avait de quoi faire un plat, et troisièmement... Son haut commence à descendre là où seuls des hommes vraiment très riches sont déjà allés. Bon, et moi aussi, mais je ne dévoile jamais rien sur mes conquêtes."
"Oui, tu es un modèle de noblesse."
"Tu l'as dit. Et, mon cochon, je pourrais en raconter de belles sur comment elle crie fort, mais nan. Motus et bouche cousue." Il fit le geste de zipper sa bouche, puis saisit son éclair au chocolat et se mit à le manger.
"Je n'en attendais pas moins."
Nos yeux se croisèrent, mais il y avait quelque chose de différent dans son visage, mais je n'arrivais pas à savoir quoi. La couleur de la peau était plus terne, ou les cernes sous les yeux étaient plus sombres qu'elles n'auraient dû l'être. Quelque chose n'allait pas, mais je n'arrivais pas tout à fait à deviner ce que c'était. "C'était très amusant, mais je peux regarder La Quatrième dimension chez moi," murmura-t-il après un instant.
Je fronçai les sourcils. Pourquoi était-il si bizarre aujourd'hui ? Est-ce qu'il faisait lui aussi tout un cas à propos du cadeau de Noël ? Mais pourquoi ? Si ça le perturbait assez pour qu'il agisse de la sorte, pourquoi ça lui avait pris un an pour réagir ? Peut-être que Cuddy avait dit quelque chose... ? Peut-être que sa douleur venait de là – de la culpabilité de ne pas avoir ouvert le cadeau et que je m'en sois rendu compte ?
Il se tenait debout près de la table et regardait à nouveau nos assiettes. Il prit son plateau, lorgna mes frites, puis baissa les yeux vers le sol. "Pour ta gouverne..." Il secoua la tête, se renfrogna, puis leva les yeux pour fixer le plafond. "Rod Sterling aurait adoré ça."
Il s'éloigna en boitant, me laissant plus confus que jamais.
Je lisais les feuilles de papier éparpillées sur mon bureau, suivant les mots de mon doigt et en relisant encore et encore les mêmes paragraphes. Je me pinçai l'arête du nez et fermai mes yeux très fort. J'aurais juré avoir traité certains de ces dossiers il y a des jours de ça, mais peut-être que ce n'étaient que des copies qui s'étaient perdues en chemin sans atteindre leur destinataire.
Ou peut-être que c'était une des farces de House.
Ça devait être ça.
Avec un soupir, je signai rapidement toute la paperasse, l'ayant déjà lue, et secouai la tête. Je quittai mon bureau, marchant à grands pas vers celui de House. Je jetai un œil dans le bureau des diagnostics et vis Foreman, Taub et Kutner tuer le temps, priant probablement pour avoir un cas intéressant, vu la tête qu'ils faisaient. Je me demandai où était Numéro Treize, puis je me dis qu'elle était sûrement rentrée chez elle attendre un appel de House s'il avait besoin d'elle.
Je passai la tête par la porte du bureau et le vis devant son ordinateur. "Bien joué," lançai-je avant d'entrer et de m'asseoir sur la chaise en face de lui.
Ses yeux ne quittèrent pas l'écran. "De quoi tu parles ?"
"Les copies de mon travail. Qu'as-tu fait des originaux ?"
"De quoi tu parles ?" répéta-t-il plus fermement.
"Du travail que j'ai bouclé il y a plusieurs jours. J'avouerais que ce n'est pas la chose la plus maline que tu aies faite, mais personne n'est parfait. Pas même toi."
Il lâcha enfin son écran des yeux. "Sérieusement, je ne vois pas où tu veux en venir. Je n'ai pas touché à ta paperasse. Je suis en train de regarder un porno là, alors dégage."
Quelque chose ne tournait pas rond – il était... je ne sais pas, mais quelque chose ne tournait pas rond. Il ne râlait pas assez, ou... je ne sais pas. Plus dédaigneux que d'habitude, moins joueur. Quelque chose. "Écoute, vraiment, ce n'est pas très grave – s'ils n'ont pas reçu les originaux, ils auront des copies à la place." Je pris ça pour une sorte d'excuse – bien qu'immature. C'était agaçant, oui, mais d'une manière adorable.
Adorable ? Parfois je pouvais être tellement pathétique.
"J'essaye de voir jusqu'à quelle profondeur cette fille peut fister sa copine Frau the Eyebrow, donc vraiment, casse-toi."
Avec un soupir, je me levai de ma chaise et quittai son bureau en levant les yeux au ciel.
