2.
Une navette intergalactique mise à sa disposition, le capitaine du Pharaon était revenu de toute urgence sur Terre.
- Maman !
- Algie…
Bouleversée, Alhannis près d'elle, Salmanille s'effondra contre son fils à la crinière fauve.
- Je n'ai toujours pas eu le courage… J'aurais dû, avant de passer cet appel ?
- Je suis là, maman. Et Alhannis aussi. Tu ne devais pas être seule en ce moment.
La porte de la morgue s'ouvrant, ce fut non sans surprise qu'Alguérande fixa celle qui venait d'entrer.
- Madaryne…
- Je ne voulais pas que tu l'endures seul, enfin façon de parler… Je comprendrais que vous me renvoyiez, ajouta-t-elle devant les trois regards.
Alhannis, en chef de famille, porta le sien sur son cadet.
- Algie ?
- Merci, Madaryne, j'apprécie. Alveyron ?
- A mon hôtel. Il est avec… sa nounou.
Trop émotionné, Alguérande ne releva pas l'hésitation de la jeune femme, ses yeux posés sur la porte menant à la chambre froide.
- J'y vais, maman.
- Nous y allons tous, assura Alhannis. Je suis l'aîné, c'est à moi, et à moi seul de reconnaître… J'apprécie que tu sois là, mon militaire d'Algie !
Son bras autour des épaules de sa mère, sa main effleurant celle de son frère, Alguérande se dirigea vers la chambre froide.
Alhannis tendit un gobelet de café à son cadet alors que Pouchy se matérialisait soudain.
- Je ne peux pas y croire ! jeta le tout jeune homme blond.
- Tu n'as rien perçu, Pouch' ?
- Non, sinon ce serait moi qui vous aurait prévenus ! Comment vous allez ?
Alhannis vida son gobelet de café.
- Pouch', maman est en état de choc. On l'a hospitalisée. Alguérande ne va pas bien du tout, tu devrais aller lui parler, moi je n'en tire pas un mot !
Pouchy eut une légère inclinaison de la tête vers Madaryne.
- Merci à toi.
Pouchy s'approcha de son aîné à la crinière fauve, tassé dans un fauteuil, le regard fixé sur son gobelet de café sans y avoir trempé ses lèvres.
- Tu es en train de te brûler les doigts…
- Je crois… que j'ai besoin de cette petite douleur.
- Algie, que ne me disent pas Alhannis et maman ?
- Elle a trop pris l'habitude de la douceur de ses petits-enfants, elle n'a pas supporté la vision. Je crois que personne n'aurait pu l'endurer…
- Algie, je te demande… souffla Pouchy, le visage dévasté de chagrin.
- Je ne sais pas…
- Quoi ? !
Après le dîner, auquel aucun des convives n'avait touché, quasiment, Salmanille rentrée chez elle mais s'étant confinée dans les appartements qui avaient été ceux conjugaux, Alguérande était demeuré seul – Alhannis reparti auprès de sa femme et de leur bébé, Pouchy ayant rejoint Terra IV et la jolie jeune Sorcière de son cœur.
Le jeune homme leva les yeux vers les étoiles du ciel d'un noir d'encre, eut un profond soupir.
Madaryne s'approcha de lui.
- Je peux rester ?
- Oui, merci. Alveyron va bien ?
- Il est dans sa salle de jeux, il est ravi. Sauf que là il dort depuis bien longtemps après son repas. Il est tranquille, contrairement à toi… Je peux savoir ce qu'il y a ? Tu ne te comportes pas normalement ! Enfin, je veux dire. En fait, je ne sais pas comment et quoi dire…
- Et toi, tu es là, en ces instants. Merci.
- Je ne pouvais pas rester loin, insensible. Je t'ai fait le pire mal possible, je ne pourrai jamais me le pardonner, je ne pourrai jamais l'effacer… Mais tu demeures un homme précieux pour moi, et pour Alveyron !
Madaryne resserra son étreinte sur les mains du jeune homme.
- Que s'est-il passé… là-bas ?
Leur mère s'étant sentie mal, Alhannis l'escortant et appelant les Urgentiste, Alguérande était demeuré auprès du corps qu'un employé de la morgue avait sorti de son caisson.
Le jeune homme passa une nouvelle fois sa main au-dessus du cadavre.
- Je ne capte rien… Je ne ressens rien… Pouchy, Clio, j'ai besoin de vous, par pitié !
L'ombre de la Jurassienne se dilata quelques instants, avant de disparaître.
- Pouchy ! ? hurla Alguérande, au bord de la crise d'hystérie. Je dois savoir, il me faut comprendre !
- Mais Pouchy est venu plus tard, non ? fit Madaryne en présentant une assiette de crudités bien arrosées de sauce épicée.
Alguérande piocha machinalement dans les légumes et fruits, pour les avaler sans aucun plaisir ni même faim.
- Pouchy est arrivé bien trop tard, souffla Alguérande en se décomposant, se laissant tomber dans le fauteuil de terrasse le plus proche, le cœur battant la chamade, pâle au possible.
- Algie ? fit Madaryne.
- Ce n'était pas le corps de mon père. Je n'ai rien ressenti ! Il n'a peut-être pas de chromosome doré, il a toujours eu une connexion avec le surnaturel et j'aurais dû donc le percevoir ! Ce corps mutilé, presque non identifiable, ce n'était pas mon papa !
- Algie ! ?
- Ce n'était pas mon papa ! hurla le jeune homme. L'Arcadia et Clio ne me répondent pas, pas plus que Toshiro… Mais il doit y avoir une raison ! Mon père ne peut pas avoir été tué ! Je le refuse, je vais le retrouver, si je peux ! Et ce corps, ce corps…
- Oui, Algie ?
- Ca me révulse…
Alguérande s'évanouit, totalement épuisé et miné par trop d'émotions.
Truffy, le chat se transforma alors en majestueux lion dominant au corps café et à la crinière d'or, léchant tendrement de réconfort le jeune homme entre ses pattes.
